LES RÉSULTATS DE LA SÉROTHÉRAPIE
Les observateurs qui ont étudié Ja diphtérie avant et après la sérothérapie ont été rapidement convaincus de l’efficacité du sérum antidiphtérique, qui, dans bien des cas, transforme une maladie grave en affection bénigne.
Pour convaincre ceux qui ne pouvaient facilement établir cette comparaison, il fut indispensable d’étudier et de comparer les chiffres de mortalité avant et après la sérothérapie
1» Statistiques
Dans deux mémoires nous avons étudié la diphtérie à l’hôpital des Entants malades avant la sérothérapie; nous avons de plus, dans ce même hôpital, relevé les statistiques globales des dernières années qui ont précédé la sérothérapie, nous avons, enfin, pris comme terme de comparaison lès chiffres obtenus à l’hôpital Trous-
même où les ;
étaient pratiqués aux Entants malades.
A tous ces chiffres obtenus avant la sérothérapie, nous avons pu comparer les statistiques après le nouveau traitement, et les pourcentages se sont constamment améhorés depuis le début de la méthode; voici les résultats qui nous ont permis d’affirmer l’efficacité du sérum:
Mortalité globale dans les Mpitaux. — Avant la sérothérapie, nous avons relevé les statistiques de l’hôpital des Enfants malades, et nous avons obtenu comme mortalité globale :
Soit une mortalité moyenne de 51, 71 %.
Après la sérothérapie, nous avons obtenu
1894 .... Roux, Martin, Chaillou...
1900-1910 Hôpital Pasteur.
Mortalité globale à Paris. — La dimi
De 1890 à 1894, il y eut à Paris chaque année une moyenne de 1.432 décès causés par la, diphtérie.
Depuis nous trouvons pour les seize dernières années une mortalité annuelle moyenne de 342.
Action du, sérum sur les angines, — Voici les chiffres que nous avons pu réunir sur la mortalité des angines à l’hôpital des Enfants malades avant la sérothérapie :
Dans les cas traités par MM. Roux, Martim, Chaillou, la mortalité a été de 12 %■ Pendant le même temps à l’hôpital Trousseau, la mortalité était de 32 %.
En 1895, dans le service de Sevestre, nous arrivâmes pour les angines à une mortalité de 9 %.
Action sur Us croups opérés. — Aux Enfants malades avant la sérothérapie, la mortalité était dë :
Dans les cas traités en 1894 par MM, Roux, Martin, Chaillou, la mortalité a été de 46 % .
Durant nos six mois d’internat dans le service de Sevestre, nous avons eu : 75 opérés, 72 tubages, 3 trachéotomies, avec 17 morts, soit une mortalité de 23,5 %.
Rapports entre Us angines et Us croups opérés. —■ La sérothérapie antidiphtérique diminue considérablement le nombre des interventions; il était à l’hôpital des Enfants malades pour les années 1887 à 1894 de 36 %.
En 1895 dans le service de Sevestre, le chiffre des interventions a été réduit à 14 %, soit une diminution de près des deux tiers.
Modification des statistiques suivant l’âge. — Il est impossible d’établir une comparaison entre les différentes statistiques globables, si Ton ne tient pas compte de Tâge des personnes traitées :
Pour les enfants de la naissance à 2 ans, la mortalité évolue entre 20 et 30 %,
Pour les enfants de 2 à 15 ans, on ne trouve plus que 10 à 15 % (7,39, dernière
Pour les adultes, la mortalité est seulement de 3,45 %.
2» Les causes de mortalité dans la diphtérie
Malgré la sérothérapie et ses résultats indiscutables dans le traitement de la diphtérie, on constate que cette maladie cause encore une mortalité, s’élevant dans les hôpitaux à 10 et 14 %.
Pour diminuer cette mortalité il faut en bien étudier les causes, et, dans ce but, nous avons examiné les observations recueillies à l’hôpital Pasteur.
Nous voyons tout d’abord que le tiers environ des décès survient moins de vingt-quatre heures après la première injection de sérum ; le tiers des décédés a donc reçu le sérum trop tard pour en profiter. Le nombre de ces cas diminuera le jour où tous les médecins seront bien convaincus qu’il est indispensable d’intervenir hâti- .vement, et qu’on doit injecter le sérum, même à un malade suspect.
A cette première cause de mortalité nous pouvons en ajouter une autre qui est très importante ; c’est l’âge de l’enfant; en dessous de deux ans, nous avons hospitalisé 254 entants, 51 sont morts, ce qui donne une mortalité de 20 %, tandis que de 2 à 14 ans nous avons 6 % et chez l’adulte 4,17 %.
La diphtérie était considérée comme très rare chez les jeunes enfants. En pratiquant l’examen bactériologique nous avons vu que, dans les milieux épidémiques, les jeunes enfants étaient souvent atteints; la diphtérie prend fréquemment la forme trachéale ou broncho-pulmonaire. Dès lors elle devient très grave, la mort survient rapidement ; 50 % de nos malades succomhent moins de 24 heures après l’injection de sérum, les autres meurent de complications laryngées ou pulmo-
Comme il est très difficile de guérir la diphtérie chez les très jeunes enfants, il faut la prévenir par les injections préventives et nous étudierons ce point spécial en parlant de la prophylaxie.
Chez les grands enfants et chez les adultes, les morts rapides sont rares; les enfants succomhent surtout aux complications dues aux associations microbiennes. C’est aussi l’association de deux germes qui donne leur gravité aux diphtéries secondaires, évoluant en même temps que la rougeole, la scarlatine, la grippe ou la coqueluche. Enfin en temps d’épidémie, la diphtérie revêt des caractères particuliers de toxicité que nous allons étudier spécialement. ,
La diphtérie épidémique. — Nous avons eu l’occasion d’étudier deux épidémies, l’une à Privas en 1896 et la seconde à Paris pendant les années 1901-1902. -
Pendant les épidémies, les angines diphtériques revêtent des caractères de toxicité qu’elles ont rarement en période endémique.
Le début est brusque, fébrile, l’enfant se plaint de violentes douleurs dans le ventre, il vomit; la gorge est d’abord rouge dans sa totalité, les amygdales sont grosses, tuméfiées, la luette cedématiée. Il y a au début une traînée blanc grisâtre; vers
de récidive, surtout dans les cas graves, doubler et renouveler les doses.
Nous avons observé un cas de rechute et c’est à la suite d’une rougeole que tous les symptômes de la diphtérie ont fait leur réapparition. Traité énergiquement ce malade a guéri.
3’ Prophylaxie de la diphtérie
C’est à Privas en 1896 pendant une épidémie très meurtrière, et à l’hôpital Pasteur de 1900 à 1910, que nous avons étudié la prophylaxie de la diphtérie.
A Privas nous avons insisté sur le caractère familial de la maladie : sur 20 familles composées de 77 enfants, 56 ont eu la diphtérie, 19 sont morts.
Nous avons remarqué que les premiers cas restèrent isolés et qu’il eût été facile, au début de l’épidémie, de la circonscrire.
L’épidémie avait débuté au mois d’octobre 1895 et c’est seulement six mois après que nous arrivâmes à Privas et dans les villages voisins.
A Privas où les enfants pouvaient être facilement surveillés, nous visitâmes les écoles et pratiquâmes l’examen des gorges. Au moment de notre arrivée, les écoles
les écoles ou dans les villages, pratiquer la prophylaxie de la diphtérie, et voici nos conclusions :
Nous recommandons l’examen quotidien des gorges pour les enfants âgés de plus de cinq ans et les grandes personnes.
Nous pratiquons l’examen bactériologique des voisins d’un premier malade ou des angines suspectes en milieux épidémiques.
Nous usons très largement de la sérothérapie préventive pour les enfants âgés