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RECHERCHES SUR LES MYCOSES

Depuis 1910, nous avons sj^stématiquement recherché l’exis- Icnce des mycoses en Algérie.

Le contenu de tous les abcès chauds ou froids qu’il nous a été donné d’observer a été examiné, ensemencé, inoculé.

Nous avons pu ainsi nous convaincre que la tuberculose demeurait, en nos pays, la plus fréquente des infections à marche chronique, et qu’elle était à l’origine de bien des suppurations à marche aiguë, banales en apparence.

Trois fois seulement, sur plusieurs centaines de cas, nous nous sommes trouvé en présence d'infections dues à des champignons pathogènes.

. Deux de ces observations ont été publiées; les recherches concernant le S'^cas sont encore en cours.

Dans le premier cas, il s’agit d’une infection due à un champignon non encore décrit. Malade depuis 5 ans, considéré comme un tuberculeux, puis comme un syphilitique, le sujet qui en était atteint a guéri en quelques semaines, à partir du moment où la natüre des lésions a été mise en évidence. La guérison se maintient depuis 8 ans. Le second cas concerne un homme porteur depuis plusieurs années d’une lésion du mollet considérée comme un kyste popdité, et d’une lésion du poignet présentant les caractères typiques d’une synovite à grains riziformes. L’ensemencement, Tinoculation, le microscope nous fournirent la preuve que les deux lésions étaient de nature sporotrichosique, nous permettant de démontrer pour la pre-

mière fois, el d indiscutable façon, la nature purement sporotrichosique de certaines synovites à grains.

Voici ces faits :

Premier cas.

UNE NOUVELLE MYCOSE. IMPORTANCE PRATIQUE, PRONOSTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE DU DIAGNOSTIC DES MYCOSES.

Il est relatif à un jeune liomme de dix-sept ans, dont les parents sont vivants et en bonne santé, et qui a un frère de quinze ans, bien portant également.

Le début de sa maladie remonte au mois de novembre 1906 . A ce moment, il a été pris, sans cause appréciable, d’une arthrite du genou gauche offrant tous les caractères d’une arthrite tuberculeuse, et qui, traitée par rimmobilisation jointe aux injections intra-articulaires de glycérine iodoformée, guérit complètement.

Deux ans plus tard, en février 1909 , sans douleurs, sans phénomènes généraux, une nodosité apparaît à la partie postérieure et supérieure de l'avant-bras droit; elle atteint rapidement le volume d’une noix.

Quatre mois plus tard, en juin, une tuméfaetion semblable se montre à la partie supérieure du tibia droit, au niveau de sa face interne; ponctionnée, elle donne issue à une petite quantité de pus rougeâtre; quelques injections de glycérine iodoformée suffisent à la faire disparaître.

En mai 1910 , après une poussée de bronchite, le malade constate à la partie supérieure du mollet gauche, une saillie peu douloureuse, du volume d’une grosse noix. Traitée par des injections de glycérine iodoformée, puis de naphlol camphré, elle s'ulcèi-e et laisse suinter un liquide séro-gommeux.

La réaction de Wassermann, faite deux fois, demeure négative. Songeant à la possibilité d’une mycose, on met le malade au traitement ioduré. En octobre 1910 , les lésions sont complètement guéries.

En janvier 1911 , le malade se plaint d’élancements douloureux dans la cuisse gauche. En même temps l’état général salière; le malade qui avait repris du poids pendant la durée du traitement ioduré maigrit de nouveau.

En mars, le mollet gauche devient douloureux, la marche est rendue difficile.

En avril, le malade entre dans le service de M. Curtillet. Il est alors âge de dix-sept ans.

A l’inspection, la cuisse gauche parait, dans sa moitié inferieure, plus volumineuse que la droite ; la palpation montre que l’augmentation du volume du membre est liée à l’épaississement du squelette.

Dans l’épaisseur du mollet, on découvre une masse dure, enchâssée dans les couches musculaires, du volume d’un œuf de dinde, et complètement indolente. Elle est indépendante du squelette; sa présence provoque un certain degré de rétraction du tendon

d’Achille, se traduisant par de l’équinisme.

L’examen de la poitrine est absolument négatif. Le 30 avril, on pratique une intra-dcrmo-réaction à la tuberculine qui reste également n^ative. On pense alors à la possibilité d’une infection mycosique. J

Le 2 mai, la réaction de fixation du sérum en presence de spores du sporotrichum est franchement positive.

Les lésions étant fermées, on décide d’en pratiquer l’ablation. Le L 2 mai 1911 , on intervient sur la lésion fémorale. Après avoir traversé les muscles, on tombe sur une masse de tissus, moitié fongueux, moitié caséeux, ressemblant un peu, à du tissu sarcomateux ramolli Au cours de l’opératiod, les fragments de tissus enleves sont ensemencés en gélose Sabouraud. Ces tubes poussent en quatorze jours. La cicatrisation par première intention de la plaie est

obtenue. , - üh

Le 22 juin 1911 , la tumeur du mollet est enlevée de meme, ttlle présente une cavité de la dimension d’une mandarine, remplie de masses jaunâtres, molles, ressemblant à de la chair d’huître ou à du tissu encéphalique. ,

Au cours de celte seconde intervention, de nouveaux prélèvements ont été faits. La plupart des tubes ensemencés ont donné des colonies pareilles aux premières, évoluant dans les mêmes délais et présentant le même aspect.

A partir de ce moment, le malade a été soumis pendant trois mois à un traitement ioduré intensif (4 grammes d’iodure de potassium par jour) Sous cette inlluence, l’état général s’est rapidement modifié, le malade a beaucoup engraissé, et depuis lors, la guérison ne s’est pas

démentie. ,

Les cultures et coupes ont été soumises à 1 examen de M. Gougerot qui a bien voulu se charger de les contrôler. De ces recherches, il résulte qu’il s'agit ici d’un champignon qui semble n’avoir jamais été iuqu’ici rencontré dans les tissus pathologiques. C’est un hyphomycète qui n’est ni un sporotrichum, ni une liémispora, ni une nocardia.

Elude histologique (Résumé). — Les examens de laboratoire ont été commencés à Alger par nous, et continués à Paris, par M. Goiigerot.

L’étude a pu être complète : nous envisagerons successivement les résultats fournis par :

t° Ensemencements et cultures ;

■Z" Séro-diagnostic et réactions humorales;

3’ Inoculation ;

4° Examen histologique ;

1“ Cultures. — Les ensèmeiicernents ont été pratiqués sur divers milieux.

Le 12 mai 1911, au cours de l’intervention (ablation des lésions périféraorales) les fragments de tissus enlevés ont été immédiatement ensemencés dans des tubes préparés à l’avance ; les ensemencements ont été faits avec la plus rigoureuse asepsie on a pris soin de changer de gants à deux reprises, et de curettes 3 fois. Les fragments prélevés ont été ainsi introduits dans 16 tubes :

.3 tubes de gélose,

1 tube de gélose simple,

12 tubes de gélose Sabouraud.

Tubes de bouillon et tubes de gélose n'ont pas été ensemencés simultanément, c’est-à-dire avec le même prélèvement : on a eu soin de diviser les 12 tubes de gélose Sabouraud en 3 séries de 4 tubes, de se servir d’instruments différents pour chaque série, et d’ensemencer en même temps que chacune d’elles un tube de bouillon. Les 3 tulles de bouillon et le tube de gélose simple ont été rais à l’étuve à l’tnslitut Pasteur à Alger : ils sont demeurés stériles.

Les 12 tubes de Sabouraud ont été laissés non capuebonnes à la température du laboratoire : des colonies y sont devenues visibles vers le. 14® jour. Dans la première série de 4 tubes, 3 ont fourni un résultat positif; dans la 2® et dans la 3® série, 2 tubes ont également fourni un résultat positif.

Ainsi, sur 12 enserllencements nous avons eu 7 cultures donnant à l'état de pureté le même rjerme. Les tubes qui n’ont fourni aucune culture sont ceux dans lesquels les fragments de tissus avaient été simplement déposés ; dans ceux qui ont fourni une culture les fragments prélevés avaient été écrasés d un coup de curette dans la paroi.

Le 23 Juin, au cours d’une seconde intervention (ouverture du foyer qui occupe le mollet), on pratique en suivant la même technique de nouveaux ensemencements qui donnent le meme germe à l’état de pureté.

En un mot, les cultures sur gélose Sabouraud ont toutes mis en évidence l’existence d’un même parasite que MM. Matruchot et II. Gougerot ont bien voulu se charger d’identiber.

Ce champignon semble n’avoir jamais été jusqu’à ce jour rencontré au sein de tissus pathologiques. C’est un Hyphomycèle, qui n’est ni un Sporotrichum ni une Hémispora, ni une Nocardia. Nous poursuivons en ce moment l’étude expérimentale du pouvoir pathogène de ce germe.

2° Sérodiagnostic et réactions humorales. — Les réactions sérologiques et les réactions humorales ont donné les résultats suivants, très importants :

La réaction de fixation avec l’antigène sporotrichosique a été positive.

— lo —

I,a réaction-de Wassermann, deux fois répétée, a été négative.

L’intra-dermo réaction à la tuberculine a été également négative.

3“ Inoculation. — Une partie de la masse pseudo-néoplasique enlevée le 23 juin 1911, a été mise de côté, èT sitôt l’opération terminée, introduite après laparotomie, dans le péritoine d’un chien de deux mois.

Cet animal a continué à se bien porter : il a été sacrifié en décembre, six mois plus lard : il était indemne de toute lésion appréciable.

4“ Examen histologique. — Les coupes faites au travers de la lésion intéressent : 1“ le tissu osseux néoformé qui double la face interne du périoste; 2" le périoste lui-même; 3° les couches parostales jusqu’au voisinage du muscle.

Le centre de la lésion paraît être le tissu sous périostique. Voici la note qu’a bien voulu nous remettre à ce sujet M. 11. Gougerot.

« La partie la plus interne de la coupe montre : nécrose totale ditfuse et hémorragie de la moelle, de l’os, du périoste, des vaisseaux; de rares cellules adipeuses conservées. Polynucléaires disséminées nombreux; taches de nécrose amorphe avec nombreux débris pyenotiques; présence de champignons douteux, mais probables.

« En dehors de celte zone apparaît une : zone intermédiaire : dans un treillis flou, nécrosé, les cellules deviennent de plus en plus nombreuses : cellules épithélio'ides, polynucléaires, mononucléaires, les capillaires enflammées, oblitérés, deviennent reconnaissables.

« Plus en dehors encore on note une : zone moyenne dans laquelle apparaissent des cellules épithélioïdes dilîuses, et quelques follicules épithélioïdes sans cellules géantes, des infdtrals cellulaires lympho-conÿonctifs.

« Dans la partie la plus externe de la coupe on reconnaît une nouvelle zone.

« Celte zone externe est fibro-cellulaire, formée de fibres collagènes et de cellules infiltrées basophiles.

'.< Les figures parasitaires semblent arrondies, probables, mais ne peuvent être affirmées en toute certitude.

« Cet examen histologique montre donc une structure analogue à celles des tubercules et des gommes syphilitiques. Mais plus proche des tuberculomes : elle en diffère toutefois par lu présence de nombreux polynucléaires et la persistance des figures de capillarités. »

Celte observation réunit donc toutes les garanties exigées par H. Gougerot, dans ses travaux critiques sur les mycoses: elle nous paraît intéressante non seulement parce qu’elle ajoute un type nouveau à la liste des champignons pathogènes, mais surtout parce qu'elle met en évidence la marche bien particulière de ces infections mycosiques, sur la fréquence desquelles l'attention du praticien doit être sans cesse attirée.

Deuxième cas.

SYNOVITE SPOROTRICHOSIQUE A GRAINS RIZIFORMES ARTHRITE PURULENTE SPOROTRICHOSIQUE

(ia Rev. Médicale d'Alger, Fév. 1914 , tome I, IL).

Le domaine de la sporotricliose s’agrandit tous les jours. Voici que, dans le groupe des sporotrichoses chirurgicales, entre aujourd’hui la synovite à grains riziformes, lésion dont jusqu’ici la nature tuberculeuse était admise sans conteste. L’observation dont j’apporte la relation paraît, en effet, démontrer l’existence de synovites sporotrichosiques à grains riziformes, démonstration appuyée sur une série de preuves d’ordre clinique, anatomique et bactériologique. Cette observation met encore en évidence la nature mycosique de certains kystes du creux poplité, et surtout elle établit l’existence à'arthrites sporotrichosiqiies aiguës, purulentes, ayant l’apparence d’arthrites métastatiques.

Un homme de 46 ans entre à l’hôpital, porteur d’une collection suppuréc, à marche froide, du mollet gauche et, d’autre part, d’une synovite à grains rizifoi’mes du poignet gauche; cet homme tousse, crache et présente, à l’auscultation, des signes de bronchite bilatérale et de sclérose pulmonaire. L’examen clinique le plus complet oblige à mettre l’étiquette de « tuberculose », sur ces lésions diverses.

ür, les examens de laboratoire font la preuve dé l’origine sporotrichosique de la collection poplitée ; traitée par des lavages iodés, cette poche volumineuse, largement ouverte et drainée, se cicatrise en moins d’un mois.

Puis le sporolrichum est mis en évidence dans le contenu d’une synoviale du poignet : ensemencés en tubes Sabouraud, les grains riziformes qui le distendent donnent naissance à des colonnes typiques. Uinocalation au cobaye d’un fragment de la par.oifet de grains riziformes demeure négative. Cette lésion synoviale opérée, très rapidement curettée, puis écouvillonnée à la teinture d’iode, guérit simplement : le malade mis à 1 iodure, la plaie opératoire se réunit par première intention, les tissus reprennent rapidement leur souplesse et, sans fistule, sans aucune ébauche de réaction, la guérison se maintient depuis une année.

Mais, quelques heures après cette dernière opération, une arthrite se déclare dans le genou gauche, jusque-là intact, manifestation non douteuse d’un ensemencement sanguin post-opératoire. En effet,

cetle arthrite aiguë, franchement purulente et provoquant un œdème énorme des segments de membres sus et sous-jacents, est encore due au sporotrichum que les cultures mettent en évidence. En l’absence de tout commémoratif, cette infection articulaire eut été traitée par l’arthrotomie large. Or le traitement ioduré intensif, institué après une ponction simplement évaeuatrice, suffit à amener la guérison ; l’inflammation articulaire s’atténue rapidement, puis disparaît ; mais une ankylosé serrée persiste depuis, qui atteste la gravité des dégâts dont la jointure a été le siège.

Quelle est maintenant la nature des lésions pulmonaires dont le malade en question est porteur? Lésions sporotrichosiques ou lésions tuberculeuses? En l’ignorance où nous sommes encore des sporotrichoses pulmonaires, de leur caractère clinique, de leur évolution, il faut se garder d’émettre une opinion ferme, et se borner à constater que les sommets pulmonaires paraissent respectés, que la toux, l’expectoration diminuent et disparaissent pendant le cours du traitement ioduré, enfin que l’examen microscopique des crachats n’a jamais montré de bacilles de Koch, que les inoculations en sont restées négatives.

Quelle que soit d’ailleurs la porte d’entrée du parasite, un fait est à retenir : c’est que le malade dont nous çenons de résumer l'observation a été atteint de synovite à grains, et d'arthrite aiguë, due au sporotrichum : c'est la première fois que pareilles constatations sont faites.

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