SUR LES HUILES ET GRAISSES VÉGÉTALES
Etude d’une huile du groupe chaulmoogrique retirée de la graine de Gorli,
Oncoba Echinata, Oliver, de la famille des Flacourtlacées.
(Ea collaboration avec M. Daniel Jouatte [38].)
Ce travail fait l’objet d’une Thèse de Doctorat de l’Université de Paris que mon élève, M. Daniel Jouatte, soutiendra avant la fin de la présente année scolaire. 11 est actuellement à l’impression, un résumé en sera publié dans le Bulletin des Sciences pharmacologiques sous sa signature et la mienne.
Nous avons entrepris l’étude de cette huile parce qu’elle est, jusqu’ici, la seule de son espèce qui ait été rencontrée sur le territoire de l’Afrique Occidentale. Les graines dont on l’extrait sont relativement faciles à se procurer et difficiles à confondre avec celles d’espèces voisines, inconvéïiientfréquemment observé pour les graines d’flydnocarpus ou de Taraktogenos (Chaulmoogra) qui, nous viennent de l’Inde.
Nous avons soumis l’huile concrète de Gorli, préparée au laboratoire, à des cristallisations méthodiques dans le but d’en extraire les glycérides solides. La très haute teneur de cette huile en acide chàulmoogrique (80 “/„) laissait espérer qu’on obtiendrait assez facilement la trichaulmoogrine par ce procédé. Malgré une longue persévérance nous n’avons pu y réussir. Nous avons tourné la difficulté en éthérifiant la glycérine par l’acide chaulmoogrique pur, facile à extraire des acides gras de l’huile de Gorli. Nous avons déterminé les principales propriétés physiques et chimiques de ce glycéride qui n’avait encore jamais été décrit.
Des acides gras de la même huile nous avons pu extraire une petite quantité d’acide palmitique acide dont la présence avait échappé aux chimistes anglais qui examinèrent les premiers l’huile de Gorli.
Enfin, et c’est là la partie la plus importante de notre travail, nous avons extrait de l’huile de Gorli un acide liquide possé-
danl le pouvoir rotatoire et auquel nous avons donné le nom d’acide gorlique. Ses principales propriétés chimiques en font un acide de formule appartenant au même groupe que
les acides chaulmoogrique et hydnocarpique, mais possédant une liaison éthylénique supplémentaire. Nous avons préparé les sels de cuivre, de baryum, de magnésium et de lithium de cet acide, aucun d’eux n’a pu être obtenu cristallisé, ün seul dérivé organique, l’amide gorlique, a été obtenu cristallisé, il nous a permis de caractériser plus nettement ce nouveau composé dont l’étude sera poursuivie.
Dans une Note préliminaire [24] présentée à l’Académie des Sciences en 1925, j’avais annoncé l’existence probable d’un groupe d’acides liquides appartenant à la série des acides chaulmoogrique et hydnocarpique. En collaboration avec M. Joualte j ai réussi à isoler et à décrire l’un d’eux, je crois pouvoir atfirmer dès maintenant qu’il en existe un deuxième dans une huile d’Hydnocarpus de l’Inde.
Etude des diverses huiles de pépins de raisin de France et d’Algérie.
(En collaboration avec M. Henri Canal [37].)
De 1919 à 1923, j’avais enregistré dans plusieurs Notes les résultats de recherches entreprises sur les huiles de pépins de raisin.- Les circonstances m’avaient amené à suspendre, pour un temps, ce travail. Je l’ai repris au cours des années 1926 et 1927, par les soins de l’Office des combustibles liquides et sur 1 initiative de M. le professeur Viala, inspecteur général de l’Agriculture.
Le but poursuivi était de déterminer quelles sont les variétés de pépins de raisin susceptibles de fournir des .huiles de propriétés lubrifiantes analogues à celle-de l’huile de ricinNos recherches constituent une vaste enquête dont le but a été de déterminer les principaux caractères physiques et chimiques d’un
(1) Le nombre des variétés à examiner étant considérable, une partie de celte enquête fut confiée à d’autres chimistes : M. Carrière, maître de conférences à la Faculté des Sciences de Montpellier, et M. Margaillans de l’Institut technique de la Faculté des Sciences de Marseille,
grand nombre de variétés d’huiles de pépins de raisin fournies par les cépages cultivés en France ou en Algérie. Quarante-six sortes de graines nous furent envoyées des principales régions viticoles; elles ont été soigneusement triées au laboratoire, et dégraissées par l’éther de pétrole. Les différentes huiles, obtenues représe'ntent une importante collection à laquelle sont venus s’ajouter les échantillons antérieurement préparés et ceux que nous ont fournis les coopératives de distillation qui fabriquent industriellement l’huile de pépins de raisin.
Cette fois encore nous avons reconnu l’extrême variabilité de ces huiles. La teneur des graines en corps gras est déjà, à elle seule, très significative; elle peut varier de 6,5 “/o à 21 "/o- La qualité n’est pas moins variable. Sans entrer dans de trop longs détails, je dirai seulement que nous avons pu ramener à trois types diffé,rents les huiles que nous avons obtenues :
1® Un type d’huiles se rapprochant des huiles de colza par leur indice de saponification, mais s’en écartant par un indice d’iode plus élevé;
2® Un type d’huiles apparentées à l’huile de ricin par leur indice d’acéfyle relativement élevé, mais qui ne sont guère, par ce caractère, que des tiers ou des quarts de ricin. Elles proviennent toujours de cépages croissant sous des climats très chauds, Algérie notamment;
3® Un type d’huiles demi-siccatives semblables à l’huile d’œillette et utilisables dans l’industrie des peintures. Ce sont celles qui sont les plus nombreuses.
En reprenant nos recherches sur l’huile de pépins de raisin, nous avions espéré que certains cépages pourraient fournir des huiles dont les propriétés lubrifiantes seraient semblables à celles de l’huile de ricin; cette opinion était basée sur le témoignage de deux chimistes étrangers, l’un Autrichien, Horn, l’autre Italien, Paris, qui, à vingt ans de distance, en 1891 et en 1911, ont affirmé qu’il existe des huiles de pépins de raisin de densité 0,960 et d’indice d’acétyle atteignant ou dépassant 150. Ces huiles doivent être fort rares.
La perspective avantageuse qui laissait entrevoir la possibilité de remplacer par un sous-produit de la viticulture resté longtemps sans emploi, une huile que nous achetons presque entièrement à l’étranger, sous forme de graines de ricin, ne se réalisera pas. Nos recherches auront toutefois permis d’établir que si les
huiles de pépins de raisin ne peuvent pas remplacer l’huile de ricin, il en est cependant qui pourront prendre à côté d’elle une place honorable comme produit lubrifiant.
Sur la graisse retirée de la graine de Mahuba, source nouvelle et abondante de trilaurine [33],
Les sources de glycérides dans lesquels la glycérine est entièrement éthérifiéepar un même acide gras sont assez rares; c’est a tort que I on imprime dans de nombreux ouvrages que les graisses sont constituées par un mélange en proportions variables de ces glycérides; à mesure que nos connaissances sur la nature chimique des corps gras progressent, on reconnaît, au contraire, que les glycérides mixtes sont bien plutôt la règle que l’exception. Les sources de glycérides homogènes sont donc intéressantes à signaler lorsqu’on en trouve.
J’avais retiré en 1920 d’uiie graine brésilienne, encore inconnue en Europe, et désignée sous le nom de graine de Mahuba, une graisse à peu près entièrement constitnée par de la trilaurine mélangée à une certaine proportion d’une substance balsamo-résineuse. Cette graine confiée à un botaniste distingué en vue d’en faire la détermination ne put être rapportée à aucune espèce végétale connue. L’opinion fut cependant émise qu’il devait s’agir d’une graine provenant dun arbre du genre Bassia de la famille des Sapotacées,'bien que ce genre n’ait jamais été signalé dans l’Amérique du Sud. Au contraire, la composition chimique du suif de Mahuba me portait à croire qu’il devait s’agir d’une graine appartenant à une plante de la famille des Lauracées. Pendant plusieurs années, cette question resta pendante. Un nouvel échantillon m’est parvenu dernièrement du Brésil avec l’indication de son origine botanique : Acrodiclidium Mahuba Sampaio, de la famille des Lauracées, arbre découvert seulement en 1917 dans la forêt vierge du bassin de l’Amazone.
Ce menu fait montre que les caractères fournis par la composition chimique d’une graine peuvent constituer un element d’identification parfois aussi utile que les caractères botaniques eux-mêmes.
— ib —
Action du ricinoléa.te de sodium sur les bactéries et les toxines [3S].
M. le professeur Arnold Netter était venu me demander l’année dernière de lui préparer une petite provision de ricinoléate de soude aussi pur qu’il serait possible de l’obtenir. 11 désirait utiliser ce composé dans une série d’expériences bactériologiques.
En combinant les deux méthodes dont les chimistes organiciens disposent pour purifier leurs produits, distillation fractionnée sous très basse pression et cristallisation, j’ai pu simplifier beaucoup la préparation du ricinoléate de sodium pur en évitant de passer par le sel de baryum comme on l’avait fait jusqu’ici. M. le professeur Netter a bien voulu associer mon nom au sien et à celui de ses autres collaborateurs lorsqu’il a publié les résultats de son travail.