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III. — GANGLIONS LYMPHATIQUES ET HEMATIES

207. — Des ganglions lymphatiques des jeunes chiens (C. R. de la

Société de Biologie, 17 mars 1906, p. 333).

208. — De la forme des hématies et de leurs parties constituantes

{Ibid., 16 juin 1906, p. 1003).

209. — De la valeur cellulaire des hématies des mammifères et de l’origine de leurs parties constituantes {Ibid., 30 juin 1906, p. 1103).

210. — Des hématies du chat et de leurs parties constituantes

{Ibid., 7 juillet 1906).

211 . — De la forme, de la taille des hématies humaines et de leurs parties constituantes. En collaboration avec G. Tilloy {Ibid., 21 juillet 1906, p. 111).

212. — De l'influence de l’anémie sur la formation de la lymphe

(I" Congrès international d'hygiène alimentaire, octobre 1906).

213 . Des hématies des mammifères, de leur développement et de leur valeur cellulaire {Journal de l'Anatomie, 1906, p. 567, pl. VIII ellbid., 1907, p. 53).

A. — Développement et structure des ganglions lymphatiques

J’ai étudié sur les chiens le développement et la structure des ganglions lymphatiques. Comme chez les cobayes (n”® 122 à 130), le ganglion lymphatique des fœtus de chiens et des jeunes chiens est formé de cellules conjonctives à cytoplasma commun (syncytium). Ce syncytium évolue en tissu réticulé plein d’abord, puis à mailles vides. C’est par fonte protoplasmique que se produisent lès éléments libres (lymphocytes, avec quelques polynucléés et éosinophiles).

Les résultats auxquels j’étais arrivé sur le cobaye et les résultats actuels ont été confirmés de divers côtés. Je cite entre autres : 1“ Richard Thomé [Jenaische Zeitschrift f. Naturwissenschaft, t. XXXVII, 1903); 2° Bunting {Journal of Anatomy and Physiology, t. XXXIV, 1903); 3“ Kling (Archiv f. mik. Anatomie, t. LUI, 1904); 4“ Sabin {American Journal of Anatomy, t. IV) (1).

B. — Sang et élaboeation des ganglions lymphatiques

A l’étude des ganglions lymphatiques se rattachent celle du sang et les modifications que subissent la lymphe et le sang en traversant ces organes. Déjà antérieurement (n°= 122 à 133), j’avais trouvé, par l’histogenèse et l’expérimentation, que le tissu des ganglions ne fabrique pas uniquement des lymphocytes, mais que le noyau des lymphocytes évolue ultérieurement en se transformant en globule rouge ou hématie. Avant d’étudier à nouveau cette question, il m’a semblé nécessaire de bien déterminer la forme, les dimensions et la constitution de l’hématie des mammifères.

Dès 1879, en travaillant avec mon maître G. Pouchet, j’avais été frappé des résultats difierents qu’on obtient dans l’étude du sang selon les procédés d’examen qu’on emploie. L’hématie m’a toujours. paru être un corpuscule de consistance gélatineuse qui s’altère au contact de l’air ou d’un corps solide. Or, les procédés classiques de fixation du sang ont tous pour effet de mettre les hématies en contact avec un corps solide, de les dessécher ou de les écraser entre lame et lamelle.

La chaleur est excellente pour fixer l’hémoglobine, mais elle favorise et fixe en même temps les déformations dues à ce mode de préparation.

Voici par quels procédés je crois pouvoir effectuer la fixation et le durcissement des hématies, tout en évitant les lésions mécaniques et chimiques :

1° Je lie, sur l’animal vivant, un tronçon de fin vaisseau qui est plongé de suite dans une solution de sublimé platinique. Fixées

(1) Voir les détails dans le Journal de VAnatomie, 1906, p. 414.

et durcies, les hématies peuvent être mises sur lame et colorées sans déformation aucune.

2“ Je laisse couler le sang, obtenu par incision, directement dans le sublimé platinique, l’acide osmique ou tout autre fixateur.

3° Je reçois de même le sang dans une solution à 0,3 ou 0,6 ou 0,8 ou 0,9 7o de chlorure de sodium, puis je l’examine, sans le recouvrir d’une lamelle, à l’aide d’un objectif à immersion à eau dans l’excavation d’une lame porte-objet.

Ces procédés préviennent toute déformation avant la fixation et permettent ensuite des colorations appropriées. Aussi m’ont-ils donné'des résultats qui diffèrent des données classiques : chez les mammifères adultes et bien portants, les hématies montrent des formes diverses : sphériques, hémisphériques, elliptiques, ovalaires et discoïdes. Par le développement, on s’assure que la forme initiale est représentée par l’hématie sphérique.

Quant à sa constitution, l’hématie se compose : 1° d’une portion centrale ou axiale, qui est hémoglobique, et, 2“ d'une portion corticale qui est anhémogloblque. La première a la forme d’une cloche ou nacelle, dont la concavité est remplie par un renflement de la portion anhémoglobique (ménisque anhémoglobique). Ce ménisque n’est pas le reste d’un noyau; il provient, comme l’écorce anhémoglobique, de la substance achromatique du noyau dont la portion chromatique s’est transformée en hémoglobine.

Pour ce qui est des plaquettes du sang (hématoblastes de M. Hayem), elles me semblent provenir de fragments qui se sont détachés des hématies ou des leucocytes.

Les hématies qui sont fixées et durcies avant d’être mises en contact avec un corps solide présentent des dimensions de 1 à2 |x moins élevées que celles qu’on leur attribue dans les ouvrages classiques.

Dès que les hématies commencent à s’altérer, leur écorce et leur ménisque anhémoglobiques se modifient, deviennent plus fluides et s’agglutinent; de là la réunion en piles des hématies. L’empilement est le résultat d’un commencement d’altération de la portion anhémoglobique des hématies.

Simultanément, les éléments figurés du sang (hématies et leuco-

cytes) laissent exsuder une substance (fibrin-fèrment) qui se porté sur le fibrinogène du plasma, et c’est de cette façon que se produisent le dépôt fibrineux et la coagulation du sang.

L’étude des ganglions lymphatiques m’avait montré deux faits : 1» ils fabriquent des hématies; 2° l’hématie des mammifères adultes et bien portants est l’équivalent d’un noyau, qui s’est transformé (n“ 133). Le premier point a été confirmé récemment par M. Forgeot (C. R.,t. GILIII, 1906, p. 190, et Physiologie et Pathologie générale, 1907, p. 65): dans la lymphe qui, à l’état physiologique, sort des ganglions lymphatiques des ruminants, les hématies sont constantes et nombreuses.

Avec la technique nouvelle, j’ai tenté de vérifier mes premiers résultats (n"* 127 à 133), à savoir par quel processus les éléments des ganglions lymphatiques élaborent des hématies. Sur plusieurs jeunes chiens (n» 209) bien portants et sans saignée préalable, j’ai retenu, par ligature, du tronc lymphatique cervical, la lymphe sortant des ganglions situés en amont de la ligature. Fixés dans le sublimé platinique, les lymphatiques efférents et les sinus des ganglions se montraient gorgés d’hématies. Les colorations appropriées m’ont permis d’étudier à nouveau l’origine et l’évolution de ces éléments : les cellules réunies en tissu du ganglion perdent, par fonte protoplasmique, leur corps cellulaire; elles se transforment en éléments libres ou lymphocytes. D’abord pourvus d’un mince corps cellulaire et d’une membrane nucléaire, les lymphocytes les perdent peu à peu, pendant que la chromatine se modifie et se convertit en hémoglobine. A l’origine, le noyau est arrondi; puis la portion hémoglobique prend la configuration d’une nacelle ou d’un croissant, et la substance achromatique ou anhémoglobique lui constitue une écorce ou pellicule qui s’accumule en ménisque dans la concavité du croissant.

Ces faits d’histogenèse semblent confirmer mes résultats antérieurs : l’hématie des mammifères adultes et bien portants n est pas une cellule; elle est l’équivalent d’un noyau cellulaire, dont, il est vrai, la substance s’est transformée en hémoglobine.

Si l’on soumet les animaux au jeûne, si on les saigne (n°s 212 et 213), on provoque pendant plusieurs jours la formation d’une lymphe plus baondante. A une période ultérieure, le système

lymphatique ne contient plus de lymphe, mais les ganglions lymphatiques sont remplis d’hématies. Dans la première période de l’anémie, la réplétion et le gonflement du système lymphatique ne peuvent être dus qu’à l’afflux des liquides interstitiels dans le système lymphatique. La diminution de la pression sanguine prévient ou empêche toute filtration, mais semble exercer une véritable aspiration sur la lymphe contenue dans les vaisseaux lymphatiques. Une fois que les liquides interstitiels ont disparu (période ultime de l’abstinence), le système lymphatique se vide. Il ne se fait plus de filtration du plasma sanguin; il ne se forme plus de liquides interstitiels et, par suite, plus de lymphe.

Ces expériences montrent que, dans les conditions physiologiques, la pression sanguine fait filtrer le plasma sanguin et produit les liquides interstitiels. Ceux-ci passent dans les lymphatiques et se déversent dans le sang avec les éléments fournis par les ganglions lymphatiques.

La ligature du vaisseau efférent d’un ganglion lymphatique ordinaire ou leucolymphatique a pour effet de transformer cet organe en ganglion rouge ou hémolymphaiique. D’autres modes d’expérimentation produisent les mêmes effets. Les animaux à pression sanguine élevée, tels que les chats, présentent des ganglions dont la plupart se remplissent d’hématies, c’est-à-dire qu’ils deviennent hémolymphatiques, tant que ces animaux se trouvent dans de bonnes conditions de nutrition. Si, au contraire, ou soumet un de ces chats à l’abstinence totale pendant une dizaine de jours, les mêmes ganglions deviennent gris (leucolymphatiques) et le contenu des sinus lymphatiques n’est plus composé que de lymphocytes avec quelques rares hématies. L’abstinence détermine l’usure du sang et abaisse la pression sanguine; d’où augmentation et accélération du courant lymphatique, puis déplétion consécutive des sinus des ganglions lymphatiques.

L’abstinence ou les saignées associées à l’abstinence ont donc pour premier effet de transformer les ganglions hémolymphatiques en organes leucolymphatiques. Mais si l’on continue le jeûne, il arrive un moment où les tissus sont privés de liquides interstitiels et ne sont plus capables de fournir les éléments aqueùx de la lymphe. Alors les cellules des ganglions continuant à évoluer.

c’est-à-dire à devenir libres par fonte protoplasmique, ces éléments (lymphocytes et hématies) restent au lieu de production et transforment le ganglion gris en une masse rouge. Comme de nombreuses expériences me l’ont montré (n“s 132, 212 et 213), il suffit d’attendre la période ultime ou algide de l’abstinence pour transformer toui les ganglions lymphatiques, même le pancréas d’Aselli des carnivores, en glandes hémolymphatiques.

Ces faits nous rendent compte de la teinte rouge des ganglions et de la présence des hématies dans ces organes chez les sujets morts de maladies chroniques ou dans un état d’anémie profonde.

En résumé^ voici dans quelles circonstances j’ai observé la présence d’hématies dans les sinus des ganglions lymphatiques :1“ dans les ganglions de fœtus humains et de fœtus de cobayes; 2° après ligature du vaisseau efférent d’un’ganglion, à 4 ou 5 centimètres en aval de ce ganglion; 3° dans les ganglions de chats bien nourris, alors que les ganglions de même nom et de même situation de chais soumis au jeûne sont dépourvus d’hématies; 4“ dans les ganglions de sujets morts de maladies chroniques ou d’animaux qui, après avoir été soumis à l’abstinence, ne sont sacrifiés qu’à la période ultime ou algide du jeûne.

Le développement, la structure et l’expérimentation donnent donc des résultats qui concordent de tous points et qui nous empêchent d’admettre plusieurs espèces de ganglions ou glandes, les unes leucolymphatiques, d’autres hémolymphatiques, d’autres encore hémales. Selon les circonstances locales ou les conditions générales de nutrition, un seul et même ganglion peut présenter l’apparence blanche ou rouge; mais la structure et les fonctions du ganglion restent toujours identiques : il fabrique des lymphocytes, dont le noyau se transforme ensuite en hématie. La présence ou l’absence d’hématies (dans les sinus du ganglion) est due uniquement à la force variable du courant lymphatique.

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