HUILES D’ANIMAUX MARINS
Huiles de Cachalot et Spermaceti [29],
Dans un travail publié en collaboration avec M‘'“ François, nous avons étudié les caractères des huiles que l’on peut retirer des diverses parties du corps du Cachalot, Physeier macrocephalus, Lacépêde. Les directeurs d’une entreprise hispano-norvégienne de chasse à la baleine ont bien voulu nous envoyer des échantillons d’huile de la cavité ,ci'anienne, dite « organe du blanc », d'huile de lard et d’huile retirée par coction de la chair musculaire. Ces matériaux nous ont permis d’éclaircir définitivement une question depuis longtemps contioversée. Certains auteurs affirmant que les huiles retirées du corps du Cachalot sont constituées exclusivement par des éthers-sels d’acides gras et d’alcools non saturés (cires liquides), nous avons établi que les glycérides n’en sont jamais absents, quelle que soit la partie du corps d’où elles proviennent. Nous avons retiré, en effet, 1,8 % de glycérine de l’huile de tête, 1,3 de l’huile de lard et 5,5 de l’huile de chair musculaire, teneurs qui correspondent d’une manière approchée à 18 °/„, 13 et 55 “/o de glycérides 11 est intéressant de constater que les graisses des parties profondes du corps diffèrent très sensiblement de celles des parties péri-
(t) Les chiffres entre crochets, à la suite d’un titre, indiquent les traUé chronologique des mémoires se rapportant au sujet "
phériques ou de celles du vaste réservoir qu’est l’organe du blanc.
Le spermaceti lui-méme, matière solide que laisse déposer par refroidissement l’Iiuile de tête et l’huile de lard, n’est pas, comme on l’admet généralement, composé exclusivement d’un mélange de palmitate de cétyle et de stéarate d’octodécyle. Nous avons montré qu’il fournit environ 0,7 % de glycérine à la saponification, quantité qui correspond sensiblement à une teneur en glycérides de 7
Alcools aliphatiques saturés retirés de l’huile de Cachalot et du blanc de haleine [31].
En 1854, Heintz avait cru pouvoir affirmer que le blanc de baleine contient quatre alcools saturés différenls : l’alcool dodécylique, C'*H**0; l’alcool tétradécylique, C'*EI*"0, l’alcool hexadécylique. et l’alcool octodécylique C‘®H=*0.
Après avoir oxydé le mélange des alcools totaux du blanc de baleine par la chaux potassée, il avait retiré des produits de la réaction, les acides laurique myristique, palmitique, C'“J:P*0' et stéarique, et il avait conclu que
chacun d’eux provient de l’action du réactif sur l’alcool correspondant. Son opinion ne fut pas admise par la plupart de ses contemporains, tout au moins en ce qui concerne les alcools dodécylique et tétra-écylique ; les faibles quantités d’acide myristique et d’acide laurique retrouvées pouvant, disait-ou, provenir de la destruction partielle d’autres molécules par l’action d’un réaclif aussi violent que la chaux potassée.
Nos recherches confirment une partie des déductions de Heintz. Du mélange d’alcools qui existent. dans l’huile de spermaceti, nous avons retiré les alcools saturés par cristallisation ; ils ont été transformés ensuite en éthers acétiques et distillés sous pression réduite. Dans les produits de tête, nous avons réussi à déceler la présence d’alcool tétradécylique C“H’"0 que nous avons, caractérisé par son point de fusion et par celui de sa phényluréthane. L’alcool tétradécylique préparé synthéliquement par réduction du myristate d’éthyle nous a servi de terme de comparaison pour établir d’une manière indiscutable l’identité de l’alcool retiré de l’huile de spermaceti.
La même technique appliquée aux alcools du blanc de baleine nous a permis de reconnaître que l’alcool tétradécylique est, aussi au nombre de ses constituants.
En aucun cas, nous n’avons trouvé d’alcool dôdécylique
Alcools non saturés. — L’alcool oléylique C‘*H=“0 existe en assez grande abondance dans l’huile de Cachalot. Nous avons enirepris son étude et celle de ses dérivés. Ces recherches sont déjà assez avancées et feront très prochainement l’objet d’une ou plusieurs Notes.
Étude de ïhuile de Mesoplodon bidens, Sowerby.
(En collaboration avec M. Henri Canal [32].)
Le Mesoplodon bidens, Sowerby, est un cétodonte assez proche parent du Cachalot, mais de taille plus petite : il appartient à la famille des Zyphioïdés, très voisine de celle des Physeteridés. Depuis qu’il a été décrit pour la première fois en 1800, i-l n’en a été capturé que 38 individus qui ne sont d’ailleurs pas tous rapportés à la même espèce.
Celui dont nous avons étudié l’huile s’était échoué en 1908 à Saint-Vaast-la-Hougue. M. le Professeur Anthony qui'en fit la description anatomique avait pris soin de préparer un échantillon d’huile de lard qu’il a obligeamment mise à notre disposition. Contrairement à toute attente, elle s’était fort bien conservée; bien que sa préparation remontât à dix-huit ans, elle n’était ni rance, ni acide.
Nous avons reconnu que, par ses propriétés et sa composition chimique, l'huile de lard de Mesoplodon bidens se rapproche beaucoup de l’huile de lard de Cachalot. Nous en avons retiré St “/o de matières insaponifiables et 49 7o d’acides gras. Les eaux résiduaires de la saponification contenaient une petite quantité de glycérine correspondant à 0,70 °/o du poids de l’huile (présence de glycérides dans la proportion de 7 °/„ environ).
Les matières insaponifiables sont constituées exclusivement par un mélange d’alcool cétylique C*“1P*0 (25 7» c^^s alcools totaux) et d’alcool oléylique C‘®H“ ("^^ "/„).
Ees acides gras contienneîit 1 à 1,5 °lo d’un acide de faijjle
poids moléculaire, d’odeur forte et désagréable dont les propriétés correspondent assez bien à celle d’un acide isopélargonique Aucun acide semblable n’avait encore été
trouvé dans les corps gras animaux ou végétaux. En fait d’autres acides saturés, nous n’avons trouvé que de l’acide palmitique et de l’acide stéarique en faible quantité d’ailleurs.
Les acides non saturés sont à peu près exclusivement constitués par des acides monoéthyléniques. L’acide physétoléique, CiejqsoQa paraît absent ou n’existe qu’en quantité très faible; les acides oléique, C'*H»0% gadoléique, G^“H=“0^et érucique sont les constituants du mélange et parmi eux l’acide oléique domine.
En résumé, l’huile de Mesoplodon bidens ressemble beaucoup a 1 huile de spermaceti, mais au lieu' du physétoléate d’oléyle, c’est l’oléate d’oléyle qui en est le constituant principal.
Il convient d’insister sur l’intérêt que présente la composition des huiles de cétacés du groupe des Cétodontes. Ces animaux sont certainement d’origine très ancienne; on les considère comme « des fossiles vivants ». La composition chimique de leur graisse permet de jeter quelque lumière sur la physiologie d’un groupe d’animaux disparus, chez lesquels les « lipides » étaient sans doute profondément différents de ceux des animaux d’origine plus récente.
Étude de la graisse de Calmar, Todarus Sagîttatus, Lk.
(En collaboration avec M. Henri Canal [30].)
L’étude des huiles de Cachalot nous avait amenés à émettre l’hypothèse que les caractères chimiques qui les distinguent si nettement des autres corps gras proviennent peut-être des graisses contenues dans les céphalopodes géants dont il, fait, dit-on, sa nourriture exclusive. Pour vériher cette hypothèse, il serait nécessaire que les chasseurs baleiniers pussent conserver le contenu stomacal des animaux qu’ils capturent. Nous avons essayé de tourner la difficulté en étudiant la graisse de céphalopodes de rnoindre taille. Nous avons choisi pour cela le Calmar qui est couramment vendu sur certains marchés de Paris.
Sans entrer dans le détail, nous nous contenterons d'indiquer ici les résultats de nos recherches ;
liQ Calmar n’accumule pas de graisses de réserve dans sop
organisme; il paraît, au contraire, transformer en substance musculaire celles qu’il trouve dans ses aliments, le contenu stomacal des animaux examinés était en effet beaucoup plus riche en graisse que les autres parties du corps. Celles-ci n’en contenaient que fort peu, les très faibles quantités qui en furent extraites étaient constituées par des étbers de la cholestérine associés à une faible proportion de glycérides.
Nous n’avons trouvé aucun alcool nliphatique saturé ou non dans la graisse de Calmar.
En raisonnant par analogie entre les petits céphalopodes et leurs congénères de gi-ande taille, on peut inférer, avec assez de vraisemblance, que le cachalot imprime lui-même aux graisses dont son organisme est si riche les caractères particuliers qui en font une classe à part parmi les corps gras.
Recherches sur les carbures d’hydrogène des huiles de foie de squales.
(En collaboration avec M. Henri Canal [36].)
Ces recherches sont la continuation de celles dont nous avions déjà consigné les premiers résultats dans une Note parue aux Comptes rendus de VAcadémie des Sciences en 1925 ^22].
Nous avons extrait les carbures d’hydrogène contenus dans l’huile de foie de trois sortes.de squales : le Pèlerin, Cetorhinus maximus Günner, la Liche ou Gatte, Scijmnus iichia, Müller et Henlé, et le Centrophore granuleux, Centrophonis ffranulosus, Müller et Henlé.
Gomme nous l’avions déjà établi, les carbures fortement non saturés de ces huiles ne sont pas constitués par une seule espèce chimique mais par un mélange. Le développement que nous avons donné à ces recherches nous a amenés à en exposer les résultats dans un assez long mémoire paru aux Annales de Chimie. Nous nous contenterons d’en indiquer les conclusions.
La seule réaction qui a servi jusqu'ici à caractériser les carbures d’hydrogène fortement non saturés des huiles de foie de squales consiste à faire réagir sur eux les hydracides HCl et HBr avec lesquels ils fournissent des produits d’addition cristallisés. Les premiers auteurs qui l’ont utilisée ont admis, sans en faire la preuve, que les combinaisons obtenues proviennent de Paddition intégrale de tout le réactif que les carbures d’origine seraient
théoriquement susceptibles de fixer et quelles représentent des espèces chimiques pures.
Des recherches minutieuses et patientes nous ont permis d’établir que ces deux hypothèses sont inexactes. Nous avons reconnu, en effet, qu’il est possible, en se plaçant dans des conditions déterminées, de fixer encore une certaine quantité d’hydracide sur les combinaisons cristallisées, chlorhydrates et bromhydrates, qu’avaient obtenues avant nous les chimistes japonais et anglais, Tsujimoto et Chapman.
En ne poussant point la réaction jusqu’à son terme, ils furent amenés à attribuer à ces carbures uh'e formule inexacte. Nous avons montré que 1 on avait affaire à des composés dont la condensation est moindre qu’on ne l’avait supposé et que la formule est vraisemblablement plus proche de la vérité que la formule précédemment adoptée. Nous estimons même que la formule véritable doit être formule qui rattache étroite¬
ment ces carburSs à la cholestérine. Les résultats de recherches en cours nous permettront, croyons-nous, d’apporter prochainement des arguments d’une réelle valeur à l’appui de cette opinion.
iNous avions été les premiers à reconnaître que les bromhydrates cristallisés obtenus à partir des carbures bruts des huiles de foies de Cetorhinus maximus et de Scymnus Lichia ne sont pas des espèces chimiques pures et qu’on peut arriver à les dédoubler endeifx composés de point de fusion différent et dont la teneur en halogène est plus élevée pour le composé à point de fusion le plus bas. Nous avons vérifié à nouveau le même fait sur les carbures retirés de l’huile de foie de Centrophorus granulosiis.
Si, comme on l’avait cru jusqu’ici, ces halohydrates provenaient de la fixation intégrale de tout le réactif qui peut être fixé sur les carbures dont ils proviennent, la seule interprétation qu’il conviendrait de donner à nos analyses, c’est que nous sommes en présence de deux composés homologues difficiles à séparer. Le postulat de la chlorhydratation et de la bromhydratation complète étant, comme nous l’avons démontré, inexact, il est possible qu’on ait affaire à un mélange de composés isomères dont l’un serait plus difficile à chlorhydrater ou bromhydrater que l’autre. Pour des raisons qui- sont indiquées dans notre mémoire et dont l’exposé nous entraînerait trop loin, .cette
seconde interprétation nous paraît, pour l’instant, préférable à la première, mais des recherches nouvelles sont nécessaires pour établir d’une façon certaine quelle est la plus conforme à la réalité.
Nous poursuivons l’étude de ces intéressants composés; le Comité scientifique de l’Office national des combustibles liquides a bien voulu nous renouveler, pour l’année 1927, le crédit qui nous avait déjà été accordé en 1925 et en 1926 pour faciliter nos travaux.
Relations entre le développement du foie et celui des glandes sexuelles chez quelques poissons cartilagineux [40].
Pendant les vacances de 1926, j’ai fait un séjour, de deux mois au laboratoire maritime du Collège de France à Concarneau pour y préparer une série d'échantillons d’huiles d’animaux marins d’origine certaine. J’ai pu, de la sorte, enrichir notablement ma collection qui s’est trouvée accrue de plus de 25 sortes nouvelles d’huiles ou graisses. Certains échantillons, très copieux, constituent de précieux matériaux d’étude pour des recherches à poursuivre ou à entreprendre dans un prochain avenir. .Ils proviennent tous d’organes frais recueillis soit à Concarneau, soit au port de pêche de Lorient.
En préparant ces diverses huiles j’ai pu faire un certain nombre de remarques intéressant la physiologie de quelques animaux; j’ai reconnu notamment que che^es plagiostomes, le développement du foie et l’importance des réserves adipeuses qu’il contient semblent être en relation étroite avec le développement et l’état fonctionnel des glandes sexuelles. Chez les jeunes, la fonction adipogénique du foie semble rester, le plus souvent, latente jusqu’à la maturité sexuelle; chez les adultes, le foie des mâles est en général plus petit et moins riche en graisse que celui des femelles, tout particulièrement quand celles-ci sont en gestation d’œufs,
Los observations analogues que nous avons pu trouver sont fort rares. Deux seulement avaient déjà été faites en 1912 au laboratoire de physiologie de la Station zoologique de Naples. Des particularités semblables semblent exister aussi chez les
poissons osseux, il est probable qu'elles pourront être mises à profit pour préparer des huiles de foies de poissons riches en vitamines.
Sur les qualités et les quantités d’huile que l’on peut extraire du corps d’un dauphin [39],
Pendant la saison de pêche du Germon ou thon blanc, un certain nombre de têtes de dauphin sont rapportées à Concarneau par les pêcheurs thonniers pour toucher la prime payée par l’Inscription maritime; les delphinidés étant officiellement, reconnus comme des animaux nuisibles. Le corps de l’animal représente en outre un appréciable ravitaillement en viande fraîche pour l’équipage des dundees thonniers qui ne mangent que du poisson.
J’ai profité de mon séjour à Concarneau pour préparer une petite provision d’huiles de dauphin de qualités diverses et fixer d’une manière certaine les quantités moyennes que peut fournir' le corps d’un de ces animaux. Les renseignements que,l’on trouve, assez rarement d’ailleurs, dans les ouvrages spéciaux, sur ce sujet, sont contradictoires et souvent fantaisistes. J’ai reconnu qu un dauphin pesant de 80 à 90 kilos fournit en moyenne :
1° 123 à 130 grammes d’huile provenant d’une sorte de substance médullaire contenue dans les deux extrémités creuses de 1 os maxillaire inférieur. Cette huile est la plus estimée des huiles de graissage et trouve, dit-on, acquéreur à un prix extraordinairement élevé. Sa comjKisition chimique est encore très mal connue ;
2“ Environ 300 grammes d’une huile très riche en acide phocénique provenant de la masse adipo-fibreuse frontale que les Anglais désignent sous le nom de « melon » et dans laquelle vient s’ouvrir l’évent, orifice respiratoire nullement assimilable au nez des autres mammifères, les delphinidés paraissant dépourvus de tout organe olfactif;
3“ Environ 6 à 7 kilos, suivant le cas, d’huile de lard beaucoup moins riche en acide phocénique que l’huile de « melon ».
Les matériaux abondants dont j’ai pu profiter me permettront, je l’espère, d’apporter une contribution nouvelle à la conpaissance de ces huiles,
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