IV. — PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DU REIN ET THÉRAPEUTIQUE EXPÉRIMENTALE
Nos recherches de physiologie pathologique concernent l’albuminurie, les néphrotoxines, l’hérédité rénale, les effets diurétiques des urines de crise, les troubles du métabolisme à la suite de la ligature expérimentale des uretères, les effets des ligatures temporaires des veines rénales, l’influenGe des préparations bismuthiques sur le rein.
1° Physiologie pathologique de l’albuminurie (34, 50, 102, 103).
Le rôle du rein dans la production de. l’albuminurie est encore aujourd’hui très discuté. A la suite des expériences que nous avons faites, nous admettons toujours l’existence dans les syndromes albuminuriques d’un facteur rénal. Pour nous, l’albuminurie ne pourrait survenir en dehors d'une lésion du rein, mais cette lésion peut être minime et sous la dépendance de causes multiples (intestinales, hépatiques, gastriques, etc.). Dans les albuminuries fonctionnelles, telles que l'albuminurie orlhostatique, les albuminuries intermittentes, etc., toujours le rein se trouverait altéré; mais nous admettons fort bien qu’une cause quelconque, une lésion hépatique par exemple, un trouble gastrique ou humoral, puisse provoquer cette
LE REIN
altération rénale et que le trouble venant à cesser, l’albuminurie elle-même disparaisse par suite de la restitutio ad integrum du tissu rénal. Les lésions du rein, lorsqu’elles sont légères, sont réparables pourvu, tout au moins, que la cause agissante ne fasse pas sentir ses effets pendant trop longtemps; il se développerait alors des lésions chroniques définitives.
On a proposé récemment pour expliquer la production de l’albuminurie, une théorie ingénieuse qdi, si elle était exacte, enlèverait au symptôme une grande partie de sa valeur dans le diagnostic d’une altération rénale jl’albuminuriene relèverait pasle plus souventd’une lésion rénale, mais serait d’ordre leucocytaire. Le docteur Feuillié, dans le but d’apporter une démonstration irréfutable à sa théorie de l’origine leucocytaire des albuminuries a pratiqué trois ordres d’expériences : d’une part les injections répétées de sublimé, d’autre part les abcès dé fixation suivis de l’injection d’une substance habituellement toxique pour les reins, enfin les injections d’ovalbumine. Le docteur Feuillié ayant apporté des résultats absolument contraires à ceux que nous avons publiés antérieurement, nous avons refait toutes ses expériences en nous conformant minutieusement à sa propre technique. Nous n’avons pu, dans aucun cas, confirmer les résultats de Feuillié et les constatations auxquelles nous avons abouti sont venus confirmer pleinement la théorie rénale de l’albuminurie.
1° Lialbuminurie à la suite des abcès de fixation. — En pratiquant chez le chien reconnu non albuminurique de vastes abcès de fixation par l’essence de térébenthine, on provoque une saignée leucocytaire ; si l’albumine était d’ordre leucocytaire on ne devrait pas voir apparaître l’albuminurie chez des chiens ainsi traités et soumis secondairement à l’injection du sublimé. Or, c’est le fait même qui se produit; les abcès aseptiques d’essence de térébenthine ont amené chez le chien l’apparition de l’albuminurie.
.2° L'albuminurie à la suite des injections répétées de sublimé. — En examinant quotidiennement les urines des animaux soumis à des injections d’une même dose de sublimé, M. Feuillié a vu disparaître l’albuminurie au bout de quelques jours, bien qu’à l’autopsie il existe des lésions rénales.