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PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE BU CERVEAU

DES MOUVEMENTS CIRCULAIBES.

Le point de départ de ce travail a été la recherche des conditions pa thologiques sous l’influence desquelles se produisent certaines déviations particulières de la marche, sorte d’entraînement plus ou moins semblable aux mouvements circulaires ou de manège.

Les lésions qui les déterminent semblent être d’une tout autre nature, et occuper un tout autre siège que celles qui président aux mouvements de propulsion, de rétrocession et de rotation sur l’axe. Les physiologistes sont à peu près tous d’accord sur le siège de ces divers mouvements de rotation,|dont la localisation dans les pédoncules cérébelleux est acceptée comme un fait acquis par l’expérimentation, ainsi que par la démonstration clinique. Qu’ils s’exécutent :

1" Sous forme de mouvements giratoires, autour de l’axe du corps, l’animal étant debout... mouvements de toupie ;

2’ Ou bien, autour de l’axe du corps, l’animal étant couché... mouvement cylindrique ou de roulement;

3” Ou bien en rayon de roue, c’est-à-dire l’animal tournant autour du train postérieur qui sert d’axe, la tête parcourant les différents points de la circonférence;... les mouvements de rotation répondent à des lésions à peu près toujours les mêmes, et situées, comme nous venons de le dire, vers les pédoncules cérébelleux ; plusieurs faits pathologiques rapportés dans ce mémoire viennent confirmer ces données physiologiques.

Ces divers mouvements giratoires apparaissant parfois d’une manière accidentelle et passagère ; j’ai essayé de démontrer cliniquement qu’ils pouvaient se manifester aussi sous l’influence d’une cause transitoire ellemême, telle que le trouble dans la circulation cérébrale qui se produit au milieu de l’attaque d’épilepsie. Il n’est point, en effet, d’affection qui apporte dans les actes du système nerveux une perturbation plus générale et plus rapide que le fait l’épilepsie ; l’intelligence, la sensibilité, les mouvements sont atteints à la fois, et la soudaineté, la surprise de l’attaque rapprochent le malade des conditions dans lesquelles se trouve un animal devant le couteau de l’expérimentateur. Chacun de nous n’a-t-il pas vu desjépileptiques tourner sur eux-mêmes pendant leurs attaques, et s’entraîner de l’un ou de l’autre côté, comme si une force irrésistible les y poussait ; et n’est-il pas cliniquement acceptable, bien que la démonstration anatomique ne puisse être réalisée, que la congestion vers les pédoncules cérébelleux doit être la cause accidentelle de ces mouvements giratoires chez les épileptiques?

Un autre point du mémoire a rapport aux mouvements circulaires ou de manège, mouvements essentiellement différents des premiers, puisqu’ils s’exécutent dans un cercle à rayon plus ou moins développé, et

étaient identiques, à la différence près de la circonférence du cercle et de l’étendue du rayon.

Mon mémoire rapporte deux exemples de cette marche oblique, que j’ai trouvée à peine signalée dans les traités de pathologie ; l’un d’eux m’a été communiqué par mon collègue et ami Delpech, l’autre a été recueilli dans mon service à l’hôpital Saint-Antoine. Dans ces deux observations, les malades présentaient ce symptôme particulier: de ne pouvoir marcher droit devant eux, et d’arriver toujours obliquement à une certaine distance du but qu’ils voulaient atteindre, sans que des troubles de la vision ou des lésions graves de la motilité puissent expliquer cette déviation.

L’entraînement à droite que subissait l’un de ces malades existait même la nuit pendant le sommeil, et le précipitait en dehors de son lit, toujours du côté droit.

J’ai rapproché ces lésions de musculation, de celles qu’on observe fréquemment chez le mouton tournis ; et tout en tenant compte de la maladie toute spéciale du mouton, invariablement caractérisée par des cœnures, j’ai essayé de fixer l’attention sur un phénomène de physiologie pathologique dont les conditions ne sont point encore suffisamment dé-

Cette étude m’a conduit aux propositions suivantes :

1' Qu’il existe dans certains cas une déviation oblique de la marche liée à une musculation irrésistible ;

2° Qu’elle lient le plus souvent à l’existence de tumeurs insidieusement développées dans l'épaisseur de la substance cérébrale, et que ce symptôme peut servir à éclairer le diagnostic souvent fort obscur des maladies chroniques du cerveau ;

3° Que la lésion semble avoir son siège ordinaire dans les parties supérieures du cerveau, lobes antérieurs, ventricules latéraux, lobes postérieurs, et que la déviation de la marche se produit du côté de la lésion.

DÉLlllE AIGr HYDROPHOBIQUE.

Le malade qui fait le sujet de cette observation a présenté tous les signes de la rage : hydrophobie, exaltation de la sensibilité, pâleur de la face, expression smistre du regard, suffocations, constrictions à la gorge, crachotement presque continuel au dernier jour, délire avec agitation extrême, mort rapide.

L’expression symptomatique de la maladie se confond avec celle de la rage à tel point, que le diagnostic n’a pu être établi que d’après les renseignements donnés par la famille sur les habitudes et sur les antécédents de ce malade. L’accès aigu auquel il a succombé était la quatrième manifestation d’un délire à répétitions plus ou moins éloignées, dont les accès avaient ressemblé, au degré près, à celui que nous avions eu sous les yeux. Chacune de ces crises avait été précédée de dissipation et d’excès alcooliques ; les deux dernières avaient présenté l'hydrophobie comme expression dominante, et le suicide, soit à l’état de menace, soit à l’état d’exécution, s’était retrouvé dans chacune d’elles. Une cause spéciale avait présidé à l’explosion de chacun de ces accès, cette cause était l’alcoolisme expressément indiqué par la famille. L’alcoolisme, cause perturbatrice, élément initial, ne s’était point traduit chez ce malade par l’expression classique du delirium tremens, mais bien par des troubles nerveux appartenant aux formes d’aliénation mentale désignées sous le nom de délire aigu des aliénés. Pourquoi cette dérogation à ses lois habituelles ? C’est que l’excitation alcoolique, limitée dans son action au rôle de cause occasionnelle, avait provoqué, chaque fois, le retour de véritables accès d’aliénation, chez cet homme préparé à la folie par l’hérédité et par les prédispositions acquises. Le délire auquel il a succombé est une des formes de la manie, voisine de la méningite, dans laquelle l’hydrophobie est un symptôme assez fréquemment observé dans les asiles d’aliénés.

Quand une question nouvelle surgit et s’impose, il est utile d’enregistrer tous les faits qui peuvent servir à son étude ; tel a été le but de ce mémoire.

L’aphasie est au nombre des localisations cérébrales qui semblent aujourd’hui le mieux déterminées ; sa cause invariable, dit Broca, est une lésion au tiers inférieur de la troisième circonvolution frontale gauche.

Telle est la formule à Tordre du jour, tel est le rapport de la lésion au symptôme, sous la réserve cependant d’un certain nombre de faits d’apparence contradictoire.

Je cite un exemple d’aphasie avec hémiplégie gauche observé dans mon service en 1866, et soumis à Texamen de Broca, qui était, à cette époque, chirurgien de l’hôpital Saint-Antoine. L’hémiplégie gauche chez

cet homme aphasique appartenait à une lésion manifeste de l’hémisphère droit, aussi comptilmes-nous cette observation au nombre des faits en désaccord avec la théorie nouvelle. Broca crut devoir expliquer cette infraction à sa loi générale, par ce considérant tout exceptionnel : que cet homme étant gaucher, l’hémisphère droit avait dépossédé l’hémisphère gauche de ses aptitudes fonctionnelles ; de telle sorte que, l’interversion de la lésion répondant à l’interversion de la fonction, la théorie, loin d’être ébranlée par ce fait, aurait au contraire trouvé en lui une preuve de plus en sa faveur. Quoi qu’il en soit, cette observation est bonne à conserver pour l’époque où la question sera soumise à nouvel examen.

Les recherches que nous avons faites sur cet aphasique nous ont permis d’étudier d’autres questions, et plus particulièrement celle-ci : dans quelle mesure la perte de la parole est-elle compatible avec la conservation des autres manifestations extérieures de la pensée ; et jusqu’à quel point la parole et l’écriture sont-elles solidaires l’une de l’autre? Parmi les diverses expressions de la pensée, les unes, parole et écriture, appartiennent au langage figuré ou conventionnel ; les autres, gestes, signes, mimique, appartiennent au langage naturel. De ces deux modes de langage, le figuré est le plus souvent atteint, et l’aphasique est à la fois privé de la faculté de parler et d’écrire. Il en est ainsi chaque fois que l’amnésie verbale enlève au malade la mémoire des mots qui se rapportent aux idées qu’il veut exprimer ; l’idée, n’ayant plus sa représentation figurée, n’a plus alors d’autre mode d’expression que le signe et la mimique. Tel est l’aphasique complet.

A côté de ce type parfaitement défini on rencontre d’autres aphasiques, chez lesquels l’acte intellectuel, correspondant à l’idéation et à la représentation figurée de l’idée, est conservé intact dans son exercice, mais dont la manifestation verbale seule est perdue ; ils peuvent écrire aussi facilement, aussi librement qu’ils le faisaient d’habitude, mais tout échange par la parole est devenu impossible.

Le mémoire que j’ai analysé contient un remarquable exemple de cc genre d’aphasique, en voici le résumé :

Perte absolue de la parole. Mutisme complet pendant cinq mois.

Conservation de l’écriture.

Conservation de l’intelligence et de la mémoire.

Conservation de la lecture mentale.

Conservation de la volonté de parler, témoignée par les efforts et les impatiences du malade, qui a conscience de son infii-mité.

Il est évident que, chez cet homme, tout ce qui appartient à l’élément intellectuel du langage est conservé intact; que l’acte cérébral nécessaire à la production de la pensée est en plein exercice ; que la pensée trouve sa formule dans le mot qui correspond à l’idée ; que la pensée et les mots se combinent et s’associent entre eux pour former des phrases ; en un mot, que le langage intérieur existe, que le malade a la pensée parlée mentalement. Ses rapports avec le monde extérieur sont conservés par l’écriture et par les signes; un seul mode d’expression lui manque : la parole.

Cette variété d’aphasie établit nettement la rupture qui s’est faite entre l’élément intellectuel et l’élément mécanique du langage, puisque la parole ne peut plus être projetée au dehors. L’imperfection des organes extérieurs, larynx, langue, lèvres, etc., ne pouvant être mise en cause pour expliquer ici la suppression complète de la parole, nous avons été conduit à la rapporter à une lésion des organes cérébraux qui servent à la transmission des incitations verbales, à l’appareil locomoteur.

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