Étude ihoi.ogique
La gélose peptonisée, acidifiée ou akalinisée, permet d’obtenir des cultures
de champignon du muguet également abondantes. Un excès d'acide (surtout d’acide chlorhydrique ou d’acide sulfurique), un excès d’alcali (principalement d’ammoniaque, de potasse) arrêtent ou entravent la végétation.
La réaction acide ou alcaline de la gélose impose à la culture du muguet un aspect essentiellement différent. La culture sur milieu acide est lisse, humide, non adhérente; la culture sur milieu alcalin se plisse, se fripe, est très adhérente.
Les aspects divers de cultures correspondent à des différences morphologiques du champignon. Les milieux acides sont composes exclusivement de formes levures; les cultures alcalines sont composées pour la plus grande part de filaments formant mycélium. La forme levure parait être la forme la plus résistante du champignon.
Le développement du cliampigiion sur gélose acide, entraîne l’alcalinisation de ce milieu nutritif. La forme levure subit alors une certaine filamentisation, et, en même temps que le tube rouge vire au bleu, la culture se plisse, devient plus sèche et plus adhérente.
Cette alcalinisalion très rapide pour les milieux acidifiés avec les acides acétique, formique et lactique, ne se produit pas avec l’acide sulfurique, ou se produit tardivement avec l’acide chlorhydrique. Jille est due à la formation de carbonate d'ammoniaque. Cette transformation ne s’opère qu’en présence de l'air, comme en témoignent les expériences sur milieux liquides.
La levure de bière subit les mêmes métamorphoses et provoque la même alcalinisation du milieu nutritif.
Ces résultats s’obtiennent également par symbiose microbienne aboutissant à la fermentation acide du milieu nutritif; mais, dans ce cas, l’alcalinisation du milieu acide ne se produit pas.
Le champignon du muguet ne fait pas fermenter la lactose, il se développe il peine sur le lait. Si l’on a soin de déterminer la coagulation du lait soit par l’addition d’un acide minéral, soit par l’addition préalable de microbes tels que ■ le bacillus coli ou le bacillus subtilis, le champignon se développe assez abon-
Les observations précédentes peuvent nous permettre d’expliquer certaines
fois, d’après une observation de Brocq (développement du muguet chez un sujet sain), et d’après celles que nous avons rapportées nous-mêmes dans les Archives de Médecine expérimentale, que le muguet peut se développer en dehors de toute sécheresse buccale, en dehors de toute acidité du milieu buccal.
h’existence habituelle de cette acidité est prouvée suffisamment par l’efficacité des alcalins dans le traitement du muguet; cette efficacité est cliniquement démontrée, et nous paraît confirmée par nos expériences, aussi bien que par celles de Roux et de hinossier. he traitement alcalin agit directement en entravant la végétation du champignon.
On sait d’autre part que la stomatite crémeuse se développe surtout chez des cachectiques, chez les vieillards soumis a l’alimentation lactée, chez les enfants naissants, dont le lait est la nourriture exclusive. L’expérimentation montre que le lait est un mauvais milieu de culture pour le champignon du muguet; il faut donc qu’il subisse durant la stase iiitra-buccale des modifications telles qu’il puisse être transformé en substance utilisable par les parasites; il faut qu’il y ait fermentation. Or, cette fermentation, favorisée soit par le mauvais entretien des biberons, ou par la malpropreté de la bouche, par l’absence de la salive et par la stase alimentaire, relève vraisemblablement, disait-on, de l’action des nombreux saprophytes qui séjournent dans la bouche et dont le rôle est facilité par toutes ces conditions antérieures. Nos expériences montrent la réalité de cette action microbienne dont l’effet est de produire de l’acide lactique et même de l’acide butyrique, comme Quinquaud l’avait indiqué pour le muguet buccal.
L’observation relatée par ailleurs, la constatation ultérieure faite par nous chez un malade atteint de cirrhose atrophique d’une pellicule pseudomembraneuse pharyngée avec présence de levures, l’observation qui nous a été communiquée au service d’accouchement de la Charité d’une angine pseudomembraneuse de 0. A., les faits notés par Stœcklin à Berne de l’association de rO. albicans au bacille de Loeffler, la présence de levures par Grasset dans un abcès; l’observation de mycose généralisée de 0. A. relatée par Schmol, etc. ; tous ces faits tendent à démontrer que l’O. albicans n’est pas la simple moisissure qui se développe sur une muqueuse lésée comme un champignon sur un arbre malade; qu’il peut avoir, dans des conditions sans doute relativement rares, un rôle pathogène. Il était nécessaire de vérifier le fait, vu
la diffusion de l’O. A. dans les salles d’hôpital, vu la vie mycosique latente de rO. A. dans la bouche de sujets sains comme j’ai pu m’en assurer à plusieurs reprises. Après Grasset, Klemperer, Charrin, j’ai pu réaliser chez les animau.v des suppurations sous-cutanées, pleurales, péritonéales, et la septicémie mycosique. J’ai constaté de plus que les formes levures exclusives entraînaient plus rapidement la mort de l’animal.