VI. - INTESTIN
21. Le traitement chirurgical de la constipation chronique. Journal Médical français, Tome XI, N* 6, juin 1922.
Le traitement de la constipation est un problème complexe qui est encore loin d’avoir reçu une solution définitive. Néanmoins on peut affirmer que, durant ces dernières années, des indications relativement précises tendent à diminuer l’incertitude qui se trouvait généralement liée à la difficulté d’un diagnostic précis des causes anatomiques du ralentissement du transit colique. Fixer le type de T intervention de choix c’est sous-entendre, de la part du chirurgien, une connaissance approfondie des dispositions anatomiques si variables du gros intestin, des conditions nécessaires pour une fonction motrice normale, des données radio-physiologiques modernes. Et, par ailleurs, c’est faire entrer enligne de compte l’appréciation exacte du risque opératoire immédiat de telle ou telle intervention, et L’estimation de la valeur de cette dernière au point de vue de la disparition définitivède la stase stercorale.
Le traitement curateur chirurgical ne doit poursuivre qu’un but : assurer
ne sont pas sans constituer un réel danger pour l’avenir de ces malades, qui sont parfois les premiA-s à demander un soulagement plus efficace que celui que' peuvent apporter les méthodes médicales.
Le traitement chirurgical de cette constipation colique droite ne doit pour-
le procédé sera variable selon la cause de l'affection.
Or, cette cause de la stase colique droite est soit la mobilité anormale partielle De plus dans l’un quelconque de ces états, il peut exister un degré plus ou moins
colectomie partielle étant par ailleurs la seule logique, quels que soient les arguments des partisans de la colectomie totale qui ne trouve ses indications que dans les cas de constipation totale, à forme grave.
qui permettent une bonne vidange colique, au prix d’un risque opératoire infiniment moindre. Nous allons successivement étudier les divers cas de constipation droite dont l’étude anatomo-pathologique à singulièrement éclairci les causes.
La stase mécanique dans le côlon droit peut tenir à la mobilité du cæcum,
souvent associée à un défaut de fixation du côlon ascendant, et surtout de l’angle hépatique. Cet angle colique s’abaisse, se replie sur lui-même, retombe sur le
au côlon ascendant. Ici, il faut pratiquer l’ablation de la membrane péricolique et séparer les segments du côlon réunis par des adhérences plus où moins serrées. Mais ce premier temps réalisé, il faut prévenir la reproduction des adhéréttées qui se fait généralement en deux ou trois mois, et traiter la mobilité’ coliqùë Pour remplir ces deux conditions, deux autres temps chirurgicaux - Complètent la technique opératoire : la greffe épiploïque libre, qui recouvre les surfaeek cruenlées, et empêche la reproduction du « canon de fusil » ; la colôfixation, sélon leb techniques précédemment exposées. Cette intervention, un peu plus complexe ét plus longue donne cliniquement des résultats excellents et durables, ainsi qu’en font foi un certain nombre d’observations.
Dans des cas tout différents de ceux que nous venons de voir^ib’ s'agit de malades souffrant de poussées subintrantes de colite droite fébrile. Anatomiquement, ces'cas répondent à une péricolite intense, caractérisée par des brides blanchâtres, inflammatoires, enserrant et bridant tout le côlon droit, cæcum compris. Ainsi que nous l’avons déjà dit, « dans ces cas, la mobilité n’est rien, l’atrésie est tout ». L’inflammation péricolique compromettrait toujours, à un degré quelconque, l’avenir de là greffe épiploïque, et la fixation serait absolument inefficace. Ce qu’il faut établir, c’est un drainage du côlon à sa partie déclive, drainage s’adressant uniquement au trop plein colique. D’ailleurs le traitement se présentera dans des conditions identiques, lorsqu’il s’agit de colite muqueuse, venant parfois compliquer un quelconque des états précédents. La cæcosigmoïdostomie i réalise parfaitement ce drainage. La nouvelle bouche ne constitue pas une voie d’évacuation régulière, permanente et totale. Les fèces suivent leur trajet normal (ceci a été vérifié à la radioscopie). La nouvelle bouche draine le bas-fondcæcal, assumant l’évacuation du contenu cæcal, contribuant à vider complètement l’intestin. Pour employer une comparaison l’anastomose.cæcosigmoïdienne n’est pas un « tout à l’égout », c’est plutôt une « soupape » dç décharge pour les produits liquides anormaux, non résorbables.
Ajoutons d’ailleurs quë cette intervention ne donne, qu’un résultat très insuffisant lorsque la stase des fèces s’accompagne d’une rétention considérable des gaz intestinaux. Ceux-ci ne s’évacuent pas par la bouche cæcosigmoïdiènne.; ils vont se loger dans l’angle sous-hépatique et non dans l’angle splénique, aussi arrive-t-il fréquemment de voir des malades améliores quanta leurs troubles toxiques ou infectieux, et se plaignant d’une façon persistante de douleurs coliques, liées à la distension gazeuse de l’intestin. Par ailleurs, il existe une période d’adaptation intestinale, avec èelles diarrhéiques, muqueuses, pouvant durer deux ou trois mois environ. Quoi qu’il en soit, les résultats cliniques sont des plus encourageants, surtout chez les jeunes sujets.
Enfin parfois, lors de l’intervention, on se trouve en présence d’un intestin droit très altéré par une colite pariétale chronique. Ici l’inflammation envahit la totalité de la paroi ; le côlon est induré, épaissi, cartonné, rigide, et de gros ganglions existent jusque sous le duodénum. C’est seulement alors qu’il peut convenir
d’avoir recours à la résection iléocolique, portant sur les derniers centimètres du grêle, sur le côlon droit, et la moitié du transverse. Le rétablissement du tube intestinal se fait par anastomose bout à bout.
Cette'éventualité est heureusement rare, et « le traitement précoce de la constipation droite les rendra exceptionnels ».
Ainsi donc dans la grande, majorité des cas une intervention conservatrice permettra de lutter efficacement contre la stase stercorale droite. Le choix de cette intervention est dicté par le type anatomique que revêt la stase intestinale. Mais quel que soit le mode opératoire employé, il faut savoir que la guérison ne survient pas d’emblée et que plusieurs mois sont nécessaires pour une rééducation colique qui fasse retrouver au malade un fonctionnement normal de l’intestin.