II. — Causes déterminantes
Deux facteurs essentiels interviennent pour provoquer les troubles que nous étudions; ce sont :
L’influence de l’immobilisation ou de l’utilisation vicieuse; l’influence de l’état psychique du sujet.
L'influence de l’immobilisation ou de l’utilisation vicieuse. — Nous pensons que l’immobilisation antalgique par inertie psychique, consécutive à une blessure, à un traumatisme, —- tout comme l’immobilisation dans les appareils de contention divers — suffit à accentuer les tendances préexistantes et à faire apparaître les différents éléments secondaires; puis plus tard que l’inutilisation ou l’utilisation
Ainsi se créeront, par ordre chronologique, d’abord les troubles caloriques, et vaso-moteurs avec leurs conséquences (hyperexcitabilité mécanique, modifications des réactions électriques), ensuite les troubles trophiques cutanés, l’amyotrophie (avec, comme conséquence, l'hyperréflectivité tendineuse), les ankylosés fibreuses articulaires, les rétractions musculo-tendineuses. Si l’immobilisation à elle seule est habituellement insuffisante à provoquer les troubles circulatoires, premiers en date, associée à'une vaso-constriction préalable, elle suffit à les déterminer; et ainsi, immobilisation et vaso-constriction sont des facteurs qui, indépendants à leur origine, évolueront parallèlement et ajouteront leurs effet» pour réalise* 1 ensemble symptomatique du tableau clinique.
Voioi comment nous comprenons le méoanisme de sa production. Les troubles acro-vaso-moteurs bilatéraux, avant toute ad jonction traumatique ou dyskinétique, représentent déjà en eux-mêmes un certain degré de dérèglement du système sympathique vasculaire. Ils traduisent une déficience de la régulation thermique et vaso-motrice, contre laquelle les sujets doivent lutter par une suractivité musculaire, constante. C’est l’intensité, c’est la fréquence des mouvements qui compenseront la paresse de l’activité circulatoire en excitant la régulation insuffisante du sympathique.
Dans ces conditions, qu’un membre, ou mieux une extrémité, siège de semblables troubles vasculaires soit immobilisée sous l’influence directe (action antalgique) ou indirecte (trouble moteur pithiatique) d’un traumatisme local, que va-t-il se
passer?
« Ce sont les organes, disent Morat et Doyon, qui par l’intermédiaire de leurs nerfs sensitifs provoquent le phénomène vaso-moteur destiné a proportionner la circulation au besoin créé par le fonctionnement. »
L’inactivité musculaire va donc inhiber encore un sympathique déjà déficient. Plus cette inactivité durera, plus le sympathique s’adaptera à ce nouvel état de choses, plus il tendra à perdre complètement ses fonctions normales régulatrices.
Que se passera-t-il maintenant si nous faisons réapparaître les fonctions motrices du membre? La motilité passive ne modifiera que transitoirement, et surtout que très partiellement, les troubles vaso-moteurs; ceci s’explique par le fait que n’étant pas un véritable réveil du fonctionnement mhsculaire, que n’étant qu’une apparence trompeuse de l’action physiologique des muscles, elle n’a aucune raison d’influencer les centres sympathiques d’une façon importante et surtout durable. Au contraire, le retour des mouvements actifs provoque, nous l’avons montré, une modification intense, une amélioration notable des troubles vasculaires; si ce résultat n’est pas d’emblée complet et définitif, s’il a tendance à ne se stabiliser que progressivement, c’est, croyons-nous, parce que le système sympathique du membre s’est adapté à l’inactivité musculaire et que, pour une nouvelle adaptation à l’activité
fonctionnement physiologique normal. Ceci explique pourquoi l’on observe un parallélisme constant entre la rapidité de disparition des différents troubles secondaires et le degré de perfection de l’usage du membre malade.
C’est donc, à notre avis, Vimmobilisation qui chez des prédisposés crée l’apparition des troubles secondaires. C’est l’inutilisation ou l’utilisation vicieuse qui les entretiennent. C’est le retour de la motilité qui tend à les améliorer, et l’utilisation physiologiquement normale à les faire disparaître.
Rôle de nécessité d’un état mental spécial. — Mais pour aboutir à de tels résultats
paradoxale. Il semble que le malade fait tout ce qui est nécessaire pour perdre l’usage de son membre ou de son fragment de membre.
C’est qu’en effet, on a affaire à des sujets de mentalité bien spéciale, à volonté déficiente, plus ou moins pervertie et qui rappelle, par bien des points, celle des accidentés du travail. C’est là encore un facteur étiologique dominant et essentiel, nécessaire à la genèse des troubles que nous étudions; c’est lui qui en permet l’éclosion, en explique la fixation et en règle la guérison. Il devra donc être pris en sérieuse considération chaque fois qu’il s’agira d’établir le pronostic et de décider le traitement d’un accident psychonévropathique.
En résumé, nous basant sur l’étude d’environ 2 000 cas de troubles psychonévrosiques variés, nous disons :
1° Que pour permettre l’éclosion des troubles du syndrome réflexe ou physiopathique de Babinski et Froment — pour nous troubles secondaires de l’hystérie — trois conditions sont nécessaires et suffisantes :
Les éléments de prédisposition et parmi eux les troubles circulatoires;
L’immobilisation ou l’utilisation vicieuse ;
î° Que les troubles
smble des troubles constitués par
i 1917, p. 671. — Revue Nrnro-
ix dits réflexes. En collaboration '917, p. 516,
i des accidents psycho-névrosiques Elsnitz. Rame Neurologique, n» 6,