LES LEUCOCYTOSES DANS LES INFECTIONS
efforcés de dégager les lois qui régissent les rapports de la leucocytose avec l’évolution des maladies.
Les formules leucocytaires des maladies infectieuses se ramènent à deux types : la polynucléose et la mononucléose. L’hyperleucocytose polynucléaire s’observe dans les suppurations chaudes, dans les états inflammatoires comme l’érysipèle, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, les angines, la blennorrhagie, dans les septicémies et dans la scarlatine. La mononucléose avec hyperleucocytose se voit dans quelques maladies aiguës telles que les oreillons, la coqueluche, la variole, la vaccine ; ces dernières se caractérisent en outre par le passage de myélocytes granuleux dans la circulation : la mononucléose sans hyperleucocytose, ou môme avec leucopénie, s’observe dans la fièvre typhoïde, le typhus, la rougeole. Certaines maladies à rechute, comme le paludisme et la fièvre récurrente, offrent une polynucléose passagère au début de l’accès et une mononucléose à la fin des accès et dans leurs intervalles. Pour les maladies chroniques, comme la tuberculose et la syphilis qui procèdent par poussées, il est possible, comme l’ont fait remarquer Achard et Lœper, que la polynucléose marque le début des poussées évolutives et que la mononucléose soit la réaction fondamentale de la maladie.
La courbe de la leucocytose a, comme celle de la température, une évolution cyclique superposée à l’évolution de la maladie. La convalescence est marquée par un retour de l’équilibre leucocytaire à la normale : il s’effectue brusquement dans les maladies à crise comme la pneumonie,
progressivement dans les maladies à défervescence en lysis comme le rhumatisme articulaire aigu, très lentement dans la fièvre typhoïde et la variole où le sang peut mettre plusieurs mois à redevenir normal. La convalescence est marquée par une mononucléose et par une éosinophilie.
L’étude de la formule leucocytaire fournit des indications pour le diagnostic et le pronostic. Ce n’est point que chaque maladie possède sa formule particulière capable d’imposer à elle seule le diagnostic; la formule leucocytaire est un symptôme qui, comme le pouls et la température, contribue au diagnostic, à condition d’être sagement interprété. Nous avons signalé de nombreux exemples qui prouvent l’intérêt de la formule leucocytaire pour le diagnostic des états infectieux mal caractérisés, des suppurations, des fièvres éruptives.
La conception moderne sur le rôle des phagocytes dans la défense de l’organisme conduit à chercher un indice pronostique dans la formule leucocytaire. Pour interpréter pratiquement celle-ci, il faut se pénétrer de la notion que la réaction leucocytaire dépend à la fois de la capacité de résistance de l’organisme et de l’intensité de l’infection. Il y a des infections suraiguës qui annihilent toute défense et toute réaction leucocytaire ; il y a des infections très graves auxquelles l’organisme succombe malgré une vigoureuse résistance et une forte hyperleucocytose. Entre ces deux extrêmes, il y a toute une gamme d’infections où l’intensité de la leucocytose semble proportionnelle à la gravité de la maladie.
L’étude comparée des formules leucocytaires dans les maladies infectieuses nous a conduits à établir un rapport entre la mononucléose sanguine et la constitution d’un état d’immunité. Un coup d’œil jeté sur les maladies à polynucléose (suppuration, érysipèle, pneumonie, etc.) montre, en effet, qu’elles sont récidivantes et ne vaccinent point l’organisme. Les maladies à mononucléose (variole, vaccine, rougeole, fièvre typhoïde) laissent, au contraire, après elles une immunité assez solide en général pour que la récidive ne se produise point. Ajoutons enfin que la mononucléose va en s'accentuant ù mesure que la maladie approëhe de la guérison et que môme dans les infections à polynucléaires, au moment de la convalescence, il se produit une mononucléose, indice d’un état d’immunité transitoire. Ce que nous connaissons des fonctions du leucocyte mononucléaire, source principale des antitoxines, permet de saisir la cause du rapport que nous avons constaté entre la mononucléose et l’immunité.