LA. SÉCRÉTION URINAIRE
chez les mammifères et établissant la réalité de celte sécrétion : le rein est non pas un filtre, mais une glande.
Rôle du glomérule (45).
Nous avons fait cette constatation très importante que, dans aucun cas, il n’a été possible de mettre en . évidence, au cours des très nombreuses expériences que nous avons faites, une différence quelconque entre les glomérules du rein normal et ceux du rein en état d’hypersécrétion.
Nous avons comparé, dans tous les cas, des pièces prélevées sur un rein enlevé par néphrectomie avant l’expérience, et sur l’autre rein au cours de la polyurie. Notre examen a porté sur le volume du glomérule, l’état de ses capillaires, l’état de la cavité glomérulaire.
Rôle des tubes contournés (92).
Lès tubes contournés jouent un rôle actif, et ce fait a un intérêt primordial au ppint de vue de la physiologie pathologique des affections rénales dans la sécrétion rénale. On peut schématiser de la sorte les différents stades delà sécrétion (voir pl. I, fig. 1, 2, 3, 4, 5, 6).
Premier stade. — Déroulement des tubes contournés; décollement des brosses entre elles; multiplication des petites vésicules sus-nucléaires.
Deuxième stade. — Aplatissement des cellules; écartement des tubes; disparition des stries de Heidenhain; essaimage des granulations.
Troisième stade. — Maximum de l’abaissement du protoplasma et de l’écartement des tubes. Vacuolisalion complète du protoplasma.
Alternance fonctionnelle (33, 44, 46).
Toutes ces modifications sécrétoires se font par îlots; on constate à côté de tubes fermés des îlots de tubes ouverts et hypersécrétants.
LE REIN
Ce phénomène est intéressant à rapprocher de la localisation insulaire des lésions que nous décrirons tout à l’heure.
Étude par la microphotographie sur le tissu rénal frais des
modifications histophysiologiques de la cellule rénale (80).
Nous avons pu, avec l’aide de Mlle Chevroton et d'André Mayer, obtenir des photographies de cellules prélevées sur des reins au repos ou en état de polyurie provoquée. Les tubes rénaux étaient coupés par congélation et ne subissaient l'influence d’aucun fixateur ou colorant. Nous avons obtenu ces photographies en éclairant latéralement sur fond noir la coupe histologique.
Cette technique nouvelle montrait très nettement les différences d’aspect dans les deux cas et éliminait toute cause d’erreur provenant de l’agent fixateur ou colorant.
Étude du rein au cours des polyuries répétées (83).
Les polyuries répétées, provoquées par injection intraveineuse de sucre, semblent amener dans les cellules rénales des modifications de deux sortes : d’une part, des modifications temporaires corrélatives de la polyurie, et tout à fait semblables à celles que nops avons décrites au cours des sécrétions urinaires exagérées; et d’autre part, des modifications plus durables, consistant en une modification générale de la structure cellulaire (disparition des stries de Heidenhain, raréfaction des granulations) et en lésions de cylolyse protoplasmique de quelques tubes. Nous ne saurions affirmer si ces modifications sont définitives.
Nouvelle théorie sur la sécrétion rénale (46).
Les travaux histologiques précédents apportent un appui sérieux à la théorie de Lamy et Mayer sur la sécrétion rénale.
La sécrétion se ferait exclusivement au niveau du tube contourné , en deux périodes. Dans la première, il y aurait transâudation de liquide du sang vers les espaces inlértubulaires à travers les capil-
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
laires rénaux. Dans un second temps, le liquide transsudé, élaboré par les cellules, deviendrait l’urine.
Le glomérule jouerait exclusivement le rôle d’un organe pulsatile, « permettant au liquide sécrété dans les tubes de cheminer vers le dehors, grâce aux mouvements de piston que font, à chaque pulsation, les glomérulés placés à l’extrémité du tube » (Lamy et Mayer). . . . ... - . - .
Nous avons apporté à l’appui de cette théorie les données que nous avons acquises de par l’examen histologique des reins prélevés au cours de ces polyuries.
III . — LES NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES ET L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU REIN
A. — Procédés d’études.
Dans tout travail scientifique, la rigueur de la technique employée est fonction directe des résultats que l’on veut obtenir. Aussi, avant de commencer l’étude du tube contourné, nous sommes-nous efforcé, tout d’abord, d’avoir entre les mains les méthodes expérimentales les plus nombreuses et les plus parfaites possible.
Nos procédés d’étude sont au nombre de deux :
1° Procédé d’études in vivo. — Il comprend l’étude histologique des tubes contournés du rein de l’animal en expérience, la recherche des troubles morbides inhérents à la lésion rénale durant la vie de l’animal en expérience. Nous avons fait une critique sévère des renseignements que peut fournir ce procédé in vivo. Après avoir indiqué l’importance des altérations cadavériques pour l’étude histologique, nous reprenons l’étude des différents troubles morbides qu’on peut constater chez l’animal et nous indiquons les nombreuses causes d’erreur auxquelles l’expérimentateur se heurte à tout instant. La recherche des pesées quotidiennes no peut donner de résultats- intéressants que lorsque celles-ci sont pratiquées pendant un long laps de temps. L’étude quantitative des urines est souvent illusoire, et on ne saurait tabler sur des
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chiffres obtenus pendant quelques jours. L’examen chimique des urines pratiqué sur des animaux normaux, n’a de valeur qu'en s’entourant de toutes les précautions indispensables pour éviter que le liquide urinaire se perde, s’évapore ou soit souillé par la nourriture ou les matières fécales. La recherche de l’albumine donne des résultats très importants, mais il faut se prémunir ici contre une grave cause d’erreur, la fréquence extrême de l’albuminurie chez des animaux paraissant sains (lapin, chien). Aussi ne pourra-t-on donner quelque valeur à la constatation de 1 albumine dans l’urine, qu’autant que le liquide urinaire aura pu être examiné avant l’expérience. Nous avons insisté sur la nécessité de ne pas chloroformer les animaux d’expérience et nous avons montré les lésions rénales secondaires à l’intoxication chloroformique.
2» Procédé d’études in vitro. — Ce procédé d’études nous étant absolument personnel, nous l’avons étudié très longuement.
Procédé d’études in vitro (22, 23, 24).
Il s’agit là d’un procédé d’exploration du rein absolument nouveau.
Nous avons pu arriver à conserver des cubes de rein intacts dans une solution de NaCl à un taux déterminé (12 gr. 5 de NaCl par litre). Ce liquide réno : conservateur a été obtenu à la suite de multiples tâtonnements; il correspond exactement à une solution dont le point de congélation A = — 0°,78.
Nous.avons pu ainsi étudier ni vitro l’action sur le rein d un sel soluble, du sérum, du liquide amniotique.
Il suffisait de ramener nos solutions à un point de congélation \ = 0°,78 par addition de quelques gouttes seulement de NaCl.
Nous avons minutieusement établi-la technique à suivre.
Les manipulations sont malheureusement longues et délicates ; mais elles nous ont donné des résultats très intéressants.
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
B. — Lésions expérimentales du tube contourné du rein. — Action de diverses substances toxiques sur le tube contourné. — Étude in vivo (14, 17, 19, 34).
Nous avons expérimenté avec des toxiques chimiques (plomb, sublimé, phosphore, acide chromique, canlharidate de soude, elc.), des toxiques végétaux (ricine, abrine), des toxines bactériennes
Schéma de la cylolysè protoplasmique du lube contourné du rein.
Fig. 6. — Schéma cellule normale.
Fig, 7. — Schéma cytolyse 1" degré.
Fig. 8. — Schéma cytolyse 2e degré.
Fig, 9. — Schéma cytolyse 3“ degré (i" type).
Fig. 10. — Schéma cytolyse 3- degré [2‘ typ.e).
(toxines diphtérique, tétanique, pyocyanique). Nous avons ainsi déterminé des lésions aiguës et des lésions chroniques.
Lésions aiguës. — Grâce à nos procédés de technique, nous avons pu décrire trois types d'altérations du rem qui n’avaient pas encore été vus jusqu’ici. Les lésions que nous avons dénommées lésions de cytolyse protoplasmique nous ont paru constantes au cours des multiples examens histologiques que nous avons faits. Certains auteurs ont du reste admis la réalité des types d’altérations cellulaires que nous décrivons dans les néphrites aiguës. Ces lésions avaient jusqu’ici passé inaperçues, faute d’une lechniqne suffisante, les altérations cadavériques et celles produites par les fixateurs empêchant absolument de les reconnaître (Voir schéma, fig. 6, 7, 8, 9,10). ,
Le premier degré. — La cellule a conservé son aspect, son volume et sa forme normale. Elle semble saine en tous les points, sauf sur une zone spéciale; autour du noyau, on; constate une véritable auréole claire, libre de toute granulation.
RATIIERY
LE REIN
Le deuxième degré. — Les granulations ont presque entièrement disparu dans toute l’étendue de la cellule qui a pris un aspect clair, tout à fait spécial. Toute la zone périnucléaire et celle située entre le noyau et la bordure en brosse apparaissent transparentes sans granulation; on peut y distinguer parfois un fin réticulum.
Fig. 11. — Néphrite suraiguë expérimentale — Les lésions portent particulièrement sur les tubes contournés, mais quelques-uns sont encore à peine altérés. Il y a aussi une congestion.très intense en certains points (voir fig. 1, pl. V).
La portion protoplasmique, au contraire, touchant la membrane basale où siègent normalement les bâtonnets de Heidenhaim, a. conservé ses granulations.
La bordure en brosse persiste constamment, le revètementqu (die forme est continu, mais prend souvent un aspect arborescent du fait du gonflement extrême de la cellule.
Les limites intercellulaires qui, normalement, sont invisibles
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
deviennent-alors parfois assez nettes. On peut ainsi schématiser l’aspect de la cellule : une bande claire contenant le noyau, limitée, en haut, par une zone-rouge formée parles brosses, en bas, par une ligne rouge homogène bordée par une frange à granulations violet noir.
Le troisième stade. — La lésion peut revêtir deux types :
Fig. 12. — Tubes contournés de la coupe précédente viis à un plus fort grossis ' sement. — On constate des. lésions typiques de la néphrite suraiguë : cytolyse protoplasmique du troisième degré (voir fjg. 2, pl. IV).
1 er tgpe. — La brosse et la membrane basale seules ont persisté, l’intervalle entre ces deux lignes rouges est rempli par un espace clair avec de très rares granulations et un noyau déformé, mal coloré.
2 e tgpe. — Plus fréquemment noté. La bordure en brosse, dilacérée par l’éclatement de la cellule, n’est plus guère représentée que par des débris, reconnaissables, d’une part, à leur couleur rouge intense, d’autre part, à leur situation. Il n’existe alors qu’une membrane basale très nette ; tout le reste du tube n’est plus qu’un magma, soit amorphe, soit réticulaire, se colorant intensément en violet noir par l’hématéine (fîg. 11 et 12; fig. 4, pl. V).
Lésions chroniques. — Nous-décrirons deux types de lésions chroniques :
1 er lypè' H concerne les tubes compris dans les larges îlots de sclérose. Nous décrivons cinq stades dans lesquels nous montrons comment le tube s’atrophie et se déforme, la bordure en brosse
persistant pendant très longtemps (voir pl. VI, fig. C).
2 = type. - On constate alors une dilatation avec transformation complète de l’épithélium des cellules du tube contourné, le corps protoplasmique est réduit à une mince bande complètement transformée, la bordure disparaît (voir fig. 19). Il s’agit là de lésions déjà décrites par le professeur Cornil, Gombault.
Etude in vitro de l’action du toxique en solution sur le tube contourné (33, 34, 70).
Nous avons étudié : , .
1° L’action in v,itro de certaines substances chimiques.
On peut facilement constater in vitro l’altération du tube contourné par une solution toxique. Une série de substances chimiques employées couramment pour la fixation du rein sont des agents, nocifs pour l’organe. Le pouvoir lésionnel provient, d'une part, do l’osmo-nocivité, d’autre part; d’une action directe inhérente à l’agent chimique lui-même.
2° L’action in vitro de certaines toxines microbiennes (toxine diphtérique).
Celte toxine in vitro ne lèse pas le rein. Il est donc permis de conclure que la toxine n'agit pas directement sur te rein dans l'économie; elle provoque peut-être dans l'organisme la sécrétion de certains corps, qui, eux, sont capables de léser le rein.
’ C. — État fonctionnel du r ein comparé à son aspect histologique et à sa composition chimique (194).
La diminution de la capacité fonctionnelle du rein, les altérations cytologiques, les modifications de la composition chimique du tissu rénal, semblent varier ensemble et dans le même sens.
Nous avons comparé avec Ambard, André Mayer et Schaeffer chez un certain nombre de chiens la concentration maxima en urée de l’urine, la constante lipocytique (teneur en eau p. 1.000,
NÉPHRITES EXPÉRIMENTALES
pourcentage du P. pour 100 grammes frais) et les lésions histologiques. 11 s’agissait de chiens sains ou spontanément néphritiques.
Etat fonctionnel et poids du- rein. — Chez les chiens spontanément néphritiques, les plus grands écarts de poids ont été de 0.2 p. 100; il n’y a pas parallélisme entre le poids et l’état fonctionnel.
Etat fonctionnel comparé à l'état histologique et à l'état cytologique. - Dans les cas où la capacité fonctionnelle est extrêmement diminuée, on trouve en général de graves modifications anatomo-pathologiques. Dans les cas où l’atteinte est moyenne, les grosses lésions histologiques peuvent ne pas être très considérables. Mais si on fait un examen cytologique de ces tubes, on s’aperçoit qu’un grand nombre d’entre eux sont en réalité finement altérés. Ce genre d’altération n’aurait d’ailleurs pas pu être reconnu sur des pièces d’autopsie recueillies .24 heures après la mort.
État fonctionnel comparé à la composition chimique du' tissu rénal, — A l’état normal, la composition chimique du tissu rénal varie peu; par”exemple, la teneur en phosphore lié aux lipoïdes oscille peu autour d’une valeur (constante lipocytique).
Dans les cas où l’état fonctionnel du rein est très mauvais, la teneur en phosphore lié aux lipoïdes est toujours de beaucoup inférieure à la normale.
Dans les. cas où l’alLération fonctionnelle est moins forte, on trouve une diminution moins considérable. Nous avons toujours observé un parallélisme entre la capacité fonctionnelle du rein et la composition chimique du Lissu.
D. — Néphrite par le sublimé (17, 33, 34, 78, 81).
Depuis nos premiers travaux parus en 1902, puis en 1906, sur les lésions du rein au cours de 1 intoxication expérimentale par le sublimé, un certain nombre de mémoires ont paru qui sont venus soit discuter, soit confirmer les données anatomo-pathologiques nouvelles que nous avons énoncées (Mouisset et Mouriquand,