Nouvelle théorie du diabète sucré ou glycosurie
{Comptes rendus de VAcadémie des sciences et Annales de chimie et de physique, 1844.)
Le sucre de canne n’est pas assimilable ou du moins destructible dans l’économie, s’il n’est devenu sucre de raisin ou glycose, et celuici ne peut être détruit s’il n’a été d’abord transformé par les alcalis du sang en de nouveaux produits qui seuls sont destructibles. De ces faits, que M. Mialhe a établis, il résulte que le diabète n’est pas dû à la transformation outrée des matières amylacées en sucre, mais bien à un vice d’assimilation dépendant de la diminution d’alcalinité des humeurs, sous l’influence d’une cause quelconque. Alors la glycose ne subit plus de transformation par les alcalis et passe dans toute l’économie, qui la rejette comme un produit nuisible.
Il ne faut donc plus traiter exclusivement les diabétiques par une alimentation animalisée, mais bien par une médication alcaline et sudorifique.
28. Relation d’un cas de guérison de diàbète à l’aide d’un traitement alcalini
En collaboration avec M. le docteur Contour.
(Bulletin des séances de l’Académie de médecine , 1844.)
29. Note sur l’emploi de la potasse caustique pour reconnaître la présence du sucre dans les urines.
(Bulletin des séances de l’Académie de médecine , 1844.)
Quand on fait bouillir une dissolution incolore de glycose avec de la potasse caustique, on obtient une liqueur très-colorée par la formation de ruinai ne et d’autres produits, d’autant plus brune qu’elle contient plus de sucre d’amidon ou glycose. L’urine des diabétiques donne la même coloration sous la même influence. L’auteur propose donc comme réactif des urines diabétiques une dissolution de potasse caustique mise en ébullition avec l’urine à essayer. Ayant fait quelques expériences préliminaires sur la coloration plus ou moins forte qu’on obtient avec telle ou telle quantité de glycose, il a pu former ainsi une espèce de saccbarimètre, à la portée de tout le monde, qui permet de juger d’une manière suffisante de la proportion de sucre que peut contenir une semblable urine.
o0. Traité de l’art de formuler y ou notions de pharmacologie appliquée à la médecine. (Paris, 1845.)
Le but de M. Mialhe dans cet ouvrage a été de tracer des règles qui président à l’absorption des médicaments dans le sein de l’économie, en tenant compte des réactions chimiques qui peuvent s’y produire, et, partant de ces données, d’établir des formules rationnelles pour les préparations pharmaceutiques (1).
(1) Ce livre a été réimprimé à Bruxelles et traduit en allemand, à Breslau, par le docteur Biefel.
ol. De ïemploi de ïoxalate d’alumine dans la fabrication du sucre de canne et dé betterave .
(Comptes rendus de VAcadémie des sciences , 1846.)
L’oxalate d’alumine a la propriété de précipiter, à l’état d’oxalate insoluble, la chaux, qui est si nuisible pendant la manipulation des liqueurs sucrées; de plus, il met en liberté de l’hydrate d’alumine, qui en se précipitant entraîne la matière colorante : l’oxalate aluminique pourrait donc être avantageusement employé dans la fabrication des sucres, s’il était possible de trouver le moyen de se procurer de l’acide oxalique à bas prix.
32. Mémoire sur la digestion et T assimilation des matières amyloïdes et sucrées.
(Mémoire lu à l’Académie des sciences, le 3i mars 1845. — Gazette médicale, 1846.)
M. Mialhe démontre dans ce Mémoire que les substances hydrocarbonées de la famille des matières amyloïdes ou celluleuses ne peuvent éprouver le phénomène de l’assimilation, ou pour mieux dire de la combustion physiologique, qu’autant qu’elles sont immédiatement décomposables par les alcalis du sang, comme la glycose, la dextrine et le sucre de lait; ou rnédiatement , comme le sucre de canne, la cellulose et l’amidon qui doivent préalablement être transformés dans l’économie animale : le sucre de canne en glycose, la cellulose et l’amidon en dextrine et glycose, etc.; tandis que les matières hydrocarbonées qui ne sont ni fermentescibles ni décomposables par les acides faibles ou les alcalis étendus, telles que la cellulose fortement agrégée, le ligneux et la mannite, échappent nécessairement chez l’homme à l’action digestive et assimilatrice, ou pour mieux dire, aux réactions chimiques intraviscérales qui président au grand acte de la nutrition.
La gomme devait échapper aussi à l’oxydation vitale, puisqu’elle résiste aux ferments, acides et alcalis. C’est ce que M. Boussingault
Découverte de li diastase animale.
Approbation de l’Académie des sciences.
a parfaitement prouvé, il y a quelque temps, en faisant voir que sur 100 parties de gomme avalée, il en sortait 97 par les excrétions.
Les matières amyloïdes, pour devenir absorbables, doivent forcément éprouver la transformation glycosique, et M. Mialhe a découvert que cette transformation est due à Faction des fluides salivaires par l’intervention d’un ferment, qu’il a isolé et qu’il a nommé diastase animale , à cause de son analogie ou identité avec la diastase végétale.
En résumé, il résulte de ces travaux que :
Dans tous les animaux sans exception, la saccharification des matières féculentes se fait sous l’influence de la diastase qui existe à l’état normal dans le liquide sécrété par les glandes salivaires et par la glande pancréatique. Cette transformation des amylacés en glycose par la diastase animale, bien loin d’être un fait pathologique, ainsi qu’on l’avait cru jusqu’alors, est un fait physiologique et nécessaire; car, sans cette transformation, les matières féculentes cesseraient d’être alimentaires, puisqu’elles ne sont pas absorbables et qu’elles ne le deviennent qu’après avoir subi l’action de la diastase.
La glycose doit, pour éprouver le phénomène de la combustion organique, être transformée par les alcalis du sang en de nouveaux produits dont les principaux sont, selon toute probabilité, l’acide kaliglycosique, l’acide formique et Fulmine.
Si l’alcalinité du sang ne suffit pas pour la transformation de la matière sucrée (le sang étant devenu trop peu alcalin), cette transformation ne peut avoir lieu, le sucre devient un corps étranger dans l’économie, et comme tel, il est rejeté par les glandes rénales ; c’est le cas du diabète ou glycosurie.
Rapport de 1 Académie des sciences, le 23 mars 1846, par une Commission com~
posée de MM. Magendie, Flourens, Milne Edwards et Payen, rapporteur.
« Les laits nombreux et exacts que ce Mémoire renferme, et la découverte de la diastase animale dai^ la salive humaine, paraissentà votre Commission d’une assez grande importance pour lui mériter l’approbation del’Académie; la Commission aurait même proposé d’accorder l’insertion dans la Recueil
des savants étrangers , si elle n’avait appris que ce mémoire doit être prochainement imprimé.
» La Commission propose en outre à l’Académie d’engager M. Mialhé à poursuivre ses recherches expérimentales sur la théorie et le traitement du diabète sucré. »
33. Mémoire sur la digestion et P assimilation des matières albuminoïdes .
(Lu à l’Académie des sciences,le 3 août 1846» — Union médicale, 1847,)
Dans ce travail, M. Mialhe étudie le rôle chimico-physiologique du suc gastrique dans la digestion et l’assirmlation des matières alimentaires albuminoïdes.
Pour éclairer ce sujet, il a cherché à résoudre les questions suivantes :
1° Quelle est la composition du suc gastrique?
2° Existe-t-il un ou plusieurs ferments? Quelle différence présentent la pepsine, la ehymosine, la gastérase et la diastase?
3° Quel est le rôle des acides?
!x° Quel est le rôle des ferments?
Il résulte de ses recherches :
Que dans les liquides digestifs des animaux, il existe actuellement Ferments digestifs, bien connus deux principes organiques actifs dans la digestion : la diastase et la pepsine;
Que la ehymosine, la gastérase et la pepsine, jouissant de propriétés semblables, doivent être considérées toutes trois comme un seul et même composé chimique, composé auquel il convient de conserver le nom de pepsine ;
Que la transformation physiologique de l’amidon est uniquement opérée par la diastase, et que la transformation de la viande et de ses congénères est uniquement effectuée par la pepsine ;
Que les fluides diastasiques sécrétés par les glandes salivaires et par la glande pancréatique, en présence des acides, n’acquièrent pas la propriété de digérer la viande ; et que le suc gastrique rendu légèrement alcalin ne devient apte à transformer l’amidon en dextrine et en glycose qu’autant qu’il renferme, en même temps que la pepsine, une
certaine quantité de diastase salivaire, car la pepsine alcalisée ne joue jamais le rôle de la diastase.
Le rôle des acides contenus dans le suc gastrique est de faciliter la dissolution des matières alimentaires qui ne sont pas naturellement solubles dans l’eau.
Les expériences que l’auteur a faites à ce sujet lui ont démontré que dans la digestion de la fibrine, gluten, albumine, caséum, l’action de l’acide est une action purement efficiente ou prédisposante, et que les acides agissent, à l’égard des aliments albumineux, comme la chaleur ou le broyage à l’égard des matières alimentaires féculentes; quant au rôle de la pepsine ou ferment gastrique, il est là pour transformer les albumineux en un nouveau produit assimilable, l’albuminose. Donc :
Le suc gastrique se composant de deux agents principaux, acide et ferment, l’acide n’est propre qu’à gonfler, hydrater, préparer les matières.
C’est le ferment, la pepsine, qui opère uniquement la transformation des matières albumineuses ; tandis que la diastase fournie par les glandes salivaires et par la glande pancréatique, et complètement distincte de la pepsine, opère uniquement la transformation des matières amyloïdes.
La chymification se trouve, par les expériences contenues dans ce Mémoire, rétablie dans son rôle de phénomène indispensable à la digestion préparatoire.
Découverte de l’ai- Le produit ultime de la transformation des matières albuminoïdes buminose. es( . y^i^^nçsè^ corps qui est, comme la glycose, seul propreà l’assimilation et à la nutrition.
Sous l’influence de deux ferments, la diastase et la pepsine, les animaux peuvent digérer simultanément les aliments féculents et lés aliments albumineux (1), et dans cette double digestion, les phéno-
(1) Des doutes ayant été élevés, des négations ayant été émises relativement au pouvoir qu’aurait la salive de continuer son action, dans l'estomac, sur les matières alimentaires amyloïdes avec lesquelles elle arrive mélangée, M. le professeur Longet a pris la peine de vérifier les recherches de M. Mialhé, et il les a confirmées : Longet, Nouvelles recherches relatives à l'action du suc gastrique sur les matières albuminoïdes (Ann. des sc. nat., 4® série, t. III, 1855, et Traité de physiologie, t. I, p. 174).
mènes chimico-physiologiques se réduisent à trois temps principaux:
1 er temps: Désagrégation et hydratation.
2 e temps : Production d’une matière transitoire, chyme pour les aliments albumineux, dextrine pour les aliments amylacés.
3 e temps : Transformation de cette matière en deux substances éminemment solubles, transmissibles à travers toute l’économie, propres à l’assimilation et à la nutrition, dont l’une, produit final des matières albuminoïdes, est l’albuminose, et l’autre, produit final des matières amyloïdes, est la glycose.
La digestion n’est donc pas la simple dissolution des aliments.