RECHERCHES SUR L’ANTISEPSIE
Le prix du temps en chirurgie de guerre et la désinfection hâtive des plaies par la méthode du Professeur Vincent.
(Presse Médicale, n° 25 du 3 Mai 1917).
Le choix d’une méthode antiseptique en chirurgie de guerre et les indications du pansement du Professeur Vincent.
(Paris Médical, n° 37 du 17 Septembre 1918).
Pendant la guerre, je me suis intéressé à la question de l’antisepsie. J’étais cependant persuadé, par l’enseignement de mes maîtres et mon observation personnelle, que la chirurgie la plus parfaite est celle qui sait se passer des antiseptiques.
Après avoir lu les publications de M. Vincent, j’ai cherché toutefois à préciser quelques indications de l’antisepsie, quand les circonstances imposent une insuffisance ou un retard de l’acte chirurgical.
Voici condensé le texte des 2 Mémoires faits à ce sujet et le résumé des idées générales qu’ils contiennent :
Formés pour la chirurgie aseptique du temps de paix, nous répugnons tous plus ou moins, au milieu des circonstances nouvelles de la chirurgie de guerre, à l’emploi intensif des antiseptiques. Nous savons que c’est le nettoyage de la plaie, c’est-à-dire l’extraction des corps étrangers et l’ablation large de tous les tissus contas, qui permet à la chirurgie précoce, faite pendant la courte période où l’infection est encore maniable, de réaliser la désinfection parfaite.
Mais souvent l’intervention chirurgicale doit être retardée, et le blessé reste soumis aux menaces de l’infection.
Faut-il dans ce cas renoncer à lutter contre elle, et sous prétexte que la désinfection parfaite n’est pas possible, ne pas essayer d’obtenir par d’autres moyens un résultat moins complet, mais utile cependant?
Si l’efficacité des antiseptiques sur les plaies désinfectées par un nettoyage complet au bistouri semble discutable, dans ce cas au contraire il est d’une importance décisive de pouvoir stériliser la plaie par des substances chimiques.
Reconnaître ce fait, ce n’est pas revenir à la conception qui voulut jadis limiter la part de la désinfection mécanique au profit de la stérilisation chimique.
De quelques indications de l’antisepsie .
J’ai surtout étudié l’indication de l’antisepsie, quand il y a un retard à V intervention chirurgicale.
i° Les grands afflux de blessés amènent, souvent un retard de l’intervention. Les chirurgiens, eux aussi, subissent maintes fois les imprévus de la guerre et doivent de ce fait modifier leur technique, abandonner momentanément leurs préférences, remplacer l’asepsie par l’antisepsie.
L'antisepsie, facilitée par un rapide débride ment, diminue le danger de l'attente.
2° Les retards d'intervention tiennent le plus souvent à l'état général du blessé, à l'état de shock.
La règle actuelle est d’opérer de suite tout blessé opérable, d’étendre les limites de l’opérabilité aussi loin que possible. Mais, dans de nombreux cas, il faut retarder l’intervention. Dans ces derniers temps, on a réhabilité les interventions hâtives dans certaines formes du shock, dues â la toxémie traumatique. Quand cette cause du shock a pu être diagnostiquée, il est avantageux de débarrasser l’organisme de ce foyer toxique. Encore faut-il que l’intervention soit simple et courte. L’amputation sera presque toujours la seule à permettre le minimum d’anesthésie. Mais l’étendue des lésions n’exige pas toujours l’amputation, et l’opinion que la blessure entretient le shock ne suffit pas toujours à la légitimer. Les shockés qui ne sont pas justiciables de l’amputation et ceux qui sont trop faibles pour la supporter, garderont donc pendant un temps plus ou moins long plusieurs foyers septiques.
Celte notion qu’un chirurgien ne désinfecte une plaie qu’avec son bistouri est très utile au cours de
l’intervention. Il est néfaste de l’appliquer à la lettre quand celle-ci doit être retardée. A défaut de l’opération qui aggrave le shock, il faut utiliser du moins la chimiothérapie.
3 ° Quand le shock s'aggrave au cours de l’intervention opératoire, .le chirurgien se trouvera forcé de ne traiter d’une manière complète que les plaies les plus dangereuses et de négliger momentanément les autres. II y a chez les polyblessés des indications opératoires qui se contredisent, et le chirurgien est obligé de faire entre elles une cote mal taillée.
J’apporte dans mes deux Mémoires des observations montrant les résultats favorables que donne l’antisepsie, surtout si son application est facilitée par un rapide débridement, quand l’intervention chirurgicale doit être retardée.
Elle permet, en cas de force majeure, de temporiser un peu et d’attendre avec une sécurité plus grande l’heure de l’intervention, tout en poursuivant la désinfection chimique de la plaie.
Les méthodes antiseptiques .
Je fais un parallèle entre a méthodes excellentes : le pansement de Carrel, le pansement de Vincent.
Je montre que le pansement sec hypochlorité dç Vincent présente des indications précises.
Par sa simplicité d’application, il rend de grands services quand il y a afflux de blessés. 11 est préférable à
Pirrig-ation quand les plaies sont en surface ou situées dans les régions déclives, quand le blessé porte un appareil plâtré. Il permet aux blessés de se lever facilement, ce qui n’est pas compatible avec l'irrigation continue. Il facilite la rareté des pansements, ce qui est précieux. Il est particulièrement efficace contre le pyocyanique ou les agents de la gangrène gazeuse.
J’ai enfin cherché à pénétrer le mode d’action du pansement hypochlorité, de Vincent. Son action est continue, dure plusieurs heures.
A la dose qui tue les anaérobies, ces hypochlorites sont compatibles avec la vitalité des tissus sains. Ils sont antitoxiques,:désodorisent.les plaies. J ai surtout constaté qu’ils sont de puissants modificateurs des tissus. Par son action osmotique énergique, le pansement de Vincent extrait le liquide des tissus; il entraîne dans la cavité de la plaie une effusion de lymphe. Il fait le même drainage capillaire que les solutions hypertoniques de Wright.
Il entrave la résorption, dissout les tissus sphaceles. L’expérience clinique le montre journellement.