‹ Titres et travaux scientifiquesChapitre 3 sur 10 · Luxation congénitale de la hanche. — Bull, et Mém. delà · texte numérisé non relu

Luxation congénitale de la hanche. — Bull, et Mém. delà

Soc. anat., 14 mars 1902.

La pièce dë luxation congénitale de la hanche que j’apportais à la Société provenait d’une petite fille de deux ans et demi, morte de rougeole et bronv.ho-pneumonie treize jours après une première tentative de réduction d’une luxation congénitale de la hanche gauche.

L’enfant marchait depuis un an ; elle avait toujours boité. La réduction fut tentée sous chloroforme, suivant le procédé de Lorenz : on arrivait parfaitement à remettre la tête en face de la cavité, mais sitôt que l’on diminuait la pression et l’abduction , on sentait avec un léger ressaut la tête repasser sur le rebord supérieur de la cavité. Un appareil plâtré fut néanmoins appliqué, dans la première position de Lorenz.

Sur la pièce enlevée quatorze jours plus tard, on trouve une rupture partielle du moyen adducteur ; une capsule vasculaire, épaisse, infiltrée de sang à sa partie inférieures en

LUXATrON CONGÉNITALE DE LA HANCHE

arrière un gros bourrelet fibreux. L’extension normale est impossible, la rotation en dedans très limitée,

Dans le sens vertical on peut faire aller et venir la tête fémorale sur une hauteur de 6 à 8 millimètres : dans ce mouvement on la sent glisser très aisément sur le relief arrondi dont nous avons parlé.

Après incision de la capsule, on trouve dans la cavité un peu de liquide sanguinolent. La tête, pointue dans son ensemble, est aplatie en arrière, bosselée en avant. Le col est très court, limité à une fente étroite (fig. 2 et 3 ).

Ko. 2. Fig. 3.

bû côté iliaque on voit une surface en croissant, large au milieu de 9 à 10 millimètres, à concavité tournée en bas et en avant,entourant une surface recouverte de tissu celluleux infiltré de sang : ce croissant que l’on pourrait prendre àpremière vue pour la cavité cotyloïde est constitué aux dépend du bourrelet fibro-cartilagineux hypertrophié, élargi, excavé ; S0US bssu celluleux rougeâtre se trouve la vraie cavité colloïde avec son croissant osseux : elle est très petite, à peine excavée, absolument insuffisante pour loger la tête dont le

diamètre est plus grand de près d’un centimètre. L’arrièrefond, très étroit, caché par la partie inférieure de la capsule, donne naissance aune bandelette aplatie, peu solide, qui représente le ligament rond.

La surface articulaire est donc constituée presque uniquement par le bourrelet cotyloïdien qui empiète un peu en bas sur le croissant osseux, mais s’étale surtout au-dessus du sourcil très effacé.

Ce que la tête pointue accrochait dans les tentatives de réduction, c’était le relief formé par la concavité inférieure du croissant fibreux, relief très insuffisant pour la maintenir; quant à la cavité osseuse il ne pouvait être question d’y faire rentrer la tête puisqu’elle était non seulement plus petite mais à peine excavée ; quant à espérer creuser grâce à la pression de la tête une cavité du cote de 1 os iliaque, on peut voir tout ce que cette idée aurait d’illusoire puisque c’était au contraire la tête fémorale qui s’était usée et aplatie sous linfluence de la pression contre lé bourrelet fibreux et contre la capsule ; même maintenue aussi bas que possible, la tête aurait toujours rencontré entre elle et la cavité ce bourrelet fibreux élargi,elle aurait encore changé de forme,mais seuls ces liens fibreux auraient constitué les points d’appui de la nouvelle articulation.

Les méthodes les plus compliquées de réduction non sanglante n’auraient donc pu donner ici de meilleurs résultats que la simple extension continue.

6. — Sur un cas de lymphangiomes végétants avec atrophie du membre atteint (en collaboration avec M. H. Hallopeau). — munication au Congrès français de médecine de 1902, Toulouse.

Ces lymphangiomes présentent des caractères particulier, tout différents de ce que l’on rencontre généralement.

LYMPHANGIOMES VÉGÉTANTS

Lemalade a été observé deux fois, à trois ans d’intervalle. Les lésions remontent an début de l’existence, mais ont augmenté à diverses reprises sous l’influence de poussées lymphangitiques aiguës, accompagnées parfois de suppuration phiegnioneuse, se renouvelant à peu près tous les trois ans. Au moment du premier examen on trouvait sur la jambe et le pied droits des petites saillies verruqueuses, inégales, résistantes; elles sont isolées, confluentes ou réunies en plaques; quelques-unes sont incolores et translucides ; la plupart ont une coloration marquée allant du rose clair au rouge brun ; la plaque principale,haute de 12 centimètres, est foncée, inégale, peu dépressible et gardant sa coloration à la pression ; elle forme un relief de 4 à 5 millimètres. Le membre inférieur qui présente un aspect épaissi, éléphantiasique au niveau du pied et des malléoles, est au contraire atrophié au niveau des muscles du mollet et de la cuisse.

La piqûre des éléments donne issue à un écoulement de liquide d’aspect d’abord séro-sanguinoient qui . s’éclaircit ensuite et devient translucide ; c’est finalement de la lymphe pure qui continue à s’écouler pendant une quinzaine d'heures.

Au second examen, trois ans plus tard, les altérations ont progressé ; les vaisseaux sanguins se sont développés dans les plaques confluentes; il existe des varices lymphatiques jusqu’au niveau de la cuisse.

Les placards sont devenus si violacés qu’on croirait avoir affaire à des hémangiomes : mais lorsqu’un traumatisme provoque l’ouverture des éléments, c’est toujours le même écoulement de lymphe qui se produit, d’abord colorée en rouge par le sang puis s’éclaircissant rapidement. La rougeur intense ne doit donc être attribuée qu’au développe-

ment intense des vasa-vasorum. L’atrophie du membre est encore plus nette ; on la constate jusque sur les orteils dont le deuxième, malgré ses saillies végétantes, est nettement plus grêle que celui du côté gauche.

En somme, on a affaire ici à des proliférations lymphatiques avec dilatations remontant sur les troncs vasculaires; ce n’est pas un hémo-lymphangiome, car seuls les vasavasorum sont dilatés ; par endroits la forme végétante est très accusée, en particulier aux orteils : le membre intéressé présente un moindre développement ; enfin l’accroissement s’est fait par des poussées lymphangitiques aiguës dont le rôle, ici prépondérant, peut être considéré comme exceptionnel.

7. — Contribution expérimentale à l’étude de la luxation du poignet en arrière (en collaboration avec M. R. Proust). — Bull, el Mém. de la Soc. anal., 26 février 1904.

Jusqu’ici les auteurs qui ont cherché à produire la luxation du poignet sur le cadavre ne sont guère arrivés à produire que des fractures de l’extrémité inférieure du radius, Ce qui tient à la manière dont ils expérimentaient.

Lorsqu’en effet les ligaments sont intacts et que l’on se contente de faire de l’extension forcée, soit en pressant directement sur la main, soit en frappant sur les os de l'avantbras, la main droite étant placée en extension, le radius se rompt inévitablement, soit transversalement au lieu d’élection, soit obliquement au-dessus delà base de la styloïde, Aussi Dupuytren proclamait-il que les luxations étaient exceptionnelles et Boinet allait jusqu’à les nier, s’appuyant sur l'absence de constatation anatomique.

L’observation personnelle d’une luxation du poignet en arrière nous donna l’idée de reprendre avec notre ami R. Proust

luxation du poignet en arrière

les expériences faites, mais avec certaines modifications. Dans le cas auquel nous faisons allusion, et où le traumatisme avait été produit par une voiture électrique reculant brusquement, les os du carpe avaient subi une certaine dislocation, si bien que tandis que le poignet se déplaçait en ar rière du radius, le semi-lunaire restait en avant, et même, refoulé par le traumatisme, s’était renversé en avant, remontant en avant du radius.

Ce fait rappelait donc presque exactement l’observation classique de Servier qui comparait le semi-lunaire resté en place à une molaire sur une mâchoire édentée. C’est l’interprétation donnée à ce fait par Nélaton qui nous a amenés à employer dans nos recherches une méthode particulière. Ce qui semble dominer en effet dans le mécanisme de la luxation en arrière, c’est la dislocation du carpe. Pour la mettre en évidence et produire la luxation sans fracture concomitante, nous avons cherché à éviter l’arrachement produit sur le radius par le ligament radio-semi-lunaire, le principal des ligaments antérieurs, et pour cela nous avons commencé par sectionner les ligaments qui unissent le semi-lunaire aux autres os du carpe ; il devenait alors très facile de produire une luxation dorsale du poignet (semi-lunaire excepté) en portant la main en extension forcée. Nous faisions simultanément la contre-épreuve sur le membre du côté opposé, en ne sectionnant pas ces ligaments : nous obtenions la fracture au lieu d’élection.

Voici le résumé de quatre expériences ; elles ont été exécutées sur deux cadavres venant de l’Ecole pratique :

Expérience I. — Homme adulte : taille moyenne, bien musclé. — Bras droit.

ïaille d’un lambeau palmaire en forme d’U, lambeau à base supé-

rieure située en regard de l’interligne radio-carpien. Ouverture de la gaine des tendons fléchisseurs. Le paquet des tendons est récliné en dedans, le nerf médian en dehors. La face antérieure du semi-lunaire devenant facilement accessible, on enfonce successivement la lame du bistouri au niveau des interlignes qui séparent cet os du pyramidal* du grand os, du scaphoïde. Ce dernier interligne est ouvert moins complètement, pour ménager les libres obliques du ligament radio-semi-

On place alors le membre dans la position suivante : le coude est appuyé sur la table, l’avant-bras dressé verticalement et solidement maintenu. On pratique de l’extension forcée de la main craquement et déformation du poignet.

Examen de la pièce. — Fracture du radius au siège habituel, exactement à 16 millimètres de l’interligne articulaire. On se rendcompteen même temps que l’interligne pÿramido-semi-lunaire n'est pas complètement ouvert à sa partie supérieure. On sectionne alors les libres laissées en cet endroit,, puis le fragment inférieur du radius est saisi avec un davier et solidement maintenu.

On pratique de l’extension forcée de la main : on produit ainsi facilement une luxation dorsale du poignet.

ExpÉniENCE II. — Même sujet : bras gauche.

Incision longitudinale de 10 centimètres au niveau de la région antérieure de l'avant-bras et de la main. Le milieu de l’incision correspond à l’interligne radio-carpien. Section du ligament annulaire antérieur. Isolement des tendons. Les interlignes qui séparent le semi lunaire du pyramidal, du grand os, du scaphoïde sont complètement ouverts. Le coude étant appuyé sur la table, l’avant-bras maintenu, on force 1ertension de la main : un léger craquement se produit. En augmentante force déployée, et tout à coup, on arrive à renverser complètement la face dorsale de la main contre la face postérieure de l’avant-bras. Puis laissant revenir la main à une position naturelle, on voit que les parties molles sont nettement soulevées en avant par les saillies du radius,du cubitus et du semi-lunaire.

Le relief du condyle carpien est très net à la face postérieure de l’avant-bras. La luxation se prôduit et se réduit avec la plus grande facilité.

Examen de la pièce. — Les parties latérales interne et externe du i gament antérieur se sont complètement déchirées (fig. 4), et parade

Page 1