Mémoire présenté à la Faculté. Prit Behicr
II. Comptes rendus du Congrès international de Médecine de Paris, XIIt« session, 1900.
III. Sur la pénétration dans le sang de microorganismes d’infection secondaire au
cours de la tuberculose pulmonaire chronique. { Journal de Physiologie et de Patho¬
logie générales, 1901.)
Ces diverses recherches que nous résumerons brièvement ont trait : 1° à
In constatation des microbes d’infection secondaire chez les tuberculeux, notamment chez les tuberculeux pulmonaires chroniques.
2° Aux rapports du processus tuberculeux envisagé en tant que processus localisé aux.poumons ou en tant que processus spécifique et des infections secondaires. Sont rappelées : les expériences de Babès, de Klein, les nôtres sur l’action favorisante de la tuberculine à l’égard dès infections secondaires;
3“ Au rôle que ces infections ou toxi-infections secondaires peuvent jouer à l’égard de la tuberculose pulmonaire : tel leur rôle dans les processus inflammatoires juxta-tuberculcux, dans le processus ulcéreux, dans la détermination de la fièvre hectique avec les conséquences pronostiques et thérapeutiques qui en découlent.
Accessoirement nous mentionnons la possibilité d’une toxi-infection d’origine intestinale pour expliquer l’existence d’un syndrome terminal qu’il nous a été donné d’observer chez des tuberculeux cavitaires atteints d’une lésion ulcéreuse de l’intestin, plus particulièrement du gros intestin. Il s'agit de malades qui, dyspnéiques, et en proie aux souffrances que provoque l’état désolant dans lequel ils se trouvent, passent sans raison aucune et en l’espace de quelques heures à un état d’assoupissement paisible, d’indifférence et de quasi-hébétude tout à‘ fait caractéristique. Us répondent qu’ils ne souffrent plus, qu’ils vont beaucoup mieux que la veille. Cette sorte de quiétude terminale, bien distincte de l’euphorie habituelle'à certains tuberculeux, forme un contraste frappan t avec le tableau si grave en apparence qui existait peu auparavant; elle est l’indice d’une fin rapide; en pareil cas, les phénomènes généraux ou physiques ne sont pas modifiés, seule la diarrhée qui pouvait exister disparaît. A l’autopsie on trouve toujours une tuberculose intestinale à localisation caecale surtout prononcée.
4“ A la réalité de l’infection sanguine, aux conditions qui peuvent la favoriser, au rôle que ces infections sanguines peuvent jouer dans la détermination de certains symptômes et de certaines complications.
Relativement à la réalité de l’infection sanguine, les controverses subsistaient en présence des résultats opposés obtenus par les expérimentateurs.
dont les recherches étaient constamment négatives ou presque constamment positives. A vrai dire, on reprochait aux expérimentateurs heureux de recueillir lé sang par la piqûre du doigt ou la ventouse scarifiée, procédés insuffisamment aseptiques. Le procédé de Straus dé la piqûre d’une veine superficielle de l’avant-bras que cet auteur venait de faire connaître n’était pas passible des mêmes reproches à condition, comme je l’expose plus loin, de ne pas répartir trop abondamment dans les milieux de culture le sang recueilli,
L’existence des infections secondaires au cours de la tuberculose pulmonaire chronique, à une période avancée, à la phase d’ulcération, n’est pas douteuse, mais elle est relativement rare. Sur 55 tuberculeux, fébricitants et phtisiques, atteints de tuberculose pulmonaire chronique ulcéreuse, parfois d’ulcérations tuberculeuses de l’intestin, j’ai eu 0 fois un résultat positif par la technique de Stràus (piqûre aseptique d’une veine superficielle de l’avant-
J’ai montré que les faits absolument négatifs de certains auteurs se pouvaient expliquer par l’introduction d’une trop grande quantité de sang dans un trop petit nombre de tubes. Les unités microbiennes recueillies donnent une culture en général tardive et discrète; elles sont certainement de vitalité atténuée. Dans de telles conditions il est permis de penser que le sang ajouté en trop grandes proportions s’oppose, dans une certaine mesure, au développement de colonies microbiennes déjà affaiblies par leur séjour dans le milieu sanguin.
Cette pénétration dans le sang d’agents microbiens étant hors de doute, peut-on admettre que, dans certaines conditions d’exaltation de virulence ou d’appropriation de terrain, ces microbes puissent déterminer une infection générale, uneseptico-pyohémie, ou faut-il penser avec Beco qu’il s’agit là d’une invasion purement accidentelle et inoffensive?
Si malgré toutes les conditions favorables, le plus généralement, l’invasion sanguine constitue un état de microbisme latent où l’agent infectieux vit de . sa vie saprophytique et succombe après un délai variable dans le milieu sanguin, il peut, les circonstances aidant, déterminer un véritable état de septico-pyohémie. Je fais allusion aux observations d’endocardites par infection
secondaire que j’ai rapportées en même temps que d’autres auteurs, aux observations de phlébite ou de thrombose, aux observations de septicémie à streptocoques plus particulièrement. Si l’influence de ces embolies bactériennes est à peu près nulle en ce qui regarde la fièvre hectique, il ne semble pas qu’il en soit de même pour ces poussées fébriles qui parfois si soudainement et sans raison apparente surviennent chez les tuberculeux.
Il n’y a guère lieu de s’étonner de la possibilité de cette invasion sanguine étant données toutes les conditions qui peuvent favoriser cet exode microbien : lésion d’un organe, habitat normal de microbes d’infection secondaire, processus ulcéreux, hyperthermie, asphyxie progressive, intoxication générale de l’économie, cachexie.
Action de la tuberculine sur les agents infectieux secondaires habituels.
Dans des expériences relatives au rôle favorisant du poison tuberculeux sur les microorganismes, agents habituels d’infection secondaire, j’ai vérifié et confirmé les expériences de Klein sur l’exaltation de certains microbes par la tuberculine. Ce que Klein avait fait pour le streptocoque, je l’ai fait pour le tétragène, lq staphylocoque doré, le bacille commun du côlon, et aussi pour le streptocoque. J’ai pu voir dans une série d’expériences sur le lapin 1° que l’injection de tuberculine (la 1" tuberculine de Koch) précédant ou suivant l’injection intra-veineuse de ces microorganismes entraînait la mort de l’animal, alors que les lapins inoculés seulement avec une dose comparable des cultures de ces microorganismes résistaient.
Conclusions
En définitive, l’observation clinique et la médecine expérimentale s’ac-, cordent à démontrer l’existence de l’infection sanguine au cours de la tuberculose pulmonaire chronique ulcéreuse par des agents microbiens autres que
le bacille tuberculeux. Elles prouvent que cet exode, souvent inoffensif, n’est pas indifférent, que dans son expression minima il peut ajouter à la symptomatologie de la tuberculose, déterminer notamment des exacerbations fébriles soudaines, et que, dans certaines conditions de virulence exaltée ou de terrain favorable, il peut entraîner des accidents plus sérieux, voire de véritables septico-pyohémies.
Observations et documents sur l'influence des affections à streptocoques sur l’évolution de la tuberculose pulmonaire.
J’ai communiqué à M. Wateau, pour sa thèse (Paris, 1894), des faits et documents relatifs à la question de l’érysipèle dit salutaire.
S’il est vrai que, dans certaines observations, une tuberculose cutanée, le lupus par exemple, a paru réellement influencée dans un sens favorable par l’évolution intercurrente d’un érysipèle ; qu’un abcès froid (obs. de Verneuil et deBaretta),apu subir d’heureuses modifications et guérir à la suite d’irruption de microbes pyogènes, les faits sont en réalité peu nombreux. Aussi ne vientil plus à l’idée de personne d’exposer, comme on le faisait autrefois, à la contagion de l’érysipèle, ou, comme on a pu le tenter, à l’infection streptoeoccique expérimentale, les personnes atteintes de lésions scrofuleuses torpides, les faits ayant trait à l’influence favorable de l’érysipèle sur une lésion tuberculeuse éloignée (tuberculose pulmonaire) ne tiennent pas devant ceux beaucoup plus nombreux où la tuberculose a subi, du fait de l’érysipèle, une amrravauon notable. On connaît, par contre, le rôle manifeste de l’infection streptococcienne dans la pathogénie des inflammations eircumcaséeuses, de certaines variétés des formes aiguës de la tuberculose. L’expérimentation a montré, d’autre part, l’action du poison tuberculeux sur les streptocoques.
Si donc le streptocoque inoculé au niveau d’une tuberculose cutanée peut, au même titre que le vésicatoire, que la tuberculine, déterminer une réaction inflammatoire vive qui activera le processus curateur, il ne peut nullement être considéré comme un microorganisme antagoniste du bacille tuber-