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TRAVAUX D’EXPÉRIMENTATION

Note sur Tétat du foie et de la rate après ligature du canal cholédoque (en collaboration avec Ribadeaii-Domas). Archives de médecine ex)iérimenlale et d anatomie pathologique, mars 1904, p. 191.

Reprenant les expériences déjà anciennes de ligature du cholédoque (Charcot et Gombault, Chambard, voii Wittich, etc.), j’ai cherché, avec mon collègue et ami Ribadeau-Dumas, à faire l’opération sur le cobaye, aussi aseptiquement que possible : les conséquences de l’opération sont, en effet, très variables, suivant qu’il y a ou non infection diffuse de l’arbre biliaire, après la ligature du canal excréteur du foie. Nous avons pu ainsi obtenir une survie de deux mois et demi chez le cobaye : celte très longue survie de l’animal en expérience nous a permis de constater que la transformation du foie était alors complète : en regardant les coupes, on a l’aspect d’une glande tubulée parfaite : toutes les cellules hépatiques sont atrophiées. T.c foie est diminué de volume; il est jaune pâle, sa surface extérieure, chagrinée, présente de nombrenx sillons en coup d’ongle; à la coupe, le tissu est dur, résistant; le tissu conjonctif est, en effet, devenu très abondant. Mais la disposition de ce tissu conjonctif n’est nullement systématisée : on ne peut parler de « cirrhose biliaire », car l’atrophie de la glande est totale, le tissu fibreux est partout.

Nous avons pu vérifier pleinement ce qu’enseigne notre inailre le docteur Brault : le fait saillant, c’est l’atrophie de la glande; la compression par le tissu conjonctif ne s’exerce nulle part. A cet égard, il y a analogie complète entre les altérations qui succèdent dans le foie h la ligature du canal cholédoque et celles que l’on trouve dans les autres glandes après ligature de leur canal excréteur, telles que les ont étudiées Ranvier et Brissaud.

En résumé, on voit qu’il n’est pas nécessaire de faire appel à l’action du tissu conjonctif, ni, dans un autre ordre d’idées, à l’anatomie comparée, pour expliquer l’aspect de glande tiihulée que prend le foie. Ce fait se comprend de lui-même, si on fait intervenir en première ligne l’atrophie de la cellule hépatiijiie : le développement du tissu conjonctif n’est qu’un processus de réparation, la cellule hépatique nécrosée laisse un vide que vient combler ce tissu.

Ijirale présente aussi, chez le cohaye, des lésions intéressantes après ligature du cholédoque. Elle est certainement augmentée de volume : de très bonne heure, elle semble exagérer son pouvoir destructeur vis-à-vis des globules rouges ; ensuite, elle présente une réaction myéloïde, dont les cellules rouges (normoblastes) font, pour ainsi dire, tous les frais. Détruire les globules rouges et les régénérer parait être ici la fonction la plus évidente de la rate ; cela suggère très fortement l’idée d’un rôle de suppléance exercé par la rate vis-à-vis du foie, celui-ci ayant perdu toute action modificatrice sur le globule rouge.

Ligature brusque de la veine cave inférieure (en collaboration

Dans ce travail, j’ai rapporté un certain nombre de ligatures expérimentales de la veine cave inférieure faites sur le chien, en collaboration avec mon maître et ami le professeur Gosset. Le point de départ de nos recherches avait été le suivant ; au cours d’une néphrectomie droite difficile, un chirurgien blesse le tronc de la veine cave inférieure : quelle conduite doit-il tenir dans ce cas? —11 peut, a piiori faire, soit la ligature de la veine cave au-dessus et au-dessous du point déchiré, soit la ligature latérale ou, lorsque celle-ci est impossible, la sutui e de la veine. Quelles sont les indications respectives de ces deux procédés'! C’est ce que nous avons cherché à déterminer par nos expériences sur le chien. Ces expériences ont été fiiites avec les plus grandes précautions aseptiques et, dans aucun cas, il n’y a eu d’infection, soit de la paioi, soit du péritoine. Voici les résultats de nos expériences sur le chien, animal dont le système cave inférieur est absolument comparable à celui de l’homme :

1* La ligature du tronc de la veine cave inférieure au-dessous de l’abouche-

ment des veines rénales ne s’accompagne d’aucun phénomène pathologique; il n’y a même pas trace d’œdème des membres inférieurs (Esp. I et 11) ;

2" La ligature du tronc de la veine cave inférieure au-dessus de l’ahouchement des veines rénales provoque des lésions graves du rein, malgré l’existence d’anastomoses entre les veines rénales et les systèmes caves et azygos; la mort résulte toujours de cette ligature (Exp. III et IV) ;

5“ La double ligature du tronc de la veine cave inférieure, au-dessus et audessous de l’abouchement des veines rénales, provoque également des lésions graves des reins qui entraînent rapidement la mort (Exp. V). Enfin, si, à cette double ligature, on ajoute une néphrectomie droite, pour se rapprocher des conditions de l’observation humaine, il n’y a rien de changé au résultat de l’expérience, et la mort survient aussi rapidement (Exp. VI et VII),

Les faits actuellement connus de ligature de la veine cave inférieure chez l’homme sont absolument d’accord avec les résullats de nos ex|)ériences.

Tous les cas connus de guérison après une ligature hrnsnue de la veine cave inférieure, ceux de Houzel, Bottini, lléresco, Hartmann ont trait à des ligatures faites au-dessous de Vabouchement des veines rénales.

Si, au cours d’une néphrectomie droite, la veine cave est déchirée au-dessous de l’abouchement de la veine rénale, le plus silr est de faire une double ligature de ce vaisseau, au-dessus et au-dessous de la déchirure.

Si, au contraire, la déchirure s’est produite au niveau de l'abouchement de la veine rénale dam la veine cave ou a fortiori au-dessus, il faudra tout faire pour éviter une ligature totale de la veine cave et pratiquer alors, soit la ligature latérale, soit la suture de la veine.

Tvimeurs expérimentales : 1" Bulletin Société anatomique de Paris, il octobre 1902,

2“ Travaux de chirurgie anatomo-clinique publiés sous h direction de li. Hautsan»,

2" série. G. Steinheii, 19M.

Dans un mémoire présenté en novembre 1902, pour le concours du prix Civialc, j’ai relaté une série d’expériences que j’avais entreprises pendant l’été de 1902; ces expériences avaient pour but de reproduire des néoplasmes en faisant chez un animal adulte des inclusions d’organes d’un embin/on de même espèce.

J’ai choisi comme animal le cobaye. Les greffes ont élé faites avec une asepsie scrupuleuse, car la moindre infection détermine dans tous les cas la résorption rapide de la greffe.

J’ai publié le résttUat de mes expériences (en collaboration avec mon ami Legros) à la séance du 17 octobre 1902, à la Société anatomique de Paris.

eclodeimiquc, les autres au mésoderme, les autres enfin à la glande génitale ou au rein primordial. Sur la figure 4 on voit la paroi de deux grands kystes contigus ; le kyste de droite est tapissé d’épithélium cylindrique à cellules caliciformes, celui de gauche d’un épithélium cubique bas; cnire les deux kystes, on aperçoit un îlot de cartilage en voie d’ossification. En d’autres points, on trouve un véritable petit kyste dermoide : sa paroi est recouverte d’épithélium pavimenteux stratifié et le contre du kyste est rempli de desquamation cornée.

En résumé, dans ces deux cas positifs, fai obtenu la production, chez un animal adulte, de néoplasmes véritables au sens actuellement donné à ce mol, c’est-à-dire de portions de tissu vivant en parasite sur un organisme, évoluant pour leur propre compte et reliés seulement à l’organisme qui les porte par des connexions vasculaires. Dans le premier cas, l’analogie de nos préparations est grande avec celle de certains adénomes ou épithéliomes cylindriques infiltrant le tissu conjonctif; dans le second cas, la structure histologique très complexe de la tumeur permet de la classer parmi les tumeurs mixtes à tissus multiples, telle qu’on en rencontre soit au niveau de la région saero-coceggienne, soit dans tes glandes génitales (ovaire, testicule).

Résection large du mésentère chez le chien

(en Ihèse inaugurale, 1904).

J’ai voulu vérifier par l’expérience si la résection du mésentère pouvait sé faire impunément très haut, jusqu’à une branche primaire de l’artère mésentérique supérieure; j’ai choisi le chien comme animal d’expérience. J’ai procédé de la

L’anesthésie générale obtenue par l’injection de chloralose dans les veines. J’ai fuit une laparotomie médiane: j ai attiré au dehors un segment d’intestin grêle (iléon) assez long; j’ai vu alors qu’une branche primaire de l’artère mésentérique se distribuait à ce segment intestinal, en s’anastomosant en arcades au voisinage du bord mosenlerique de l’intestin absolument comme chez l’homme. J’ai alors enlevé environ 40 centimètres d’intestin grêle, en réséquant en meme temps, en coin, tout le territoire mésentérique correspondant, et en liant la branche artéiiclle primaire au ras du tronc de l’artère; j’ai ensuite réuni par quelques poinis la fente mésentérique ainsi produite et fermé les deux bouts d’intestin, après ligature en masse et surjet aéro-séreux d’enfouissement. J’ai terminé par une enléro-anastomose latérale typique, isopéristallique. l/opération avait duré trois quarts d heure. Le chien supporta parfaitement cette opération; il mangea dès le surlendemain et sa guérison était complète le dixième jour.

Ce résultat expérimental démontre donc que la résection du mésentère peut être prolongée très haut, jusqu'auprès du tronc de l’arbre mésentérique, pourmt que l'on ait soin de réséquer une longueur relativement très grande d’intestin grêle.

Ce résultat confirme d’ailleurs ce que nous savions déjà de par l’expérience chirurgicale des ablations de tumeurs volumineuses du mésentère; souvent, en pratiquant ces opérations, les chirurgiens se sont vus amenés à réséquer à la périphérie de très grandes longueurs d’intcstin [jusqu’à 3 mètres (Ruggi)], qui, privé de ses vaisseaux nourriciers, se serait certainement sphacélé. Car il faut distinguer entre les anastomoses physiologiques, les seules importantes au point de vue chirurgical, et les anastomoses anatomiques; du fait qu’une injection artérielle poussée par une branche quelconque de l’artère mésentérique, remplit tout le réseau de cette artère, il ne faut nullement en conclure que la ligature du tronc de cette artère, ou de plusieurs des branches, sera facilement supportée; la paroi de l’intestin, privée d’une circulation suffisante pendant plusieurs heures, devient facilement la proie des microbes contenus dans sa lumière, et il en résulte infailliblement un sphacèle partiel, suivi de perforation; à défaut d’autres preuves, nous connaissons aujourd’hui des faits nombreux d’embolies ou de thromboses d’une branche de la mésentérique ayant provoqué du sphacèle de l’intestin.

Recherches expérimentales sur le mécanisme de l'enkystement des corps étrangers et du microbisme latent lOn collabonilion avec A. Faoem). Comptes Rendus Académie des Sciences, 22 mai 1916.

Dans ce travail paru pendant la guerre, j’ai montré avec Frouin, par dos expériences sur les animaux, le rôle que jouait le sang épanché, au moment du traumatisme, autour du corps étranger, en l’isolant en quelque sorte par sa coagulation rapide : grâce à l’organisation conjonctive de ce caillot protecteur, il se forme une coque conjonctive solide, dans laquelle des microbes peuvent être fort longtemps retenus : ce fait explique comment, dans certains cas, nous avons pu trouver des microbes dans la coque conjonctive entourant un projectile depuis longtemps inclus dans les tissus, alors que le projectile lui-même était stérile. Les mici'obes ainsi enkystés dans la coque conjonctive ne sont pas morts, mais bien en euu de me latente ; des circonsiances fortunes pcuvcni leur permettre de passer de cet état de vie latente à l’état de vie active et donner ainsi naissance très longtemps après l’inoculation première (quelquefois des années) à de nouveaux accidents infectieux.

i. travaux d’HIStologique pathologique

Présence du tissu thyroïdien dans la paroi des kystes dermoïdes de l'ovaire. Annales de Gijnécologk, janvier li)0t.

Dans la paroi de deus kystes dermoïdes de rovairc, j’ai (rouvé à l’examen micioscopiqne du tissu thyroïdien absolument typique. Déjà Wilms, Mertens, Pick, Bland-Sutton avaient public «les cas semblables. A propos de ces faits curieux, j’ai repris l’élude de la palhogénie des tumeurs kystiques de l’ovaire, auxquelles on continue à donner le nom inexact de kystes dermoïdes, et j’ai exposé pour la première fois en France la théorie proposée par Bonnet, pour expliquer le développement des embryomes ; c’est la théorie de l’enclavement dans les tissus d'un blaslomère séparé des autres et évoluant pour son propre compte. Après avoir passé en revue les dilférentes théories qui expliquent la palhogénie des tumeurs à tissus multiples de l’ovaire, je suis arrivé aux conclusions suivantes ; les kystes dermoïdes de l’ovaire peuvent contenir des éléments dérivés des trois feuillets de l’embryon (Wilms): ces kystes sont donc ainsi absolument différents des kystes, dermoïdes, purement ectodermiques, observés si souvent à la face et au cou et devraient en être délinitivement séparés; ils se rapprochent, au contraire, beaucoup des embryomes du testicule et des kystes dermoides rétro-peritonéaux a structure complexe. Pour toute celte série de kystes dermoïdes, qu’il vaudrait mieux appeler emkrÿomes A-ÿslù/ues l’explication palhogenique actuellement la plus vraisemblable est celle de l’enclavement, au milieu des tissus encore mal différenciés de l’embryon, d’un blastomère, plus ou moins précocement séparé des antres, et dont l’évolution ultérieure, provoquée par une cause qui reste encore totalcinenl inconnue, donne naissance à la tumeur.

Deux observations de sarcome kystique sous-cutané. Archives de médecine

Dans ce travail publié en collaboration avec G. Delamare, j’ai montré que certaines tumeurs kystiques sous-cutanées à développement lent, bien encapsulées et à contenu sanguinolent, devaient être rangées parmi les sarcomes. ICn

(en collaboralion avec 6. DEi.\UAitE). Archives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologique, janvier 1906.

On a depuis longtemps signalé la présence de cellules géantes dans les cancers épithéliaux, en pai'liculier. dans les épithéliomes pavimenleux (Virchow). Nous avons voulu voir avec quelle fréquence on rencontrait ces cellules géantes, quelle était leur nature et si l’épithète de cancérophages qu’on leur a souvent donnée était

Nous avons recherché, G. Delamare et moi, les cellnles géantes dans 250 cancers épiMtianx de nature très variée provenant de notre collection de pi-éparations. Voici les résultats obtenus :

Cette statistique globale nous montre déjà un fait intéressant ; c’est la fréquence des cellules géantes dans les épithéliomas panimenteux, qu’ils aient pour point de départ la peau ou les muqueuses à type malpighien. Si même nous ajoutons que le cancer de la vessie où nous avons trouvé des cellules géantes était un épithélioma pavimentem développé sur une vessie atteinte de leucoplasie et que le cancer du rein était un épithélioma pavimenteux du bassinet infiltrant le rein, nous pouvons dire que les cellules géantes ne se rencontrent que dans les épithéliomas, pammenUux. Jamais nous n’en avons trouvé dans les épithéliomas du tube digestif, du sein, de l’ovaire, du corps utérin, Ces constatations sont en parfait accord avec celles des auteurs qui se sont particulièrement occupés de cette question (Petersen, Becher et Borrmann).

Ces cellules géantes, dont on peut étudier les caractères sur la planche 1, présentent absolument l’apparence de la cellule géante qui se développe autour d'un corps étranger, un fil de ligature non résorbable, par exemple.

Le point intéressant est de savoir quel est le râle de ces cellules géantes? D’après nos observations, ces cellules géantes ont ici le rôle de véritables nutcrophages : elles englobent et éliminent par un processus de phagocyrose des débris de globes cornés, des cellules cancéreuses dégénérées, des fragments du noyau et du protoplasma. Elles jouent un rôle comparable à celui des ostéoclastes dans la résorption du tissu osseux ; elles leur ressemblent d’ailleurs beaucoup ; on sait qu’il est facile de provoquer l’apparition de cellules géantes absolument analogues à celles dont nous parlons ici, en greffant dans le tissu cellulaire d’un animal des fragments de tissus provenant d’un autre animal; très rapidement, nous en avons fait l’expérience, ces tissus (poumon, foie, rein) sont rfeorbés grâce à l’activité phagocytaire des macrophages et des cellules géantes.

Le rôle que jouent ces cellules géantes dans la résorption de certains éléments cancéreux n’est pas douteux et nous l’admettons facilement avec tous ceux qui se sont occupés de cette question. Mais certains auteurs allemands, entre autres Peterseu, sont allés plus loin et n’ont pas hésité à parler de guérison s pontanée du cancer, en se basant sur la présence de ces cellules géantes dans certains épithéliomas pavimcnteux. Nous croyons que c’est là une exagération manifesio. une conclusion qui dépasse do beaucoup les faits observés. En effet, jamais nous n’avons vu de cellules géantes s’attaquer directement à des cellules cancéreuses en activité; toujours les cellules géantes englobaient des matériaux morts, des produits de l’évolution (globes cornés) ou de la dégénérescence des cellules épithéliales (cellules nécrosées).

Nous conclurons donc en disant que : le terme de « cancérophages » appliqué aux cellules géantes, que l’on rencontre relativement très souvent dans les épithéhomas pammentem, n’est pas exact et tju’il faut le remplacer par celui de « nécro-

pliages », la cellule géante ne détruisant que les parties mortes du cancer et non des cellules cancéreuses en activité. On ne peut donc parler de guérison spontanée du cancer, en invoquant la présence de ces cellules géantes, soit au niveau du néoplasme lui-même, soit de ses métastases.

Les greffes néoplasiques (en collaboration avec mon maître le prolcsseur U. Harthami).

Annales de gynécologie, février 1907.

Les greffes néoplasiques sont assez rarement spontanées, et le plus souvent elles sont consécutives à une intervention chirurgicale. C'est ainsi qu’on a vu des noyaux cancéreux multiples se développer après des ablations incomplètes dû néoplasmes mammaires, ou que, à la suite de la ponction d’une ascite cancéreuse, on a constaté le développement d’un noyau néoplasique dans l’épaisseur de U paroi abdominale, au niveau du trajet du trocart.

Dans ce travail, j’ai rapporté 4 observations nouvelles de greffes néoplasiques, dont une est un exemple très net de greffe spontanée. 11 s’agit d’un cas d’épithé» lioma cylindrique primitif du canal cervical de l’utérus coexistant avec une ulcération épithéliomateuse de même structure située sur la paroi vaginale postérieure, c’est-à-dire dans une région tapissée d’épithelium pavimenteux; cette ulcération, tout à fait indépendante de la tumeur primitive, était survenue spontanément; il était donc évident qu’elle était secondaire à la tumeur du col utérin puisque l’épithélioma qui la constituait reproduisait le type des épithéliomas intra-utérins. Ce fait ne peut être expliqué par le mécanisme de la métastase lymphatique rétrograde, car il n’y avait, macroscopiquement et histologiquement, aucune communication lymphatique entre les deux tumeurs. Il s’agit donc bien, dans ce cas, d’une arelle directe des cellules néoplasiques du cancer du col sur muqueuse vaginale. Des faits analogues ont été observes au niveau du tube digestif : c’est ainsi qu’on a vu des épithéliomas pavimenteux de l’œsophage, de la langue et même de la face, s accompaaner de veriiables areffes depithélioma pavimenteux au niveau de l’estomac.

Les autres observations sont des cas de grclles consecutives a des interventions chirurgicales. Dans un cas, il s’agit d’un kyste de l’ovaire, banal et enlevé par laparotomie : six ans après apparut, dans la région de l’hypocondre, une tumeur kystique, adhérente à la rate, au côlon et à l’estomac. On fit le diagnostic de tumeur de la rate ou de rate flottante à pédicule tordu. L’intervention montra que la tumeur était kystique et l’examen histologique révéla qu’elle était constituée par un épithélioma mucoïde ,à grandes cellules caliciformes, absolument identique au kyste de l’ovaire banal. L’évolution clinique de la seconde tumeur, lente et

bénigne, était d’ailleufs identiciue à celle des kystes ovariques. il est probable qu’au cours de la première operation quelques cellules epithéliales étaient tombées dans le péritoine où elles avaient donné naissance à une nouvelle tumeur kystique.

Un autre fait a trait à un petit noyau néoplasique sous-cutané développé au niveau d’une cicatrice d’hystérectomie abdominale six mois après l’ablution d’un cancer du col utérin.

Enfin la dernière observation concerne un épithélioma de la vessie, récidivé avec présence, au niveau du méat urétral, d’une tumeur de même nature : ici la greffe opératoire, pour être moins évidente, est cependant probable et a pu se faire par l’intermédiaire de la sonde à demeure qui aurait traumatisé légère-

• Ces cas, réunis à beaucoup d’autres et à quelques faits expérimentaux (inociiïation d’une parcelle vivante d’une tumeur à un animal de la même espèce), établissent nettement la possibilité de greffes cancéreuses cellulaires en dehors de tout transport par les vaisseaux sanguins et lymphatiques. Il ne s’agit pas d’« inoculation » par un agent causal hypothétique, mais de greffe de cellules déviées de leur type de développement normal et proliférant suivant le type néoplasique. Ce sont bien des greffes comparables à celles des kystes hydatiques dans la paroi abdominale après des opérations de kystes du foie.

Une conclusion pratique importante se dégage de ces faits : tout cancer doit être enlevé comme une poche à contenu septique, c’est-u-dire sans être ouvert ni entamé; il faut protéger avec le plus grand soin les surfaces cruentées et, au cas où la tumeur aurait été ouverte par mégarde ou intentionnellement, il faudrait immédiatement rejeter comme infecté l’instrument qui aurait pénétré dans son épaisseur.

lll- - TRAVAUX DE BACTÉRIOLOGIE

Hémothorax traumatique infecté à streptocoques et bacillus perlrin-

gens (en collaboration avec G. Iranos). Bulletin de la Société de biologie, 1901, p, ICI.

Il s’agissait, dans ce cas, d’un homme entré dans le service de mon maître le docteur Peyrot, pour un hémothorax consécutif à une plaie pénétrante du thorax par balle de revolver.

Pendant cinq jours, il n’y eut que des signes d’hémothorax abondant^ du côté droit; le sixième jour, la fièvre devenant plus élevée et l’auscultation montrant des signes do pneumo-thorax surajoutés à ceux de l’hémothorax, on fit l’opération de l’empyème avec résection costale. Il s’échappa une grande quantité do gaz, môlés à du liquide hématique et finalement l'examen bactériologique de ce liquide montra la présence d’un streptocoque typique et du Bacillus perfringem anaérobie de \eillon : 1 association de ces deux espèces microbiennes est assez fréquente dans les processus gangréneux. Nous avons eu l'occasion de retrouver cette sym.. biose microbienne dans un phlegmon gangrénem du plancher buccal (angine de Ludwig) qui se termina par gangrène pulmonaire.

Dans le cas particulier de l’hémothorax infeclé que nous avons publié, on avait pu suivre cliniquement la transformation on pyopneumothorax de l’hémothorax ; il est certain que le pneumothorax secondaire kait dû au développement dans la plèvre des gaz produits par le perfringens. C’est un mécanisme rare, mais possible de pneumothorax secondaire.

Gangrène gazeuse aiguë mortelle due à un nouveau microbe (bacille septique aérebie) (en collaboration avec G. Legros). Bulletin de la Société de biologie, 1901, p. 680.

Avec mon ami Legros, j’ai eu l’occasion d’étudier bactériologii|uement plusieurs cas de gangrène gazeuse, observés dans le service de mon maître, le docteur Peyrot. Ces observations ont servi de point de départ à la tbèse de G. Legros (1902).

Dans un premier cas, il s’agissait d’un homme de 40 ans, atteint de fracture de Dupiiytren compliquée : malgré une désinfection soignée immédiate, le

„ 1 1 I t , au bout de 48 heures, une gangrène gazeuse remontant déjà à la partie moyenne de la jambe. Malgré une amputation de cuisse pratiquée aussitôt, le malade mourut le troisième jour.

Dans la sérosité fétide mêlée de gaz prise dans les muscles mortifiés, nous avons rouvé trois espèces microbiennes : un bacille présentant les caractères essentiels du coli-bacille, un staphylocoque liquéfiant la gélatine et enfin un bacille spécial, que nous avons proposé d'appeler le bacille sefliqae aérobie. Ce bacille n’est identifiable à aucune des espèces classées : par certains caractères, il se rapproche du vibrion septique de Pasteur, mais, par d’autres, il s’en distingue eomplèteraent.

Nous avons retrouvé le bacille septique aérobie dans un autre cas de gangrène gazeuse du membre inférieur, terminée celle-ci par la guérison, après de multiples

Le bacille septique aérobie est pathogène pour le cobaye ; il détermine tantôt une gangrène gazeuse a tendance envahissante, avec hypothermie progressivement accentuée jusqu’à la mort, tantôt une infection générale sans lésions locales.

Nous avons repris avec Legros l’étude des lésions histologiques des muscles dans la gangrène gazeuse et nous avons pu constater nettement de graves altérations do dégénérescence zenkérienne.

Dans deux autres cas de gangrène gazeuse terminés l’un par la mort, l’autre par la guérison apres amputation de cuisse, nous avons trouvé dans le premier cas un bacille anaérobie très voisin du Bacilhis perfiingem de Veillon ; dans l’autre, des pyogènes communs unis à un bacille aérobie spécial, très virulent pour le cobaye, mais différent du bacille septique aérobie déjà signalé.

De toutes ces recherches, nous pouvions conclure à cette époque (1901) que la gangrène foudroyante de Maisonneuve, la gangrène gazeuse aiguë, infection à type clinique bien spécial, de pronostic extrêmement sévère, heureusement rare aujourd'hui, ne correspondait à aucune spécificité microbienne précise.

Elle n’est môme pas l’apanage de, microbes réunis par un caractère commun ; l’anaérobiose. Nous avons montré, en effet, que le bacille septique aérobie pouvait réaliser complètement, chez l’homme et chez le cobaye, le type anatomo-clinique de la gangrène gazeuse.

Note sur la bactériologie des vaginalites au cours des orchl-épididymites aiguës. Travaux de chirurgie anatomo-clinique, 2* série, 1905, G. Steiniieil.

Dans ce travail, fait en collaboration avec mon ami Ch. Esmonet, dans le laboratoire de notre maître Hartmann, nous avons publié le résultat de nos études bactériologiques du liquide de la vaginale enflammée au cours de l’épididymite

aiguë. Nous avons, dans ce but, examiné 15 malades. Pour recueillir le liquide, nous pratiquions une ponction à travers une escarre superficielle, déterminée par un léger attouchement au thermocautère et nous aspirions avec une seringue aseptique le contenu de la vaginale. Avec le liquide, nous faisions, d’une part, des lamelles pour l’examen direct, d’autre part, des cultures dans des milieux aérobies et anaréobies.

Les 15 examens ont donné les résultats suivants :

Sur 7 vaginalites, au cours d’épididymite blennorragique, 2 fois nous n’avons rien trouvé, 1 fois l’examen direct et les cultures ont montré la présence du gonocoque, 1 fois le liquide contenait du streptocoque en chaînettes courtes, 1 fois du staphylocoque blanc, 2 fois du streptocoque en chaînettes courtes, associé dans un cas à du staphylocoque blanc, dans l’autre à du staphylocoque doré.

Sur 7 vaginalites, au cours d’orchi-êpididymités urétrales, suites de cathétérisme, nous avons trouvé dans le liquide, 1 fois du coli-bacille, 1 fois du staphylocoque blanc, 1 fois du streptocoque en chaînettes courtes, 1 fois du streptocoque en chaînettes courtes associé li du staphylocoque, 1 fois du streptocoque en longues chaînes associé à du staphylocoque. Sauf dans ce dernier cas où l’épanchement de la vaginale a suppuré, tous les autres épanchements ont guéri spontanément.

Enfin, dans un cas de vaginalite chez un vieillard dont le gland était extrêmement sale, mais qui n’avait pas d’écoulement urétral et ne s’était pas sondé, nous avons trouvé du staphylocoque blanc.

Les examens sur lamelles nous ont montré etralement l’abondance des leucocytes polynucléaires dans le liquide de l’épanchement, caractère cvtologique décrit par Widal et liavaut dans les épanchements séreux d’origine inflammatoire

Ce (jui ressort de ces faits, c’est que le liquide constamment épanché dans la vaginale au cours des épididymites aiguës, n’est pas seulement te résultat d’une réaction inflammatoire de voisinage, mais qu’il contient des agents infectieux dont te rôle pathogène né nous semble pas discutable.

Ces constatations nous semblent plaider en faveur du traitement par la ponction précoce des épanchements de la vaginale, au cours des orchi-épididymites aiguës.

En effet, on ponctionnant la vaginale remplie de liquide, on soulage beaucoup le malade et on enlève un liquide contenant des microbes pathogènes.

D’autre part, ces résultats bactériologiques nous montrent que l’épididymite blennorragique peut être due à d’autres microbes que le gonocoque : les microbes pyogènes actuellement Inolfensifs qui habitent normalement le canal de l’urètre (staphylocoque, streptocoque et probablement aussi l’entérocoque) exaltent leur virulence au cours de ruréthriie gonococcique et ce sont eux qui semblent surtout.

dans les plaies de guerre cicatrisées (en collaboration avec A. Froueh). Comptes

A l’époque où Yerneuil (1885) exposa sa doctrine de microbisme latent, il n’y eut que peu de démonstrations scientifiques rigoureuses de la réalité de ce microbisme dont l’importance fut d’ailleurs très exagérée par son auteur et trop souvent invoquée pour couvrir des accidents post-opératoires dont l'explication était bien plus simple. — Il faut cependant reconnaître que l’idée de Yerneuil était parfaitement juste : nous avons pu, pendant la guerre (1916), en apporter une démonstration rigoureuse avec A. Frouin.

Nous avons, chez 24 blessés, recherché la présence de microbes cultivables à la surface de projectiles depuis longtemps enfermés dans les tissus. Les plaies d’entrée étaient dans tous les cas parfaitement cicatrisées et il n’existait plus depuis plusieurs mois, au moins, d’accidents inflammatoires.

Toutes les opérations d’extraction de ces projectiles ont été faites avec les précautions les plus aseptiques.

Dans trois cas, le projectile extraitet immédiatement dans le bouillon nutritif, n’a donné naissance à aucune culture.

Dans dix-sept cas, le projectile extraitet placé de suite dans le bouillon nutritif

a donné naissance à des cultures plus ou moins abondantes de microorganismes variés ; staphylocoque, streptocoque et bacilles divers non identifiés : la plupart de ces microorganismes étaient facultativement anaérobies.

Enfin, dans quatre cas, nous avons ensemencé à lafois le projectile et sa coque fibreuse d’enveloppe que nous avions pu enlever en bloc, comme une petite tumeur. Les projectiles eux-mêmes dans ces 4 cas restèrent stériles : au contraire le magma provenant du caillot organisé qui tapissait la paroi interne de la coque fibreuse a donné naissance à des cultures plus ou moins abondantes de cocci et de bacilles.

Ce dernier fait est particulièrement intéressant; c’est, à notre avis, par cet englobement fibreux du corps étranger et des microbes qu’il a apportés avec lui, que l’on peut expliquer le plus simplement le « microbisme latent » des plaies de

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