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III. — Anguillulose expérimentale

11 s’agit d’expériences faites chez la grenouille, hôte habituel d’un grand nombre de parasites, notamment d’une variété de némathelminthes voisine des anguillules, les lilaires. Nous avions choisi cet animal dans le but de rechercher si, comme chez notre malade, nous ne pourrions observer le passage dans le sang des embryons de l’anguillule stercôrale, recherche rendue facile chez la grenouille par l’examen de la circulation de lai membrane .interdigitale.

Si nous n’avons pu faire cette constatation pour des raisons que nous signalerons tout à l’heure, nous avons réussi par contre à infecter toutes les grenouilles mises en expérience sauf une. Nous avons reproduit chez ces animaux toutes les formes évolutives de l’anguillule stercôrale, mais d’une anguillule augmentée dans ses dimensions, dans son volume, représentation géante, pour ainsi dire, de l’anguillule stercôrale.

Ces expériences ont été pratiquées dans les conditions suivantes : une parcelle d’éponge, de mie de pain de préférence, imbibée d’une petite quantité de fèces recueillies sur une lamelle, était introduite après vérification microscopique de la présence d’œufs d’embryons ou de formes adultes isolés ou réunis d’anguillules, dans l’estomac d’une première grenouille, celle-ci

était ensuite placée dans un bocal contenant de l’eau filtrée. Une deuxième grenouille était mise dans un deuxième bocal, dans l’eau duquel on déposait simplement la lame pu la lamelle enduite de fèces contaminées; une troisième était conservée comme témoin. Cinq séries de trois grenouilles furent ainsi mises en expérience, et chez la plupart d entre elles les résultats furent identiques.

Tous les animaux infectés succombaient dans un laps de temps qui variait de un mois à un mois et demi, non sans avoir subi cet amaigrissement notable et présenté durant les derniers jours cette attitude, cette torpeur spéciale que nous avions constatée chez la première grenouille. Chez celles remises directement dans l’eau contaminée se manifestait dès les premiers jours une agitation véritablement folle, qui n’existait nullement chez les animaux témoins et était à peine marquée chez les animaux qui avaient subi l’ingestion artificielle.

A l’autopsie on notait l’existence d’une infiltration sous-cutanée et de sérosité péritonéale. L’intestin était plus ou moins rempli de matières fécales brunâtres ou rougeâtres, en certains points nettement hémorragiques, dans lesquelles l’examen microscopique décelait la présence d’un nombre considérable de parasites vivants, rappelant absolument l'aspect des formes adultes de l’anguillule stercorale décrites dans notre premier mémoire. Sur la plupart de ces anguillules, l’appareil digestif, l’appareil génital (utéro-vaginal) étaient nettement différenciés ; il n’existait sur la plupart aucun indice de fécondation et, malgré des examens répétés, il nous fut impossible de découvrir la présence d’un ver mâle. Tous ces parasites étaient au même stade de développement; mais, fait qui ne fut pas sans nous étonner tout d’abord, des œufs en très grand nombre et très volumineux renfermaient des formes grandies et vivantes comme en pouvaient témoigner leurs mouvements, dans l’intérieur de la paroi ovulaire. La présence de ces œufs nous fut bientôt expliquée par la découverte de vers également vivants, mais de dimensions relativement considérables et très facilement visibles à l’œil nu. Ces vers répondaient, pour la plupart, à des femelles fécondées dont l’Utérus renfermait des œufs aux divers stades de segmentation et un certain nombre d’embryons constatés déjà à l’état de liberté dans l’intestin de la grenouille. Certains d’entre les vers adultes non fécondés ne paraissaient pas présenter de conduit utéro-vaginal, mais nous n’avons pu retrouver l’existence de spiculés qui nous eût permis d’affirmer

la présence cependant vraisemblable de parasites mâles. Ces vers, adultes ou embryons, existaient en nombre dans toutes les portions du tube digestif, les seconds beaucoup plus nombreux que les premiers, qui étaient rarement réunis plus de 6 à 8. On les trouvait surtout au niveau du gros intestin ou de la dernière portion de l’intestin grêle, mais on pouvait aussi les constater surtout chez les grenouilles placées dans l’eau contaminée, au niveau de l’œsophage ou dans les poumons.

Les dimensions de ces êtres adultes étaient, avons-nous dit, relativement considérables. Quand ils étaient étalés sur la lamelle on pouvait nettement différencier à l’œil sur les parties foncées du système digestif d’avec les parties plus claires de l’utérus vide ou rempli d’œufs. Leur longueur variait de 8 millimètres à 1 centimètre, l’un d’entre eux mesurait 12 millimètres ; la largeurdes femelles fécondées était, prise à la partie moyenne, de 150 p, celle des femelles non fécondées était seulement de 110 à 120 p. Les embryons mesuraient, comme les formes adultes de l’anguillule stercorale humaine, 1 millimètre de longueur sur 24 à 30 p de largeur; quant aux œufs, ils atteignaient à leur degré complet de maturité 120 à 140 p de longueur sur 45 p de largeur. Certains de ces embryons étaient à l’état de cadavres, rétractés dans une gaine transparente. Cette gaine se retrouvait à vrai dire sur les formes adultes, où elle se distinguait par de nombreuses plicatures irrégulières; elle s’arrêtait au niveau de l’orifice buccal et était traversée par le prolongement caudal. Sur les cadavres desséchés, elle se brisait véritablement, et ses débris présentaient une ligne de rupture très nette. Le système digestif, de l’œsophage à l’anus, le système génital, la conformation générale du ver adulte étaient, en résumé, l’image développée outre mesure de l’anguillule stercorale humaine. Durant la même époque les grenouilles témoins conservées dans une eau non contaminée succombaient dans un laps de temps de deux mois et demi à trois mois, très amaigries, mais sans avoir présenté aucune des manifestations signalées plus haut. A. l’autopsie on trouva à plusieurs reprises quelques infusoires, deux ou trois fois un parasite de l’espèce des distomes, jamais, entre parenthèses, de filaires et jamais aucune trace d’anguillules. L’intestin ne contenait pas de sang, les poumons étaient absolument normaux.

Nous n’avons pu reproduire, par la culture sur milieux habituels, le cycle évolutif de cette nouvelle variété d’anguillule stercorale.

Il résulte de ces recherches que la variété d’anguillule stercorale constatée par nous chez un homme atteint de diarrhée chronique des pays chauds peut se transmettre à la grenouille, aux dépens de laquelle elle peut vivre et subir un développement complet dans l’intestin comme en dehors de l’intestin. Cette anguillule siercorale suit, en effet, chez la grenouille une évolution exactement semblable à celle que nous avons signalée pour l’anguillule stercorale de l’homme. L’anguillule de la grenouille diffère seulement de l’anguillule de l’homme par sa taille, par la longueur relative des divers segments de son tube digestif, par ses dimensions exagérées qui permettent de mieux saisir et de confirmer tous les détails de structure figurés dans les dessins de la page 11. L’anguillulose de la grenouille, déterminée expérimentalement par l’ingestion d’anguillule stercorale humaine, répond à une variété que l’on peut appeler géante, qui, contrairement à la première, ne paraît exister, tout au moins dans ses formes adultes, qu’à l’état parasitaire et non à l'état libre. L’absence de ces formes adultes, dans l’eau contaminée, prouve en effet que l’habitat fourni dans nos expériences par la grenouille est absolument nécessaire à la reproduction de la forme adulte géante.

Les formes multiples de l’anguillule de la grenouille ne sont pas exclusivement des entozoaires, elles peuvent siéger, en effet, dans les diverses portions du tube digestif et dans d’autres régions de l’animal, notamment dans les poumons où les formes adultes peuvent être fécondées et donner naissance à des œufs ou à des embryons vivants; comme l’anguillule stercorale humaine, l’anguillule stercorale de la grenouille est ovo-vivipare.

La présence de ces anguillules dans l’intestin de la grenouille, détermine vraisemblablement une altération de la paroi intestinale avec érosions vasculaires, comme en témoigne la présence du sang mêlé aux fèces. L’existence de ces hémorragies intestinales prouve le rôle pathogène que les anguillules peuvent jouer sous certaines formes de diarrhée chronique où on les peut retrouver.

La non-constatation durant la vie dans les vaisseaux de la membrane inter digitale de la grenouille des formes embryonnaires, pourrait s’expliquer, selon nous, par leur volume même, trop grand assurément pourleur permettre de pénétrer dans les petits vaisseaux. Il ne semble pas toutefois , que ces parasites soient hématozoaires habituels, mais bien plutôt hématozoaires facultatifs.

Ces observations sont un nouvel exemple de l’adaptation d’une espèce parasitaire organisée à un nouvel habitat, adaptation spéciale pouvant rapidement aboutir à la création d’un type de configuration exagérée dépassant, pour ainsi dire, les limites naturelles de l’espèce, mais conservant une structure identique.

L’aneuillule stercorale. ou. plus justement, une variété répondant au type descriptif de Yanguillule stercorale et non de l’anguillule intestinale peut donc, sans passer par la phase de l’anguillule intestinale, donner directement naissance à deux variétés : l’une petite, parasite de l’homme; l’autre géante, parasite facultatif de la grenouille. La génération simple et le parasitisme de l’anguillule stercorale nous semblent recevoir de ces faits une confirmation indiscutable. La famille des rhabdoménides ne renferme donc pas exclusivement des nématodes hétérogoniques.

La vitalité persistante des œufs et des formes embryonnaires de l’attguillule dans l’eau montre, en dernier lieu, le danger que peut présenter l’absorption d’une grande quantité de l’eau ainsi contaminée. Les anguillulides se comportent, en effet, comme la plupart des entozoaires et peuvent envahir l’organisme à la faveur des aliments liquides.

CONCLUSIONS sua LE RÔLE DE L ANGUILI.ULE STERCORALE EN PATIIOLOfilE EÏOT>0"E

Les constatations faites chez ce malade offrent un double intérêt au point de vue de l’histoire de l’anguillulose et de la filariose humaines.

1“ Jusqu’ici on n’avait pas signalé dans le sang, d’embryons appartenant à l’anguillule stercorale.

2" On n’admettait pas, jusqu’alors, la présence des formes adultes de l’anguillule stercorale dans l’intestin de l’homme vivant.

Depuis quelques années on a découvert des formes variées d’embryons de filaires, entrevus dans la circulation et dans les organes, dont les formes adultes étaient absolument inconnues. Or, entre l’embrvon de filaire et l’embryon de l’anguillule stercorale, il existe de telles analogies qu’il est légitime de décrire une phase filariforme possible de l’anguillule stercorale.

Cette hypothèse que mes observations me permettaient de poser, est devenue aujourd’hui classique.

Je sais par mon ami, le professeur Guiart, que ces notions sont aujourd’hui universellement admises par les parasitologues. Dans le précis de parasitologie de cet auteur, notamment (p. 423, 428-468); dans son livre récent sur les parasites moculateurs de maladies (p. 252), mention est faite de ces idées.

Askanazv, professeur d’Anatomie pathologique à l’Université de Genève, a contribue surtout à les faire accepter en montrant que les anguillules pondent normalement leurs œufs dans la muqueuse intestinale. Les embryons qui en sortent, reviennent le plus souvent dans la lumière de l’intestin. Mais il peut arriver qu’ils continuent leur chemin et soient entraînés par les lymphatiques ou les veines. Us arrivent ainsi accidentellement dans le sang, où ils peuvent simuler des embryons de filaire. Étant donnée la grande fréquence des embryons de filaire dans les pays chauds, il n’est pas douteux que des erreurs de diagnostic n’aient été faites fréquemment.

Semblable notion comporte, au point de vue de la pathologie coloniale, un intérêt pratique ; mieux connue, elle permettra d’éviter des erreurs de diagnostic et de ne pas traiter pour filariose des malades atteints d’angutllulose, sur laquelle la thérapeutique a beaucoup plus de prise.

La seconde conclusion, également légitime, est que l’anguillule stercorale peut être comme l’anguillule intestinale parasite de l’homme, et peut accomplir seule son cycle biologique tout entier dans l’intestin comme hors de l’intestin. Elle n’est donc pas simplement, comme cela semble généralement admis, sauf par Perroncito, une phase libre de l’anguillule intestinale, seul parasite de l’homme.

Les expériences de culture de l’anguillule stercorale chez la grenouille, au moyen d’œufs ou d’embryons d’anguillule stercorale humaine, prouvent le danger des eaux ainsi contaminées. Le fait de la transformation de cette anguillule en une variété géante, offre un certain intérêt au point de vue de la biologie générale. Il est un nouvel exemple d’adaptation rapide d’êtres organisés à leur nouvel habitat.

Des parasites de l’intestin chez les malades atteints d’Érythème polymorphe. (Presse Médicale, 27 août 1910.)

Dans une note additionnelle au travail que j’ai publié avec mon interne M. Schœffer sur l’érythème polymorphe, je relate les recherches faites en vue d’élucider l’étiologie et la pathogénie de ces érythèmes, et notamment les résultats de l’examen des fèces que je pratiquais depuis plusieurs mois sur ces malades. Chez n’importe quel sujet et dans n’importo quelle maladie, tout examen systématique des fèces peut révéler l’existence de parasites ou d’oeufs de parasites dont les plus habituels sont les œufs de tricocéphale et d’ascaride. Il reste cependant, que l’importance ou la fréquence de ce pi t une sont notablement supérieures dans les variétés d’érythème polymorphe que dans les diverses maladies éruptives, ou j’ai également fait ces recherches. Le fait n’est pas constant, cela est vrai, puisque dans une observation que nous relatons, l’exploration fut négative. Il semble toutefois que, dans certain cas d’érythème polymorphe, le milieu intestinal soit tout au moins dans un état de pollution favorable au parasitisme, si tant est que ce parasitisme n’y participe point. L’inocuité des gros parasites intestinaux est une notion dont on a abusé et contre laquelle tendent à réagir certains auteurs (Blanchard, Guiart, Cade, etc.), contre laquelle plaident les faits de lombricose à forme typhoïde de Chauffard, de P. Marie, de César Loé et de Vermeulen. Même dans les cas où le lombric était trouvé chez des malades atteints de fièvre typhoïde, il n’est pas sûr que sa présence soit inoffensive. C’est ainsi que chez une femme atteinte d’une fièvre typhoïde, chez laquelle le séro-diagnostic ne devait être positif qu’à la seconde épreuve, les garde-robes renfermaient des œufs de tricocéphale et des œufs d’ascarides en grand nombre. Ces garde-robes restèrent sanglantes jusqu’après l’expulsion de 2 lombrics provoquée par la médication thymolée. Il me parait difficile de ne pas retenir des faits comme ceux que j’ai observés avec mon interne M. Gastinel, relatifs à 2 malades, l’un atteint d’érythème noueux, l’autre d’érythème vésiculeux, chez lequel on trouva à l’examen des fèces, pour le I", 102 œufs d’ascaride et 9 œufs de tricocéphale; chez le second 500 œufs

d’ascaride et 14 œufs de tricocéphale. Chez les deux la médication thymolée sembla atténuer, plus rapidement qu’il n’est habituel , les poussées d’érythème, en même temps que diminuaient la proportion des œufs de parasites.

De ces constatations faut-il rapprocher les recherches d’Alessandrini et Paoluci, concernant la toxicité des ascarides et qui ont montré que ces vers sécrètent et renferment dans leur cavité générale une substance volatile acide exerçant une action fortement urticariante sur la peau et la muqueuse conjonctivale.

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