MÉDICATIONS SPÉCIALES
Caustiques,astringents, véslcants, corps gras et résineux, alcalins, acides, purgatifs.
Extrait du compte rendu de eet ouvrage par Lehmann :
« Ce livre doit être considéré comme une œuvre entièrement originale, basee sur de nombreuses observations nouvelles; en un mot, comme une
véritable pharmacologie chimique, dont l’introduction peut être envisagée comme l’exposé complet de tous les phénomènes de l’oxydation et de la nutrition de l’organisme, avec toutes les applications de cette étude aux divers modes, aux diverses formes des prescriptions pharmaceutiques et thérapeutiques.
» Les principes de pharmacologie sont exposés d’une manière éminemment simple et claire; les conclusions, aussi logiques que lucides et fondées sur des expériences directes, conduisent sauvent aux résultats pratiques les plus remarquables. Cette sévérité des principes qui. ont présidé .à l’examen de toutes les questions en litige se retrouve surtout à l’occasion de chaque médicament en particulier. Bien des phénomènes qui étaient restés à l’état d’énigmes sont expliqués de la manière la plus simple; bien des remarques thérapeutiques qui jusque-là avaient échappé complètement à l’attention des pharmacologistes, un grand nombre d’observations fines, enfin des indications précieuses sur la forme pharmaceutique sous laquelle chaque médicament doit être administré, ce sont là, pour le pharmacien, des mines fécondes d’aperçus utiles et d’opinions nouvelles ; pour le médecin, le guide le plus certain dans l’emploi des médicaments et leur mode de prescription. »
(Schmidt's Jahrbücher, 1856, n 0 !,,Leipzig.)
65. Du rôle chimique de l’acide carbonique dans l’économie animale.
(Mémoire lu à l’Académie impériale de médecine, dans la séance du 5 août 1856.)
Dans ce travail, M. Mialhe a eu pour but de rechercher quel est le rôle chimique de l’acide carbonique dans l’économie animale.
M. Dumas, dans le discours d’ouverture prononcé à la Faculté de médecine de Paris, le 16 novembre 1846, s’exprimait ainsi :
; « Les os abandonnés à eux-mêmes sur le sol, se divisent peu à peu et disparaissent. Quelle est la force nouvelle qui intervient pour en dissoudre les éléments? D’après mes expériences, c’est l’eau, non pas l’eau pure : le phosphate de chaux des os y est insoluble; mais l’eau chargée d’acide carbonique, celle des pluies, des sources, celle, en un mot, qui baigne partout lé sol. A la faveur de cet acide carbonique, le phosphate de chaux se dissout, les os se désagrègent, et les derniers vestiges de la vie animale disparaissent. »
En méditant l’éloquent exposé de M. Dumas sur le rôle de l’acide
carbonique comme agent de dissolution chez tous les êtres organisés, l’auteur a été conduit à étudier comment, chez les animaux, l’acide carbonique détermine ces phénomènes de dissolution.
§ I. — L’acide carbonique, qui existe dans l’économie animale, est le résultat de la combustion directe ou indirecte, par l’oxygène, de tout ou partie du carbone des matières alimentaires : il est en grande partie immédiatement saturé par les bases alcalines contenues dans le sang avec lesquelles il forme des combinaisons. Or, les expériences de Liebig, Marchand, Lehmann et celles de l’auteur, ont mis hors de doute que les éléments alcalins de l’économie sont à l’état de bicarbonates, et non d’alcalis libres ou simplement carbonatés, comme on l’avait tour à tour admis.
Ces bicarbonates, dont la formation est en quelque sorte forcément déterminée par la production incessante et l’excès d’acide carbonique qui sursature les liquides alcalins, ne peuvent à la pression et à la température animale être réduits en carbonates neutres ou sesqui-carbonates, de sorte que le sang qui les renferme constitue un liquide alcalin bicarbonaté offrant, abstraction faite des principes organiques, la plus grande analogie avec certaines eaux minérales, telles que celles de Vichy, de Vais, de Fougues, de Carlsbad.
11 en résulte que les composés salins à base de chaux et de magnésie qui arrivent dans le sang par voie d’absorption, se trouvant en présence de bicarbonates de soude et de potasse, doivent subir une double décomposition qui donne lieu à de nouveaux sels alcalins et à des bicarbonates de chaux et de magnésie, composés solubles, susceptibles de parcourir tout le cercle circulatoire sans éprouver de décomposition et de précipitation.
§ IL — Or, c’est précisément ainsi que les choses se passent dans l’économie animale ; les recherches chimiques et physiologiques consignées dans ce Mémoire ne laissent aucun doute à ce sujet et autorisent à conclure : que l’acide carbonique, loin d’être un produit excrémentitiel, n’ayant aucune utilité et devant être rejeté de l’organisme,
comme on le professait jusqu’à présent, est, au contraire, en raison des bicarbonates auxquels il donne naissance, l’unique agent des phénomènes de dissolution et de circulation des composés calcaires et magnésiens contenus dans les liquides de l’économie animale.
Aussi cet acide existe-t-il toujours dans l’organisme en quantité plus que suffisante pour accomplir ces réactions indispensables, et, si, par hypothèse, il venait à faire défaut, la mort en serait l’inévitable conséquence.
66. Nouvelles considérations sur la destruction du sucre dans ï économie animale,
(Présentées à la Société d’hydrologie médicale de Paris, en réponse à un travail de M. Fauconneau-Dufresne, le 6 avril 1857,)
[Bulletin de la Société d'hydrologie médicale de Paris, 1857.)
Suivant M. Fauconneau-Dufresne, une liqueur plus alcaline que le sang ne décompose pas la glycose. Pour combattre cette opinion, M. Mialhe fait remarquer que ce n’est pas par une idée préconçue qu’il a été conduit à poser en principe que la destruction de la glycose dans l’économie animale n’est possible qu’en présence des alcalis. Il a au contraire préalablement établi par des expériences qui peuvent être facilement vérifiées, que la glycose. seule, soit à froid, soit à chaud, n’a aucune affinité pour l’oxygène, et est complètement sans action sur le bioxyde et les sels de cuivre ; qu’elle n’acquiert de propriété réduetive, qu’elle ne peut absorber l’oxygène et se combiner avec lui, qu’autant qu’elle est décomposée, transformée en substances nouvelles, et que ces transformations ne peuvent avoir lieu que sous l’influence des alcalis libres ou cacbonatés.
Ces faits incontestables ont conduit l’auteur à penser que dans l’économie animale, la glycose doit être soumise aux mêmes lois chimiques et qu’elle ne peut se combiner avec l’oxygène sans l’intervention des éléments alcalins ; mais il n’a jamais prétendu que les alcalins dussent seuls opérer la destruction de la glycose, il a au contraire tenu grand compte des phénomènes de circulation et de respiration, qui, sous la dépendance du système nerveux, exercent une si grande in-
fluence sur l’oxygénation, et il a dit : Les phénomènes généraux de combustion intra-vasculaire sont en rapport direct avec la destruction de la glycose ; tout ce qui activera là circulation et la respiration, marché, travail, efforts musculaires, air pur et abondant, sera favorable à cette destruction.
Pour lui, la destruction de la glycose dans l’économie est un phénomène de combustion : c’est par l’intervention des alcalis du sang que la glycose et ses congénères se décomposent, s’oxydent, brûlent et deviennent de véritables éléments respiratoires.
Supposez que l’on change la proportion de ces éléments, glycose, alcalis, oxygène, sans les mettre en relation convenable, les phénomènes physiologiques seront immédiatement modifiés.
Si la glycose seule est augmentée, les alcalis et l’oxygène ne pourront plus en opérer entièrement la décomposition et l’oxydation.
Si à une addition de glycose est jointe une addition d’alcali, ce sera l’oxygène qui alors fera défaut pour la combustion des matières sucrées.
Enfin, si la quantité de glycose restant la même, l’alcali ou l’oxygène vient à diminuer, la décomposition d’une part, la combustion d’autre part, n’auront plus lieu, et la glycose apparaîtra daus les sécrétions.
C’est ainsi que M. Mialhe comprend la nécessité de la présence des alcalis et de l’oxygène pour la combustion de la glycose dans l’économie.
Il trouve dans certaines préparations minérales une série de phénomènes parfaitement identiques.
Le plomb, par exemple, ne peut passer à l’état de carbonate qu’autant qu’il a été préalablement oxydé : dans la fabrication de la céruse par le procédé hollandais, qui consiste à mettre le plomb en contact avec du vinaigre dans des pots rangés dans des cases de bois recouvertes de fumier, le fumier entre en fermentation, la température s élève graduellement, et il se dégage des quantités considérables d’acide carbonique; sous l’influence de l’aeide acétique, le métal absorbe l’oxvgène de l’air et l’acide carbonique du fumier ; et au bout
de quelques semaines les feuilles de plomb sont presque complètement transformées en céruse.
Mais si l’on supprime les courants d’air dans les cases, il ne se forme pas traces de céruse ; si les courants d’air sont mal ménagés, la transformation du plomb en carbonate n’est que partielle; si l’on supprime l’acide carbonique, il ne se produit pas de céruse.
Eh bien ! il en est de même dans l’économie. Si la glycose ne se trouve pas en présence de quantité suffisante : 1° d’alcalins pour devenir matière oxydable; 2° d’oxygène pour opérer la combustion, elle reste glycose et est chassée de l’économie comme corps étranger et inutile.
Voilà des faits qui, complètement en dehors de toute théorie sur l’origine du sucre dans l’économie, lui paraissent décisifs en faveur de la combustion de la glycose sons l’influeneedes alcalis; et si l’on objecte qu’il est difficile de comprendre ces phénomènes de combustion s’effectuant dans l’économie à une basse température, M. Mialhe répond que ces phénomènes existent, qu’ils ne peuvent être niés, et il les rapporte à une cause catalytique entièrement semblable à l’oxydation déterminée par certains corps poreux condensateurs de l’oxygène, tels que le noir et l’éponge de platine. L’admirable disposition des membranes, la multiplicité des surfaces, la porosité infinie, le mouvement circulatoire qui multiplie les contacts, font de l’organisme un appareil propre, comme le noir et l’éponge de platine, à condenser l’oxygène du sang et à le rendre apte à oxyder, brûler des corps sur lesquels il est sans action dans les circonstances ordinaires de l’atmosphère. Exemple : le noir de platine alcalisé transforme à la température ordinaire la glycose en eau et acide carbonique, l’organisme détruit la glycose en la transformant aussi en eau et acide carbonique ; le noir de platine n’exerce aucune action sur le sucre de canne, la gomme et la mannite; l’organisme n’exerce également aucune action sur ces substances.
Enfin, l’auteur oppose à l’assertion de M. Fauconneau-Dufresne l’autorité bien compétente du docteur Lehmann, qui professe publi-
MIALHE. <J
quement ses opinions sur la nécessité des alcalis pour la destruction de certaines substances dans l’économie (1).
67. Réponse de M. Mialhe aux objections de M. Leconte sur l’oxydation du sucre .
(Bulletin de la Société d'hydrologie médicale de Paris, 1859.)
M. Leconte avance que l’oxydation de la glycose est possible par les acides; oui sans doute elle est possible, mais en dehors de l’économie, et dans des conditions tout autres que celles qui la régissent. M. Mialhe n’a jamais soutenu le contraire, puisque, dans sa Chimie appliquée à la physiologie et à la thérapeutique , il a dit, en étudiant les réactions de la glycose en dehors de l’organisme, page 63 : « Avec les acides hydrochlorique et sulfurique étendus et bouillants, la glycose se convertit en une matière brune ou noire, ulmine, acide ulmique et formique; tandis qu’à froid ou à la température de 32 degrés avec les mêmes acides étendus, elle ne subit aucune transformation. »
Ainsi ce n’est qu’en soumettant pendant longtemps à une température élevée un mélange de glycose et d’acide, que l’on obtient la décomposition de la glycose en matières propres à absorber l’oxygène ; tandis qu’en chauffant la glycose avec une certaine quantité d’alcali, la décomposition est instantanée. Bien plus, la décomposition s’opère à toutes les températures, mais d’autant plus lentement que la chaleur est moindre.
L’expérience suivante prouve, on ne peut mieux, que ces deux genres de décompositions chimiques n’ont entre eux aucune analogie :
Que l’on chauffe jusqu’à l’ébullition deux tubes de verre con tenant une égale dissolution d’un mélange de glycose et de sulfate de cuivre, 1 ébullition peut être longtemps prolongée sans qu’il se produise aucune réaction. Mais il suffit d’ajouter quantité suffisante d’alcali (soude ou potasse)dans un des tubes pour déterminer instantanément la réduction
[1) Lehmann, Précis de chimie physiologique, 1855, p. 318 et 319.
du bioxyde de cuivre, tandis que l’autre tube, privé d’alcali, ne présente aucun indice de réduction.
Dans celte expérience, iî ne peut rester à personne le doute que l’alcali n’ait facilité et activé cette réduction.
Eh bien ! c’est ce fait seul que M. Mialhe invoque pour expliquer l’oxydation de la glycose chez l’homme à l’état physiologique.
L’économie animale n’a à sa disposition ni haute température, ni acides puissants, mais elle est abondamment pourvue de bases alcalines qui font partie intégrante de la plupart des humeurs vitales : puisqu’il y a oxydation et combustion de la glycose, c’est à l’intervention des alcalis qu’on doit logiquement les rapporter. Car si, dans l’économie, les acides et la température pouvaient à eux seuls déterminer cette oxydation, il s’ensuivrait que tous les.sucres devraient être également décomposés et détruits ; et, tout au contraire, on ne voit se décomposer que les sucres qui acquièrent, en présence des alcalis, la propriété d’absorber l’oxygène. x4insi, le sucre de canne, injecté dans les veines, n’est point décomposé et est entièrement éliminé par les urines, tandis que la glycose disparaît, décomposée et brûlée, sans laisser de trace dans aucune sécrétion (1).
L’auteur se croit donc autorisé à maintenir dans son intégrité cette eonclusion anciennement formulée par lui, que la 'présence des alcalis est indispensable pour la décomposition etl’oxygénation de la glycose dans l’économie animale (S).
68 . Note sur là présence de l’iode dans les eaux de Fougues.
(Lue à l’Académie de médecine, le 16 juin 1857.)
La présence de l’iode dans les eaux de Pougues, constatée par l’auteur, permet d’expliquer à la fois pourquoi, malgré les soins et les précautions employés, beaucoup de bouteilles semblent se décomposer et prendre une odeur particulière que plusieurs personnes ont
(1) Expériences de MM. Bernard, Bouchardatet Sandras, Lehmann, Mialhe, etc.
(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1844.
Action de la santonine sur la vision.
comparée à l’eau de Javelle ; et pourquoi le docteur de Crozant a pu obtenir à Pougues, dans le traitement des affections scrofuleuses et lymphatiques, des résultats thérapeutiques que rien jusque-là ne permettait de pressentir.