FIÈVRE TYPHOÏDE
La séro-agglutination et le diagnostic de l'infection éberthienne et des infections paratyphiques (en collaboration avec J. Paraf). Presse Médicale, 2 septembre 1915.
Les infections typhoïdes et la vaccination antityphoïdique.
Académie de Médecine, 28 septembre 1915.
Les infections typhoïdes chez les sujets vaccinés contre la fièvre typhoïde (on collaboration avec J. Paraf). Annales de Médecine, octobre 1915.
Les formes légères^ de la dothienenterie et l'embarras gastrique fébrile; les limites de la fièvre typhoïde. Annales de Médecine, février 1910.
Chargé de la direction d’un hôpital de contagieux à Auchel (Pas-de-CalaisI entre octobre 1914 et décembre 1913, j’ai pu ctudier complètement près de 1500 malades atteints des modalités diverses des infestions typhique et.paratyphiques. .. t
Les observations que j’ai recueillies, les expériences que j’ai faites, onl trait il quatre questions auxquelles je me suis efforcé d’apporter une contribution :
1“ La valeur de la séro-réaction do Widal ;
2° La valeur de la vaccination antityphoïdique ;
5" Les relations de l’infection éberlhienne et des infections para typhiques;
4° Les limites de la fièvre typhoïde et l’unicité de là maladie.
Valeur de la séro-réaction de Widal. — La séro-réaction de Widal a fourni, depuis sa découverte, de si nombreuses preuves de sa valeur pour le diagnostic de la fièvre typhoïde qu’ëlle n’a plus besoin aujourd’hui d’être défendue ; à condition d’observer une technique rigoureuse, et de né tenir compte que d’agglutinations obtenues à un taux au moins égal ou supérieur à 1 pour 60, on peut, à l’aide de ses données et il l’abri de toute critique, distinguer la dolhienenlérie des maladies que les seuls moyens cliniques peuvent permettre de confondre avec elle.
Mais la question de la fièvre typhoïde se présente aujourd’hui sous un jour nouveau. A côté de l’infection typhique due au bacille d’Eberth, on connaît main- . tenant, grâce à la recherche des microbes dons le sang des malades, des infections tout à fait voisines, tant par leur similitude clinique et anatomique complète que par la parenté étroite des virus pathogènes ; ce sont les infections paratyphiques.
La question de la vaccination antityphoïdique donne îi la discrimination du bacille d’Eberth et des bacilles paratyphiques un surcroît d’intérêt. 11 est indispensable, pour mettre ou point cette question si importante, de ne fonder des conclusions que sur des méthodes impeccables. Lorsqu’une infection d’allure typhoïde se déclare chezun sujet qui a reçu du vaccin, il est essentiel de connaître
Nous nous sommes donc crus en' droit d’affirmer qu’en dépit des différences plus oq moins authentiques que l’on a essayé de tracer entre les typhoïdes à paratyphiques et la typhoïde éberthienne envisagées dans leur ensemble, il est absolument impossible, devant un cas particulier, de les reconnaître et les distinguer les unes des autres.
On peut hésiter sur le diagnostic de fièvre typhoïde ou le poser; on peut classer plus ou moins facilement le cas parmi les formes légères, moyennes ou graves. Il n’est pas possible de désigner le germe dont il relève, bacille d’Eberth ou bacille paratyphique.
Celte assertion nous dispense d’ajouter qu’il-ne paraît pas légitime d’essayer de discerner les faits qui appartiennent au bacille paratyphique A de ceux qui sont dus au paratyphique B. Les uns et les autres viennent, avec le bacille d’Iîberth, se confondre dans les multiples modalités que la nosographie classique a assignées à la fièvre typhoïde.
L’anatomie pathologique confirme cette identité des deux ordres d’infections. Enfin l’épidémiologie dévoile la coexistence des épidémies de paratyphoïdes et de typhoïdes. Nous avons à cet égard rapporté des faits de foyers épidémiques, que les conditions de la vie militaire rendent particulièrement démonstratifs.
Aux mêmes sources les diverses catégories ' de germes typhoïdiques se: rencontrent côte à côte.
Au point de vue bactériologique, au contraire, ces germes se différencient à la fois par des caractères de culture, qui individualisent le bacille d’Eberlh et différents bacilles paratyphiques, — et par les phénomènes d’immunité, puisque la vaccination sépare électivement les infections éberthiennes et les infections
ne permettent pas de distinguer radicalement ces différents germes entré eux, non - plus que leurs caractères morphologiques. Somme toute, ils ne sont directement reconnaissables entre eux que par leurs caractères de culture.
4° L'unité et les limites de la fièvre typhoïde. — Physionomie clinique semblable, lésions et processus morbide identiques, concomitance palhogénique, tout semble donc faire de la fièvre typhoïde et des fièvres paratyphoïdes une seule et même maladie ; seuls sont différents les microbes que l’on trouve dans le sang des malades.
L’interprétation de ce contraste — unité anatomo-clinique : pluralité des germes — fournit ample matière A discussion.
Cette discussion nous l’avons approfondie, en analysant les diverses explications possibles. Nous avons éliminé sur preuves solides l’hypothèse qui attribuerait aux bacilles typhoïdiques comme le rôle de « bacilles sortis » à la faveur d’une autre infection cachée; ainsi que celle qui incriminerait une association constante de tous ces germes; et nous sommes arrivés à nous demander si la pluralité de ces germes répond bien à des « espèces différentes », ou bien s’il ne s’agit pas seulement de races, de variations d’une seule espèce ; question qui entraîne cette autre : la fièvre typhoïde, attribuée unanimement au bacille d’Eberth, doit-elle être radicalement séparée des infections paratyphiques'? La typhoïde et les paralyphus constituent-ils des entités nosologiques distinctes ?
Rappelant qu’il n’existe, pour autoriser le classement en espèces distinctes des bacilles typhique et paratyphiques que, d’une part leurs différences culturales,
d’aUtre pal't la différence de leurs réaclions devantl’immunisal.i'on vaccinale, nous avons dit pourquoi il ne nous paraît pas que ces caractères aient une valeur spécifique, et qu’à eux seuls ils suffisent à légitimer la séparation nosologique de là fièvre typhoïde et de la paratyphoïde, véritable démembrement de la fièvre typhoïde.
Pour nous, la fièvre typhoïde, définie par ses caractéristiques cliniques, Snatomiques, étiologiques, demeure une, indivisible; mais le microbe .qui la détermine est susceptible, comme la plupart des microbes pathogènes d'ailleurs 1 , de subir des variations qui se manifestent dans ses propriétés culturales et modifient la nature' de ses produits immunisants. Ce sont là des races d’une même espèce, bacille typhique ou mieux typlmdique , agent pathogène de la typhoïde. Ces races sont multiples; quelques-unes sont individualisées, bacille d’Eberth, bacille paratyphiqüe A, paratyphique B, bacilles I, If, III que nous avons authentifiés ; d’autres seront péut-être reconnues; cette diversité ne saurait ébranler l’unicilé de la maladie dans laquelle, identique à elle-même, on trouve toujours cés
Ayant ainsi affirmé l’unicité de la fièvre typhoïde, en ne faisant pas céder ses caractères nosologiques généraux devant des caractères bactériologiques reconnus insuffisants, nous avons cherché à tracer les frontières de la maladie en étudiant successivement ses formes légères, les manifestations localisées des infections éberthienne et pa'ratyphiques, enfin les infections simulatrices de la fièvre typhoïde.
Nous avons conclu que dans une classification naturelle les limites de la lièvre typhoïde se fondent sur la juxtaposition, sur l’association de ses caractères cliniques, anatomiques, et bactériologiques. Cette conclusion nous a permis non seulement de proposer une solution à un problème de doctrine, mais d’apporter une contribution à une question pratique, celle du diagnostic de ce que les cliniciens appellent l’embarras gastrique fébrile,