I. — LE SHOCK TRAUMATIQUE
4. Contribution à l'étude du Shock chez les grands blessés dans
Rapport de M. le Professeur Quénu, 45 janvier 1918.) 9
De mai 1945 à décembre 1917, nous avons vu passer dans l'ambulance de l’avant dont nous étions le chirurgien 6,667 blessés. Nous étions dans les. meil-
shockés hémorragiques et en shockés par une intoxication qui prend sa source dans le foyer d’attrition des tissus. Nous y ajoutons le shock septique, à terminaison ordU nai rement fâtale, et nous mettons au contraire à part les « pseudo-shockés « qui ne sont en réalité que des<refroidis etdes épuisés, qui, aussilôt déshabillés, cOuchéç
septicémie. Il ne reste que 3 blessés opérés dont la mort ait été le résultat du shock lui-même; tous trois ont succombé sur la table d’opération.
Ces observations nous paraissent démonstratives : il faut faire de suite l’hémostase chez un hémorragique, qu’il soit en état de shock ou non ; les injections de sérum et, au besoin, la transfusion ne viendront qu’après.
2° Shock nerveux. — Nous y rangeons les commotionnés, les polyblessés, les grands contusionnés; ce qui prédomine chez eux est la dépression nerveuse qui donne au blessé un aspect caractéristique et dont la gravité est universellement reconnue : faciès terreux parfois légèrement cyanosé, lèvres un peu blêmies; ce ne sont plus lés blessés blancs et cireux de tout à l’heure, les téguments n’ont pas la froideur visqueuse des hémorragiques, ils présentent parfois des marbrures. Pouls imperceptible, respiration superficielle; parfois le blessé est dans un état de somnolence comme s’il était anesthésié, et si on lui parle il ouvre brusquement des yeux hagards. Dans un autre type, on observe de l’excitation, des cris brusques; de la loquacité, la tête roule de gauche à droite sur l’oreiller ; ces phases d'exci- « tation sont suivies d’un état de dépression comateuse.
Nous avons observé 2 cas de shock nerveux chez 2 blessés atteints de plaies avec dégâts musculaires moyens, l'un âvail un arrachement du sciatique et mourut 0 heures après son entrée à l'ambulance, l’autre un arrachement du nerf médian
présentaient l’aspect clinique de certaines appendicites toxiques oit d’une insuffisance surrénale aigus ; ces blessés n’étaient pas des hémorragiques et aucun des symptômes ci-dessus décrits n’avait été noté au poste de secours ; ils étaient apparus durant le transport.
Dans tous les cas, il s agissait de gros dégâts musculaires, délabrement de la région fessière ou des cuisses, fractures du fémur avec vaste attrition . musculaire, larges déchirures du moliet, etc. En pareils cas, les tissus sont
toute lésion de vaisseau important, une sorte de stupeur et de mort apparente
Nous considérons cette sorte de shookés comme des intoxiqués dont l’état s’aggrave par la temporisation. Nous estimons que le garrot intervient comme adjuvant dans la détermination de cette stupeur et de cètte asphyxie des muscles. Lorsqu’un garrot est demeuré longtemps en place, les muscles présentent un. aspect analogue à celui décrit plus haut, et ces lésions existent également au-dessus du garrot. Avec cette interprétation, nous devions revenir à l’intervention