XVII. - FONCTIONS DE LA GLANDE THYROÏDE
I" Note préliminaire sur les effets physiologiques du suc de diverses glandes et en particulier du suc extrait de la glande thyroïde [Soc. de Biol., 18 avril 1891).
2° Sur la toxicité des urines des chiens thyroïdectomisés. Contribution à l’étude des fonctions du corps thyroïde [Soi. de Biol., 16 mai 1891).
3” Sur lés effets de l'extirpation du corps thyroïde [Soc. de Biol., 4 juillet, H juillet et 18 juillet 1891).
4” Sur les fonctions du corps thyroïde [Soc de Biol., note déposée dans la séance du 16 mai 1891, lue dans la séance du 12 décembre).
5- Note sur les fonctions de la glande thyroïde chez le lapin et chez le chien (Soc.' de Biol., 12 décembre 1891).
6* Contribution à l’étude des effets de la thyroïdectomie chez le chien (Mémoire détaillé : Arch. de physiol., janvier 1892).
7" Effets de la thyroïdectomie chez le lapin (Mémoire détaillé : Arch. de physiol., janvier 1892).
C’est à Schiff qu’appartient l’expérience qui a ouvert la voie aux idées nouvelles, relatives aux fonctions de la glande thyroïde : sur 60 chiens sur lesquels ce physiologiste avait pratiqué l’extirpation de la glande, tous, sauf un, moururent en 4-30 jours, après avoir présenté des troubles surtout moteurs (attaques cloniques et toniques, puis paralysie). De son côté, J. L. Reverdin (de Genève) signala le premier les phénomènes cachectiques qui résultent souvent de la thyroïdectomie chez l’homme. Depuis la publication du mémoire de Schiff (1884), nombre de physiologistes ont répété ses expériences et ont bien établi que la mort suit toujours l’extirpation de la glande thyroïde chez le chien, le chat et le singe. Le fait le plus important, constaté depuis le travail de Schiff, a été trouvé par Horsley : c’est l’apparition du myxœdème, chez le singe, après la thyroïdectomie.
Les recherches que j’ai entreprises sur les fonctions du corps thyroïde et que je poursuis encore ont déjà fourni les principaux résultats suivants :
1° Plusieurs phénomènes qui avaient échappé à l’attention des expérimentateurs ont été signalés; d’autres, déjà connus, ont été soumis à une étude analytique ; parmi les uns ou les autres, je citerai l’anorexie et les troubles intestinaux ; les troubles trophiques ; les phénomènes paralytiques et surtout la paralysie des extenseurs, phénomène du début; les phénomènes convulsifs, étudiés
à l’aide de la méthode graphique; le rapport entre les convulsions ell’hyperthermie et entre celle-ci et la polypnée ; le passage de l’albumine et des matières colorantes de la bile dans les urines ; quelques particularités anatomo-pathologiques nouvelles; la possibilité d’une forme chronique des accidents, caractérisée par de la parésie, de l’abattement général, quelquefois de l’hypolhermie et des troubles digestifs, et surtout par des troubles trophiques cutanés constituant une sorte de sclérodermie. Tous ces faits ont été observés sur le
2° On croyait le lapin capable de résister à l’ablation de la glande thyroïde ; on avait même sur ce fait établi toute une théorie, d’après laquelle la thyroïdectomie n’entraînait la mort que chez les animaux carnivores (Sanquirico et Oreccbia, Langendorff, Ewald). Or, il n’en est rien : le lapin meurt comme le chien et en présentant les mêmes manifestations morbides ; mais il faut enlever non seulement le corps thyroïde proprement dit, mais aussi deux très petites glandules qui existent, une de chaque côté, chez ce rongeur, au-dessous de la glande principale. Si le corps thyroïde est extirpé seul ou si ces lobules sont seuls enlevés, il ne survient aucun trouble. Ces faits sont d’autant plus intéressants que la structure des glandules en question est celle du corps thyroïde à l’état embryonnaire. Quand on a enlevé le corps thyroïde et que, un ou deux mois après, on enlève ces glandules, on voit que celles-ci se sont singulièrement développées dans toutes leurs dimensions et que leur structure tend à prendre le type définitif de la glande adulte.
C’est là le premier exemple d’un organe qui, resté à l’état embryonnaire, est néanmoins capable de remplir une fonction des plus importantes; d’autre part, comme cet organe reprend alors son développement morphologique sous l’influence même de l’activité fonctionnelle qu’il déploie, on a là la première preuve expérimentale directe du principe : la fonction crée l’organe.
Tous ces faits donnent légitimement à penser que, lorsque le myxœdème ne survient pas chez l’homme après la thyroïdectomie, c’est qu’il existait des thyroïdes accessoires ou que les glandules thyroïdiennes, que l'on trouve aussi chez l’homme (Ivar Sandstrom), n’avaient pas été comprises dans l’opération. Une réflexion analogue s’impose pour les animaux qui échappent aux suites de la thyroïdectomie.
3° Il n’y a pas de suppléance entre la rate et le corps thyroïde. Mais celui-ci peut être, dans certains cas, suppléé par l’hypophyse.
J’ai en effet imaginé une opération qui permet de détruire sur le lapin la glande pituitaire. Étant données les difficultés de cette opération, la mortalité des animaux mis en expérience est considérable.
J’ai cependant pu conserver un animal qui, ayant survécu à la thyroïdectomie, présenta, après destruction de l’hypophyse, des troubles trophiques semblables à ceux de la cachexie spéciale que j’ai observée chez le chien, dans certains cas (voyez ci-dessus, p. 32).
4° On peut faire disparaître, au moins pour quelque temps, chez le chien et chez le lapin, les accidents aigus de la thyroïdectomie par l’injection intra-veineuse d’un suc obtenu par la trituration de la glande thyroïde de ces animaux, et après filtration. Pour que l’expérience réussisse, il ne faut pas attendre que les accidents soient devenus trop violents.
5° J’ai soumis à un examen critique les diverses hypothèses émises jusqu’à présent pour rendre compte du rôle du corps thyroïde. L’opinion la plus plausible qui reste est que cette glande détruit une substance toxique qui, quand elle a été enlevée, s’acccumule dans le sang. Mais, tant qu’on n’aura pas isolé cette substance, la théorie ne pourra pas être considérée comme certaine. J’ai alors essayé de tourner la difficulté en montrant que le sang des animaux thyroïdectomisés contient en effet une substance toxique. Pour cela, j’ai pratiqué sur des lapins des injections intra-veineuses d’urine provenant des chiens thyroïdectomisés, après avoir d’abord, bien entendu, déterminé le coefficient urotoxique des urines de ces animaux avant l’opération. Dans tous les cas, après celle-ci, j’ai trouvé un coefficient notablement augmenté. De plus, la forme des convulsions différait de celle que l’on observe par les injections d’urines normales. D’autre part, en pratiquant sur des lapins des injections de sérum du sang de chiens thyroïdectomisés, j’ai vu se produire des contractions fibrillaires semblables à celles que présentent les animaux opérés.
On doit se demander comment la glande détruit la substance toxique dont la présence dans l’organisme se révèle après l’ablation de cet organe. Pour diverses raisons on est amené à penser que la thyroïde agit au moyen d’un produit de« sécrétion interne », pénétrant dans le sang; la principale raison en faveur de cette opinion se peut tirer de la propriété que paraît posséder le suc extrait de la glande par trituration et expression, pour atténuer ou supprimer, au moins temporairement, les accidents consécutifs à la thyroïdectomie. Cette partie de la question demande d’ailleurs de nouvelles recherches que je poursuis depuis quelque temps déjà.
Voici comment s’est exprimé sur toutes ces recherches M. Brown-Séquard, rapporteur de la Commission 1 chargée de décerner le prix Pourat :
« Conclusion. — L’auteur dont nous examinons le travail a découvert des
faits aussi intéressants que nouveaux. Il a établi positivement que la glande thyroïde a pour fonction de détruire ou de transformer une substance toxique existant dans le sang. Son Mémoire contient, après un exposé historique et critique aussi judicieux que complet de ce qui a été fait avant lui à l’égard des fonctions du corps thyroïde, nombre de faits du plus grand intérêt. Ce travail, à tous égards très remarquable, donne de nombreuses preuves que l’auteur possède à la fois une fort grande originalité comme expérimentateur et l’esprit le plus juste dans l’appréciation de la valeur des faits. Nous le considérons donc comme absolument digne d’obtenir le prix Pourat et nous proposons à l’Académie de le lui décerner.
« Nous demandons, en outre, que cet important travail soit publié dans la collection des Mémoires des Savants étrangers à l’Académie. »
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