IL — PATHOLOGIE MÉDICALE
année 1848, p. 289 el 396.) , 1
Les recherches et les expériences de l’auteur sur l’action toxique du chloroforme ont eu pour résultat de faire connaître les circonstances et les conditions qui rendent dangereux l’emploi de la méthode anesthésique dans les opérations chirurgicales. A l’époque où il les fit connaître, l’Académie de médecine étaitsur le point d’absoudre le ohlbroforme de tous les accidents qu’on lui imputait. Les expériences de l’auteur n’ont pas été étrangères au revirement qui s’est opéré dans l’opinion. Le premier il a assigné la dose où le danger commence; le premier il a montré, par des expériences sur les animaux, qu’une faible dose de chloroforme injectée dans les veines cause la mort immédiate,
et a la propriété de déchiqueter, de détruire les globules du sang ; le premier, enfin, il a fait voir que la mort par le chloroforme n’est jamais, comme le prétendaient la plupart des chirurgiens, causée par l’asphyxie résultant de l’emploi d’appareils vicieux, mais par une véritable intoxication pulmonaire. Enfin le premier il a indiqué la cautérisation pharyngienne avec l’ammoniaque comme moyen de rappeler à la vie les sujets frappés de mort imminente par le chloroforme. Ce moyen, trop négligé, est incontestablement le meilleur.
lui l’Académie des sciences ; Comptes rendus, année 1837, t. V, p. 98 ; Rapport de la
Sixième Mémoire sur les difformités du système osseux.’) ’ P
Ce travail est la coordination et le complément des recherches anatomiques faisant partie de l’ouvrage couronné par l’Académie en 1837, sur lesquelles la commission s’est exprimée comme il suit :
« La commission s’est arrêtée sur deux ordres de recherches d’une « très grande importance , et dont l’indication va clore dignement l’ana- « lyse de cette partie du travail de M. Guérin : vous voulons parler de « l’histoire des difformités générales chez les moustres et le fœtus, et « de l 'histoire générale du rachitisme. »
« Les principaux faits signalés par l’auteur, relatifs au rachitisme, sont les sui-
« A. L’influence du rachitisme sur le tissu osseux se révèle par quatre ordres de faits distincts : la déformation,? arrêt de développement, le retard de V ossification et l'altération du tissu.
« B, La déformation rachitique du squelette se développe successivement de bas en haut des os de la jamhe aux fémurs,des fémurs au hassin; puis viennent successivement ou simultanément les différentes parties des membres supérieurs, le thorax, et en dernier lieu la colonne et le tronc. Le degré des déformations est en rapport avec leur ordre de développement ; d’où il suit que la déformation rachitique d’une portion du squelette implique toujours la déformation des portions situées au-dessous.
«C. La plupart des os du squelette jraohitique sont toujours relativement moins dé¬
veloppés en longueur ou en largeur que les os du squelette normal. Cette réduction
« D. La réduction plus grande des membres inférieurs, comparée à celle des bres supérieurs, établit entre ces parties dos rapports de longueur qui — rèpètt perpétuent ceux de l'âge où la maladie s’est développée.
E. Le retard de l'ossification dans les c I marquée des noyaux cartilagineux, p!
> tardive des pièces composantes des os
rachitiques se révèle par la persistance la disjonction des épiphyses et la réulultiples.
qu’on les observe pendant la période i'incubation du ) s de déformation, pendant sa période de résolution; i ; et à la fui de chacune de ces périodes, différentes e ienneté de l’affection.
été réduite au point que leur couche extérieure n’est plus formée quelquefois que par unepellicule mince.
« K. La texture des os rachitiques chez les adultes, quand la maladie s’est complètement résolue, offre une compacité et une dureté supérieures à celles de l’état normal. Dans cet état, désigné par l’auteur sous le nom d 'Umrnation rachitique on ne trouve plus aucune trace de la réunion de l’ancien os avec le nouveau.
Postérieurement à ce travail, l’auteur, cherchant à compléter ses recherches, s urtout en ce qui concerne l’étiologie de la maladie, est arrivé à la reproduire expérimentalement chez les animaux, ainsi qu’on va le voir ci-après.
(Communiquées à l’Académie de médecine, i 838 ; Gazette médicale, p. 332.)
Ayant été conduit, par l’opération clinique, à établir que le rachitisme est une maladie de la première enfance, produite non pas, comme on l’avait cru jusque-là, par une mauvaise alimentation, mais par une alimentation prématurée, c’est-à-dire composée d’aliments de l’âge adulte, non appropriés à l’état des organes digestifs de l’enfance, l’auteur a cherché à reproduire cette maladie chez les animaux, en les soumettant à une alimentation prématurée. Il a fait voir à quelques membres de l’Académie des sciences, et récemment encore à l’Académie de médecine tout entière, plusieurs spécimens de jeunes gens ainsi rachitisés, dont il conserve les squelettes dans son cabinet. Cette théorie expérimentale du rachitisme a eu pour conséquence nécessaire une réforme dans le traitement prophylactique et thérapeutique de la maladie. Jusque-là tous les médecins avaient coutume de prescrire aux enfants rachitiques une alimentation tonique et fortifiante. Ils ajoutaient à la cause de la maladie en croyant la combattre. A partir des recherches et des expériences de l’auteur, on a réformé complètement cette pratique : on a supprimé l'alimentation fortifiante prématurée, qui avait pour effet de provoquer et d’augmenter la maladie. M. Trousseau, l’un des premiers, dans son service des maladies des enfants, à l’hôpital Necker, a adopté cette réforme et en a reconnu l’origine et les avantages. D autres confirmations expérimentales et cliniques ont été
publiées depuis. Il leur a été opposé cependant des opinions et des observations négatives dépourvues de toute exactitude : l’auteur n’a eu d’autre réponse à leur faire, au congrès de Londres, que l’offre de montrer à qui voudra les voir les squelettes de chiens rachitifiés.
(Présenté à l’Académie des sciences, 1837 ; Comptes rendus, l. V, p. 71 ; Gazette médicale, année 1832, p. 165, et 1837, p. «9.
Avant les recherches consignées dans ce travail, on croyait généralement que le choléra morbus est une maladie foudroyante, prenant le malade à l’improviste, se manifestant d’emblée par ses symptômes les plus graves; c’était là une cause de terreur pour les populations et de désespoir pour les médecins. L’auteur, d’après une série de faits observés au commencement de l’épidémie de 1832, et qui ont été consignés dans la Gazette médicale à partir du 12 avril 1832, a été conduit à établir qu’il y à une période prodromique du choléra, caractérisée surtout par la diarrhée 'prémonitoire; période pendant laquelle la maladie est presque j| toujours curable. Les diverses épidémies observées depuis 1832 ont parfaitement confirmé cette observation, adoptée aujourd’hui, après Une longue opposition, dans tous les pays, comme base du traitement prophylactique et clinique du choléra. Cette observation est devenue, en Angleterre, le point de départ de tout un système de mesures sanitaires nouvelles adopté par le gouvernement comme moyen de prévenir et d’arrêter les explosions épidémiques du choléra. En 1854, le gouvernement français, sur le rapport d’un des membres du comité d'hygiène, de M. le docteur Méfier, envoyé à cet effet dans la Grande-Bretagne, a établi un système de mesures prophylactiques analogues à celles mises en pratique chez nos voisins. En Angleterre, comme en France, il est explicitement admis et reconnu que ce système a pour base le fait signalé par l’auteur, de Y existence dune période prodromique et, en particulier, de la diarrhée prémonitoire du choléra. Pour prévenir toute dénégation à cet égard, on renvoie au rapport du comité d’hygiène de Paris (Dictionnaire d’hygiène de M. Tardieu, article
Choléra), et au Rapport du conseil de santé de Londres [Rapvortof the general board of Health on the épidémie choiera 0/1848-1849, p. 87), où se trouvent les confirmations les plus précises sur l’origine, la réalité et l’importance de la découverte de la diarrhée prémonitoire du choléra.
Cette découverte a mis entre les mains de la médecine et de l’administration un moyen de combattre efficacement cette redoutable maladie et d’en prévenir le développement épidémique ; elle a encore et surtout servi à avertir et rassurer les populations contre le danger des attaques foudroyantes.
Dans cet ouvrage, couronné par l’Académie des sciences (1), l’auteur a fait connaître, d’après le relevé officiel des cas traités dans les hôpitaux en 1832, les résultats statistiques des différentes méthodes de traitement employées.
11 résulte de cette application de là statistique faite à la médecine avec de grands nombres, comme le voulait Poisson, que le traitement du choléra par les saignées et les anliphlogistiques, a eu les plus funestes résultats. La mortalité du Val-de-Grâce place cet établissement après \'hospice de la vieillesse et deé Incurables. Cette révélation, qui n’a pas été faite sans orages, a eu pour résultat de débarrasser la science d’une grave erreur, et l’humanité d’une pratique désastreuse.
Le fait de la période prodromique ou prémonitoire du choléra est devenu le point de départ d’une généralisation qui s’étend à la plupart
(t) Séance publique annuelle, année 1833.
des maladies infectieuses et virulentes : telles sont la fièvre jaune, la fièvre puerpérale , la morve, la rage, etc*
L’auteur a montré que, dans chacune de ces maladies, comme dans le choléra, le ferment toxique qui les produit prélude ordinairement pendant un certain nombre de jours, par des symptômes caractéristiques qu’on avait ou entièrement méconnus, ou attribués à d’autres états morbides. Cette doctrine, soutenue à plusieurs reprises devant l’Académie de médecine, a non seulement pour but de faire reconnaître les maladies infectieuses, à une période inaperçue jusqu’alors de leur existence, mais elle a encore et surtout pour résultat de permettre de les combattre avec succès avant que les progrès du mal ne les aient rendues tout â fait incurables.
Une dernière conséquence de ces recherches a été de mettre en évidence un ordre entier de faits qui avaient échappé jusque-là à l’attention des observateurs : les formes ébauchées des maladies infectieuses et virulentes. Il y a un choléra ébauché, une fièvre jaune ébauchée , une morve ébauchée, une rage ébauchée, c’est-à-dire une manifestation incomplète et comme effacée de ces maladies qui résulte d’une action insuffisante, ou atténuée de leur principe et qui permet de considérer comme curables celles de ces maladies, regardées jusqu’alors comme tout à fait
La nosologie, la prophylaxie et la thérapeutique de ces maladies doivent donc un nouveau progrès à la connaissance du fait de l’existence d’une période prodromique ou prémonitoire des maladies infectieuses et toxiques et à cet autre fait de l’existence des formes ébauchées des mêmes maladies.