EXPOSÉ GÉNÉRAL
Celui qui jette un regard en arrière pour se rendre compte du chemin parcouru par l’obstétrique opératoire, en quelque trente ans, est justement étonné.
Quand j’entrai dans le service du professeur Pinard comme chef de clinique, il n’était guère question d’autres opérations obstétricales que celles qu’on pouvait exécuter par les voies naturelles, exception faite de l'opération de Poiro, que je n’avais môme jamais vu prati-
car, grâce à la merveilleuse instrumentation, qui était l'œuvre de Tarnier, iis'surpassaient de
cales. 11 y avait là un obstacle à une orientation plus chirurgicale de l’obslétrique.
Au cours de mon internat, je fis en i885 un assez long séjour à l'étranger et j’eus l’occasion d’y voir pratiquer, à mon grand étonnement, des opérations césariennes et d'en observer les suites heureuses. SUnger venait, en effet, de réhabiliter l’ancienne opération césarienne tombée dans l’oubli. Il avait pressenti qu’en appliquant à l’opération césarienne classique les perfectionnements dont avait déjà profité à un si haut degré la jeune chirurgie abdominale, grûcc à l’antisepsie et n de judicieuses sutures, elle donnerait, elle aussi, des succès et devrait par conséquent prendre rang en obstétrique. Et les résultats heureux des premières césariennes, entreprises suivant scs principes et sa technique, démontrèrent le bien-fondé de ses espérances.
Je fus, je dois le dire, rempli d’enthousiasme par les faits que j’avais vus. A mon retour
Les indications de la césarienne, avais-je dit, sont fonction de sa technique. Nous allions césarienne classique : conserver à la mère l'iiitégrité de son appareil génital et assurer la vie de
enfant vivant était capable d’entraîner les accoucheurs à pratiquer plus volontiers l’opération césarienne pour des indications purement fœtales, au moins dans les cas où ils étaient indécis
Quoiqu’il en soit, j’ai dit qu’à mon avis, nous étions en droit d'obéir à de nouvelles indications positives de l’opération césarienne, et je la proposai dans les conditions suivantes : mauvaises présentations irréductibles, excès de volume du fœtus, procidence du cordon.
assodiées ou non à un vice de conformaliou du bassin, — étant bien entendu qu’il y a risque sérieux pour l’enfant et indications précises que l’accoucheur seul est en droit d’apprécier. Et j’ajoutai que si la femme est âgée, n’a pas encore eu d’enfant ou, en ayant eu, les a tous perdus, et qu’elle désire absolument avoir un enfant vivant, on était autorisé à pratiquer l’opération césarienne si les conditions de son accouchement ne permettaient pas de lui certifier que son enfant viendrait vivant. C’est d’ailleurs dans ces conditions que j’avais opéré.
Je ne m'élis pas trompé; toutes ces indications furent acceptées par la suite et nombreuses sont aujourd’hui les sections césariennes faites pour extraire vivants des enfants qui fussent certainement venus morts si on les avait extraits autrement, dans les présentations de l’épaule irréductibles, par exemple.
Les idées ont donc évolué depuis l’époque où j’écrivis le premier plaidoyer en faveur de la renaissance de l’opération césarienne classique. Aujourd’hui il ne fait plus de doute que la pratique de celte opération a profondément transformé l’obstétrique, que les résultats qu’elle donne tous les jours sont une source de joie protonde, mais qu il n’y a pas lieu d’en redouter l’extension ni d’en craindre les abus, parce que malgré tout et quelle qu’en soit la bénignité, ce
sera toujours trop heureux si l’accouchement par les voies naturelles lui permet de réaliser son idéal : sauver la mère et l’enfant.
L’amputation utero-ovanque, imaginée par Porro en 1876, avait rendu, c’est incontestable, d’éminents services. J’y ai eu recours au début de ma carrière quand je ne me trouvais pas en présence du minimum de conditions d’asepsie indispensable pour pratiquer l’opération césarienne conservatrice. Mais j’ai depuis longtemps renoncé à l’opération de Porro et n’ai plus recours, dans les cas où il m’est impossible de conserver l’utérus, qu’à l’hystérectomie supravaginale ou totale dont je fais suivre alors l’opération césarienne. J’en obtiens les mêmes résultats avec encore plus d’avantages et je trouve l’opération infiniment plus satisfaisante au point de vue chirurgical.
J’ai pu ainsi enlever par le ventre des utérus infectés, des fœtus putréfiés, même dans des cas où j’avais été obligé au préalable d’ouvrir l’utérus, et où cependant les suites opératoires furent presque normales, sans même que j’eusse recours au drainage. Quelle meilleure preuve des bienfaits que l’obstétrique doit à une application judicieuse des principes de la chirurgie !
J’ai eu le grand bonheur d’être l’interne de Bouilly, qui fut l’un des premiers chez nç.us à pratiquer couramment la chirurgie gynécologique; c est pourquoi je n’ai pas redouté de voir l’obstétrique s’engager dans la voie chirurgicale, J’ai pensé qu’une orientation dans ce sens n’aurait que des avantages et que, pour être absolument bienfaisante et remplir entièremenj son but, l’obstétrique se devait de ne pas rester cantonnée dans la voie étroite d'autrefois et qu’il lui fallait voler vers d'autres horizons.
L’obstétrique et la gynécologie ont des frontières communes. L’obstétricien doit connaître les principes de la gynécologie, comme le gynécologue ceux de l’obslétriquo. Il est, en effet, certains états qui relèvent aussi bien de l’une que de l’aulrc science. Je fais allusion à la grossesse extra-utérinei
suites, et toute la durée de l'allailement. Car ces conseils et cette assistance ne pourraient guère lui être donnés par les médecins, trop occupés ailleurs, mais qui seront appelés par la sagefemme au moindre accident.
11 est donc indispensable tout d’abord que la sage-femme ait reçu une bonne instruction et soit à même de la perfectionner au cours de sa carrière. Mais, par contre, il est bon, il est sain, que la sage-femme trouve dans l’exercice de sa profession les moyens de vivre. C’est le triple but que nous nous sommes proposé d’atteindre dans notre projet de statut.
Le rôle social de la sage-femme apparaît ainsi dans toute sa plénitude et dans toute sa beauté. S’il est bien rempli, ce sera au plus grand bénéfice de la natalité française.
corps jaune. Nous éludions aussi les transformations que subit l’appareil génital, du fait de la gestation, et les processus régressifs qui s’y déroulent.pendant le postparlum.
Puis vient l’élude de la formation de l’embryon, que précèdent celles de la fécondation, de la segmentation de l’œuf et du développement des feuillets germinatifs.
Enfin, nous exposons l’hisloire des annexes de l’embryon. Dans ce dernier chapitre, nous nous sommes astreints à décrire les annexes fœtales, chez le lapin d’abord, chez l'homme ensuite. Grâce à cette division, nous avons évité de disperser l’attention du lecteur, et nous pensons avoir donné plus de précision à des descriptions assez ardues par elles-mêmes.
Ajoutons que, do parti pris, nous nous sommes efforcés de mettre en lumière lès faits d’observation bien établis, et qu’en revanche nous avons laissé au second plan les hypothèses qui se proposent de relier les faits, ou qui tentent d’en fournir une explication prématurée. Les généralisations par trop hâtives, loin d’activer la marche de la science, ne peuvent qu’en ralentir ou en arrêter le mouvement.
Mon regretté maître Tarnier a bien voulu me charger de rédiger les leçons qu’il a professées à la Clinique d’accouchements sur l’asepsie et l’antisepsie obstétricales. Devenir le collaborateur d’un tel maître était pour moi un honneur dont j’ai voulu me rendre digne en cherchant à faire bien.
J’ai porté tous mes soins à ce travail, n’abandonnant rien au hasard, vérifiant scrupuleusement les indications bibliographiques, et me reportant toujours aux mémoires et livres originaux, afin de reproduire exactement les opinions attribuées aux différents auteurs cités dans le texte. L’exactitude dans le fond, la clarté dans la forme, ont été l’objet de ma constante préoccupation : ce sont là, en effet, les premières qualités que le lecteur compte trouver dans un traité didactique.
Ce livre ne comporte pas seulement l’exposé de la doctrine antiseptique dans ses rapports avec l’obstétrique. Son plan est plus étendu. On s’y est attaché, en effet, à montrer de quelle façon l’antisepsie doit être dirigée, au lit de la malade, dans la plupart des circonstances où l’accoucheur est appelé à intervenir. C’est donc également et à proprement parler un Traité d’Obstétriqae clinique et thérapeutique.
Cette partie de l’ouvrage comporte ^70 pages. Aucun des chapitres ainsi abordés n’a perdu de son intérêt. La façon dont ils ont été traités leur conserve toute leur actualité. C’est le cas, en particulier, pour les hémorragies de la délivrance, le traitement des déchirures des organes génitaux pendant l’accouchement, l’avortement et ses complications, le traitement des complications des suites de couches et de l’infection puerpérale.
Un chapitre important a été consacré à Vantisepsie dans la clientèle des sages-femmes, dans lequel est critiqué l’emploi exclusif du sublimé, auquel d’après les règlements, les sages-femmes sont encore astreintes.
Les bienfaits de 1 emploi de l’iode pendant le travail et les suites de couches sont bien mis en lumière par l'exposé des résultats obtenus à la Clinique en 1898 et 189.^^ avec cet anlisep-
3 . — Atlas manuel d’obstétrique clinique et thérapeutique, par 0 . Schaeffer. Édition
française avec notes, par J. Potocki. Paris, 1901. Un volume în-8 de 472 pages.
L’édition française du manuel de Schaeiïer n’est pas une simple traduction. J’y ai ajouté, en effet, une centaine de pages de notes, dont certaines sont courtes, mais dont beaucoup forment,, par leur étendue, de véritables chapitres. Grâce à ces diverses additions, la lecture de l’Atlas manuel est rendue plus commode pour le médecin français qui, en plusieurs endroits, pourrait être surpris et même désorienté par l’exposé de faits ou de doctrines en contradiction avec ce qui lui a été enseigné. Cette traduction a été très répandue hors France, dans les pays où l’usage des livres écrits en français est général.
Mes additions portent sur les chapitres suivants ;
Physiologie et diagnostic de la grossesse. ■— Anatomie de l’ovaire. — Histologie des corps jaunes. — Anatomie du placenta et des membranes. — Palper abdominal. — Auscultation obstétricale. — Signes de probabilité de la grossesse.
Anatomie et examen clinique du bassin. — Évaluation du diamètre promonto-pubien minimum. — Description du bassin recouvert départies molles. — Attitude du fœtus pendant la vie intra-utérine. —• Gaine hypogastrique et développement des ligaments de l’utérus.
Accouchement physiologique. — Effacement du col et formation du segment inférieur de l’utérus. ~ Dilatation de l’orifice utérin. — De la poche des eaux. — De la bosse séro-sanguine et du chevauchement des os du crâne. — Engagement, descente et dégagement de la tête.
Délivrance et suites de couches. — Mécanisme de la délivrance. — Étude anatomique de la régression utérine.
Pathologie de la grossesse et de l’accouchement. — Conduite à tenir dans les cas de grossesses compliquées de fibromes. — .Vu sujet de l'intervention dans les cas de grossesses compliquées de cancer du col. — Sur le traitement de l’hémorragie par insertion vicieuse du placenta. — De l’intervention en cas d’hydrocéphalie.
4 — Pratique médico-ohirurgioale, publiée sous la direction des professeurs Brissaud, Pinard, Reclus, 1906.
J’ai été chargé d’écrire les articles suivants :
Présentation du siège.
Cancer de l’utérus (grossesse et accouchement).
Fibromes de l’utérus (grossesse et accouchement).
Ruptures de l’utérus gravide.
Basiotripsie.
Cranioclasie.
Craniotomie.
Embryotomie.