XII. — PHYSIOLOGIE DU MUSCLE CARDIAQUE
à l’Académie de Médecine, concours de 1888 ; la dernière partie de ce mémoire, présenté à ce concours sous le titre : Physiologie du muscle cardiaque, n’a pas encore été publiée. — Les recherches, comprises sous les n“ 6 et 7, ont valu à l’auteur le prix Montyon, de physiologie expérimentaie, il’Académie des Sciences, concours de 1890.)
1° Expériences sur les mouvements rythmiques du cœur — en collaboration avec M. G. Sée (Comptes rendus Acad, des Se., 21 mars 1887).
2" Sur la suspension des mouvements rythmiques des ventricules cardiaques (Soc. de Biol., 14 février 1891).
3° Contribution à l’étude des mouvements trémulatoires du cœur {Soc. de Biol., 18 avril 1891).
4° Contribution à l’étude des mouvements rythmiques des ventricules cardiaques (Mémoire détaillé : Arch. de physiol., octobre 1891).
5° Contribution à l’étude des mouvements du cœur chez l’homme [expérience faite sur un supplicié] {Soc. de Biol., 11 octobre 1890).
6° Recherches sur la loi de l’inexcitabilité périodique du cœur chez les mammifères {Arch. de physiol., mai 1889).
V Nouvelles expériences relatives à l’inexcitabilité périodique du cœur des mammifères {Arch. de physiol., avril 1890).
8° Note sur des phénomènes d’arrêt très prolongé du cœur (Soc. de Biol., 28 juin 1890).
9" Contribution h l’étude du tétanos du cœur (Soc. de Biol., 12 juillet 1890).
L’effet des excitations électriques sur les ventricules du cœur est bien connu : sous cette influence, le cœur présente des mouvements violents et irréguliers, que l’on a désignés sous le nom de trémulations ventriculaires; chez le chien, après l’excitation, les contractions rythmiques ne peuvent plus se
rétablir ; la mort des ventricules est définitive ; les oreillettes continuent à battre rythmiquement pendant quelque temps encore.
De l’étude systématique et de l’analyse expérimentale minutieuse à laquelle j’ai soumis ce phénomène sont sortis les résultats suivants :
1“ Vérification de l’expérience que Kronecker et Schmey avaient fait connaître en 1884 : la piqûre d’un point situé à la limite inférieure du tiers supérieur du sillon interventriculaire antérieur, dans le cœur du chien, détermine immédiatement les trémulations ventriculaires et la mort du cœur ;
2" Constatation de ce fait absolument nouveau, à savoir que le myocarde réagit différemment, suivant l’intensité ou la fréquence des excitations électriques : si en effet on diminue l’intensité ou la fréquence, on détermine une grande accélération du cœur, mais non pas l’arrêt précédé des mouvements trémulatoires ;
3” Contrairement à ce que tous les physiologistes admettaient, la faradisation directe du myocarde peut déterminer les trémulations ventriculaires, suivies de l’arrêt définitif du cœur, chez le lapin comme chez le chien; seulement, pour produire cet effet, l’excitation doit être répétée une ou deux fois de suite et prolongée : il y a là un effet de summation manifeste ;
4° Trois séries de faits inconnus avant ces expériences montrent que cette réaction particulière du muscle cardiaque est, au moins en partie, dépendante d’un appareil nerveux intra-cardiaque :
1” série : l’excitabilité du cœur du chien peut être diminuée par le chloral à haute dose, de telle sorte qu’après une faradisation ayant déterminé les trémulations ventriculaires, les battemerfts rythmiques reparaissent, comme sur le cœur du lapin ;
2“ série : le cœur des chiens et des chats nouveau-nés résiste semblablement aux excitations électriques directes ;
3“ série : il en est de même encore chez les chiens refroidis. Chez le lapin refroidi, l’addition des excitations reste aussi sans effet.
Or, il n’y a rien de commun, ce semble, entre ces trois conditions, sinon que dans toutes les trois l’excitabilité des appareils nerveux est affaiblie. Pour toutes ces raisons, il convient de penser que dans la production des trémulations, il s’exerce réellement une influence d’ordre nerveux ;
5" Constatation sur le cœur d’un supplicié, examiné quatre minutes après la décapitation, des trémulations ventriculaires, sous l’influence d’excitations mécaniques.
Los recherches sur la phase réfractaire du cœur, chez les mammifères,
exposées dans deux mémoires détaillés, publiés dans les Archives de physiologie, constituent une étude entièrement nouvelle. J’ai en effet trouvé que la loi de Marey, concernant l’inexcilabilité périodique du cœur, est une loi vraiment générale, s'appliquant aux animaux à sang chaud comme à la grenouille et à la tortue : ainsi le cœur du chien ou du lapin ne réagit pas à une excita-. tion qui coïncide avec la systole. C’est grâce à un artifice expérimental qui, ralentissant le cœur, allonge par suite la phase d’excitabilité, que j’ai pu réaliser cette étude sur les mammifères.
Cette phase d’inexcitabilité périodique, plus longue chez le chien que chez la grenouille, comprend toute la durée de la systole; de plus, elle no disparaît jamais complètement sous l’influence des excitations les plus fortes; enfin, on observe souvent, sous l’influence de ces excitations fortes, un allongement de la systole qui était en train de se faire, avec raccourcissement de la diastole suivante et renforcement des deux ou trois systoles suivantes ; d’autres fois, au contraire, on constate, non plus une contraction, mais bien un allongement considérable de là diastole au moment de laquelle l’excitation a eu lieu. J’ai cherché à montrer que ces différences tiennent à des variations dans la phase d’excitabilité du cœur, en rapport elles-mêmes avec les influences d’arrêt qui s’exercent normalement sur ce muscle : on conçoit, par exemple, que, si les actions inhibitoires sont exagérées, la phase d’excitabilité sera plus malaisée à révéler.
J’ai déterminé quelques conditions dans lesquelles on peut observer des arrêts très longs du cœur, suivis néanmoins de la reprise des battements rythmiques : ce fait se présente très souvent sur des cœurs de grenouilles empoisonnées par le sulfure d’allyle, sur lesquels j’ai observé des arrêts de plusieurs minutes et même de 11 minutes. J’ai observé le même fait sur le cœur des chiens nouveau-nés (arrêts durant 2 et 3 minutes), à la suite des trémulations produites par l’excitation directe des ventricules, et, dans les mêmes conditions, sur le cœur des lapins préalablement refroidis. Il faut noter que ces animaux (lapins refroidis ou nouveau-nés) ne diffèrent pas, au point de vue de la physiologie générale, des animaux à sang froid ; on n’a jamais constaté d’arrêts du cœur aussi longs chez les animaux à sang chaud.
La question de savoir si le muscle cardiaque peut entrer en véritable tétanos est toujours en suspens. J’ai montré qu’on peut obtenir aisément sur des grenouilles empoisonnées par le sulfure d’allyle une forme de tétanos du cœur qui ressemble tout à fait à celui des muscles striés ordinaires.