SYSTÈME NERVEUX
La plupart de nos recherches se rapportent à certaines questions dont nous avons poursuivi l’étude avec plus de prédilection depuis notre internat et qui ont orienté notre activité scientifique.
Liquide céphalo-rachidien — Méninges — Racines — Funicules Espace épidural — Rachis osseux — Trous de conjugaison
L’élude du liquide céphalo-rachidien et de la cavité sous-arachnoidienne a été l’objet constant de nos préoccupations. Dans notre Thèse, nous démontrions déjà en 1899, tout l'intérêt des injections sous-arachnoidiennes et laissions pressentir, à cette époque, l’avenir riche en espoirs thérapeutiques que cette voie d’introduction médicamenteuse, nouvellement acquise au laboratoire, devait offrir à la clinique. Peu d’années après, la découverte de la sérothérapie rachidienne anti-méningococcique sanctionnait ces con-
Depuis, nous n'avons cessé de nous intéresser à la cytologie et à la chimie du liquide céphalo-rachidien, recherches auxquelles M. Widal avait bien voulu nous associer dès 1900 et dont nous nous sommes efforcé de poursuivre avec continuité et méthode l’enchaînement dans les différentes affections du système nerveux : le tabes et la paralysie générale, avec MM. Widal et Ravaut ouavec mes internes, MM. Bloch, Leblanc, Hagucnau et Paraf; le zona avec M. Brissaud, la méningite cérébro-spinale et la méni gite sérique avec MM. Salin et Foix, le mal de Pott et la compression médullaire avec M. Foix, la sciatique avec MM. Roger (de Marseille) et
attiré l’attention sur l’intérêt qui s’attachait à l’étude de l’albumine rachidienne, et avons vulgarisé avec notre collaborateur de la XV e région, le D r Cantaloube, un tube dit « rachi-albuminimètre » qui a été assez couramment adopté.
On sait combien, grâce à ces procédés faciles d’investigation biologique, (cellules, albumine, sucre) le diagnostic des affections nerveuses a été facilité.
Chromodiagnostic — Dissociation albumino-cytologique du liquide céphalo-rachidien
Nous avons proposé de donner le nom de chromo-diagnostic aux différents aspects colorés que peut prendre le liquide céphalo-rachidien au cours de certains états pathologiques des méninges. C’est tantôt la teinte sanglante de l’hémorragie méningée ou cérébrale à son début ; c’est tantôt, au contraire, la teinte jaunâtre apparaissant quelques jours après l'ictus alors que sang et liquide céphalo-rachidien ont été en contact intime pendant un
tement défaut et céder la place à la seule dissociation albumino-cytologique , selon le terme que nous avons proposé avec Foix ; c’est là, du reste, le symptôme biologique vraiment important et original, au cours des compressions médullaires, que ce défaut de parallélisme albumineux et cellulaire, c’est-à-dire la pénurie lymphocytaire contrastant avec l’augmentation de l’albumine rachidienne. Il existe donc là un faisceau de réactions biologiques qui, par leur ensemble et leur groupement, prennent une signification d’une valeur remarquable pour le diagnostic des compressions médullaires et principalement pour celui du mal de Pott. Le pronostic lui-même bénéficie de ce contrôle. Tout pottique dont le liquide céphalo-rachidien présente un taux anormal d’albumine rachidienne ne peut pas être considéré comme guéri.
Ainsi, une fois de plus, le liquide céphalo-rachidien nous apparaît comme le témoin fidèle des luttes de voisinage.
Lymphocytose rachidienne et lymphocytose résiduelle
Qu’il s’agisse de méningite aiguë, subaiguë ou chronique, le liquide céphalo-rachidien, dans la très grande majorité des cas, réagit chimiquement et cytologiquement. C’est d’abord dans la phase aiguë, l’exode des polynucléaires avec de l’albumine en forte quantité, état qui bientôt fait place à une lymphocytose moyenne et à une quantité moins grande d’albumine. Souvent aussi la lymphocylqse et l’hyper-albuminose apparaissent d’emblée au cours des méningites chroniques.
Mais, dans certains cas, après une phase méningée aiguë ou suhaiguë, après la guérison d’une méningite toxi-infectieuse non tuberculeuse, non syphilitique, d’origine imprécise ou d’origine précisée ourlienne ou zonateuse, par exemple, la lymphocytose va persister des mois, parfois même des années. Il s’agit alors d'une lymphocytose que nous avons proposé d’appeler résiduelle. Une telle lymphocytose nous apparaît, dans ces conditions, non plus comme le témoin d’un processus évolutif en activité, mais un peu à l’exemple de l’albuminurie résiduelle, comme étant sous la dépendance d’une cicatrice élective permettant au système lymphatique spécial de voisinage de déverser dans la cavité sous-arachnoïdienne les globules de lymphe.
Ces faits, rares du reste, et qu’il faut situer dans des conditions bien déterminées, ont une importance pratique, puisqu’ils permettent de négliger
thérapeutiquement, au moins en dehors de la syphilis, la lymphocytose résiduelle et d’orienter favorablement le pronostic.