Des éléments qui servent à la croissance et à la
renovation du derme {Journal de VAnatomie, 1906, p. 297).
Par le développement et l’iiistogenèse, j’avais montré (n"” 117, 118 et 137), dès 1898, que l'évolution du derme se fait de la surface épidermique vers la profondeur et que l’épiderme fournit constamment des générations cellulaires qui se transforment en couche papillaire.
Par voie expérimentale (n°* 196 à 200), j’ai pu confirmer ces faits. A l’aide d’un couteau de Graefe, je sépare (à la plante du pied du cobaye), mécaniquement, les couches profondes du derme d’avec les couches superficielles. Je décolle, en un mot, le derme sur une certaine étendue, tout en conservant au lambeau décollé ses connexions naturelles avec la peau avoisinante. Je répète ce décollement de jour en jour, de deux en deux jours et ainsi de suite.
A la suite de ces lésions mécaniques, le lambeau décollé s’épaissit et, à l’examen microscopique, on constate que l’épaississement est dû à l’hyperplasie et à l’hypertrophie des cellules épithéliales. Les éléments du derme, au contraire, loin de proliférer, s’atrophient et se détruisent. Les cellules épidermiques profondes, après s’être multipliées et hypertrophiées, se transforment ultérieurement en tissu conjonctif réticulé et vasculaire, qui prend la place des portions détruites et résorbées.
En pratiquant les mêmes décollements sur la région périnéovaginale du cobaye femelle, j’ai obtenu et entretenu une phlegmasie chronique, caractérisée essentiellement par l’hypernutrition, l’hyperplasie et l’hypertrophie du revêtement épithélial. L’évolution de la cellule épithéliale se modifie : au lieu de produire un épithélium indifférent, les cellules épithéliales prennent, après quelques décollements, les caractères de cellules muqueuses {métaplasie ou méialypie des auteurs). Si l’on prolonge l’irritation
des tissus en multipliant le nombre des décollements, les cellules malpighiennes se mettent à évoluer dans un sens différent; leur protoplasma élabore de la substance cornée {leucoplasie des muqueuses).
De plus, l’épithélium développe des bourgeons qui se prolongent sous la forme de végétations épithéliales dans les tissus dermiques.
En un mot, les modifications et les altérations évolutives qu’on provoque par la destruction mécanique du derme, créent, chez les animaux, des états organiques et des néoformations qui sont, au point de vue histologique du moins, l’image de nombreux processus morbides et de certains néoplasmes à leur début.
J’ai aussi pratiqué (n“ 199 à204) des décollements sous-cutanés dans la région périnéo-vaginale du cobaye dans des conditions variées (décollements plus ou moins nombreux et à intervalles plus ou moins rapprochés). Les cellules épithéliales subissent une évolution différente (muqueuse ou cornée) selon le degré d’irritation locale. D'autre part, en modifiant les conditions de nutrition générale (anémie ou bonne alimentation), on assiste à une évolution différente des végétations épithéliales. Dans l’anémie ou l’alimentation insuffisante, les masses épithéliales dégénèrent et se transforment en traînées protoplasmiques qui simulent des cellules géantes. Après des décollements souvent répétés et prolongés, puis cessation de toute atteinte opératoire, alors que l’animal est bien nourri, les végétations épithéliales se transforment en cordons de tissu fibreux.
En un mot, toute modification du milieu physiologique entraîne une déviation d’évolution dans les membranes épithéliales : sur leur face superficielle., elles deviennent, selon les circonstances, cornées ou muqueuses; par leur face profonde, elles élaborent du tissu conjonctif; mais ta variété de tissu conjonctif ainsi développé est subordonnée au degré de nutrition, à l’intensité ou à la durée du processus irritatif auquel le revêtement épithélial se trouve exposé.
En modifiant les conditions locales ou générales, il est possible par voie expérimentale (n°201) de changer l’évolution de la cellule épithéliale : des décollements répétés à courts intervalles sur des animaux bien nourris déterminent la transformation muqueuse du revêtement épithélial; si l’on espace les décollements dans la
même région, l'épithélium (animal toujours bien nourri) élabore
un stratum granulosum, qui se convertit en couche cornee. ^
lements pratiqués sur des animaux anémiés par les alimentationinsuffisanteentraînentdesphénomenesregressifsdans le revêtement épithélial (développement d’amas Si, d’autre part, on ne pratique (n- 2021 qu’un seul sous-cutané sur une dizaine d’animaux et qu’on les sacrihe de j en jour, il est possible d’étudier les phénomènes cellulaires qui produisent après la lésion mécanique. On observe les premiers jours, une infiltration smguine et la régression des éléments conjonctifs, avoisinant la solution de continuité. Plus tard, les éléments du derme se tuméfient, sans toutefois se '
derme susjacent, non lésé par le couteau, ^'^yP^^^r^phie et s épa sit grâce à la division des cellules épithéliales. Enfin, les couche malpighiennes se transforment en tissu conjonctif iculé qu contribue à l’allongement des papilles du demie e conjonctif nouveau remplace la portion du derme détruite meca-
"'Ermlin^enant (n»20S) la région ano-vulvaire du cobaye fernelle dans un état d’irritation chronique (132 ’
ai produit l’épaississement des téguments et des -gé aho" pithéliales. Quant aux ganglions lymphatiques correspondants, ils ne s’indurent pas; ils restent mous, leur tissu devient spongieux et les éléments de leurs parties centrales prennent une disposition
structure épithélioïdes. , , ?, zt,.
Les résultats expérimentaux susmentionnés mont porté a etudier à nouveau l’histogenèse et la structure des téguments (n 2 ).
J’ai choisi la plante du pied du cobaye, dépourvue de poils et de glandes, et la muqueuse glando-préputiale du chien, qui manque également de glandes, mais qui présente des épaississeinents cellulaires offrant la structure des follicules clos ou lymphatiques.
Les pièces fraîches bien fixées et durcies ont ete ^ecoupees coupes sériées très fines d’après une technique nouvelle décrite
àansle Journal de l'Anatomie,
Voici les faits principaux qui se dégagent de cette etude :
Outre l’évolution superficielle, l’épithélium de revetement du tégumenl exlerne fournit des couches épithéliales qu, s avancent
vers la profondeur et se transforment en éléments conjonctifs. Le cystoplasma de la cellule épithéliale se différencie, à cet effet, en filaments granuleux et colorables (chromophiles) et en protoplasma très transparent ou hyaloplasma contenu dans les mailles du réticulum chromophile. A ce premier stade (qu’on observe surtout dans la couche papillaire) en succède un autre où les fibres du réticulum chromophile élaborent un réseau élastique et où l’hyaloplasma se différencie en fibrilles conjonctives. C’est de cette façon que se constitue la trame serrée et élastique de la portion moyenne du derme. A la face profonde de ce dernier, les éléments conjonctifs et élastiques commencent à se dissocier, puis les fibres conjonctives et élastiques se transforment en une masse gélatineuse, pendant que les restes cellulaires dégénèrent en leucocytes (couche conjonctive sous-cutanée).
Pour nouveaux et contraires aux théories classiques,les résultats précédents viennent d’être confirmés chez les vertébrés inférieurs, du moins.
F. Krauss (1), par exemple, a vu sur les embryons de reptiles et dans la peau des reptiles adultes, des îlots de cellules d’origine épithéliales entre le derme et l’épiderme. Les cellules épithéliales sont unies aux éléments du derme par des fibres conjonctives ou collagènes en voie de transformation conjonctive. En un mot, les couches superficielles du derme proviennent de l’épiderme qui lui fournit des éléments se transformant en tissu conjonctif.
En ce qui concerne l’histogenèse des follicules clos de la muqueuse glando-préputiale du chien, elle se fait comme celle des follicules clos (amygdales et des plaques de Peyer) que j’ai étudiées dans d’autres régions (voir n™ 105 à 119).
Dans les points où vont prendre naissance les follicules clos, tout le cystoplasma granuleux et chromophile (des cellules épithéliales) se transforme en un protoplasma homogène et peu granuleux. La plupart des noyaux diminuent de volume, pendant que la substance du noyau s’enrichit en chromatine. Nombre de noyaux continuent à se diviser par voie mitosique. Le tissu nouveau
(1) Der Zuzammenhang zwichen Epidermis jnd [Cutis bei Saurier und KrokodiJen. Archiv. f. mik. Anal., t. 6'7, p. 319, 1906.
(épithélial hyperplasie, tissu conjonctif primordial) se compose donc d’un cytoplasma commun à nombreux noyaux ou syncytium. Au second stade, il y apparait un réticulum chromophile et le tissu, devenu réticulé, ne tarde pas à produire des fibrilles élastiques et des fibres conjonctives qui, ultérieurement, évoluent comme le derme ordinaire.
L’origine épithéliale des follicules clos et la transformation des cellules épithéliales en tissu conjonctif ont été également confirmées pour les plaques de Peyer et pour la bourse de Fabricius que j’avais examinées dès 188S (n“® 8, 9 et 10).
Klaatsch (n-> 22) a constaté l’origine épithéliale des plaques de Peyer de VÉchidné.
S. von Schumacher (1) a, d’autre part, étudié l’histogenèse de la bourse de Fabricius des oiseaux qui offre, chez l’adulte, la structure de l’amygdale des mammifères : la trame réticulée de cet organe, ainsi que les lymphocytes de la portion centrale sont, pour Schumacher, comme pour moi, des descendants de cellules épithéliales.
Ces phénomènes d’histogenèse et d’évolution normales cadrent peu, je suis loin de me le dissimuler, avec les théories classiques ; mais ils sont d’accord avec les résultats expérimentaux et les processus pathologiques que d’ailleurs ils expliquent. Que je rappelle les expériences de greffes cutanées de J. Loeb (n° 137), qui a observé la multiplication des cellules épithéliales dans le lambeau greffé et leur transformation en éléments conjonctifs. Les anatomo-pathologistes se refusent encore à admettre la transformation physiologique de l’épithélium en éléments conjonctifs; mais, dans les conditions pathologiques, de nombreuses observations ont établi la réalité de cette métaplasie.
Les cellules propres des naevi et des carcinomes sont, d’après des recherches récentes, d’origine épithéliale, et, au cours de leur évolution, elles se transforment en éléments conjonctifs. Unna, Hodara, Scheuber, Kromayer, Abesser, Jiidalewitsch, Beck et Krompecher en citent des exemples démonstratifs (2).
(1) Ueber die Entwickelung und den Bau der Bursa Fabricli. Sitzungsberichte
der Kaiserl. Akademie in Wien, vol. CXII, Abth. III, juület 1903. yiealer's
(2) Monalshefle f. praktische Dermatologie. Erganzungshett, 1903,1, et liegie^ Beilrilge, t. 37, p. 28, 1904.