EXPOSÉ GÉNÉRAL
Nos recherches et travaux concernent avant tout l’étiologie et la prophylaxie des maladies infectieuses et l’hygiène générale. Cette orientation, conforme à une tendance naturelle d’esprit, concordait avec nos situations successives, qui, dans les laboratoires, les services cliniques ou l’enseignement, nous mettaient constamment aux prises avec les multiples problèmes que soulèvent la prophylaxie et l'hygiène des collectivités.
Les différents postes occupés dans les Laboratoires de Bactériologie oit de Prophylaxie, ont pour objectif essentiel l’organisation et l’exécution de la lutte contre les maladies infectieuses les plus diverses; les chaires d’hygiène du Val-de- Gràce, celle de Professeur agrégé comme celle de Professeur, se consacrent à l’enseignement général de l’hygiène, avant tout par des démonstrations pratiques; nos fonctions actuelles de Directeur de Laboratoire et d’inspecteur d’Uygiène et d’Épidémiologie de l'Armée nous mettent en contact permanent avec tout ce qui intéresse les mesures à prendre contre les maladies épidémiques, ou les principes et procédés émettre en œuvre pour assurer la salubrité des camps, casernements ou formations sanitaires.
Une première série de travaux concernent les infections paratyphoïdes. Après avoir signalé leur fréquence relative, jusque-là méconnue, en divers milieux, nous avons précisé les caractères de leurs agents pathogènes, fait connaître de nouveaux procédés de différenciation, étudié les moyens de diagnostic, certains aspects cliniques spéciaux, les modes de propagation par les eaux ou par les porteurs de germes, et la prophylaxie.
Parallèlement nous avons pu sur certains points compléter l'histoire de la fièvre typhoïde , en particulier sur quelques particularités cliniques, l’hémoculture, la variabilité de l’aptitude agglutinative du bacille typhique, le rôle des porteurs de germes, la fièvre typhoïde d’origine ostréaire.
INFECTIONS PARATYPHOÏDES ET FIÈVRE TYPHOÏDE <u ;
INFECTIONS PARATYPHOÏDES
Nées en France avec les observations de MM. Ch. Achard çt P, Bonsuude, puis F. Widal et P, Nobécourt, les infections paratyphoïdes y demeuraient cependant presque méconnues quand nos premiers travaux en collaboration avec M. F. Chevrel, firent connaître leur existence dans la région de l’Quest, pùS4cas avaient pu être observés en diverses localités (Rennes, gaint-Malo, Fontevrault, etc.), sous forme sporadique ou épidémique (1). Dans la région parisienne, où MM. A. Netter et Ribadeau-Dumas les avaient antérieurement signalées, nqus constations qu’elles demeuraient rares de 1906 à juin 1909, et se montraient les deux années suivantes assez répandues pour représenter presque la moiiié des maladies typhoïdes (2). Des atteintes observées en France appartenaient presque exclusivement au bacille paratyphique B,
Dans l’Afrique du Nord, Maroc et province d’Oran, nous signalions en 1913 leur fréquence et leur gravité; elles étaient dues cette fois autant au bacille type A qu’au bacille type B (3). On peut supposer que la présence sur le front des troupes d’Afrique infectées est une des raisons qui expliquent l’explosion d'infections paratyphoïdes constatées aux Armées dés octobre 1914,
Incubation. — Divers épisodes épidémiologiques, en particulier de petites épidémies au cours de manœuvres, nous ont permis de fixer la durée d’incubation : elle oscille entre cinq et quinze jours (4).
Manifestations cliniques. — Les manifestations cliniques des infections paratyphoïdes soçt diverses.
Le plus souvent leur aspect rappelle celui des infections typhoïdes, dont elles possèdent toute la symptomatologie. Il faut cependant noter que les formes relativement atténuées (formes dites gastro-intestinales ou d’embarras gastriques) sont particulièrement fréquentes dans le groupe des infections paraliphoïdes IL Leur évolution se fait parfois en quelques jours, et nous avons noté que parfois les taches rosées apparaissent après la disparition définitive de la fièvre (4).
Outre ces formes habituelles, nous avons fait connaître trois autres modalités A'infection paratyphoïde B :
f Une forme méningée (5) qui donne au grand complet les symptômes des états méningés aigus, h tel point qu’on peut penser alors à la méningite cérébrospinale. Mais le liquide céphalo-rachidien demeure normal, l’hémoculture est positive; les accidents méningés disparaissent en quelques jours ;
2“ Une forme méningée accompagnée d’ictère (6) susceptible de constituer un syndrome analogue è celui de la spirochétose ictéro-hémorragique; •
3° Une forme mixte épidémique avec association du bacilleparatyphyque II et de l'entérocoque , tous deux décelés par hémoculture. Cette formé diffère u n peu des formes courantes dé l’infection paratyphoïde par le début brusque, la rachialgie, et l’existence, à côté de taches rosées classiques, d'autres taches rouge sombre ™
Quant aux infections dues au bacille paralyphique A, elles prennent généralement l'aspect de la fièvre typhoïde classique; toutefois, nous y avons noté une fréquence remarquable des manifestations pulmonaires congestives (8). .
La formule hémo-leucocytaire est analogue à celle de la fièvre typhoïde. Nous avons trouvé, en effet, une leucopénie permanente, avec prédominance des éléments mononucléés, alors que les polynucléaires sont à la fois moins nombreux et moins riches en granulations neutrophiles (5).
Iciêbes typho-paratyphiqües. — L’ictère typho-paratyphique peut revêtir des formes cliniques de gravité variable. D’après nos recherches, son diagnostic ne peut être fait qu’assez rarement par l’hémoculture, cette dernière ne se montrant positive que dans les formes un peu sévères (16, 9); on peut voir alors une fièvre typhoïde classique faire suite, sous forme de rechute, à un ictère iufectieux typhique (9). Par contre, la présence de l’un des bacilles typho-paralyphiques dans les excréta, jointe è l’existence de propriétés spécifiques du sérum, permet do déterminer la nature exacte de certains ictères bénins (10). Diverses observations nous amènent à penser que ces ictères typho-paratyphiques surviennent habituellement chez des sujets en état de demi-immunisation (par suite d'une
transmission par une eau do boisson notoirement contaminée; dans une autre survenue à la même époque à Fonlevrault, le bacille typhique pouvait être mis en évidence dans l'eau de boisson. De même que pour la fièvre typhoïde, la transmission par voie hydrique joue donc un rôle important (1, 4).
Dans deux autres petites épidémies, survenues à Paris ea 1909, l'étiologie est toute différente. Les conditions d’apparition dé l'infection, h la fois massive et strictement localisée, orientèrent l'enquête Vers une contamination inter^ humaine par l’intermédiaire des aliments : dé fait, il fut établi que, dahs les deux cas, un aide cuisinier avait été atteint d'une forme fruste (embarras gastrique) peu avant l’apparition de la poussée épidémique ; ces deux aide-cUisiniéts se trouvaient encore porteurs des bacilles infectants, l’un, trois semaines et l’autre deux mois après l’atteinte antérieure (bacille paratyphique B), et leur sérum demeurait toujours agglutinant, Autant que le permettent les déductions épidémiologiques, on doit donc ici altribuer l’épidémie à la contaminalion accidentelle d’aliments quelconques par des malades, et Sur ce point, l'étiologie des Infections paratyphoïdes rappelle celle de certains empoisonnements alimentaires (21, 22), Les porteurs de germes typho-paratyphiques , — Au point de vue épidémie* logique, il faut attribuer quelque importance aux porteurs de germes. Ils comportent plusieurs variétés : les porteurs précoces, malades dans la période d’incubation ; les porteurs convalescents ; les porteurs chroniques, anciens malades qui continuent à éliminer des bacilles pendant des années après guérison; les porteurs Sains, sujets qui n’ont jamais présenté d’affections typhoïdès (23). Les porteurs chroniques et convalescents iiltéressent toUt particulièrement l’épidémiologie. Le bacille persiste le plus souvent dans les fèces, parfois dans l’uriné. Le nombre des porteurs chroniques peut être évalué K 4 ou 3 p, 100 en moyenne, mais unê technique de prélèvement plus sévèré, que nous avons fait connaître avec M. Bellot (118), donne des chiffres plus élevés. L’élimination des bacilles est habh
persistance d’une lésion anatomique, le plus souvent une cholécystite, elle-même favorisée par l’existence préalable d'une lithiase vésiculaire. Quant aux porteurs convalescents, ils relèvent sans doute aussi d’une localisation vésiculaire. Nous avons pu (25) surprendre le fait chez un malade : après une fièvre typhoïde bénigne, le bacille typhique avait disparu des Sellés, lorsqu’une poussée de Cholécystite au cinquante-septième jour le fit réapparaître en quantité telle qu’il formait la moitié de la flore microbienne. Des éliminations aussi massives sont particulièrement dangereuses.