B. - DYSENTERIE
Vaccinothérapie antidysentérique (184-186).
Les essais de vaccination antidysentérique (par injection de bacilles tués) tentés jusqu’à présent et notamment par Shiga en 1898, ont donné lieu chez l’homme à des réactions locales et générales souvent sérieuses.
Nous avons, avec Dournay, Ranque et Rault, tenté de traiter par la vaccinothérapie un certain nombre de dysentéries bacillaires; nous utilisions un vaccin iodé, la récolte des bacilles se faisait 8 à 10 heures après leurensemencement sur bouillon gelosé. l’émulsion est titrée et diluée de façon à ce que 1 centimètre cube contienne 50 millions de bacilles.
Résultats obtenus. — Nous avons commencé nos études sur la vaccinothérapie anti-dysentérique en juin 1918 dans une ambulance; nous pouvons classer les résultats obtenus de la façon suivante :
A) Vaccinothérapie seule. — Dysenterie à type de Shiga (coproculture positive). — Sous l’influence de l’injection de vaccin, le nombre des selles tombe très rapidement; souvent 3 injections sont nécessaires, parfois une seule suffit; d’autres fois 8 à 9 sont pratiquées. Très rapidement, on note une chute du nombre des selles; en 3 jours, elles tombent de 50 ou de 30 à 5 ou à 0; en même temps, l’aspect des déjections se modifie et l’état général du malade se transforme.
Dysenterie à types aberrants. — Même résultat; le nombre des selles tombe assez rapidement à 0,
R) Vaccinothérapie combinée a la sérothérapie. — 1° Dysenterie à type Shiga. — Nous avons injecté à un certain nombre de malades du sérum antidysentérique et l’effet de ce dernier ne paraissant pas suffisant, nous avons traité les sujets avec du vaccin et obtenu ainsi en quelques jours ja disparition totale des déjections dysentériques.
2 o Dysenterie à bacilles aberrants. —Même résultat que précédemment.
VACCINOTHÉRAPIE ANTIDYSENTÉRIQUE
Comparaisons entre l’action du vaccin et les autres procédés thérapeutiques employés. — Nous étant trouvés en présence d’une épidémie grave de dysenterie, nous avons pu comparer les résultats obtenus par le sérum et par le vaccin.
Tout en reconnaissant que certains cas se sont montrés rebelles à toute thérapeutique, il nous a semblé que l’efficacité du vaccin supportait aisément la comparaison avec celle du sérum; bien plus, chez certains sujets, le traitement sérothérapique ayant paru nettement insuffisant, l’injection de vaccina amené la cessation rapide des accidents.
Sans vouloir porter sur la vaccinothérapie antidysentérique des conclusions trop absolues, nous estimons que nous sommes en droit d’admettre que la vaccinothérapie nous a paru supérieure à la sérothérapie dans un assez grand nombre de cas.
L’association des deux méthodes thérapeutiques nous a semblé donner, chez certains sujets, d’excellents résultats.
Traitement des dysenteries (174).
Nous attirons l’attention sur l’existence pendant la guerre en 1916, parmi nos troupes, de dysenteries amibiennes à côté des dysenteries bacillaires; nous montrons les différents résultats obtenus par l’action du chlorhydrate d’émétine dans les premières, par le sérum’antidysentérique dans les secondes. Comme médication adjuvante, nous avons utilisé les lavements au nitrate d’argent et au bleu de méthylène.
Abcès du foie dans la dysenterie bacillaire (7O).
Il s’agit d’un homme qui est entré dans le service du professeur Chantemesse au Bastion 29 avec le diagnostic de fièvre typhoïde . Son état général est très grave : le malade est en proie à un ténesme violent et très douloureux; ses selles sont fréquentes, glaireuses. Il est pris rapidement d’hémorragies intestinales profuses. Pensant à une forme de dysenterie aiguë, nous pratiquons avec le professeur Chantemesse le séro-diagnostic. au moyen d un
MALADIES INFECTIEUSES
échantillon du bacille isolé par Chantemésse et Widal en 1888; ce séro-diagnostic est positif. Le malade meurt : nous constatons des lésions dysentériques de l’intestin typiques et un volumineux abcès du foie. Nous avons pu retrouver dans l’intestin et dans le pus de l’abcès un bacille qu’il nous a été facile d’identifier avec celui décrit en 1888 par Ghantemesse et Widal. Nous avons donc eu affaire ici à un cas de dysenterie aiguë bacillaire compliquée, dabcès du foie, ce qui est exceptionnel, la localisation hépatique se rencontrant presque exclusivement en cas de dysenterie amibienne. Nous n’avons constaté d’amibe dysentérique ni dans les selles, ni dans les parois de l’abcès.
Abcès du foie et diarrhée des tranchées (179).
Nous publions quatre observations d’abcès du foie développés insidieusement au cours de la diarrhée dite des tranchées ou des colites dysentériformes. Les symptômes de localisation hépatique sont souvent très peu marqués.
Nous attirons l’attention sur l’existence de complications hépatiques chez les sujets atteints de diarrhée des tranchées qui semble n’être, au moins dans certains cas, qu’une dysenterie plus ou moins larvée.