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Titres et travaux scientifiques

Cours d’hygiène à l’École d’infirmières de Bicêtre (1888-1899). Conférences de Séméiologie mentale faites à la Clinique des maladies mentales (Professeur Joffroy).

Cours de Psychologie à l’Université Nouvelle de Bruxelles (Institut des Hautes-Études) :

1897- 1898. Le cerveau dans ses rapports avec la Psychologie.

1898- 1899. Le problème de la mémoire {publié. Ti'admt en espagnol).

1899- 1900. L’énergie psychique.

1900- 1901. Le problème de la conscience.

1901- 1902. Les bases physiques de la personnalité.

1902- 1903. Le mécanisme des émotions {publié).

1903- 1904. Les sensations internes.

1904- 1905. L’association en psychologie {publié).

1905- 1906. L’inhibition cérébrale.

1906- 1907. Psychologie du sentiment religieux.

1907- 1908. Le doute {publié).

1908- 1909. La volition.

1909- 1910. Le sentiment de la personnalité.

1910- 1911. L’inttiition morale {publié).

1911- 1912. Rapports de la psychologie et de la philosophie.

PSYCHOLOGIE

Recherches sur les Rapports de la Sensibilité et de l’Émotion. Revue Philoso 2 Jhique, I, p. 106, 1894.

I Expériences psycho-physiologiques sur des sujets plongés

j dans l’hypnose et chez lesquels on déterminait tantôt de

■ l’anesthésie périphérique, tantôt de l’anesthésie viscérale, ou

j une anesthésie totale. L’anesthésie périphérique modifiait à

peine les réactions émotionnelles, alors que l’anesthésie viscé 1 raie les atténuait considérablement, et que l’anesthésie totale

les abolissait. Les cas pathologiques d’anesthésie et d’analgésie ' généralisées avec perte de l’émotivité dont nous rapportons de

nouveaux exemples se trouvent ainsi corroborés par l’expérimentation.

Émotions localisées. Congrès international de Psychologie, i Paris, 1900^ p. 560.

On n’étudie guère que des manifestations générales des émotions, troubles sensitifs, vaso-moteurs et moteurs, affectant un plus ou moins grand nombre de points de l’organisme. Il existe Ÿ cependant des cas nombreux où l’émotion revêt un aspect

localise. Malebranche en a déjà parlé. Voici ce dont il s’agit : chez des personnes à imagination vive, impressionnables, certaines idées, certaines représentations provoquent des phénomènes sensitifs plus^ ou moins pénibles, exactement limités à la partie du corps à laquelle se rapportent ces idées ou ces

représentations, et cela dans certaines conditions qu’on peut faire varier. Nous avons été amené à poser à ce propos les lois suivantes :

1“ La perception (ou la représentation) dans des centres corticaux quelconques, à!objets destinés à une fonction spéciale, détermine dans le centre cortical de cette fonction un état particulier, qui se traduit à la périphérie, sur l’organe même de cette fonction, par des réactions générales soit d’arrêt, soit d’activité. L’émotion (ou le sentiment) qui accompagne la perception (ou la représentation) se produit directement sans représentation intermédiaire.

2“ La perception (ou la représentation) d’un objet quelconque, non destiné à une fonction spéciale, capable de produire des effets agréables ou désagréables sur un sujet, ne peut déterminer d’émotion que si le sujet connaît et peut se représenter ces effets. Cette représentation sert d’intermédiaire entre la perception et les manifestations émotionnelles. Ces dernières ne sont que la traduction périphérique de l’état des centres corticaux mis en jeu dans les diverses représentations (imagination ou mémoire) des effets connus de l’objet perçu.

3° Pour se représenter une sensation (ou un sentiment, ou une émotion) agréable ou désagréable, il faut non seulement savoir en quoi elle consiste, soit par ouï-dire, soit pour l’avoir éprouvée soi-même, mais encore être capable de la ressentir actuellement.

Sur un cas d’Émotion localisée. Soc. de Psychologie. —

Journ. de Psychol. norm. et path., 1907, p. 337.

Apparition de tuméfactions indolores, incolores, sans pigmentation ni extravasation sanguine, et anesthésiques, survenant chez une jeune femme 8 à 10 heures après des baisers donnés par un homme qu’elle aime, mais qui n’est pas encore son

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amant, et qui la trouble violemment. Il lui suffit d’en reconnaître l’origine pour ne plus les voir se produire.

Il s’agit là d’un phénomène vaso-moteur, avec inhibition caractéristique de la sensibilité, qui montre la persistance que peut présenter une impression à ton émotionnel intense, et fait comprendre le mécanisme et la fixité de certains troubles vasomoteurs d’ordre hystérique.

Le Mécanisme des Émotions. Leçons faites à l'Université

Nouvelle de Bruxelles, 4908. 1 vol. in-8°, 300 p. de la

Biblioth. de Philos. Contemp., Paris, F. Alcan, 1905.

Cet ouvrage a pour but de combattre à la fois la théorie intellectualiste et la théorie périphérique des émotions. On a eu le tort, il nous semble, de ne considérer guère que les émotions une fois constituées, arrivées à leur complet développement, tantôt en les analysant au point de vue presque exclusivement psychologique, tantôt dans leur expression physiologique, et en négligeant complètement le terrain sur lequel elles se développent, les conditions qui les rendent possibles, autrement dit Vémotivité.

L émotivité est un état particulier du cerveau, qui varie d’un individu à l’autre, et qui consiste essentiellement dans la facilité plus ou moins grande avec laquelle le cerveau réagit par diffusion aux excitations venues soit de l’organisme ou du monde extérieur, soit du cerveau lui-même. Il y a émotion toutes les fois que 1 excitation d’un centre cérébral quelconque met en mouvement d’autres centres cérébraux, provoquant ainsi des réactions exagérées, surajoutées, inutiles. Le cerveau, dans l’émotion, peut être comparé à une machine dans laquelle une parhe de l’énergie destinée au travail effectif est employée par dérivation à agir sur la machine elle-même. Cette diffusion de l’énergie, transformée et libérée par le cerveau, dans le cerveau

TITHES ET THAVAUX SCIENTIFIQUES

lui-même, cette absorption par le cerveau d’une partie de cette énergie aux dépens du travail effectif auquel elle était destinée, s’opèrent selon les lois physico-mécaniques analogues à celles qui président au fonctionnement d’une machine.

En appliquant à l’étude des émotions le point de vue de la dynamique ou de l’énergétique cérébrale, nous nous sommes attaché à rendre compte, d’un côté, des faits d’ordre émotionnel tels que l’angoisse, la surprise et la contrariété, et d’un autre côté des différentes formes d’évolution des émotions, telles que leur retard, leur substitution, leur dérivation, leur coexistence, leur émoussement et leur addition.

Examinant ensuite la question des rapports de la sensibilité et de l’émotion, nous nous sommes demandé : quel étage de l’axe cérébro-spinal une excitation doit-elle atteindre pour produire une émotion, et quelles sont les conditions nécessaires pour que cette excitation produise une émotion? Nous basant à la fois sur l’expérimentation physiologique, sur l’étude des cas pathologiques et sur l’expérimentation psycho-physiologique, nous arrivons d’abord à cette première conclusion que la véritable émotion est l’émotion-sentiment (par opposition à l’émotion-choc ou à l’émotion corporelle qu’on observe encore chez les animaux décérébrés) et qu’elle est liée indissolublement à la présence et à l’intégrité du cerveau. C’est donc sur le cerveau lui-même que doit porter l’excitation pour qu’il y ait émotion.

Mais ce n’est pas la seule condition de l’émotivité cérébrale. Il y en a une seconde qui consiste dans la faculté de représentation mentale des sensations. Enfin les études faites sur les sujets atteints d’analgésie montrent que pour qu’une sensation actuelle de la représentation mentale d’une sensation soit susceptible de provoquer une émotion, il faut que le sentiment que le sujet a de sa personnalité soit intact et complet. Toutes les fois qu il y a un trouble ou une dissociation, une désintégration de la personnalité, l’émotivité du sujet se trouve

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émoussée ou abolie. Or, l’analgésie et surtout l’analgésie viscérale, ou l’anesthésie sont un des troubles les plus fréquemment observés de la personnalité, d’où il résulte que la cénesthésie viscérale ou organique constitue la troisième condition essentielle de l’excitabilité et de l’émotivité cérébrales.

Or la cénesthésie organique n’est que l’expression, que la projection périphérique de la cénesthésie cérébrale. L’émotion apparaît donc comme un phénomène purement physiologique, qui ne prend son caractère affectif que lorsque le sujet a conscience des modifications cérébrales qui les constituent.

Nous nous sommes donc attachés à fournir des preuves en faveur de l’existence de la cénesthésie cérébrale, preuves physiologiques, preuves psychologiques, et nous sommes arrivés à cette conclusion que, tant que l’état cérébral qui accompagne une émotion ne change pas, l’état émotionnel reste le même aussi. L’émotion ne tient pas seulement à la diffusion de l’énergie cérébrale, à un état vibratoire du cerveau, car cet état ne saurait persister, mais au sentiment que nous avons de l’état moléculaire du cerveau déterminé par cette diffusion. D’où deux modes des états émotionnels : l’un dynamique, l’autre statique. Au premier correspond l’émotion proprement dite, au sens ordinaire du mot; au second correspondent les états fixes émotionnels, d’ordre pathologique.

L’émotion vraie apparaît ainsi comme un phénomène à la fois moteur et sensitif ; l’état émotionnel fixe comme un phénomène de sensibilité simple. Dans l’une et l’autre d’ailleurs, c’est la perception de ce qui se passe ou de ce qui persiste dans le cerveau, qui constitue le sentiment, l’émotion-sentiment. C’est donc à un phénomène de cénesthésie cérébrale que l’on a affaire en dernière analyse, et c’est à défendre cette thèse qu’est consacrée la plus grande partie de l’ouvrage.

Le plaisir et la douleur nous semblent distincts des émotions; ils les accompagnent comme ils accompagnent les mouvements

et les sensations; ils sont les phénomènes fondamentaux de l’affectivité, mais non de l’émotivité ; c’est dans l’écorce cérébrale elle-même que se produisent les processus auxquels sont liés les sentiments de plaisir ou de peine, et ils sont liés étroitement à l’état de la cénesthésie cérébrale. Ils ne sont que la sensation du degré de facilité ou de difficulté relatives avec lesquelles se fait le passage du courant nerveux dans le cerveau, c’est-à-dire de la résistance qu’il rencontre, sans que la quantité ou l’intensité de ce courant soient en cause ; ils ne tiennent pas à l’augmentation ni à la diminution de l’activité organique périphérique, mais à celles de l’activité cérébrale, en prenant pour point de repère la moyenne normale de cette activité ; ils tiennent enfin essentiellement à un état dynamique, actuel, et non à un état statique, potentiel; ils sont indépendants de la nature de l’excitation.

Nous avons établi en outre, à propos de la loi de diffusion des émotions, la loi de leur localisation (voir : Émotions localisées).

Enfin nous avons montré le rôle des représentations dans le développement de l’émotion. Ce rôle se résume dans cette double constatation : 1“ les objets et les perceptions que nous en avons, sont incapables par eux-mêmes de nous donner des émotions, et les représentations seules des effets de ces objets en sont capables; 2“ parmi ces effets ce sont seulement ceux qui agissent sur nous, sur notre personne même, qui sont susceptibles de nous émouvoir. Il faut donc que toute la personnalité soit intéressée pour qu’une émotion puisse se produire sous l’influence d’une excitation.

La conclusion de cet ouvrage est que la théorie périphérique de l’émotion est inacceptable, de même que la théorie intellectualiste. L’ordre des termes — perception, émotion, expression subsiste. C’est à une théorie purement cérébrale qu’on se trouve conduit. L émotion repose sur la propriété même du

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cerveau de réagir d’une façon plus ou moins diffuse aux exci-

émotivité; sur les conditions de conservation, de

libération, et de diffusion de l’énergie cérébrale, — mécanisme et dynamisme, émotion proprement dite; sur la possibilité enfin, pour le sujet, de percevoir les modifications fonctionnelles produites dans le cerveau par l’énergie cérébrale mise en liberté — cénesthésie cérébrale. L’émotivité conditionne l’émotion, et l’émotion entraîne les réactions connues sous le nom d’expressions des émotions. Ces dernières sont en réalité secondaires et presque accessoires. C’est le phénomène cérébral qui est tout, et c’est ce qui a fait donner à notre théorie des émotions le nom de « théorie cérébrale ou cénesthésique. »

État actuel de la Théorie de Lange-James sur les Émotions. Rapport au Congrès Internat, de Neurologie et de Psychologie, Amsterdam, 1908.

L’État mental des Mourants. Reme Philosophique, I, p. 303, 1896.

La question se ramène à se demander quelle est la réaction du moi, non pas à la mort, en tant que phénomène physiologique, mais à Vidée de la mort. Nous avons rapporté certaines observations permettant de penser que les états de béatitude, et d anesthésie avec analgésie, qu’on a signalés sont corrélatifs 1 un de 1 autre, et que le sentiment de béatitude n’est pas positif mais résulte de l’analgésie. Quant à la remémoration, elle semble tenir à ce que, par suite de cette anesthésie et de cette analgésie, les impressions actuelles ne sont plus assimilées à la personnalité présente et que les éléments seuls de la personnalité ancienne sont capables d’être évoqués.

Sur le Moi des Mourants. Bull, de VInstitut de Psych., 1903, p. 29.

Nouvelle observation sur les impressions survenant chez les personnes en imminence de mort, et permettant de rapprocher le mécanisme de la remémoration dans le cas de syncope par épuisement, pouvant se terminer par la mort, de celui de la remémoration dans la régression de la personnalité chez l’hystérique vigilambule sous l’influence du réveil cérébral.

Le Sentiment cénesthésique. Rapport au Congrès international de Psychologie, Genève, 1909.

Résumé des incertitudes sur la définition et la nature de la cénesthésie, et exposé d’une conception nouvelle de ses rapports avec la personnalité et en particulier avec le sentiment du moi.

Sensibilité et Personnalité. Congrès international de Psychoiolge, 1896, p. 314.

Rappel des cas pathologiques où l’on voit la personnalité morale varier parallèlement avec les modifications de la sensibilité organique, de la cénesthésie, et expériences chez les hystériques permettant de faire varier à volonté la personnalité en fonction de la sensibilité.

Cénesthésie cérébrale et Mémoire. Rev. Philos., juille

Observation d’un jeune homme hystérique présentant une anesthésie périphérique générale et un état grave d’amnésie

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continue. L’anesthésie périphérique disparaît quand on observe un retour de la sensibilité normale à la partie postérieure et moyenne du crâne. La mémoire n’est rétablie que lorsque la sensibilité redevient également normale sur la région frontale.

La Passion du jeu et la Manie du jeu (en collaboration avec G. Danville). Revue Philosophique, I, p. Sil, 1908.

Il existe à côté de la passion du jeu, et trop souvent confondue avec elle, une déformation morbide de cette passion, équivalente à ce qu’est, par exemple, l’érotomanie vis-à-vis de l’amour, la dipsomanie vis-à-vis de la gourmandise, et qu’on peut appeler manie du jeu ou impulsion au jeu.

Diverses observations rapportées par nous permettent de distinguer trois cas. Dans le premier, la manie du jeu se montre comme un équivalent de certaines manifestations hystériques, telles que les fugues. Dans le second cas, ce n’est plus un équivalent pathologique au cours d’une maladie caractérisée, c’est une manifestation même de l’état morbide constitutionnel du sujet. Enfin dans le troisième cas, le jeu sert de dérivatif à un état moral dépressif, de la même façon que Kalcoolisme ou la morphinomanie.

Le Problème de la Mémoire. Essai de psycho-mécanique {Leçonsprofessées à l'Université Nouvelle de Bruxelles). 1 vol. in-8“, 226 p., de la Bibliothèque de Philosophie contemporaine. F. Alcan, éditeur, 1900.

Traduit en Espagnol par Ricardo Rubio. — Madrid, 1902.

La division de cet ouvrage, si l’on excepte le chapitre i (Idées actuelles sur le mécanisme de la mémoire) et le dernier (Théorie de la mémoire : évolution, siège, mécanisme) correspond à celle des opérations du souvenir j conservation, repro-

ductîon et reconnaissance. Ces opérations, une fois définies et distinguées les unes des autres, se décomposent en opérations plus simples, que nous nous sommes efforcés d’étudier dans leur mécanisme, et de rattacher à leurs conditions anatomiques, physiologiques et psychologiques.

Les notions courantes sur la conservation sont assez vagues. ^

Pour se représenter ce qu’elle peut être, il faut passer en revue et discuter les hypothèses suivantes : Une même cellule cérébrale reçoit-elle d’un objet, ou d’une excitation donnée, des modifications successives et diverses? Le souvenir alors n’est plus possible ; il y aurait en effet autant de souvenirs que d’excitations renouvelées. Au contraire la même cellule est-elle modifiée à jamais d’une façon unique par une excitation donnée? Alors on ne distinguerait plus les souvenirs successifs d’une même chose.

Y aurait-il enfin une cellule pour chaque impression? Gela est matériellement impossible vu le nombre des cellules et celui ^

des impressions se produisant au cours d’une vie humaine. |

Comment donc se représentera-t-on la mémoire? Si l’on décompose le souvenir d’un objet, on trouve qu’il est formé, d’une part, par des impressions de même nature (visuelles, audi- '

tives, etc.), d’autre part, par des impressions affectives, cènes- i

thésiques, qui ne sont jointes aux premières que par accident. ;

Le premier groupe est l’élément constant, le second l’élément variable du souvenir. Ces deux groupes étant toujours associés, et l’étant, à chaque perception, de façons différentes, on n’a, grâce au premier, qu’un souvenir unique d’ün même objet, et, grâce au second, on distingue partout les souvenirs successifs de cet objet. Ainsi se trouvent rassemblés dans une conception systématique les aspects différents, en apparence contradictoires, de la conservation.

Il y a lieu de distinguer l’évocation de la reproduction, chacune pouvant en certains cas se produire d’une façon indépendante de l’autre, et la reproduction elle-même de la reviviscence^^

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La reviviscence est la reproduction intégrale, le réveil d’un état antérieur, où la personnalité se trouvait engagée tout entière ; autrement dit c’est le souvenir non de tels ou tels objets, mais de ces objets et de l’état émotionnel et cénesthésique qui en a accompagné l’impression. Cette distinction est capitale.

En d’autres termes, il y a reviviscence quand les souvenirs sont personnels et reproduction quand ils sont dépersonnalisés. En réalité il n’y a jamais (ou rarement) reproduction pure. Les souvenirs renferment toujours un élément personnel ou cénesthésique, et c’est par là justement qu’ils sont reconnus, c’est-àdire attribués au moi. C’est pour cela aussi que nous distinguons les souvenirs divers d’une même chose.

Si nous cherchons à nous figurer le mécanisme cérébral de la mémoire, voici ce qu’on peut supposer. Si le souvenir est distinct de la sensation c’est que, contrairement à l’opinion de Bain, celle-ci a lieu dans le centre fonctionnel, celui-là dans le centre psychique (lobe préfrontal). Alors même qu’il y a, non sensation brute, mais perception, c’est-à-dire que l’excitation est transmise du centre récepteur au centre percepteur, la perception ne se confond pas davantage avec le souvenir parce que, dans la perception, l’excitation est centripète (du centre récepteur au centre percepteur), tandis que dans le souvenir, elle est centrifuge. Si l’évocation est distincte de la reproduction c’est qu’elle a lieu dans le lobe frontal, et la reproduction dans le centre moteur ou sensoriel. On distingue ainsi les opérations de la mémoire d’après les centres où elles s’accomplissent.

Mais il faut tenir compte des modes de fonctionnement de ces centres. La modification qui se produit dans les centres récepteurs est passagère, celle des centres percepteurs est durable. La mémoire est essentiellement la fonction de ces derniers; ce sont les centres percepteurs qui actionnent les centres récepteurs. Elle est un état dynamique. Elle correspond à un certain potentiel qui augmente par l’exercice et décroît sous diverses influences.

IG

Il n’y a pas de mémoires partielles : la mémoire est à la fois générale et spéciale, à savoir une tension de la force nerveuse, et comme résultat de cette tension, 1 ébranlement de tel ou tel centre.

La théorie de la mémoire à laquelle nous sommes arrivés repose sur les analogies qui existent entre la façon dont se comportent le courant nerveux et le courant électrique. Nous avons, en particulier, assimilé l’évocation à un phénomène de résonance nerveuse, analogue à la résonance électrique, et cette assimilation s’est trouvée en partie confirmée depuis lors par les recherches de M. Lapicque sur la chronaxie nerveuse.

Sans vouloir transformer nos hypothèses en théorie et doctrine définitives, nous croyons qu’il y a lieu de suivre la voie que nous avons suivie nous-même pour chercher à comprendre le mécanisme de la pensée en général, et d’envisager la question au point de vue, non pas seulement de la physiologie, mais de la physique. Et nous avons montré qu’il existait des appareils capables de rendre compte dans une grande mesure des phénomènes de la mémoire — tel le télégraphone — et d’autres phénomènes psychologiques qui semblent d’un domaine ayant un caractère qu’on ne retrouverait soi-disant nulle part ailleurs.

Essai critique et théorique sur l’Association en Psychologie {Leçons faites à VUniversité nouvelle de Bruxelles, 1905). 1 vol. in-16, 187 p., de la Bibliothèque de Philos, contemp., Paris, F. Alcan, 1907.

Ces leçons forment la suite naturelle du Problème de la Mémoire, l’évocation étant l’une des opérations les plus importantes de l’acte mnésique, et l’association étant l’un des modes les plus fréquents de l’évocation.

Dès le premier chapitre consacré à la définition et à la délimitation du problème nous nous sommes efforcés de mettre en

PSYCHOLOGIE

relief le rôle des associations affectives et cénesthésiques.

Nous arrivons à cette conclusion qu’on ne doit considérer comme un phénomène d’association que celui où : deux (ou plusieurs) événements psychiques (cérébraux) conscients ou inconscients surgissent toujours simultanément ou dans un ordre de succession nécessaire et invariable, réversible ou non.

Il s’agit ensuite de répondre aux questions suivantes : 1® comment.se crée, se forme une association? — 2° comment se conserve-t-elle? — 3" comment reparaît-elle? — 4“ comment se modifie-t-elle ou disparaît-elle? — 5“ quelle est sa nature?

Les lois de l’association ont besoin d’une révision critique. On peut faire cette révision en examinant successivement : 1” les points admis par tous; — 2® les points discutés ou discutables ; — 3“ les contradictions ; — 4“ les lacunes et les obscurités. L’examen de ces différents points nous amène à constater qu’on s’est un peu trop pressé de formuler des lois, et qu’il fallait d’abord étudier le processus associatif dans son ensemble, dans son évolution naturelle et biologique, avant de se perdre dans les discussions psychologiques et philosophiques. Il n’y a pas, à proprement parler, de lois de l’association. Toutes les formules qu’on a données comme telles ne sont que l’expression des modes sous lesquels l’association se présente à nous psychologiquement. Pour expliquer le phénomène de l’association, on peut ramener à quatre genres les essais qui ont été faits, les théories qui ont été proposées ; 1“ conception pstjchologique; — 2® conception anatomique', — 3® conceptions siologiques; — 4® conception dynamique.

Les trois premières sont manifestement insuffisantes. Seule la théorie dynamique permet de comprendre les divers aspects du phénomène qui se résume en ceci : Des phénomènes ayant des caractères communs quelconques déterminent dans le cerveau des états dynamiques semblables qui, lorsqu ils se reproduisent, amènent les représensations correspondantes aux impressions

SOLLIER

ayant accompagné ces phénomènes, et leur donnent ainsi l’appor. rence d'une association.

Étudiant à ce point de vue la création, la conservation, l’évocation et l’évolution de l’association, et à propos de cette dernière, sa force et sa vitesse, nous arrivons enfin à sa nature. N’étant qu’un mode particulier du processus de l’évocation, son mécanisme se ramène à celui exposé dans le Problème de la mémoire, c’est-à-dire qu’il consiste dans un phénomène de résonance nerveuse. Les centres de représentation ne sont que des centres de transmission et de transformation du courant nerveux. Aux états moléculaires qu’il y détermine quand il est cen- :tripète, correspondent des images ou des états psychiques et, quand il est centrifuge, des représentations avec ou sans imagerie. Il n’y a pas de résonance entre les centres de représentations si voisins qu’ils soient. Il n’y a pas d’images conservées dans des centres. Il n’y a que des états moléculaires sans cesse en voie de changement qui correspondent à des impressions frappant les centres et qui, en se reproduisant, ramènent les représentations des impressions et de leur objet. Le véritable centre d’évocation, d’association par conséquent, est le centre psychique, aperceptif, préfrontal, où seules peuvent se produire, et la conservation du potentiel nerveux déterminé par les excitations, et la résonance des états dynamiques, d’où résulte la reproduction de ces impressions et leur association. L’aiguillage des impressions ou des représentations associées, dont l’interprétation reste insoluble avec les autres théories, n’existe pas en réalité et n’a pas lieu d’exister.

Le phénomène de l’association rentre donc dans l’ordre des phénomènes physiques et obéit aux lois générales de l’énergétique qui gouvernent la matière vivante comme la matière inorganique.

PSYCHOLOGIE

La Rétrospection. Soc. de Psychol. — Journal de Psych.

norm. et path, i908, p. 450.

C’est un phénomène, non encore décrit, qui consiste essentiellement dans une sorte de révision très rapide et très complète de toute l’existence passée. Mais les circonstances où elle se produit, la façon dont elle se déroule, et les résultats auxquels elle aboutit la distinguent, et de la simple réflexion avec retour sur soi-même comme chez les scrupuleux, et des régressions spontanées ou provoquées de la personnalité comme chez les hystériques, et de la simple remémoration par association d’idées, et de ces cas de vue panoramique de l’existence au moment de la mort imminente par accident. On la rencontre chez des persécutés, dans des cas d’hypochondrie compliquée d’idées de persécution se dissipant tout à coup, dans la mélancolie avec stupeur, et enfin dans des conversions morales ou religieuses.

La rétrospection appartient aux états de transformation de la personnalité. Ces transformations, qui supposent un agencement nouveau des images antérieures, une transmutation des valeurs attachées à ces images et aux impressions anciennes,^une orientation nouvelle dans les tendances, des constellations nouvelles dans les idées, et un déplacement du ton effectif et de l’intérêt, sont vraisemblablement rattachables à des états cérébraux si l’on en juge par les sensations cérébrales qui les précèdent, les accompagnent et les suivent, et par les troubles physiologiques qui se produisent en même temps dans le reste de l’économie.

Représentations et Sécrétions. Soc. de Psych. — Jour.

de Psych. norm. et path., 1908, p. 237.

Observations montrant l’évocation de certaines représenta-

lions d’ordre spécial — sexuel dans l’espèce — sous l’influence du retour des fonctions sexuelles, et la corrélation qui existe entre les fonctions sécrétoires — externes ou internes — et certaines représentations qui leur sont liées.

Du sens de la direction dans ses rapports avec l’automatisme. Bull, de VInstitut PsychoL, 1903, p. S06.

En observant des malades en état d’automatisme — soit spontanément, soit dans l’hypnose —, et en dehors de cet état — après guérison ou après réveil —, on constate que le sens de la direction est admirablement conservé dans le premier cas et plus ou moins aboli dans le second, en faisant faire aux sujets, dans les deux états, les mêmes parcours. Cette étude permet de jeter un certain jour sur la question du retour des pigeons voyageurs.

Phénomènes de Perception à distance. Bull, de VInstitut PsychoL, 1904, p. 509.

Curieux cas d’un homme hystérique avec anesthésie générale qui, en état d’hypnose, percevait, vraisemblablement par les plus légers déplacements d’air, les appels faits avec la main par l’expérimentateur, et cela malgré qu’il eût le dos tourné, qu’il fût placé derrière un rideau, ou même enfermé dans une pièce distante de 6 mètres de celle où se tenait celui-ci. Ces phénomènes cessèrent lorsque la sensibilité normale reparut et que le malade guérit. Les expériences furent faites à maintes reprises et en présence de plusieurs confrères appelés à les contrôler.

Évocation motrice d’une Image verbale auditive perçue avant le développement du langage. Bull, de l'Institut Psycholog., avril 1905.

PSYCHOLOGIE

Il s’agit d’une enfant de neuf mois qui entendait souvent sa tante appeler dans un porte-voix sa femme de chambre Louise. Ayant alors quitté sa tante, elle ne revint chez elle que deux ans après, et dès qu’elle la vit prendre son porte-voix et appeler sa femme de chambre qui n’était plus Louise, elle lui demanda si Louise était encore là. L’image auditive du mot Louise était donc restée emmagasinée dans son cerveau à un âge où la faculté de la parole n’existait pas encore, et cette image auditive a pu plus tard, au moment de la formation du centre moteur du langage, évoquer l’image motrice qui est ordinairement associée à l’image verbale chez un individu complètement développé.

La Conscience et ses Degrés. Rev. Philos., II, 1905. {Conférence générale faite au Congrès internat, de Psychologie, Rome, 1905.)

La difficulté du problème de la conscience vient de ce qu’il a été mal posé, qu’on en a fait une sorte de postulat de la psychologie, et qu’on a mêlé à la question psychologique une question philosophique.

Il n’existe aucune définition précise de la conscience. Pour nous, doit être considéré comme conscient tout phénomène que nous savons être perçu ou produit en nous ou par nous au moment même où il est perçu ou produit, ce qui permet d’éliminer complètement le rôle de la mémoire dans la conscience, et de faire la part aussi petite que possible au « moi » en ne faisant appel qu’à la connaissanse brute.

En étudiant successivement le critérium de la conscience, les degrés qu’elle présente, tant au point de vue phylogénique et ontogénique qu’au cours de l’évolution d’un phénomène psychologique, on trouve sur son chemin le principe de continuité et le principe d’hétérogénéité du physique et du psychique qui compliquent le problème. On arrive alors à travers tout ce

dédale de faits et d’opinions contradictoires à reconnaître que la conscience apparaît comme liée seulement à 1 activité cérébrale.

On comprend dès lors comment elle peut varier au cours de révolution d’un phénomène psychologique, et l’on s’aperçoit que le psychologique ne doit pas se restreindre au conscient. Deux choses empêchent souvent de voir la gradation entre l’inconscient et le conscient : ce sont l’intensité de l’excitation et la rapidité du processus nerveux. Aux gradations d’intensité il y a lieu d’ajouter les gradations d’étendue; on arrive ainsi à une hiérarchie de la conscience, et on constate qu’il n’y a pas plus de barrière entre l’inconscient et le conscient qu’entre le physiologique et le psychique.

Rejetant en partie la loi physique de Herzen, nous considérons que la conscience est liée seulement au degré maximum de désintégration dont est capable le centre cérébral considéré. Elle apparaît comme liée, non pas au maximum de l’énergie cérébrale normale, mais au maximum de l’énergie disponible à un moment donné, mais elle n’est pas une forme d’énergie.

Son rôle consiste à marquer certaines phases de l’enregistrement continu des impressions dans le centre d’aperception, à simplifier ainsi la synthèse de ces impressions et à nous renseigner à tout moment sur les actes essentiels à notre fonctionnement et au but qu’il faut atteindre, ainsi que sur l’état de ce fonctionnement.

Dépouillée de son unité et de sa continuité, regardées comme ses caractères primordiaux et irréductibles, douée par contre de degrés très nombreux et très variables, la conscience nous apparaît enfin comme une organisation de l’expérience au cours de l’évolution individuelle, et non comme une intuition primitive et immédiate de l’esprit, c’est-à-dire, en somme, comme un phénomène essentiellement biologique et physiologique, et qu’on ne saurait en tous cas prendre comme critérium de ce qui est du ressort de la psychologie, de ce qui distingue le

PSYCHOLOGIE

psychologique du physiologique et môme du physique. Confondue d’ailleurs avec l’état cérébral dont elle dépend, elle ne représente en réalité rien d’autre qu’une qualité relative de cet état, ce qui revient à dire qu’elle n’a aucune existence propre, quelle n’est même pas, à vraiment parler, un phénomène indépendant.

Le Langage psychologique. Journal de Psychol. normale et pathoL, 1904, p. 454.

Critique du manque d’unité, de la confusion, de l’anthropomorphisme du langage psychologique. En précisant son vocabulaire, en rendant son langage plus objectif, plus positif, plus concret, la psychologie ne peut que gagner en précision et en clarté, et atteindre au rang de science auquel elle aspire.

Les Données de la Sensibilité subjective. Soc. de Psychol. — Journ. de Psychol. norm. et path., 1906., p. 519.

L’état de notre sensibilité peut être envisagé sous deux aspects : l’un qui peut être reconnu et mesuré par d’autres que nous-mêmes : c’est la sensibilité objective-,-VdiMive qui n’est connu et évalué que par nous-mêmes : c’est la sensibilité subjective. Par là il faut entendre les deux moyens différents par lesquels nous pouvons pratiquer l’examen de la sensibilité d’un sujet. Ce ne sont que deux ordres de manifestations de nos sensations et non deux ordres de sensibilité.

La sensibilité subjective offre un très grand nombre de manifestations tout aussi caractéristiques que la sensibilité objective. Elle fournit deux ordres de notions : les unes se rapportent à 1 intensité quantitative, les autres à la qualité de la sensibilité, laquelle a sans doute autant d’importance que la première. Il y a lieu d étudier avec soin le rapport qui existe entre les

sensations purement subjectives, qualitatives, et 1 état de l’activité cérébrale, ce rapport pouvant nous fournir des données aussi précises et importantes que celui qui existe entre l’état cérébral et les sensations objectivement mesurables.

L’Écriture en miroir. Comptes rendus du Congrès international de Neurologie. Paris, 1900, p. 64.

Si l’écriture en miroir paraît être l’écriture naturelle des gauchers, il y a lieu, au point de vue de son mécanisme, de la considérer comme due à un trouble de représentation, et d’abord de perception. Dans certains cas, en effet, on la voit s’accompagner soit de lecture en miroir, soit d’allochirie, soit d’erreur dans l’appréciation de la gauche et de la droite, soit de renversement des images de haut en bas en même temps que de droite à gauche. Tout cela prouve que l’écriture en miroir n’est que la manifestation d’un trouble plus profond du sens du corps ou des représentations kinesthétiques.

L’Écriture en miroir, Renaissance Latine, 45 avril 1903. Etude générale de la question avec de nouveaux exemples personnels et inédits.

L’Évolution de la Psychologie. Discours prononcé à la Séance de rentrée de l'Université nouvelle de Bruxelles, 1898.

L’étude de la psychologie n’est qu’un problème de biologie, et il faut nous élever de la psychologie descriptive et analytique à la psychologie générale, c’est-à-dire aux lois qui règlent 1 apparition et 1 évolution du phénomène psychique, au mécanisme de la transformation du phénomène physiologique nerveux en phénomène psychique. Toutes les recherches que nous faisons à 1 aide des méthodes physiologique, expérimentale, patholo-

PSYCHOLOGIE

gique, anatomique, comparative, n’ont pas d’autre but que de nous amener à cette solution.

Ce qui a entravé la psychologie ancienne, c’est d’abord de s’être solidarisée avec la métaphysique et ensuite de n’avoir employé qu’une seule méthode, l’introspection, qui ne lui a permis d’étudier que des états de conscience. Il ne faudrait pas cependant que par un excès contraire on .écartât complètement cette méthode, qui, dans certains cas, peut seule nous renseigner. Limitez-la, contrôlez-la, soit; rendez objectivement constatable tout ce qui est subjectivement connu, rien de mieux. Mais ce serait un grand tort que de rejeter de parti pris une méthode quelconque. Il ne faut pas oublier, et les psychologues le doivent moins que tout autre, que la valeur d’une méthode tient le plus souvent à celui qui l’emploie. Si j’insiste tant sur cette question de méthode, c’est qu’en vérité tous les progrès viennent de là et ne peuvent venir que de là. On n’invente jamais rien en science; on met simplement en évidence par un procédé nouveau un phénomène ou une loi à côté desquels on est passé pendant des années sans les voir, faute d’avoir su regarder.

Or, l’on ne peut pas bien regarder quand d’avance on a la conviction qu’on ne peut pas voir certaines choses. Aussi la première condition du progrès en psychologie est-elle de partir de ce principe que rien n’est établi encore, que nous en sommes à la période d’enfance. On croyait tout résolu, et de fait tout 1 était avec le spiritualisme et l’origine divine de l’âme considérée comme une entité. Le jour où l’on s’est avisé de demander à la philosophie de démontrer ces assertions fondamentales, tout ce bel échafaudage s’est écroulé. Mais il ne s’agit pas de substituer un dogme à un autre.

Observons donc impartialement les phénomènes, puis cherchons à en établir les lois. Une des causes qui contribuent le plus à fausser les méthodes et à dénaturer les idées, ce sont les

termes qu’on emploie. Nous ne saurions trop nous mettre en garde contre les dangers de la terminologie, contre la tendance que nous avons à créer des mots nouveaux qui ne servent souvent qu’à compliquer les choses sous prétexte de les simplifier. Ce ne sont pas tant les mois qui rendent les faits clairs, que la façon de les exposer. En réalité tout est simple dans la nature. Nous nous trouvons en présence de phénomènes complexes, mais composés de phénomènes élémentaires. C’est à la mise en évidence de ces éléments constituants que l’on doit s’attacher. Quand on les a dégagés, les phénomènes les plus complexes en apparence deviennent aisés à comprendre. Il faut, en un mot, faire pour les phénomènes psychologiques ce que les chimistes font pour les corps composés.

L’on n’a pas le droit aujourd’hui, si l’on veut faire progresser une science, d’avoir un système quelconque. Tous les systèmes sont faux par définition, car aucun d’eux ne peut embrasser l’universalité des phénomènes. En psychologie, il faut partir de ce principe que tout est à refaire, que tout est à contrôler, à prouver, et qu’une méthode unique est impuissante à y réussir. Nous ne devons donc être d’aucune école, mais prendre partout où nous les trouvons les procédés capables de nous éclairer. Encore moins devons-nous partir d’une idée a priori, être spiritualistes ou matérialistes. On n’a pas besoin de connaître l’essence de la vie, l’origine de la matière, pour étudier la physiologie; pourquoi aurait-on besoin de connaître l’essence et l’origine de l’esprit pour faire de la psychologie.

Un simple coup d’œil sur le passé et le présent de la psychologie nous permet de prévoir son avenir, en nous révélant les conditions de son progrès. Tout peut se résumer en ceci : de spéculative la psychologie est devenue positive, d’introspective elle est devenue expérimentale, de surnaturelle elle est devenue naturelle, de métaphysique elle est devenue physiologique, et elle constitue aujourd’hui le couronnement des sciences biolo-

PSYCHOLOGIE

giques, le phénomène psychique étant la manifestation la plus élevée, la plus compliquée et la plus difficile à saisir, de la vie.

Le Volontarisme. Reme Philosophique y II, 1909.

En présence des conséquences éloignées et imprévues, mais logiques, du volontarisme, d’une part, de l’ambiguité, de la confusion, des contradictions, qui régnent dans tout ce qui touche au concept de volonté, d’autre part, il nous semble qu’il y aurait lieu de soumettre ce dernier à une nouvelle critique théorique et pratique et d’en opposer les résultats, avec toutes leurs conséquences morales et philosophiques, aux affirmations hasardées, aux sophismes adroits, et aux paradoxes ingénieux des volontaristes. Tâche ardue et délicate, mais nécessaire et opportune.

Le Doute. (Leçons faites à VUniversité nouvelle de Bruxelles

1908). 1 vol. in-8°, 400 p., de la Bibliothèque de Philosophie

contemporaine, Paris, F. Alcan, 1909.

Il n’est question depuis une vingtaine d’années que de la volonté, de l’éducation et de la rééducation de la volonté. Philosophes, moralistes, pédagogues, thérapeutes n’ont que ce mot à la bouche. La croyance n’est qu’un acte de volonté, l’éducation morale se résume dans la formation de la volonté, les maladies nerveuses qui s’accompagnent de troubles psychiques et même physiques, les psycho-névroses et les névroses, ne sont que des maladies de la volonté. Il y a là un abus dont les conséquences peuvent être fâcheuses pour la morale, pour l’éducation, et pour la thérapeutique. On oublie que pour vouloir il faut d’abord savoir ce qu on est capable de faire, et ensuite ce qui doit être fait. Or cette connaissance du moi et du monde extérieur, ce n est pas la volonté qui peut nous la donner. Mais lorsqu’on l’a

TITllES ET THAVAUX SCIENTIFIQUES

acquise, il faut être dans des conditions psycho-physiologiques spéciales pour agir en conséquence. Si ces conditions ne sont pas réalisées, s’il en existe au contraire de telles que les différents mobiles et motifs d’action soient dans un état d’équilibre instable, aucun choix ne peut se produire. Cet état d’équilibre instable de nos représentations, de nos sentiments, de nos émotions, de nos tendances, c’est le doute.

C’est donc aux conditions psycho-physiologiques du doute conditions consistant essentiellement dans l’état de l’émotivité et de la résistance cérébrale du sujet qu’il faut s’attaquer, et non à l’entité insaisissable qu’on appelle la volonté. Avant de songer à éduquer la volonté, à la fortifier, à la restaurer, il faut donc apprendre à éviter le doute d’abord, à le résoudre ensuite quand il a surgi.

Ce n’est pas d’un défaut de volonté que souffre notre époque, c’est d’incertitude et d’indécision, de doute en un mot, dont les conséquences au point de vue social sont plus graves encore qu’au point de vue individuel.

Le doute est l’opposé de la croyance et c’est dans le même domaine affectif que l’un et l’autre prennent racine.

Le doute est essentiellement constitué par l’opposition d abord, l’oscillation ensuite, se produisant entre deux ou plusieurs phénomènes psychologiques de même ordre ou d’ordres différents, ou entre deux ou plusieurs éléments de l’un quelconque de ces phénomènes.

Le doute n est pas d’ordre intellectuel. L’intelligence n’y joue qu un rôle secondaire et accessoire une fois qu’il est constitué. Ce rôle consiste à justifier, comprendre, ou résoudre le doute, mais souvent aussi à lui fournir des causes d’amplification et d’extension.

Le doute n est pas d ordre volitionnel. Bien qu’il se montre au cours d une des phases de la volition, au moment de la délibération, il n a avec la volonté que des rapports de causalité

PSYCHOLOr.IE

et non de nature. Loin d’être conditionné par l’état de la volonté, c’est lui qui la conditionne le plus souvent. En outre, le doute n’est pas applicable aux seules voûtions, à l’action seulement. H consiste non seulement dans un conflit des mobiles d’action, mais plus souvent encore dans un conflit de tendances, de sentiments, d’émotions, de sensations, de représentations réelles ou imaginaires, de croyances, et enfin des éléments constitutifs de la personnalité intellectuelle et morale.

Le doute est un phénomène d’ordre affectif, émotif, et personnel. Il atteint toujours la personnalité tout entière et ne reste jamais confiné à une des sphères seulement de l’activité mentale, ou pour mieux dire cérébrale, atteignant aussi bien la sphère motrice que la sphère de l’idéation la plus abstraite.

Qu’il soit normal et occasionnel, ou pathologique et habituel, il repose toujours sur le même fond d’émotivité, constitutionnelle ou acquise, permanente ou momentanée, et de faiblesse de résistance cérébrale, qui n’est ni de l’inertie, ni de l’épuisement, ni de l’insuffisance, soit permanente soit passagère.

Émotivité et faiblesse de résistance cérébrale d’un caractère spécial sont étroitement liées l’une à l’autre, et il est difficile de dire laquelle des deux a la priorité génétique sur l’autre. Ge sont elles qui expliquent l’opposition et l’oscillation des phénomènes psychologiques de tout ordre dans le doute.

C’est à elles aussi, et particulièrement à l’émotivité, qui constitue le phénomène le plus apparent, que sont dus les caractères particuliers du doute : inquiétude ou angoisse, obsession, états opposés de la conscience, exagération de la représentation, formation des associations par contraste d’une façon prédominante, affaiblissement de la mémoire et de l’attention, modifications de la motricité, etc. Mais le phénomène capital du doute est l’oscillation, dont l’opposition n’est que le premier degré ; pas d oscillation entre les phénomènes psychologiques, pas de doute. L’oscillation peut d’ailleurs se produire avec un

rythme très variable, plus ou moins espacé dans le doute normal, toujours plus ou moins rapide dans le doute pathologique.

Le doute pathologique représente l’expression la plus complète de l’émotivité morbide. Tous les troubles décrits sous les noms d’obsessions, de phobies, de manies, d’agitations, d’impulsions conscientes, de délires émotifs, de névrose, d’angoisse, etc., ne sont que des manifestations primitives ou réactionnelles du doute ou du douteur.

La psychasthénie n’est autre chose que la maladie du doute, car tous les troubles indiqués ci-dessus s’y retrouvent et sont explicables par le doute et ses réactions. Si l’on voulait adopter un terme qui tînt compte à la fois de l’élément névropathique et psychopathique, en même temps que du fond essentiel sur lequel se développe le doute, c’est celui de psycho-névrose émotive qui paraîtrait le plus juste et le plus compréhensif.

Entre les douteurs normaux et les douteurs pathologiques, il existe une variété de douteurs extrêmement nombreux qui restent toute leur vie sur les conflns des deux : ce sont les inquiets, les timides, les impulsifs, les émotifs, les mystiques, les pervertis et invertis sexuels.

Le nombre des douteurs pathologiques paraît s’accroître de nos jours alors que les névroses et psycho-névroses franches et caractérisées sont moins fréquentes, il semble qu’il y ait une sorte de substitution de toutes les formes de l’émotivité morbide, dont le doute est la manifestation la plus caractéristique, à ces névroses et psycho-névroses. Il serait téméraire d’assigner des causes, probablement très multiples, à cette transformation, et aussi à la généralisation de l’émotivité morbide ou quasi-morbide.

Mais ce qui est inquiétant c’est que, sous des apparences moins bruyantes et plus bénignes que les névroses franches, toutes les manifestations de cette émotivité excessive et morbide ont en réalité des conséquences beaucoup plus graves tant au point

PSYCHOLOGIE

de vue de l'individu et de l’espèce, qu’au point de vue social. Il semble qu’il y a là un danger qui doit être signalé à l’attention des éducateurs, des médecins, et des sociologues, encore plus qu’à celle des psychologues et des philosophes. Aussi avonsnous terminé notre élude par les moyens d’éviter le doute, et, lorsqu’il s’est développé, de le combattre.

La psychothérapie du doute ne repose pas sur la dialectique. Elle ne doit guère s’adresser à l’intelligence et à la logique, mais au moral et à l’affectivité. Elle pourrait se résumer d’une façon très simple : inspirer la confiance au douteur, pour déterminer chez lui une croyance qui l’entraîne à l’action, lui rendre confiance en lui-même, en lui apprenant ce qu’est réellement sa maladie, et le faire agir normalement, la normalité mentale d’un individu se reconnaissant surtout à la normalité de ses actes. Œuvre de patience et de fermeté demandant de la part de celui qui l’entreprend le concours simultané de son intelligence et de son cœur, autant que de son savoir scientifique et de sa connaissance de la vie.

PHYSIOLOGIE NERVEUSE

Recherches sur le Pouls cérébral dans ses rapports avec les attitudes du corps, la respiration et les actes psychiques. (En collaboration avec Alfred Binet). Archives de Physiologie normale et pathol. Octobre 1895.

Cette étude faite sur une malade ayant une large perte de substance au niveau de la région frontale droite nous a permis les constatations suivantes :

C’est l’attitude de la tête qui a la plus grande influence sur le rythme du cerveau, comme l’avaient montré Fr. Franck et Brissaud. Des effets moindres, quoique encore très nets, sont liés aux phases respiratoires, et d’autres plus faibles encore sont sous la dépendance du travail intellectuel.

Ces résultats sont une confirmation partielle des travaux de Mosso, tout en montrant que les recherches de ce genre sont entourées d’un grand nombre de causes d’erreurs tenant soit aux changements d’attitude du corps, soit aux changements du mouvement respiratoire.

Le Sens musculaire. Revue critique. Archives de Neurologie

Traduit en italien — Giornale di Neuropatologia, Naples, 1887.

La Nutrition et la Pensée. Comptes rendus du Congrès international de Psychologie. 1905, p. 186.

Travail basé sur l’observation de certains malades — ano-

PHYSIOLOGIE NERVEUSE

rexiques et obsédés — chez lesquels on constate une augmentation ou une diminution de poids sous l’influence d’une idée persistante accaparant la pensée. Les deux ordres de cas corroborent les résultats obtenus. La conclusion est que la perte en huit jours d’un kilogramme par un malade correspond à un travail cérébral qui absorbe à lui seul une énergie de 400 calories par jour, ce qui représente 170 000 kilogrammètres.

L’Énergie nerveuse et l’Énergie électrique. Archives de Neurologie, 1900, n® 58.

A propos de la théorie des neuro-diélectriques de M. Binet- Sanglé, nous exposons notre théorie de la résonance nerveuse.

Le Système nerveux et la Psychologie. Revue Encyclopédique, 1908, p. 153.

Exposé des rapports de la Psychologie et du Cerveau d’après les travaux les plus récents sur l’anatomie et la physiologie cérébrale.

Energie et Pensée. Conférence faite à l'Institut Psychologique, 15 mai 1905.

La conclusion était la suivante : Il y a dans la pensée deux choses à considérer : d’une part, l’énergie cérébrale qui, en se libérant, produit dans le cerveau des modifications des cellules nerveuses sur différents points ; d’autre part, la conscience que nous avons de 1 agencement de ces diverses modifications, qui correspondent chacune à des représentations diverses.

Pour le psychologue, c’est la conscience qui caractérise le phénomène psychologique ; mais pour le biologiste et pour le physiologiste, c’est tout le contraire, ou si ce n’est pas le con-

SOLLIER

traire c’est au moins autre chose de beaucoup plus étendu, de beaucoup plus large. Il faut comprendre sous le nom de phénomènes psychologiques tous les phénomènes qui peuvent aboutir à la conscience. Or, la conscience peut se montrer ou ne pas se montrer et le phénomène n’en reste pas moins exactement le même; nous avons nombre de faits aujourd’hui bien connus dans lesquels le sujet est parfaitement inconscient au sens que tout le monde entend, et où cependant toutes ses réactions, tous ses phénomènes psychologiques se produisent d’une façon aussi correcte et aussi régulière que s’il avait conscience. On dira dans ce cas qu’il ne pense pas ; en réalité il pense, mais il n’en a pas conscience.

Nous aboutissons ainsi à une conception dans laquelle la conscience ne se montre plus que comme un indicateur —qui peut fonctionner ou ne peut pas fonctionner — du phénomène chimique, du phénomène moléculaire, des mouvements particuliers qui se produisent dans l’écorce cérébrale.

Nous voyons dès lors que toute pensée se ramène en somme à des variations de l’activité cérébrale et, par conséquent, de l’énergie chimique, cette énergie chimique étant soumise ellemême, aux lois générales de l’énergetique. La pensée qui n’est autre chose que cette énergie, avec, en plus, une forme particulière, un agencement particulier des éléments qui la constituent, et une conscience qui lui est ou non surajoutée, se trouve ainsi soumise elle-même aux lois de l’énergétique.

Nous voyons donc que la fonction psychologique rentre dans le cadre de toutes les autres fonctions de l’organisme; nous voyons qu’elle ne représente aucune énergie nouvelle, qu’elle ne fait appel à aucune énergie spéciale non plus pour se constituer, quelle se confond avec l’énergie cérébrale elle-même, c’est-à-dire avec l’énergie chimique comme toutes les autres énergies biologiques, et qu’elle obéit ainsi aux lois de l’énergétique, c est-à-dire qu’elle se conforme aux grandes lois univer-

PHYSIOLOGIE NERVEUSE

selles qui régissent tous les phénomènes de la nature.

Des Centres corticaux des Viscères. Congrès des aliénistes et neurologistes, Angers, 1898.

Dix nouveaux cas (depuis ceux signalés dans Genèse et nature de l'Hystérie en 1897), dont trois se rapportent au centre de l’estomac, trois à celui du cœur, où l’on a pu déterminer par la méthode des points douloureux du crâne, la localisation des centres de l’estomac et du cœur au niveau du cerveau.

De la Localisation cérébrale des Troubles hystériques. Revue Neurologique, 1900, pp. 102-364.

A tous les accidents hystériques correspond une localisation corticale qui n’est autre que le centre même de la fonction intéressée. On peut en faire la démonstration, soit clinique, soit expérimentale. La première ne peut être employée que dans le cas d’hystérie monosymptomatique, ou à symptôme prédominant, ne s’accompagnant que de signes très légers, comme dans certaines formes d'anorexie primitive. Dans ces cas on constate facilement, et les malades attirent quelquefois même l’attention sur cette particularité, l’existence de zones douloureuses à la pression du crâne, en même temps qu’elles présentent de l’anesthésie ou de l’analgésie à la piqûre. En reportant sur un schéma du cerveau dans ses rapport avec la boîte crânienne les points ainsi mis en évidence dans des cas où les troubles sont ceux de certaines fonctions dont les centres corticaux sont déterminés, on constate qu’ils correspondent aux régions cérébrales contenant ces centres connus. D’où l’on peut inférer que lorsque ces points correspondent à des régions cérébrales non encore déterminées au point de vue fonctionnel, celles-ci sont en rapport avec la fonction à laquelle se rattache

le trouble hystérique considéré. C’est ce que l’on peut appeler la méthode des points douloureux qui permet de découvrir les centres des fonctions cérébrales non encore précisés.

On peut vérifier le fait expérimentalement en procédant de la manière suivante avec une hystérique guérie et hypnotisable, ayant toute sa sensibilité crânienne normale. On l’endort et on lui provoque une paralysie ou un trouble viscéral quelconque assez intense, et l’on recherche le point douloureux à la pression en même temps qu’anesthésique à la piqûre qui apparaît sur le crâne. Il correspond au centre de l’organe intéressé.

A l’appui de ces conceptions nous avons cité un assez grand nombre d’exemples cliniques et répondu à certaines critiques que nous fit Gilles de la Tourette en précisant les conditions de l’expérience et de l’observation pour que celles-ci aient une valeur réelle, tous les cas ne se prêtant pas à la vérification de la théorie par suite de la complexité des phénomènes.

Le Centre cortical des Fonctions de l’estomac (en collaboration avec le D" Delagénière, du Mans). Revue Neurologique, 1901, p. 1103.

Il s’agit d’un cas d’abcès du cerveau consécutif à une fracture de la voûte du crâne avec enfoncement, chez un jeune garçon. On fit la trépanation, on draina la cavité et la guérison eut lieu rapidement. Or, pendant celle-ci on observa chez l’enfant une boulimie extraordinaire.

L’abcès avait entraîné une hémiplégie droite complète, avec paralysie du facial supérieur et tremblement particulier de la cuisse droite, probablement en atteignant des fibres sousjacentes, car la lésion cérébrale primitive siégeait sur le lobe pariétal entre les centres moteurs et le point que, dans nos travaux sur l’hystérie et la localisation cérébrale des troubles hystériques, nous avons indiqué comme centre cortical de l’estomac.

PHYSIOLOGIE NERVEUSE 37

11 est probable que sous l’influence de l’irritation de voisinage provoquée par l’abcès et le travail de réparation cicatricielle ce centre a présenté une suractivité particulière qui s’est traduite par la boulimie constatée pendant la convalescence et qui a persisté longtemps après sous forme de voracité, puis d’appétit exagéré.

Phénomènes de Génesthésie cérébrale unilatéraux et de Dépersonnalisation, liés à. une affection organique du cerveau. Encéphale, octobre 1910.

L’existence de la cénesthésie cérébrale, c’est-à-dire d’une sensibilité propre du cerveau, nous permettant d’avoir une certaine conscience, comme pour les autres organes du corps, des désordres fonctionnels qui s’y produisent, n’est pas encore absolument démontrée, si vraisemblable qu’elle soit.

Or, dans le cas présent, l’examen du cerveau est venu montrer que les phénomènes cénesthésiques observés du vivant du malade, et qui avaient ce caractère bien spécial d’être unilatéraux, correspondaient réellement à un état organique de l’hémisphère cérébral où les sensations avaient été ressenties.

Quoique l’examen du cerveau n’ait pas pu être pratiqué jpost mortem, et n’ait pu avoir lieu que sur la table d’opération, après une large trépanation, il apparaissait comme évident que l’hémisphère droit était le siège d’une altération profonde (tumeur ou autre).

Les conclusions, que nous avons cru pouvoir tirer de ce fait, sont les suivantes :

1“ La cénesthésie cérébrale, c’est-à-dire l’existence d’une sensibilité spéciale nous renseignant sur le fonctionnement du cerveau au point de vue psychique, et, dans certains cas pathologiques, au point de vue physique, semble devoir être admise ;

2° La dépersonnalisation paraît liée à des troubles de la cénesthésie cérébrale;

3° Les troubles de la cénesthésie cérébrale sont liés eux-mêmes à des troubles du fonctionnement cérébral, qui peuvent, dans certains cas, résulter d’une altération du cerveau, laquelle aboutit quelquefois à la mort par inhibition.

L’aiguillage des Impressions nerveuses. Journal de Psychol. n® 1, 1912.

Le phénomène de la chronaxie nerveuse étudié par M. Lapicque vient confirmer et expliquer la théorie de la résonance nerveuse appliquée par nous à la mémoire en 1900 et à l’association des idées en 1907. Si nous parlions alors de résonance c’est que l’on croyait alors que le courant nerveux était de nature vibratoire. Mais ce que nous avions en vue surtout c’était d’établir que l’évocation des représentations ou leur association étaient d’ordre dynamique et se produisaient par suite de phénomènes de concordance, homologues, dans des centres différents, ayant été en quelque sorte accordés par le fait qu’ils s’étaient déjà présentés antérieurement d’une façon simultanée* L’homologie que je cherchais alors à établir aurait pour principale ou unique cause la chronaxie des neurones.

Sur la Rapidité des Réactions sensitives. Bull, de

VInstitut Psychol., 1901, p. 193.

Des expériences faites avec un dispositif nouveau il semble résulter que les réactions conscientes sont beaucoup plus rapides qu’on ne l’a dit, et que leur lenteur relative tient en grande partie à l’instrumentation. La rapidité de certaines sen-r sations tactiles pourrait atteindre 2 millièmes de seconde.

PSYCHIATRIE ET PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE

Guide pratique des maladies mentales (Sémiologie. Pronostic. Indications). 1 vol. in-16, 510 p., G. Masson, édit., 1893.

C’est le premier et c’est encore le seul traité de sémiologie mentale qui existe en France. Il s’adresse spécialement aux médecins praticiens ou aux débutants dans l’étude des maladies mentales. Il a pour but de donner au médecin le moyen, sans notions spéciales de psychiatrie, de remonter d’un trouble mental quelconque aux autres phénomènes qui lui permettront, par leur groupement, d’établir le diagnostic de la forme nosographique à laquelle il appartient, et par suite de prévoir l’évolution de cette forme et de prendre les mesures que nécessite le traitement du malade, sa sécurité et celle de son entourage. Ce n’est ni un manuel, ni un traité des maladies mentales, mais un guide fratique pour arriver à la solution des quatre questions qui se posent en face de tout individu présentant des troubles mentaux. Le médecin doit en effet se demander à lui-même ; 1“ le malade est-il aliéné; 2° quelle forme de délire présente-il? —■ La famille, de son côté, lui demande de répondre sur les deux points suivants : 1® quelle est la marche, et d’une façon générale, quel est le pronostic de la maladie; 2° quel est le traitement, quelles sont les mesures à prendre?

L’ordre suivi est l’ordre naturel des choses lorsqu’un médecin

est appelé près d’un malade supposé aliéné. De l’examen extérieur et somatique du malade il passe à l’examen psychologique. Le mutisme et les troubles de la parole s’offrent dès l’abord, puis les illusions et les hallucinations qu’on peut reconnaître même sans interrogatoire. On constate de même d’emblée les états de dépression, de stupeur, d’excitation et d’agitation. Puis viennent les états démentiels et les amnésies. On entre alors plus profondément dans l’examen en constatant les idées de suicide, le refus d’alimentation, les idées hypochondriaques, les idées de négation, les idées de persécution, les idées mystiques, les idées de grandeur, les idées érotiques, les perversions et inversions sexuelles. Ce sont ensuite les obsessions, les phobies, les impulsions, les fugues, les vols aux étalages, l’homicide; enfin la folie morale et la folie raisonnante. Le diagnostic de la paralysie générale forme un chapitre à part à cause de son importance.

Aux chapitres concernant le pronostic en général et le traiment s’ajoutent certaines questions de déontologie médicale, et les formalités nécessaires pour l’interdiction, le conseil judiciaire, l’administration provisoire des biens des aliénés.

Un cas d’Hypochondrie terminé par la mort. Société médico-psychologique, octobre 1901.

Un cas d’Obsession avec Transformation délirante, terminé par la mort (en collaboration avec M. Chartier). Encéphale, mars 1909.

Ces deux cas nous ont amené à faire remarquer que certains cas d obsessions qui s’accompagnent de phénomènes cénesthopathiques intenses et de certains troubles viscéraux, en particulier la tachycardie — qui dominait la scène chez^ le premier malade comportent un pronostic très réservé.

PSYCHrATRIB ET PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE

Ces faits nous démontrent que les troubles de l’émotivité se traduisant par des phénomènes d’anxiété, d’obsessions, de phobies, etc., peuvent avoir leur origine dans des états organiques, soit constitutionnels, soit acquis, et qu’il est indispensable de rechercher toujours ce substratum organique au lieu de les considérer simplement comme de purs troubles psychologiques.

Les Réflexes chez les Paralytiques généraux. Société médico-psychologique, janvier 1904.

Deux cas de Délire de Médiumnité (en collaboration avec Fr. Boissier). Société médico-psychologique, juin 1904.

Médiumnité délirante (en collaboration avec F. Boissier). Archives de Neurologie, 1904, II, p. 1.

Le spiritisme, l’occultisme, provoquent fréquemment des troubles mentaux. Ceux-ci se présentent sous trois modalités différentes :

1“ Le délire vésanique revêt la forme médianimique; il constitue sous cette forme toute la maladie dont les éléments symptomatiques sont représentés par ceux de la médiumnité elle-même. A quelque groupe nosologique que se rattache cette maladie mentale, elle se renferme dans les limites de ce délire, débutant et finissant avec lui. Dans ce cas, le trouble mental ne diffère de la médiumnité commune que par l’état d’esprit persistant et par la mauvaise influence qu’il imprime à la vie sociale du sujet en raison des actes extravagants auxquels celui-ci peut être entraîné par l’obéissance à ses hallucinations. C’est le cas de notre première malade.

2“ Le délire médianimique n’est que le début, la première

étape plus ou moins courte d’une psychose grave qui, dans la suite, revêtira une forme différente. Il peut être soit un épisode dans l’évolution d’une vésanie, soit une phase transitoire entre un état névropatique prodromique et une maladie mentale confirmée; ce-dont notre second malade serait un exemple.

3° Un délire vésanique de forme quelconque peut venir compliquer un cas de médiumnité ordinaire durant depuis un temps plus ou moins long. Ce délire marque alors un progrès nouveau accompli dans la désorganisation psychique du sujet. Il peut même constituer le mode de terminaison naturelle de certaines médiumnités.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le délire de médiumnité peut naître spontanément, ou, si l’on préfère, que les éléments d’un délire peuvent revêtir d’eux-mêmes la forme médianimique sans initiation spéciale et surtout sans entraînement spirite préalable du sujet. Une seule séance de table tournante suffit pour mettre un malade de MM. Ballet et Dheur sur la voie rapidement parcourue dans la suite de la désagrégation mentale. Il en a été de même de notre première malade que la seule préoccupation des phénomènes spirites suffît à aiguiller vers la médiumnité délirante.

Quelle que soit leur marche, ces délires médianimiques sont toujours caractérisés par un dédoublement bien net de la personnalité, que les malades traduisent par des idées et des mots très expressifs. Ces malades ne constituent évidemment pas un groupe distinct à classer à part. Dans la discussion du mois d’avril 1903 à la Société médico-psychologique, M. Christian les avait incorporés parmi les démonomanes.

Ils ne nous paraissent pourtant pas être des démonomanes. Les démonomanes, en effet, n’appartiennent pas tous à la même famille; il est parmi eux des possédés qui sont les uns des mélancoliques, les autres des persécutés chroniques; il

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est aussi, parmi ces malades, des obsédés et enfin des mystiques. Les spirites sont caractérisés surtout par la forme spéciale de leurs éléments délirants; ils ont au moins ce détail symptomatique en plus et l’aspect de leurs conceptions diffère plus ou moins dans sa teneur.

Us sont en tout cas à rapprocher des démonomanes et font partie, avec les démonomanes et les théomanes raisonnants, de la famille des délirants mystiques.

Folie puerpérale. Amnésie, astasie, et abasie. Idées délirantes communiquées (avec le D'' J. Séglas). Archives de Neurologie, II, p. 386, 1890.

Sur une Forme circulaire de la Neurasthénie. Revue de Médecine, décembre 1893.

Le type clinique décrit par nous n’était autre chose que ce qu’on a appelé depuis la cyclothymie. Nous montrions qu’à côté de l’étiologie et de la symptomatologie, l’évolution pouvait servir à caractériser certaines formes de neurasthénie, et qu’à ce dernier point de vue on pouvait distinguer non seulement une neurasthénie aiguë et une chronique, mais une circulaire, en raison des analogies qu’elle présentait avec la folie circulaire dont elle ne différait que par l’absence de délire.

Elle est constituée, — disions-nous en résumant les faits observés par nous, — et c’est là son caractère essentiel et spécial, par des alternatives de dépression et d’excitation qui se suivent sans intervalle. La durée de ces accès est très variable — de quelques jours à quatre, cinq mois et plus — et leur intensité ne l’est pas moins. C’est une forme essentiellement chronique, progressive, et qui aboutit à un affaiblissement général des facultés intellectuelles, sans qu’on puisse dire encore si elle mène à la démence ou se complique tardivement

de lésions cérébrales. Le pronostic est plus grave que celui de la neurasthénie chronique vulgaire, à cause des actes auxquels les malades peuvent se livrer pendant leurs périodes d’excitation. Le traitement curatif est nul; le traitement palliatif est des plus difficiles à instituer, surtout pendant la phase d’excitation où il est le plus souvent impossible.

Recherches sur la Résistance électrique du Cerveau et

sa Valeur pronostique dans la Mélancolie. Bulletin

de la Société clinique de Paris, 1890, p. 222.

Les conclusions de ces recherches étaient ; 1® L’augmentation de la résistance électrique paraît constante dans la mélancolie.

2“ Cette augmentation varie avec les améliorations et les aggravations, même passagères, de l’état mental.

3“ Sa décroissance progressive indique, quelquefois avant tout autre signe, une tendance à l’amélioration et à la guérison, d’où son importance au point de vue du pronostic.

4° La décroissance se fait simultanément pour la résistance thoracique et céphalique, mais dans un rapport différent pour les deux, d’où l’utilité de les mesurer chacune.

5“ La résistance électrique céphalique étant en rapport avec l’état psychique et paraissant, d’autre part, diminuer sous l’influence de la galvanisation cérébrale, appliquée suivant certaines règles, il y a utilité à soumettre les mélancoliques au traitement galvanique trans-cérébral, concurremment avec les autres traitements applicables en pareil cas.

Note sur le Rôle de la Mémoire dans la Folie du doute.

Société médico-psychologique, juin 1896.

ï^armi les troubles expliquant en partie certaines phobies, il en est un qu’on a beaucoup négligé, c’est l’affaiblissement de la

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mémoire dont se plaignent beaucoup de malades. Parmi les douteurs les uns se figurent n’avoir pas fait une chose qu’ils ont faite, les autres avoir fait une chose qu’ils n’ont pas faite. Dans les deux cas c’est l’oubli de certaines circonstances, soit extérieures soit intérieures, qui les plonge dans le doute. Ni l’attention volontaire, ni la perception extérieure, ni la volonté n’ont rien à voir dans l’explication de ces cas. Seul le trouble de la mémoire permet de les comprendre.

Du Rôle des Impressions kinesthésiques dans la Maladie du doute. Société médico-psychogique, mars 1901.

Paralysie générale juvénile hérédo-syphilitique. Société médico-psychologique, octobre 1897.

La Guérison des Aliénés dans les Asiles. Progrès médical, 5 septembre 1891.

Les Législations étrangères sur les Aliénés. Bull, médical, 1887, p. 107.

Révision de la Loi de 1838 sur les Aliénés. Bull, médical, 1887, p. 152.

Etude critique et comparée des législations française et étrangères à propos de la discussion au Sénat sur la révision de la loi de 1838.

Psychologie pathologique des Hallucinations. Bulletin de VInstitut de Psychologie, 1900-01, p. 193.

L hallucination vraie consiste en une représentation qui se produit au niveau même du centre de représentation, sans évocation, même inconsciente, partie du centre d’aperception, ainsi

que c’est le cas des représentations intenses qui peuvent arriver à s’objectiver, comme dans le souvenir hallucinatoire.

On certain Cenesthetic disturbances, with particular reference to cérébral cenesthetic disturbances as primary manifestation of a modification of the Personality. The Journal Of abnormal Psychology, 1907, p. 1.

Dans un assez grand nombre de cas de dépersonnalisation ou de transformation rapide de la personnalité, on constate des sensations cérébrales très spéciales, qui surviennent brusquement et causent en général une grande frayeur au malade qui les ressent. Ce sont des sensations d’éclatement, de renversement, de bouleversement quelconque du cerveau, donnant l’impression qu’on va mourir ou perdre la raison, et à la suite desquelles le sujet a immédiatement la notion d’un changement complet de sa personnalité

Les Hallucinations autoscopiques. Bulletin de VInstitut de Psychologie^ 1901-02, p. 39.

Douze observations de ce qu’on a appelé l’hallucination deutéroscopique, ou spéculaire, ou enfin autoscopique.

Elles permettent d’en décrire trois formes principales :

1° Hallucination deutéroscopique, où le sujet voit un personnage différent de lui physiquement, mais identique moralement, et qu’il reconnaît comme lui-même.

2° Hallucination spéculaire, où le sujet se voit comme dans une glace.

3® Hallucination autoscopique proprement dite qui peut être positive, avec les deux variétés externe et interne^ ou négative.

PSYCHIATRIE ET PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE

Suppression de l’Image d’un Hystérique reflétée par la glace. Société médico-psychologique, 1901.

C’est un cas d’hallucination autoscopique négative, forme très rare.

L’Autoscopie interne. Revue Philosophique, I, 1903.

Quelques cas d’Autoscopie. Soc. de Psych. — Journal de Psychologie, 1908, p. 160.

Sept nouveaux cas montrant combien ce phénomène est plus fréquent qu’on ne croit, et confirmant la conclusion que nous avons formulée, que ce n’est pas une hallucination visuelle, mais une extériorisation du moi, d’ordre cénesthésique avant tout.

Un cas d’Autoscopie vérifié expérimentalement. Soc. de Psychologie. — Journal de Psychologie, 1908, p. 354.

Cas d’une hystérique vomisseuse ayant révélé dans le sommeil hypnotique profond l’existence au niveau de son pylore d’un petit corps gros comme un petit pois. Cette déclaration, ignorée d’elle à l’état de veille, fut remise sous pli cacheté à un tiers ayant une pylorectomie qu’on dut pratiquer chez cette malade plusieurs années après. Or il existait un petit fibrome du volume annoncé dans l’épaisseur du pylore.

Les Phénomènes d’ Autoscopie. 1 vol. in-8, 176 p., Paris, F. Alcan, 1904.

Dans cet ouvrage nous avons repris et développé, avec observations nouvelles à l’appui, la question de l’autoscopie déjà traitée par nous ailleurs.

L autoscopie se présente sous deux formes : externe et interne. L autoscopie externe consiste dans le fait de se voir

soi-même devant soi (hall, deutéroscopique de Brierre de Boismont, hall, autoscopique ou spéculaire de Féré.) Son existence n’est contestée par personne. Il ne s’agit nullement ici, selon nous, d’une hallucination de la vue, ou du moins le phénomène visuel n’a qu’une importance très secondaire. Ce qui est capital c’est le sentiment que l’on est en face d’un autre soi-même. Pour nous, ce sentiment du moi tenant à l’ensemble des sensations cénesthésiques qui constituent le fondement même de notre personnalité, c’est à l’extériorisation de ces sensations qu’est dû le phénomène d’autoscopie externe. C’est donc une hallucination cénesthésique. Ce qui le prouve c’est qu’on peut avoir le sentiment de la présence de son double sans le voir, et que cependant on le reconnaît parfaitement comme identique à soi. La forme visuelle n’est que surajoutée grâce à une opération inconsciente de l’esprit qui adapte naturellement la forme visuelle à la forme sentie.

La seconde forme d’autoscopie, l’autoscopie interne, est nouvelle. Le sujet, au lieu d’objectiver extérieurement le sentiment général qu’il a de soi-même, se perçoit en partie seulement et prend conscience de ses organes internes dans leur forme, leur situation, leur structure, leur fonctionnement même. Les premiers faits de ce genre ont été signalés par le D’" Comar. Depuis nous en avons publié un certain nombre qui, joints à ceux de plusieurs autres auteurs, permettaient d’en citer une douzaine alors.

L’autoscopie interne s’est montrée jusqu’ici exclusivement chez des hystériques présentant des troubles viscéraux anciens et profonds. Elle survient au cours du réveil des centres cérébraux, au moment où les dits centres sont sur le point de recouvrer leur activité, généralement mais non toujours dans le sommeil hypnotique. Rien ne peut faire prévoir l’apparition, qui se fait brusquement, des phénomènes. Ils disparaissent plus lentement, un peu avant le retour de l’état normal, sans laisser

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de souvenir au sujet qui continue à présenter les réactions accompagnant le réveil de la sensibilité organique comme si l’autoscopie n’avait pas existé.

Tous les organes sont susceptibles d’autoscopie interne. L’interprétation la plus simple — la supercherie ou l’existence de souvenirs inconscients étant écartées, de même que la suggestion involontaire de la part de l’observateur — c’est qu’il se passe pour les viscères ce qui, dans les mêmes conditions, se passe pour les membres : à mesure que le centre d’un membre anesthésié se réveille, le sujet reprend conscience de ce membre. Il en est de même pour un viscère. Seulement, dans ce dernier cas, les impressions cénesthésiques ressenties par le sujet prennent une intensité et une netteté particulières en raison de leur isolement au milieu des autres organes, et du fait de l’absence des sensations visuelles.

Au point de vue psychologique ces faits ont une certaine importance. La suggestion, par exemple, s’explique d’une façon nouvelle. On ordonne à un sujet de vomir et il vomit ; cela tient à ce que dans l’état de sommeil hypnotique, et son estomac étant anesthésié, il a pu se le représenter et agir sur lui pour provoquer les mouvements nécessaires au vomissement. Il est remarquable, en effet, que les fonctions qui échappent normalement à la conscience et à la volonté peuvent y devenir soumises lorsque le sujet est dans un état de subconscience ou d’inconscience, lorsque les organes de ces fonctions sont anesthésiés et leur centre cérébral inhibé.

Au point de vue de la conscience on est amené à la considérer comme liée uniquement, non pas au maximum de l’énergie cérébrale normale, mais au maximum de l’énergie cérébrale disponible dans un moment donné. Elle n’est pas au sommet de la hiérarchie des manifestations cérébrales; elle accompagne chaque degré de cette hiérarchie jusqu’aux plus inférieurs. Elle ne se montre que s’il y a modification dans l’état de l’activité

I R.BLANCEARD

i PROF. FAC. MED. PARIS

SOLLIER

cérébrale, et elle correspond toujours à un dégagement de cette énergie, à une remise en activité de l’écorce cérébrale. Aussi accompagne-t-elle le retour de cette activité jusque dans ses degrés les plus inférieurs, et disparaît-elle dans un ordre absolument parallèle à celui des fonctions : les plus délicates, les plus spécifiques de chaque organe disparaissent les premières, et celles d’ordre plus général les dernières.

Les Troubles de la Mémoire. 1 vol. in-12 de la Bibliothèque médicale Charcot-Debove, 262 p., Rueff, édit., 1892. 2® édition, 1901.

L’ouvrage est divisé en deux parties : l’amnésie et les amnésies. La première partie comprend ; généralités sur la question, mécanisme de l’amnésie, mécanisme des amnésies, classification des amnésiés. La deuxième partie comprend : amnésies progressives ou dysmnésies, amnésies à début brusque, l’amnésie dans diverses maladies nerveuses et mentales.

Hypermnésie avec Paresthésie (en collaboration avec Fr. Boissier). Société de Psychologie. — Journal de Psychologie, 1906, p. 457.

Ce qui fait l’intérêt de cette observation c’est la rareté de l’hypermnésie.

HYSTÉRIE

Attaques d’Hystéro-épilepsie supprimées par Suggestion hypnotique. Progrès médical, 15 octobre 1887.

Anorexie hystérique; formes pathogéniques; traitement moral. Reme de Médecine, août 1891.

L’anorexie hystérique, que nous désignions par le terme de sitieirgie — refus systématique d’alimentation — présente deux formes : primitive et secondaire, distinction admise depuis par M. Bouveret. L’anorexie primitive se développe par idée fixe ; c’est de l’hystérie monosymptomatique. L’anorexie secondaire survient au même titre que n’importe quelle autre manifestation chez des hystériques à symptômes multiples.

Le traitement est le même dans les deux cas. Il a pour base l’isolement, comme l’avait montré Charcot. Mais nous nous sommes efforcés de préciser dans les plus petits détails — lesquels ont leur importance — de quelle manière il fallait ensuite procéder à l’alimentation et à la rééducation alimentaire des malades.

Un cas de Mutisme hystérique, avec Agraphie et Paralysie faciale systématisée (en collaboration avec le Prof. G. Ballet). Reme de Médecine, 1893.

Les conclusions de ce travail, basé sur une observation suivie jusqu’à la guérison de la malade étaient :

1" L’agraphie peut se montrer d’une façon très nette et persistante au cours du mutisme hystérique. Elle paraît tenir, non pas comme dans le cas d’une lésion organique, à la perte des images verbales, graphiques ou visuelles, mais simplement au défaut de la synthèse psychique de ces images qu’exige l’écriture courante.

2“ Non seulement la paralysie faciale d’origine hystérique est indéniable, mais cette paralysie peut être systématisée pour certains mouvements spéciaux, tels que ceux nécessaires à l’articulation de la parole.

Faits nouveaux relatifs à la Nature de l’Hystérie.

Congrès international de Médecine. Rome, 1894, et II Policlinico, octobre 4894.

Premières expériences démontrant que les grands hystériques ne sont que des vigilambules qu’il suffît de réveiller pour voir disparaître leurs manifestations morbides et reparaître les états antérieurs de leur personnalité jusqu’au début de leur maladie (régression de la personnalité).

Ueber Natur und Entstehung der Hystérie. Cen~ tralblatt fur Nervenheilkunde und Psychiatrie, Mârz 1898. Exposé de notre théorie de l’hystérie.

Contracture volontaire chez un Hystérique (en collaboration avec M. Malapert). Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1888.

Cette contracture volontaire pouvait persister très longtemps. Elle pouvait affecter soit les bras, soit le thorax. Aux mains elle présentait la griffe qui se produit dans la paralysie des lombricaux et des interosseux. La contracture des intercostaux, des muscles abdominaux et du diaphragme pouvait se main-

HYSTÉRIE

tenir pendant cinq à dix minutes sans gêner la parole, le rire, le sifflement, et sans que le tracé pneumographique marquât autre chose que des oscillations presque imperceptibles.

Troubles trophiques des Dents d’origine hystérique.

Congrès français de Médecine, Nancy, 1896, p. 366.

Altération grave, commençant par une perte de substance de l’émail sous forme de petites érosions d’aspect jaunâtre, circulaires ou ovales, mettant la dentine à nu. Début ordinaire par les incisives latérales; puis envahissement des petites molaires, des incisives antérieures et des grosses molaires. La dénudation se fait surtout vers le bord tranchant; le collet est peu atteint, et les racines paraissent rester indemnes. Mais rapidement les dents se cassent, se réduisent à l’état de chicots, sans carie, mais par une véritable résorption qui les rend très friables en même temps. Pas de lésions des gencives ni de l’alvéole. Pas de tendance à l’expulsion spontanée. Mais il est nécessaire, à un moment donné, de pratiquer l’extraction à cause de la périostite douloureuse.

Dans les cas observés il s’agissait de grandes hystériques anorexiques et vomisseuses.

Perte de la Vision mentale chez les Hystériques.

Annales médico-psychologiques, novembre 1903, p. 412.

Les troubles de la représentation mentale sont constants chez les hystériques, et, en particulier, la perte de la vision mentale, de la représentation visuelle. Observation d’un jeune hystérique qui perdit à deux reprises, au cours de sa maladie, la vision mentale, après quoi il eut une amnésie continue, généralisée. Celle-ci étant disparue, la vision mentale demeura encore absente et ne reparut que lorsque le champ visuel fut redevenu normal.

TrmES ET TRAVAUX SCIENTIFIQUES

Chorée saltatoire chronique datant de vingt-cinq ans, guérie en cinq mois par la méthode du réveil de la sensibilité. Congrès des Aliénistes et Neurologistes, Angers, 1898.

Vieille fille de quarante-trois ans. Troubles spasmodiques multiples depuis l’âge de dix-huit ans. Sauts, contorsions des membres, grimaces de la face, spasmes laryngés, cris, aboiements, secousses de tête, chorée saltatoire, etc., qui avaient fini par l’amener à se confiner dans un placard pour limiter ses mouvements et étouffer ses cris. État absolument continu sauf quelques accalmies très incomplètes. On avait tout essayé sans succès au point de vue thérapeutique. Par l’isolement, l’hydrothérapie et surtout une gymnastique spéciale, les crises cessèrent au bout d’un mois. Puis la malade ayant recouvré sa sensibilité interne, qui itait très altérée, il se produisit une régression de la personnalité jusqu’à l’âge du début de la maladie. En cinq mois la malade fut en état de reprendre la vie normale.

Sur un cas d’Hystérie mâle atypique, avec Troubles particuliers de la Sensibilité (en collaboration avec P. Blocq). Progrès médical, 30 avril 4892.

Une Famille d’Hystériques (jeunes garçons et jeunes filles) (avec Bourneville.) Comptes rendus du Service des Idiots de Bicêtre, 1890, p. 149.

Trois nouvelles Observations d’Hystéro-épilepsie chez les jeunes garçons (avec Bourneville). Archives de Neurologie, 1889, II, 410; 1890, I, 98.

hystérie

bb

Deux nouvelles Observations d’Hystérie mâle (avec Bourneville). Archives de Neurologie, 1891, II, p. 362.

Tremblements hystériques de Formes variées et combinés avec la Contracture chez le même sujet.

Bulletin de la Société clinique de Paris, 1891, p. 127.

Hystérie infantile à Forme convulsive. Bulletin de la Société clinique de Paris, 1890, p. 241.

Hémichorée de Sydenham chez une adulte. Bulletin de la Société clinique de Paris, 1890, p. 245.

Polydipsie et Polyurie hystérique (17 litres) durant depuis onze ans. Guérison. Bull, dé la Soc. de VInternat, 26 mai 1904.

La guérison fut obtenue par l’isolement et la mécano thérapie.

Ischurie et Anurie hystériques, avec vomissements urineux, ayant duré deux ans, et guéris par le réveil des centres cérébraux. Congrès international de Médecine, Lisbonne, 1906, p. 517.

Fausse Phtisie hystérique ; Signes stéthoscopiques et radioscopiques. Guérison par le réveil de la sensibilité dans l’hypnose et les exercices de gymnastique respiratoire. Phénomènes d’auto-représentation organique (en collaboration avec M. L. Rénon). Société médicale des Hôpitaux de Paris, 14 novembre 1901, et Bulletin médical, 9 novembre 1901.

Les cas de pseudo-phtisie pulmonaire, de nature hystérique, ne sont point exceptionnels dans la littérature médicale, et il

nous suffira de citer ceux de Petit, Debove, Huchard, Voisin, Tostivint, Laurent, etc., pour faire comprendre que ce n’est point sur la rareté seule du fait que nous voulions attirer l’attention. Le nouvel exemple rapporté ici tire tout son intérêt des circonstances particulières qui l’ont vu naître, de la difficulté extrême du diagnostic masqué par des signes stéthoscopiques, radioscopiques et généraux de la plus haute valeur, des phénomènes d’auto-représentation organique qui l’accompagnaient, enfin de la thérapeutique rationnelle et systématique qui a amené la guérison complète.

Cette observation a été suivie pendant deux années entières.

Tout s’y trouvait réuni au début pour égarer le diagnostic : l’amaigrissement, la toux, la présence de frottements pleuraux, la révélation, par la radioscopie, d’un état de condensation du poumon, les accès de fièvre, la tachycardie enfin, dont la valeur significative est si grande en pareil cas. Quand les phénomènes se sont accusés davantage, le doute n’a plus été possible, et l’hystérie s’est imposée— rendant parfaitement compte de tous les faits.

Chez les anorexiques hystériques graves, il existe presque toujours une diminution de l’amplitude respiratoire, surtout marquée du côté le plus anesthésique. Celle-ci peut s’accompagner de signes d’auscultation simulant ceux de la tuberculose pulmonaire, et qui ne sont point suffisants pour assurer le diagnostic. Il semble qu’il s’agisse là d’un état atélectasique d’un des sommets des poumons du à l’insuffisance d’expansion des mouvements respiratoires; la radioscopie, en indiquant une modification de la transparence thoracique, rend compte de cet état, mais, si l’on interprète ses résultats dans le sens d’une tuberculose, comme chez notre malade, on est exposé à se tromper.

L’existence d’anesthésie avec ou sans point douloureux à la pression, avec ou sans correspondance de la douleur avec la

HYSTÉRIE

tempe du même côté, également anesthésique, permet seule de faire le diagnostic. Cet état s’accompagne de phénomènes subjectifs qu’il faut rechercher, les malades n’y prenant pas garde ou ne voulant pas les avouer, comme il arrive si souvent dans l’hystérie; tels, par exemple, les faits d’auto-représentation des organes (autoscopie).

La restauration de la sensibilité respiratoire par des exercices appropriés, soit à l’état de veille, soit dans l’hypnose si les troubles sont très anciens et très profonds et si l’anesthésie est très accentuée, jointe au relèvement de la nutrition générale par une alimentation normale, et combinée avec l’isolement, tel est le traitement le plus efficace de cette fausse phtisie. C’est, en somme, le traitement général de la grande hystérie. En outre, grâce aux exercices spéciaux que les malades apprennent à faire pour recouvrer eux-mêmes leur sensibilité, si celle-ci subissait, sous une influence quelconque, une diminution, cette méthode leur permet d’éviter les rechutes et de maintenir ainsi leur état normal et les bénéfices de leur guérison.

Un Signe particulier de la Gardialgie hystérique. Bulletin de la Société de l'Internat, 1906, p. 49.

Trois cas de pseudo-angine de poitrine hystérique, dans lesquels on pouvait provoquer la crise avec douleur dans la sphère du cubital en tirant sur les deux derniers doigts de la main gauche, et où cette manœuvre déterminait en même temps un point douloureux au vertex, lequel correspond au point indiqué par nous comme centre cortical du cœur. On en ramenait ainsi la perception cénesthésique et ce réveil fonctionnel, se propageant aux autres régions du cerveau atteintes par le trouble hystérique était le point de départ du réveil cérébral général, c’est-à-dire de la guérison de l’hystérie elle-même.

Genèse et Nature de THystérie. 2 vol. gr. in-8“ de 526 p.

et 333 p., Paris, F. Alcan, 1892,

L’ouvrage est divisé en deux parties. La première (t. I) comprend l’exposé des faits et des doctrines; la seconde (t. II) ne renferme que les documents justificatifs des idées émises dans la première partie, à savoir, les observations des malades rédigées avec les plus grands détails et au jour le jour.

La première partie est, elle-même, divisée en six chapitres. Dans le premier, Généralités, je me borne à indiquer la façon dont j’ai été amené à faire ces recherches, la genèse même de ma conception de l’hystérie et, dans leur ensemble, les phénomènes que je fus à même de constater immédiatement. Dans le second chapitre. Réactions liées au réveil de la Sensibilité, j’analyse ces phénomènes de la façon la plus précise possible. Dans les trois chapitres suivants, allant du composé au simple, toujours par voie d’analyse, je cherche à interpréter, à la lumière des faits précédemment démontrés, les accidents hystériques somatiques (ch. iii), les accidents mentaux (ch. iv) et les stigmates (ch. v). Procédant alors par synthèse, je groupe tous ces faits pour m’élever à la conception générale de Vhystérie dans le sixième et dernier chapitre.

Le fait capital est que le trouble fondamental de l’hystérie est une sorte de sommeil, d’engourdissement, d’inhibition du cerveau. Déjà l’aspect des malades, leur état de somnolence, de rêverie qui aboutit si souvent à des attaques de sommeil, leur somnambulisme si fréquent, leur aveu qu’elles ne savent en plein jour si elles dorment ou sont éveillées, qu’elles se sentent engourdies, leur changement d’aspect, d’activité, quand on les secoue de leur torpeur, leur anesthésie enfin qui n’est que le signe objectif de l’inactivité de leur cerveau, en pourraient être des témoignages. Mais ce sont là des présomptions insuffisantes. Il faut une démonstration plus nette et qui, pour être

HYSTÉRIE

véritablement scientifique, soit reproduisible à volonté.

Voici celle que j’imaginai. J’avais été frappé de l’insomnie complète des grandes hystériques à manifestations multiples et surtout viscérales. On ne résiste pas plusieurs mois de suite à l’insomnie. Je pensai donc que si elles ne dormaient pas du sommeil naturel, c’est qu’elles étaient plongées dans un état d’engourdissement, de sommeil pathologique. Pour m’en assurer j’avais deux moyens : les réveiller par une forte excitation comme si elles étaient réellement endormies ; ou les endormir plus profondément par hypnose et les interroger.

Charcot avait déjà montré que certaines hystériques qui paraissent éveillées dorment en réalité et sont plongées dans un état de vigilambulisme. Et, pour le prouver, il en prenait une qui avait de l’amnésie portant sur toute sa vie, sauf sur les cinq dernières années, et qui était totalement anesthésique. En lui enjoignant énergiquement et à plusieurs reprises de se réveiller, quoiqu’elle prétendît ne pas dormir, elle ébauchait une attaque, et, tout étant rapidement rentré dans l’ordre, elle se trouvait reportée à cinq ans en arrière, recouvrait tous les souvenirs de son existence passée, sauf les cinq dernières années, se croyait à trente-deux ans au lieu de trente-sept, et, au lieu d’être totalement anesthésique comme tout à l’heure, n’était plus qu’hémianesthésique, entre autres particularités nombreuses de la modification de son état.

Quoiqu’il se servît de cet exemple de réveil pour démontrer que certaines hystériques sont endormies, vigilambules, ce n’est pas à ce point de vue qu’il présentait ce sujet. Il voulait montrer qu’il s’agissait là de dédoublement de la personnalité et que ces modifications de la personnalité étaient comparables au délire de la grande attaque. Et il ne voyait dans cet état de vigilambulisme qu’une sorte d’attaque d’hystérie transformée, un équivalent de la phase délirante de la grande attaque.

Les conclusions de son enseignement étaient si éloignées de

la conception quo j’ai proposée de l’hystérie, que ce passage m’échappa, et échappa d’ailleurs à ceux qui présentèrent des objections à ma théorie. Cette expérience si démonstrative de Charcot corroborait par avance les miennes propres. Il suffisait de la généraliser, de la poursuivre comme je l’ai fait, pour voir se dérouler tous les phénomènes que j’ai signalés depuis.

Non seulement je procédai par une excitation brusque, impérieuse, à des réveils d’emblée, à la suite desquels les sujets se trouvèrent ramenés à plusieurs années en arrière, mais je poussai plus loin, et par des excitations successives je produisis des réveils de plus en plus complets, amenant des retours en arrière de la personnalité de plus en plus marqués, et s’accompagnant de toutes les manifestations somatiques ou psychiques que les sujets avaient présentées aux diverses phases de leur existence où ils se trouvaient ramenés, manifestations que j’ignorais moi-même, tout autant que le moment auquel allait se produire le réveil que je provoquais.

J’appris, en interrogeant les malades en état d’hypnose, sur la cause dé leur insomnie nocturne, qu’ils ne dormaient pas, ou parce qu’ils dormaient tout le temps, ou parce qu’on ne peut pas dormir deux fois ; d’autres me répondaient qu’ils ne savaient jamais s’ils dormaient ou s’ils étaient éveillés, qu’ils se sentaient toujours engourdis, ou qu’ils étaient endormis depuis telle époque. Il suffisait alors de les réveiller énergiquement pour amener le retour en arrière de leur personnalité physique et morale. C’est ce que j’ai appelé la régression de la personnalité, dont les conséquences, au point de vue du mécanisme de la pensée, de la mémoire, et de la constitution du moi, sont si intéressantes et si importantes.

En provoquant de plus en plus le réveil, on arrive à un moment où la régression de la personnalité ne se produit plus et où le sujet ne présente plus aucun stigmate ni accident hystérique. Cela correspond à l’époque où le sujet était normal et

HYSTÉRIE

a commencé à s’engourdir, à tomber dans le vigilambulisme et dans l’hystérie. Et l’on saisit alors facilement quel a été l’incident, une émotion le plus souvent ou une maladie intercurrente, qui a amené l’état hystérique, que d’autres incidents n’ont fait qu’accentuer ensuite. Ces incidents apparaissent à leur tour au fur et à mesure que la personnalité se reforme sous l’influence du réveil progressif. Après la régression vient, en effet, la progression de la personnalité dans l’ordre même de la vie du sujet, et cela ramène tous les événements que l’on a vu se dérouler dans l’ordre inverse pendant la régression. On constate alors à quelles causes sont dues les aggravations, ou les recrudescences de la maladie, et comment les idées fixes se sont substituées les unes aux autres, liées qu’elles étaient à des états cérébraux nouveaux provoqués par ces causes. On a ainsi l’explication de la disparition de certains troubles soi-disant sous l’influence de la disparition de certaines idées fixes. En réalité,-ces idées disparaissent parce que l’état cérébral qui amenait ces troubles les entretenait en même temps : il n’y a pas de rapport de cause à effet entre l’idée fixe et le trouble hystérique, il n’y a qu’un rapport de concomitance par suite d’une cause unique ; ce sont les deux faces d’un même processus psycho-physiologique.

Enfin, quand le réveil est complet, le sujet ne présente plus aucun stigmate hystérique, et se trouve en même temps complètement transformé au point de vue moral. Il en est quelquefois stupéfait, car il passe presque brusquement de la personnalité qu’il avait air moment où il est entré dans le vigilambulisme hystérique à celle qu’il aurait actuellement si sa vie s’était déroulée normalement. La transformation progressive de l’une à l’autre, qui s’est faite inconsciemment, lui apparaît tout à coup consciemment. On a vraiment alors le sentiment de se trouver en présence d’un autre état, d’un autre individu. Il à lui-même l’impression de sortir d’un rêve, d’un cauchemar plutôt, et est rempli d’une joie de vivre intense.

Or, à ce moment, on constate un phénomène qui vient corroborer la théorie que je donnais plus haut de l’insomnie des hystériques, à savoir qu’elle était due à ce qu’ils étaient plongés dans un sommeil pathologique : c’est le retour du sommeil normal. Dès que le sommeil pathologique disparaît, le sommeil normal reparaît, car c’est une fonction normale du cerveau en activité normale.

Le réveil cérébral s’accompagne de réactions motrices, sensitives, sensorielles, viscérales, vaso-motrices et psychiques. Et l’on peut alors constater que toutes ces réactions ne diffèrent que par leur intensité et leur durée de celtes qu’on observe à l’état normal quand on a un arrêt de fonctionnement dans un domaine périphérique quelconque. Seulement ici c’ést le cerveau lui-même qui est frappé d’arrêt de fonctionnement, et l’on conçoit que le réveil de ce fonctionnement doit s’accompagner de sensations et de réactions psychiques un peu particulières. On comprend également qu’un organe qui est engourdi depuis des années, doit présenter, quand il recouvre ses fonctions, des réactions singulièrement longues et intenses. Je ne saurais insister ici sur ces réactions qui se présentent dans un ordre parfaitement précis et déterminé. Je les ai décrites dans leurs moindres détails; j’ai montré leur hiérarchie, leur ordre de succession, leurs degrés pour tous les organes, depuis le muscle jusqu’au cerveau, en passant par les organes des sens et les viscères. J’ai pu ainsi établir des échelles de sensibilité qui permettent, étant donné une sensation, un trouble sensitif quelconque, de savoir à quel degré est atteint le centre de l’organe intéressé, ou, étant donné un état somatique déterminé, de prévoir quelles sont les sensations éprouvées par le sujet.

Cette étude permet de comprendre à quoi tiennent les variétés si nombreuses des manifestations hystériques. Elles tiennent h deux causes : 1“ au degré de l’engourdissement, de l’inhibition cérébrale, et 2“ à l’étendue, au nombre des centres atteints.

HYSTÉRIE

On constate en outre que ces réactions ne sont autres que celles qu’on observe dans les attaques, et qu’ainsi les attaques ne sont que la tendance des centres cérébraux à reprendre leur activité. Quand elles se déroulent complètement, elles amènent le réveil, et on s’explique alors comment on voit souvent à leur suite reparaître, s’il est partiel, des états anciens du sujet, s’il est complet, la guérison <ie tous les accidents.

Il y a encore un autre facteur à considérer dans la forme des manifestations hystériques, ce sont les variations de l’état d’engourdissement des centres cérébraux atteints. Ceux-ci peuvent bien dans certains cas — comme dans ces paralysies ou contractures qui durent des années — persister d’une façon fixe. Le plus souvent il y a dans l’inhibition des augmentations ou des diminutions sous des causes diverses. Ces variations s’accompagnent de changement dans la forme et l’intensité des troubles hystériques, et les réactions du réveil nous font apparaître nettement le rapport existant entre ces variations parallèles des troubles hystériques et de l’engourdissement cérébral. Nous avons ainsi, dans les expériences de réveil, non seulement une confirmation de la théorie que je propose de l’hystérie, mais encore une méthode expérimentale permettant de rapporter chaque phénomène h tel ou tel degré du sommeil cérébral, et aussi une méthode thérapeutique, pathogénique et rationnelle, puisque le réveil complet amène la guérison cornplète de l’hystérie.

La définition suivante, que j’ai proposée de l’hystérie, paraît donc répondre aux différents point de vue auxquels on peut se placer dans son étude :

L hystérie est un trouble physique fonctionnel du cerceau, consistant dans un engourdissement ou un sommeil localisé ou généralisé, passager ou permanent, des centres cérébraux, et se traduisant, par conséquent, suivant les centres atteints, par des manifestations vaso-motrices ou trophiques, viscérales, senso-

vielles et sensitives, motrices et enfin psychiques, et, suivant ses variations, son degré et sa durée, par des crises transitoires, des stigmates permanents ou des accidents paroxystiques. Les hystériques confirmés ne sont que des vigüambules dont l’état de sommeil est plus ou moins profond, plus ou moins étendu.

Pour qu’il y ait vigilambulisme, il faut que toute la corticalité soit prise, ce qui n’est le cas que des grandes hystériques à manifestations multiples et généralisées; dans les cas plus légers il n’y a pas de vigilambulisme, il n’y a que des états d’inhibition, de sommeil, partiels, atteignant seulement certaines parties de l’écorce cérébrale.

Je n’ai rien à changer à la définition ci-dessus que j’ai donnée il y a dix ans et que les faits que j’ai observés depuis lors ou qui ont été observés par d’autres auteurs ayant appliqué mes méthodes et refait mes expériences ont confirmée. Je devrais cependant y ajouter quelque chose, c’est que tous les centres cérébraux étant doués d’irritabilité, toute diminution de cette irritabilité amène une modification de la sensibilité objective et subjective, et que, quelles que soient les fonctions atteintes, la sensibilité de la région où s’exerce cette fonction est fatalement et immédiatement modifiée. Les troubles de la sensibilité tant objective que subjective sont donc constants et leur absence dans un trouble d’une fonction quelconque suffit à écarter l’idée de toute origine hystérique. L’anesthésie à tous des degrés est le véritable sigillum hysteriæ, car elle traduit exactement l’étendue et l’intensité de l’inhibition cérébrale.

Prenons, en effet, un centre cérébral quelconque et supposons le frappé d’un état d’inactivité présentant toute une gamme d’intensité, sujet à des augmentations et à des diminutions sous diverses causes, ou à une fixité de durée indéterminée. Que va-t-il se passer dans la sphère somatique placée sous la dépendance de ce centre? Tout d’abord la fonction organique en rapport avec ce centre va se trouver diminuée, et.

HYSTÉniE

suivant le rôle du centre cérébral intéressé, nous observerons jes troubles de sensibilité, de motricité, ou des troubles sensoriels cénesthésiques et vaso-moteurs. Par suite de la répartition des centres intéressés, par suite de leur nombre plus ou moins orand, nous allons avoir une variété infinie de combinaisons de troubles hystériques, d’où l’apparence de fantaisie, d’irrégularité de l’hystérie. Mais si l’hystérie présente, en effet, des aspects multiples, des variétés en nombre indéterminé, chaque trouble individuellement manifeste au contraire un déterminisme remar-

Ce n’est pas tout encore. Non seulement l’hystérie revêt des aspects multiples, mais encore chaque trouble pris en particulier présente des degrés divers qui ont l’air de compliquer les choses. A chaque degré d’engourdissement d’un centre donné correspond, en effet, objectivement et subjectivement une manifestation spéciale. D’où la nécessité de considérer encore, pour cette raison, chaque centre fonctionnel individuellement dans l’appréciation de l’état hystérique général qui n’est que la sommation, en quelque sorte, ou la synthèse de tous ces troubles localisés.

Enfin le centre atteint l’est tantôt d’une façon permanente, et alors tous les troubles objectifs et subjectifs qui en résultent, dans le domaine somatique comme dans le domaine psychique, sont permanents, et c’est à ces troubles permanents qu’on donne le nom de stigmates; il l’est tantôt d’une façon passagère, et s’accompagne alors de réactions transitoires, paroxystiques, dont il faut distinguer d’ailleurs celles qui tiennent à l’envahissement du centre par l’engourdissement, l’inhibition, et celles qui sont dues au retour de son fonctionnement normal. Ce sont ces dernières qu’on obtient quand on procède au réveil dans un but thérapeutique. Au cours de l’hystérie on comprend que l’on puisse voir certains centres présenter un état permanent et certains autres présenter des variations pouvant aller jusqu’au

SOLLIER

retour normal de la fonction sous des influences diverses, d’où les changements d’aspect du malade, et les accidents qu’il présente successivement et dont l’enchaînement paraît incohérent si on ne tient pas compte de cette notion fondamentale : que l’hystérie, dans son ensemble, n’est qu’une agglomération d’états hystériques locaux. Faute de cette notion, on est complètement déconcerté, en présence de ce protée, qu’on a cru insaisissable, de l’hystérie, tout simplement parce qu’on l’a considérée comme une maladie frappant le cerveau dans son ensemble, alors qu’en réalité chaque centre fonctionnel agit jusqu’à un certain point individuellement. Il faut tenir compte évidemment, à un moment donné, des interactions des centres entre eux, mais si cela complique le problème, cela ne change en rien la nature et le mécanisme fondamental des troubles.

On a trouvé que j’exagérais le déterminisme des centres cérébraux. Cependant de deux choses l’une : ou l’on admet les localisations cérébrales, et alors il est naturel d’admettre que, d’une part, les centres corticaux, qui constituent le point d’arrivée et de départ des fibres de projection, doivent entraîner des troubles de la périphérie s’ils sont modifiés dans leur activité, et que, d’autre part, les troubles constatés à la périphérie doivent être rapportés à des modifications des centres fonctionnels ; ou on n’admet pas les localisations cérébrales, et alors je ne peux m’expliquer comment l’esprit peut agir sur la périphérie sans passer par les fibres qui la relient au cerveau, sans se soumettre en un mot aux voies physiologiques de la motricité et de la sensibilité. Ce qu’on pourrait me reprocher, c’est d’avoir paru donner une importance trop grande et une délimitation trop précise aux centres corticaux. Mais je me permettrai de faire remarquer que j’ai parlé de centres fonctionnels, et que depuis longtemps je soutiens que les centres cérébraux sont avant tout des centres dynamiques. Leur siège, leurs délimitations anatomiques, leur unicité même ou leur multiplicité pour

HYSTÉRIE

une seule fonction, n’ont aucune importance dans la question, qui se résume en ceci : les troubles fonctionnels observés dans l’hystérie sont-ils liés à une modification des centres corticaux tenant les différentes fonctions sous leur dépendance, ou en sont-ils indépendants, et dans ce dernier cas comment se fait le passage d’une représentation mentale, suggérée ou non, à un phénomène somatique? Il faut prendre garde, en effet, en laissant de côté toutes les notions physiologiques, aux conséquences que cela peut avoir, de même qu’en énonçant une théorie psychologique il faut penser à ce que les mots recouvrent, et se demander ce que représentent exactement les mots image, représentation, suggestion, autosuggestion, conscience, personnalité, sur lesquels l’accord est encore bien moins fait que sur la définition de l’hystérie. Nous savons un peu mieux ce qu’est un centre cortical, ce que sont les fibres nerveuses qui le relient aux organes périphériques ; nous savons un peu mieux quelles sont les réactions motrices et sensitives de l’activité ou de l’arrêt de l’activité nerveuse, dont nous ignorons exactement la nature, mais que nous pouvons du moins comparer à d’autres activités physiologiques et biologiques.

Je me suis demandé si certains troubles hystériques ne pouvaient pas résulter de l’inhibition, de l’engourdissement de la moelle ou des nerfs; mais je n’ai jamais rencontré aucun fait permettant de justifier cette hypothèse, et, pour ma part, les troubles hystériques sont exclusivement dus à des modifications de l’activité corticale.

Les phénomènes psychiques de l’hystérie sont, on le conçoit, avec cette manière de voir, éminemment variables, et suivant la part que la psychicité a dans la fonction du centre intéressé, et suivant le degré auquel ce centre est atteint. Il y a lieu d ailleurs de considérer deux ordres distincts dans les troubles psychologiques hystériques : d’une part ceux qui tiennent à la diminution ou à la perte de la fonction de tels ou tels centres

psycho-moteurs, psycho-sensoriels, ou cénesthésiques (dont l’importance est si considérable dans la formation de la personnalité); et d’autre part ceux qui résultent de l’envahissement des centres psychiques eux-mêmes par l’engourdissement hystérique. C’est ce qui nous explique que certaines hystériques ne présentent que très peu de phénomènes psychologiques, alors que d’autres présentent de très gros troubles psychiques.

Si donc l’état hystérique consiste dans un trouble localisé d’un ou plusieurs centres du cerveau, et que la plus grande hystérie ne soit jamais que la généralisation d’états locaux, si, comme je le soutiens, ce trouble hystérique consiste dans un état d’engourdissement, d’inhibition, de sommeil — et il reste à déterminer quelle espèce de sommeil — on comprend qu’il n’y ait aucüne différence de nature, malgré une différence considérable d’aspect, entre une manifestation hystérique localisée à une fonction quelconque, — si tant est qu’il y ait jamais une hystérie monosymptomatique — et un état de vigilambulisme complet avec toutes les manifestations les plus variées, les plus variables aussi, permanentes ou paroxystiques de l’hystérie. Dans un cas il y a un engourdissement localisé, dans l’autre il y a un engourdissement généralisé. Entre les deux il y a une foule de degrés, mais la nature fondamentale du trouble hystérique est toujours la même évidemment.

Je dis que l’état hystérique est une sorte de sommeil des centres fonctionnels du cerveau. Avant de voir en quoi peut consister ce sommeil et comment il peut se produire je dois dire quelques mots des procédés de réveil. Ils dépendent dans une certaine mesüre de la cause du sommeil lui-même, mais leur but commun est le rétablissement des fonctions, et à ce dernier point de vue il y a une série de petits moyens sur lesquels je n’ai pas à insister ici et que j’ai indiqués ailleurs dans les plus grands détails [UHystérie et son traitement). Par exemple, un sujet épuisé, amaigri, comme le sont les ano-

HYSTÉRIE

rexiques, se réveillera sous l’influence de l’isolement, de l’alitement et de la suralimentation. Un autre, atteint par une émotion morale, avec une idée fixe concomitante de son état somatique fixe, pourra se réveiller sous l’influence de procédés psychiques, de représentations normales ramenées par une rééducation psychique (méthode psychothérapique proprement dite); ou, si les troubles somatiques concomitants sont accessibles, comme une contracture ou une paralysie, la rééducation fonctionnelle, en rétablissant le fonctionnement du centre psycho-moteur, amènera en même temps la disparition de l’idée fixe née au même titre que la contracture ou la paralysie. Si l’état est plus ancien, si l’hystérie est plus généralisée, ces procédés seront ordinairement insuffisants, et il faudra recourir à des méthodes générales : isolement, alimentation, et mécanothérapie générale (non plus seulement rééducation localisée). Enfin, si l’on a affaire à un cas de vigilambulisme, le réveil dans l’hypnose se trouvera indiqué conjointement à la mécanothérapie. C’est alors qu’on assistera à ces phénomènes si curieux de régression de la personnalité que j’ai étudiés en détail et qui permettent de mettre en évidence l’enchaînement de tous les troubles hystériques, somatiques et psychiques, depuis les phénomènes les plus élémentaires comme l’anesthésie cutanée, jusqu’aux plus complexes, comme le sentiment de la personnalité physique et du moi moral et intellectuel.

Notre théorie a, en effet, cet avantage de concilier les différentes méthodes thérapeutiques qu’on a vantées de façon trop exclusive, mais qui ont toutes leur raison d’être et leur application suivant les cas, en tenant compte soit de la cause de la maladie, soit de son évolution actuelle, soit de son étendue ou de sa profondeur.

Je prétends donc que le trouble primitif de l’hystérie est constitue par une sorte de sommeil des centres cérébraux.

d’engourdissement cérébral. Pour le dire je m’appuie sur ce fait, sur cette expérience de Charcot, reprise, répétée et complétée par moi, du réveil des hystériques vigilambules. Je ne sais comment appeler autrement que sommeil l’état où se trouve plongé un individu présentant une série de troubles somatiques et psychiques, lorsqu’en enjoignant à cet individu de se réveiller il sort de cet état et cesse de présenter ces troubles, — je ne sais pas comment appeler autrement que sommeil l’état dans lequel cet individu était plongé quand, après son réveil, il se trouve ramené à l’époque où il a commencé à y tomber. Il n’y a, en effet, là qu’une question de différence dans la durée de leur état, entre un dormeur ordinaire qui serait resté endormi pendant quarante-huit heures consécutives et qui, en se réveillant, se croirait non pas le surlendemain, mais le lendemain du jour où il s’est couché et endormi, et un hystérique qui serait tombé dans le vigilambulisme pendant plusieurs mois et en seraitbrusquement sorti dans une crise de nerfs.

La seule différence c’est que chez l’hystérique ce n’est pas par jours que se compte la durée du sommeil, mais par mois ou par années, comme en témoignent les nombreux cas de vigilambulisme que j’ai rapportés, avec des régressions de la personnalité à dix, vingt, trente ans et plus en arrière. Et j’ajoute que ces régressions ne se produisent pas seulement d’une façon totale chez les grandes vigilambules et sous l’influence du réveil dans l’hypnose; elles se produisent partiellement aussi sous forme de rêves, de retours inopinés et spontanés de souvenirs, chez tous les grands hystériques à manifestations multiples, à la fois somatiques — surtout viscérales et cénesthésiques — et psychiques.

Et comme, en étudiant toutes les dégradations de cet état de vigilambulisme, toutes ses variétés, on constate que l’on passe par des transitions insensibles de ce trouble général aux troubles les plus limités et les plus localisés, que ceux-ci disparaissent par des excitations analogues aux excitations

HYSTÉRIE

générales employées pour le réveil des vigilambules, et que les réactions provoquées par ces excitations locales dans des cas de troubles localisés sont identiques à celles qui se produisent sous l’influence du réveil général chez des vigilambules, je me crois en droit d’affirmer que le trouble local est de même nature que le trouble général, et consiste essentiellement dans une sorte de sommeil des centres cérébraux.

Mais quel est ce sommeil? J’ai fait à ce sujet diverses hypothèses et je préfère avouer tout de suite que je n’en sais pas plus là-dessus que sur le sommeil hypnotique lui-même.

Les phénomènes de réveil cérébral permettent de mettre en évidence un grand nombre de faits nouveaux. Non seulement il y a concordance entre les réactions objectives et subjectives, mais on constate en outre qu’à chacun des degrés du retour de la sensibilité correspond un phénomène hystérique qui, à lui seul, constitue un des accidents connus.

Les réactions sensitives du cerveau montrent que la cénesthésie existe pour lui comme pour les autres organes, mais on ne la constate, comme pour eux, que lorsque le fonctionnement se fait mal ou ne se fait plus. L’existence de la cénesthésie cérébrale me paraît un fait d’une grande importance au double point de vue psychologique et physiologique.

Grâce à la douleur qui accompagne le retour de l’activité des centres cérébraux, tant au niveau de la région sous la dépendance de ces centres qu’au niveau du crâne correspondant au centre lui-même, on peut déterminer les centres encore inconnus, tels que les centres viscéraux.

On constate, en outre, au cours du retour de la sensibilité profonde que les sujets deviennent conscients de tout ce qui est ordinairement inconscient à l’état normal. Du fait que les sujets peuvent prendre conscience de leurs états inconscients a tous les degrés, ils peuvent par-là même agir volontairement sur les organes qui ordinairement échappent à l’action de

la volonté par suite de l’inconscience où nous sommes de leur fonctionnement. Et c’est ainsi que les muscles lisses peuvent se contracter volontairement aux différents degrés de

l’inconscient. Cette remarque permet de comprendre comment on peut, par suggestion, faire exécuter à des sujets anesthésiques des actes que physiologiquement il semble impossible de réaliser à l’état normal.

Les réactions qu’on observe dans le réveil cérébral ne sont que des réveils incomplets. La grande attaque de Charcot représente en raccourci toutes les réactions et toutes les phases du réveil cérébral.

Les idées fixes ne représentent que le côté psychologique, au même titre que les accidents somatiques le côté physiologique, d’un état particulier des centres cérébraux, état d’arrêt survenu à la suite d’une cause quelconque et ayant persisté depuis, au lieu que le centre reprenne son activité normale et redevienne apte à de nouvelles impressions, de nouvelles représentations, de nouveaux actes. Il suffit de modifier des moyens mécaniques la sensibilité pour que l’idée fixe disparaisse. L’anesthésie, au contraire, la ramène en se reproduisant.

Le somnambulisme, l’amnésie rétrograde, le dédoublement de la personnalité, les états seconds, ne sont pas des accidents hystériques, c’est l’hystérie elle-même ; ce ne sont que desétats de sommeil cérébral à des degrés différents, à des phases différentes.

En résumé, la théorie physiologique que j’ai proposée est la seule qui repose sur l’expérimentation en même temps que sur la clinique. Elle consiste essentiellement en ceci : l’hystérie est constituée par un état d’activité moindre — depuis la légère diminution jusqu’à l’inertie complète — des centres fonctionnels de l’écorce cérébrale. L’hystérie n’est donc que l’exagération de ce qui se produit constamment à l’état normal, avec celte différence seulement que l’inertie ou l’inhibition peuvent se généraliser à toute l’écorce et persister indéfiniment.

hystérie

Quon appelle engourdissement, sommeil, inhibition, cet état de l’écorce, peu importe, l'essentiel est de le constater et cela pour deux raisons : la première c’est que cela permet de comprendre le double caractère physiologique et psychologique des troubles hystériques; la seconde, c’est que cela nous fournit une thérapeutique pathogénique, laquelle sert en même temps de contrôle et de confirmation à la théorie physiologique.

Théorie physiologique de l’Hystérie {Conférence faite à la Société belge de Neurologie, 1903). — Journal de Neurologie de Bruxelles, 1904, n“ 1.

Résumé de la théorie exposée dans Genèse et Nature de l'Hystérie.

Hystérie et Sommeil (Théorie physiologique de l’Hystérie). Archives de Neurologie, mai-juin 1907.

Avec les théories psychologiques de l’hystérie il n’y a pas moins de neuf manières d’expliquer un phénomène aussi grossier qu’une paralysie hystérique. La théorie physiologique, proposée par nous, permet au contraire de donner à tous les accidents hystériques — physiques ou mentaux — un substratum de nature unique. Première constatation.

Reprenant ensuite les objections faites à certains points de notre théorie et en particulier à la localisation corticale des troubles hystériques, nous disions ceci : quant à rapporter rigoureusement aux centres anatomiques du cerveau tels qu’on les délimite actuellement les troubles fonctionnels hystériques, nous abandonnons d’autant plus volontiers cette question secondaire que nous l’avons présentée avec beaucoup de réserve, dune part, et que, d’autre part, toutes nos recherches de psychologie générale nous amènent à défendre de plus en plus une conception dynamique et non purement mécanique de

l’activité cérébrale, dans laquelle l’autonomie étroite des centres corticaux telle qu’on la conçoit encore disparaît en grande partie.

Définition et Nature de l’Hystérie. Congrès des Aliénistes et Neurologistes, Genève-Lausanne, 1907.

Ce qui cause la confusion dans la question de l’hystérie, c’est d’introduire dans son étude des conceptions philosophiques, morales et même métaphysiques, au lieu de rester sur lé terrain anatomique et physiologique. Tout le monde s’accorde à admettre que pour faire des accidents hystériques il faut un terrain spécial. Ce terrain peut être constitutionnel ou acquis. Acquis, c’est l’ébranlement nerveux, de cause physique ou morale, c’est l’inaction ou encore les arrêts de fonctions qui le déterminent. C’est donc avant tout une question de résistance du système nerveux, qui permet à certaines réactions de se produire d’une façon peut-être plus intense chez l’hystérique, mais non essentiellement différente de ce qui se produit à l’état normal. Seulement il s’y ajoute quelque chose, et c’est ce quelque chose qui constitue Vélat hystérique : c’est que l’état cérébral local ou général, à réaction psychique ou somatique, a tendance une fois produit à persister.

Cet état ainsi fixé amène, suivant le degré de l’activité cérébrale auquel il correspond, les différents symptômes de l’hystérie, selon les régions du cerveau atteintes. L’hystérie présente en effet des manifestations motrices, sensitives, sensorielles, vaso-motrices et psychiques, et ces dernières n’ont pas plus d’importance que les premières. Toutes sont au même titre fonction de l’activité cérébrale. J’ai considéré comme une sorte de sommeil, d’inhibition, d’engourdissement, peu importe le mot, cet état hystérique essentiellement caractérisé par de l’amoindrissement de l’activité cérébrale, en ajoutant que cet état a tendance à persister une fois produit, au lieu que le système nerveux revienne à son activité normale.

HYSTÉRIE

Pour le démontrer il suffît de réveiller cette activité cérébrale par des excitations psychiques, ou sensitives, ou motrices. On voit alors les symptômes hystériques disparaître et la personnalité normale se reconstituer.

L’hystérie n’est pas une entité morbide, disais-je en 1893. C’est un mode spécial de réagir du système nerveux et particulièrement de l’écorce cérébrale, qui a tendance à rester dans les états de moindre activité où elle se trouve amenée par diverses causes.

La Définition et la Nature de l’Hystérie. Archives générales de Médecine, oct. 1906.

Le soi-disant Démembrement de l’Hystérie {Conférence faite à la Société belge de Neurologie, mars 1909). Journal de Neurologie de Bruxelles, 1909.

La « Nouvelle Hystérie ». (Émotion. Suggestion. Imitation. Simulation). {Conférence faite à la Société belge de Neurologie). Journal de Neurologie de Bruxelles, 1909.

Dans ces différents articles nous avons combattu la théorie dite pithiatique de M. Babinski, et montré qu’elle reposait à la fois sur des négations et sur des suppositions, qu’elle laissait complètement de côté la plus grosse partie de la symptomatologie de l’hystérie, à savoir les phénomènes psychologiques, et que les stigmates hystériques, même supposés produits uniquement par la suggestion médicale, ce qui n’est pas, conservent néanmoins toute leur valeur diagnostique puisque ce n’est que chez les hystériques qu’ils peuvent se rencontrer.

L’Hystérie et son Traitement. 1 vol. in-12, 309 p., de la Collection médicale, F. Alcan, édit., Paris, 1901.

Traduit en russe, St-Pétersbourg, 1909.

Cet ouvrage est le complément, au point de vue pratique, des recherches cliniques et expérimentales sur la Genèse et la nature de VHystérie publiées en 1897. Il s’adresse spécialement aux praticiens. Le traitement de l’hystérie découle de la théorie même de cette névrose. Les phénomènes hystériques étant d’ordre essentiellement physiologique, leur traitement est du ressort du clinicien et non pas seulement du psychologue comme on tendait à l’admettre.

Nous avons cru devoir entrer dans les plus minutieux détails sur la conduite à tenir vis-à-vis des malades et de leur famille, sur la mise en œuvre des procédés à employer contre les divers accidents, procédés anciens et empiriques, mais reconnus bons, et procédés nouveaux et personnels, tels que la mécanothérapie et le réveil cérébral. Pour les premiers la pathogénie de l’hystérie telle que nous la concevons les explique et les justifie; pour les seconds, ils découlent de cette pathogénie.

Nous n’avons rien avancé, tant en ce qui concerne le traitement général applicable à tous les cas que le traitement spécial de chaque manifestation en particulier, qui ne repose sur des faits et sur notre expérience clinique et thérapeutique d’une quinzaine d’années.

Un des points les plus caractéristiques du traitement nouveau que nous proposons consiste dans l’emploi de la mécanothérapie comme stimulant de l’activité cérébrale. A elle seule, elle permet de ramener la sensibilité et par là-même de réveiller toutes les fonctions plus ou moins inhibées chez l’hystérique, y compris les fonctions psychiques. Elle diffère complètement de la rééducation et consiste essentiellement dans des mouvements de résistance active ou dans des mouvements passifs maximum. Cette méthode a l’avantage considérable que les malades, une fois guéris, peuvent se l’appliquer eux-mêmes s’ils se sentent repris, à la suite d’une émotion ou d’un incident quelconque, par l’engourdissement et l’anesthésie qui caractérisent l’hystérie.

GASTROPATHIES NERVEUSES

De l’influence de l’État de la Sensibilité de l’Estomac sur l’Évolution de la Digestion. Congrès français de Médecine, Lyon, 1894, p. 201 et Rev. de Méd., janv. 1895.

Les conclusions de ce travail basé sur des considérations physiologiques, cliniques, expérimentales et chimiques étaient :

1“ Les dyspepsies purement nerveuses s’accompagnent des modifications du chimisme stomacal.

2“ Ces modifications tiennent à des troubles de sécrétion et de motricité de l’estomac, dus eux-mêmes à une diminution ou à une abolition de la sensibilité de cet organe.

3° Le traitement de ces dyspepsies ne doit pas être basé sur les données du chimisme stomacal, mais sur la pathogénie des modifications de ce chimisme, après s’être assuré toutefois si des lésions organiques de l’estomac ne coïncident pas avec les troubles de sensibilité*

Des Rapports de la Sensibilité de l’Estomac et du Chimisme stomacal. (En collaboration avec E. Parmentier). Congrès français de Médecine de Lyon, 1894, p. 207, et Arch. de Physiologie normale etpathol, n° 2, avril 1895.

Expériences au moyen d’analyses du suc gastrique faites en série continue suivant la méthode de Winter, et pratiquées par lui-même. Les conclusions de notre travail étaient :

1" Oq peut intervenir sur la marche de la digestion en modifiant la sensibilité de l’estomac;

Graphiques du chimisme, après le repas d’épreuve, chez deux sujets normaux.

2° Cette intervention se traduit par une modification des phénomènes chimiques;

Graphiques du chimisme montrant l’arrêt de son évolution et sa reprise, sous l’influence de l’anesthésie et du retour de la sensibilité de l’estomac provoqués dans l’hypnose.

3" La suppression de la sensibilité a exercé quatre fois sur

cinq séries d’expériences une action modératrice et retardante sur

GASTROPATHIES NERVEUSES

l’évolution générale du chimisme. Dans un cas l’action s’est manifestée par une accélération de la digestion à son début seulement.

Anorexie mentale. Congrès des Aliénistes et Neurologistes, Bordeaux, 1895.

Dans ce travail nous nous sommes efforcés de montrer qu’il fallait distinguer de l’anorexie hystérique et de la dyspepsie nerveuse de Leube, avec lesquelles on la confondait jusqu’alors, une

forme spéciale, primitive, d’anorexie. L étiologie en est banale. Peut-être y a-t-il une influence dégénérative initiale.

Le refus d’aliments est moins fort que dans l’hystérie mais plus tenace; l’inappétence est absolue, l’amaigrissement est rapide. L’état mental consiste dans une apathie aboulique, du dégoût de la vie et une horreur de la nourriture sous une forme quelconque. Pas de délire, ni de troubles neurasthéniques, ni de troubles sensitivo-sensoriels mais préoccupation constante de l’alimentation à laquelle le malade cherche à se soustraire par tous les moyens possibles. En outre automatisme ambulatoire, avec absence de sensation de fatigue malgré son développement quelquefois extraordinaire, tout à fait typique dans cette forme d’anorexie. Constipation opiniâtre. Marche continue et progressive. Terminaison fréquente par la mort, due surtout à la tuberculose, si on n’intervient pas à temps énergiquement. Pronostic sérieux et réservé. Guérison beaucoup moins fréquente que dans l’anorexie hystérique. Même traitement.

Des Psychopathies gastriques. Congrès des Aliénistes et

Neurologistes de France, Nancy, 1896.

C’est une forme de gastropathie sur laquelle on a beaucoup attiré l’attention depuis cette époque, et pour laquelle on a particulièrement vanté la psychothérapie. Il s’agit de malades ayant la phobie de l’alimentation à ses différents temps : mastication, déglutition, digestion stomacale ou intestinale. Le début est insidieux ou a lieu à une occasion quelconque.

L’appétit peut être conservé, mais présente toujours des irrégularités — anorexie alternant avec boulimie. Il y a souvent rumination et quelquefois même vomissement. Ces malades finissent par perdre l’habitude des mouvements de la mastication et de la déglutition. Ils essaient tous les régimes, prennent des précautions inimaginables pour préparer ou aider leur digestion, et finissent par se faire une existence à part où tout

GASTROPATHIES NERVEUSES

pivote autour de l’alimentation. Peu à peu tout le champ do leur activité se rétrécit. Le sommeil est assez bien conservé. L’état général ne s’altère pas avant longtemps. Le pronostic est celui de toutes les phobies. L’isolement avec la surveillance de l’alimentation, faite à'emblée d'une façon normale, est le traitement par excellence et d’autant plus indispensable que l’entourage entretient et développe la psychopathie.

Les anorexies nerveuses. Conférence faite à la Société belge

de Neurologie. Journal de Neurologie de Bruxelles, 1910,

Dans ce travail nous revenons sur les psychopathies gastriques distinguées autrefois par nous des autres formes d’anorexie — particulièrement de la forme hystérique et de la forme mentale primitive, et des dyspepsies vraies.

On peut en distinguer trois grandes catégories avec les variétés ci-après :

1° Par idée fixe : obsession d’une maladie de l’estomac, désir de se rendre malade, de mourir, ennui de la vie, obsession de la maigreur;

2“ Par phobie : peur d’engraisser, peur d’étouffer en avalant, peur de congestion pendant la digestion, peur de douleurs stomacales ou intestinales, peur d’indigestion, peur de ralentir l’activité physique ou intellectuelle.

3“ Par inhibition : — de cause physique : irrégularités ou arrêts accidentels de la fonction digestive, insuffisance de l’alimentation (régimes réduits), arrêt d’évolution à l’adolescence ; — de cause morale : émotions continues ou répétées, passions contenues.

Les deux premiers genres sont bien connus aujourd’hui. La troisième catégorie a moins fixé l’attention. Cette inhibition fonctionnelle de l’appareil digestif peut se montrer à la suite de deux ordres de causes : les unes morales et les autres physiques.

SOLUER. 0

Enfin il y a lieu d’insister sur une dernière forme ; Y anorexie d’évolution qui se montre à la puberté et peut durer plusieurs années, en s’accompagnant d’un arrêt général de l’évolution du sujet. Elle correspond à l’anorexie mentale que nous avons décrite autrefois.

Deux points sont à signaler d’une façon spéciale au point de vue de la thérapeutique des anorexies nerveuses : Ce sont d’abord les douleurs gastriques qui accompagnent toujours le retour de l’activité de l’estomac et ne doivent pas faire suspendre l’alimentation, au contraire, et ensuite le danger des régimes spéciaux^ surtout des régimes réduits, qui ne font que favoriser les idées fixes et les phobies, ou développer l’inertie fonctionnelle.

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