FAISANT PARTIE DE L’OUVRAGE COURONNÉ PAR L’ACADÉMIE DES SCIENCES EN
Depuis longtemps il existait un grand désaccord entre les anatomistes sur la question de savoir si le sternum se développe par deux moitiés symétriques et isolées, ainsi que l’ont établi M. Serres et d’autres auteurs après lui, ou bien s’il se développe par trois points d’ossification principaux dont l’un central et les deux autres latéraux. L’auteur est parvenu à fixer ce point de science en montrant qu’il y a deux périodes de développement du sternum, à chacune desquelles correspondent les deux modes indiqués par M. Serres et par ses contracdicteurs : la période c ellulo-cartilaginmse, pendant laquelle le sternum reste bifide, et la période à'ossification, pendant laquelle les noyaux osseux réunissent et soudent les deux moitiés symétriques du sternum. Cette détermination nouvelle, applicable aussi à la colonne vertébrale et occipitale, offre un moyen de fixer la date des vices de conformation, dans lesquels les deux moitiés symétriques de l’occipital, de la colonne et du sternum restent plus ou moins complètement séparées, en même temps qu’elle confirme la théorie de ces vices de conformation, proposée par MM. Serres et Geoffroy-Saint-Hilaire.
(Gazette médicale, année 1842, p. 81).
Ces recherches ont eu pour but et pour résultat de faire connaître l’existence et les dispositions des enveloppes fibreuses sous-conjonctivales dans leurs rapports avec les muscles de l’œil, avec le strabisme et la myotomie sous-conjonctivale. On a voulu faire honneur des observations nouvelles consignées dans ce travail à plusieurs auteurs, notamment à M. Bonnet, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Lyon, Voici comment, après avoir pris connaissance des titres de priorité de l’auteur, M. Bourgery, auteur du Traité complet be l’anatomie be
veloppes de
l’homme, s’exprime, à la légende des planches sur les en\ l’œil (1 :
« Depuis l’impression de notre texte où il est fait mention de la menbrane dermomusculaire de M. Bonnet (de Lyon), nous avons reçu une réclamation de M. J. Guérin sur ces droits dans cette découverte. D’après des lettres autographes qu’il nous a
ordinaire, cette prétention rivale, mais avec les différences qui'signalent les deux modes de description. Nous préférons, quant à nous, comme beaucoup plus complété, li
(Examinateur MémcAt, 1841, p. bO, 74, 86.)
L’auteur a cherché à établir: 1= que les muscles obliques sont des muscles de l’ordre fonctionnel (vie instinctive) ; 2° que leur action varie suivant leurs plans d’insertion, plans qui sont eux-mêmes variables à chaque mouvement des yeux; 3° qu’ils sontainsidesauxiliaires.de tous les,muscles droits dans l’action collective et simultanée à.'accommodation de l’œil à la distance des objets regardés.
et à la production du strabisme. Ces idées ont depuis été généralisées par l’auteur ; elles sont adoptées partout, et plus ou moins explicitement rapportées à leur origine.
Ce travail, destiné à établir que la pression atmosphérique joue un rôle très actif dans le mécanisme des exhalations séreuses du corps humain, renferme deux ordres de faits nouveaux, à savoir: l”que toutes les cavités du corps humain, articulaires et viscérales, sont le siège d'ampliations périodiques liées au mouvement des parties qui les confinent; 2° que ces ampliations des cavités closes ont pour effet expérimental de détruire l'équilibre des pressions intérieure et extérieure au profit de cette dernière, avec une différence qui peut s’élever jusqu’à 6 centimètres de mercure : d’où exhalation des séreuses rendue plus facile. L’auteur a indiqué les conséquences pratiques de ces faits physiologiques.
Prenant explicitement les faits nouveaux renfermés dans ce travail, pour base d’une théorie nouvelle des altitudes pathologiques dans les arthropathies, M. Bonnet (de Lyon) a montré expérimentalement que dans les hydarthroses, les liquides articulaires commandent des attitudes en rapport avec la plus grande amplitude des cavités closes.
Voici comment la commission du prix Montyon s’exprime sur cet ordre de faits, par l’organe de M. Milne-Edwards, rapporteur :
« Pour mieux connaître certains effets mécaniques produits par les hydarthroses, M. Bonnet à simulé sur le cadavre les accumulations de liquides qui constituent ces
maladies, et à l’aide de ces injections forcées il a pn déterminer avec une grande
rigueur quelle est la position que prend nécessairement chacun des membres sous
l’influence de ces sortes d’hydropisies, constater les rapports qui s’établissent alors entre les surfaces articulaires, et reconnaître la ronte suivie par les liquides qui s’échappent des capsules synoviales, lorsque les membranes de l’articulation, ne pouvant plus se distendre, viennent à se déchirer sous la pression qu’exercent ces matières, accumulées. Dans quelques-uns des résultats ainsi obtenus, M. Bonnet avait été en partie devancé par M. Jules Guérin. » (Séance publique annuelle de V Académie des sciences du 11 mai 1846.)
, XLII, p. 416 et tome XLV.)
Dans ce mémoire, l’auteur établit, contrairement à l’opinion existante jusqu’alors qui considère les tendons comme des cordes inertes , que ces cordes participent à la contractilité des muscles dont elles sont le prolongement. Cette opinion, vivement contestée, est établie par l’analyse h istologique, par l’anatomie comparée, par l’anatomie et la physiologie pathologiques, par des expériences physiologiques. La contractilité des tendons appartient à un mode particulier de contraction, que l’auteur a désigné sous le nom de contraction de résistance.
Les grandes difformités du squelette ne peuvent exister qu’à la condition de changer tous les rapports des parties composant la charpente animale, et d’entraîner dans le contenant et le contenu des cavités viscérales des changements corrélatifs, d’où résultent une anatomie et une physiologie entièrement nouvelles.
Voici comment l’auteur a présenté ce point de vue, lors du concours pour le grand prix de chirurgie,'et comment il l’a pris pour point de ■ïdépart des recherches scientifiques qu’il a exécutées :
« Le premier fait qui m’a frappé, dit-il, dès le jour où je suis passé « des livres à la nature, est celui-ci : c’est que les grandes difformités « du système osseux, les difformités de la colonne vertébrale, par « exemple, portées à un haut degré, changent, bouleversent toute la « charpente animale, réalisent en quelque sorte une économie nouvelle, « avec des organes et des fonctions tellement modifiés, tellement «, altérés, qu’il en résulte une vie spéciale pour ceux qui ont subi cette « profonde révolution. En effet, ce ne sont plus, ni le thorax, ni les
« poumons, ni le cœur, ni le foie, ni le canal vertébral, ni la « moelle, ni l’eslomac, ni les intestins, dans les rapports de direc- « tion, de dimension, de volume, de consistance, que la nature a dé- « terminés pour l’entretien delà vie: c’est une autre respiration, c’est « une autre circulation, c’est une révolution générale telle, que si « nous n’assistions pas tous les jours à cette transformation prôtlif « gieuse, et si cette transformation ne S’accomplissait pas progressi-' « vement et en donnant à l’économie le temps de s’adapter graduelle-’ « ment aux nouvelles conditions d’existence qui lui sont imposées?
is jamais la possibilité de la vie avec-des altéra- « tions si profondes de ses conditions fondamentales. Or ces change-* « ments, si importants et si sensibles pour les grandes fonctions de la « vie, retentissent encore sur les organes et sur les fonctions secon- « daires. La direction nouvelle des vaisseaux, la réduction de leur « calibre, les obstacles qu’ils apportent au cours du sang, se tradui- « sent par une nutrition différente, alternativement pauvre ou exagé- « rée, modifiée dans sa nature comme dans la quantité de ses produits.
« Les systèmes musculaire et ligamenteux subissent à leur tour l’in- « fluence des déplacements de leurs points d’attache; leur direction, « leur dimension, leur forme, leur tissu, changent par le déplacement « et la déformation des leviers sur lesquels ils agissent; et de ces chan- « gements naissent d’autres conséquences dynamiques qui nécessitent « des lois différentes, puisqu’elles ont à formuler des conditions phé- « noménales nouvelles... Ainsi, dans les déviations de l’épine, les « muscles de la respiration, les pectoraux, les intercostaux, les den- « télés, le diaphragme, les muscles du dos et de la colonne, et dans « un ordre de difformités moins importantes, les muscles mêmes des « membres subissent quelquefois des modifications et des déplace^
* ments tels, qu’il en résulte jusqu’à des fonctions diamétralement « opposées à celles qui leur avaient été primitivement départies. Cette « expression n’a rien d’exagéré, du moins dans la limite de certains
* faits. Que résulte-t-il de ce grand phénomène, de cette révolution’ « générale du corps humain qui se modifie si profondément dans ses « agents comme dans ses fonctions, sinon que la science destinée à « tracer 1 histoire des faits qui en dépendent, sinon que la phiio- « sophie chargée de déterminer les lois qui président à la formé-
« tion d’aussi importants résultats, doit, avant tout, les étudier dans « leurs divers éléments, et remonter de la découverte de chacun d’eux « à la découverte des causes qui les produisent? Or, quelle est l’éten- « due de cette tâche et quelle en est la limite, sinon l’étendue des faits «. qu'elle ;doit atteindre? Si la plupart des organes, si la plupart des « systèmes, la plupart des fonctions arrivent à être profondément alté- « rés dans leurs conditions matérielles, dans leurs rapports et leur mé- « canisme; si la série des phases par lesquelles cette métamorphose « passe pour arriver à être complète constitue elle-même une succes- « . sion de faits, d’aspects, de rapports et de résultats différents ; si la «Myie enfin reçoit le dernier mot de cet enchaînement d’altérations, au « point d’en revêtir une autre physionomie générale, et même d’être « arrêtée prématurément dans son cours, n’y a-t-il pas presque toute « une science dans cette application nouvelle delà science normale? « N’est-ce pas une anatomie, une physiologie, une pathologie spéciales? « N’est-ce pas un ensemble de faits et de lois, autres que les faits et les « lois que ^observation et l’expérience avaient enregistrés jusqu’alors? « Et qu’on ne regarde pas un tel point de vue comme le résultat d’une « exagération enthousiaste; qu’on n’y cherche pas surtout la justifi- « cation des développements auxquels j’ai été entraîné : non, je ne « crains pas de le dire, l’histoire des difformités du système osseux « chez l’homme sera une histoire immense,- et la scienee qui arrivera à « enregistrer tous les faits qui s’y rapportent sera une-application «-, générale des sciences anatomiques, physiologiques et pathologiques « telle, qu’il n’est pâs possible d’en concevoir une plus vaste et plus « féconde en résultats nouveaux, (t). »
En reproduisant elle-même dans.son rapport le passage qui précède, la commission l’a présenté comme la formule la plus exacte et la plus générale des recherches de l’auteur : elle l’a pris en quelque façon sous son patronage; et pour justifier cette marque de haute bienveillance, elle a.signalé parmi les faits et les résultats nouveaux consignés dans l’ouvrage de l’auteur.ceux qui- suivent :
« 2” Le fait de torsion de la colonne sur un axe passant par l'extrémité des apophyses épineuses est considéré comme Ml primitif et dominateur des caractères anaforniques des déviations, à. toutes les périodes et à tous les degrés de ces déviations ;
« 3“ L’existence d 'une première période de déviation latérale, dans laquelle la série desapophyses épineuses parait suivre une ligne droite, alors que les corps vertébraux
anatomiques propres a suppléer l’absence de déviation apparente dans la série des apophyses;
« 4" La détermination des rapports numériques qu’il y a entre la déviation réelle ou intérieure (celle des corps vertébraux) et la déviation extérieure et visible (celle des apophyses épineuses) dans toutes les périodes et à tous les degrés de la déviation de manière à résoudre oe problème : ci Étant donnée la déviation des apophyses épice neuses, déterminer le degré de la déviation des corps des vertèbres. »
5® Toujours, dans la ligne des faits anatomiques spéciaux, la commission a encore remarqué le phénomène de l’élévation du bassin, accompagnant les luxations fémoroiliaques et ajoutant au raooourcissement apparent du membre luxé ; élévation due au déplacement de l'insertion fémorale du psoas, et proportionnée au degré d’ascension de la tête du fémur sur la surface externe de l’os coxal.
«6° Le mode de déformation des cavités articulaires normales dansles luxations an¬
ciennes ou congénitales, et les conditions de la formation des cavités articulaires nourris sous ses yeux une série de pièces dans lesquelles on a pu suivre le développement croissant des cavités articulaires nouvelles, lié et subordonné au degré de perforation
de la capsule orbioulaire, de manière à mettre dans une évidence complète la loi for¬
mulée par l’auteur, savoir que toute cavité articulaire nouvelle, dans la luxation ancienne, dépend de la mise en contact des surfaces osseuses de la tête fémorale et de la table externe de Vos iliaque à travers la capsule orbiculaire usée ou perforée.
cc Ce fait est un des principaux qui décident de la réduotibilité ou de la non-réductibilité des luxations, anciennes et congénitales (X). »