APPAREIL DIGESTIF
Sur un caa d’angine pseudo-membraneuse observée chez une syphilitique, avec présence exclusive dans l’exsudât des formes levures du muguet. (Archives de médecine expérimentale, mars 1895.)
Nous avons pu étudier, chez une malade atteinte de syphilis secondaire, une angine pseudo-membraneuse. L’exsudât renfermait, à l’état de pureté absolue, une levure, que l’examen bactériologique et les cultures devaient nous permettre d’identifier avec le muguet. Nous avons pensé qu'il pouvait y avoir quelque intérêt à mentionner ce fait, en raison même des notions étiologiques qui pouvaient en résulter et aussi parce que c’était la première observation publiée d’angine de cette nature.
En 1893, MM. Troisier et Achalme, ont publié une observation d’angine parasitaire cliniquement semblable au muguet et causée par une levure qui n’était pas l’oïdium albicans. La lésion n’était pas identique à celle que nous avons examinée; l’observation de MM. Troisier et Achalme avait trait à une angine crémeuse due à un parasite autre que le muguet; celle que nous rapportons ci-après appartient à une angine de nature pseudo^membraneme.
Objectivement, cette angine rappelait l’aspect de ces variétés d’angines diphtéroïdes de la syphilis, bien décrites cliniquement, mais à peu près ignorées aü point de vue pathogénique. La syphilis peut, en effet, simuler d’emblée la diphtérie, à l’époque de l’accident primitif comme au cours des accidents secondaires. Parfois, comme dans le cas qui nous occupe, elle se complique, ainsi que la scarlatine, la rougeole, d’une angine pseudo-membraneuse due vraisemblablement à une infection favorisée par la dénudation delà muqueuse. Ces angines ont été attribuées au froid, a l’alcool, aux abus du
tabac. Dans plusieurs cas, des examens bactériologiques ont été faits, qui ont donné des résultats variables. Bourges, a pu isoler, trois fois, un streptocoque, une fois le staphylocoque doré, et une fois le bacille coli ; Boulloche, dans un ça® note la présence simultanée d’un streptocoque et du pseudo-bacille diphtérique.
L’examen d’une série de lamelles colorées nous permit de déterminer exactement la constitution de 1 exsudât et de montrer ses analogies avec la pseudo-membrane classique. On trouvait, tout d’abord, des cellules épithéliales plus ou moins modifiées et altérées, au point que quelques-unes étaient difficilement reconnaissables, des cellules lymphatiques en assez grand nombre. Les unes et les autres étaient réunies en certains points par un réticulum fibrineux.
L’élément dominant de la préparation était représenté par de nombreux el volumineux globules, franchement colorés, limités par une paroi à double contour; ils avaient une forme arrondie, ou polygonale par pression [réciproque lorsque, etronement soudés les uns aux autres, ils formaient des amas ayant l’aspect d’une mosaïque régulière. Certains de ces globules étaient isolés et parfaitement arrondis, ne rappelant nullement l’aspect ovoïde et bourgeonnant de la levure de Troisier et Achalme. Par contre, on ne pouvait déceler la présence d’un seul des micro-organismes pathogènes ou saprophytes habituels de la cavité buccale. Cette pureté de l’exsudât se retrouvait invariablement dans la série des lamelles successivement examinées. Il n’existait, d’autre part, aucun filament, aucune forme ramifiée, tubuleuse, rappelant le mycélium des auteurs classiques.
La plaque de muguet est formée simplement de cellules épithéliales desquamées et dissociées, maintenues par un lacis de filaments qui retiennent dans leurs mailles un plus ou moins grand nombre de cellules arrondies ou légèrement ovoïdes de 6 à 10 p, et quelques éléments cocciens. Elle diffère donc de l’exsudât examiné par nous, tant au point de vue anatomique qu’au point de vue bactériologique.
Spirochètes et spirilles de l’intestin. Conditions de leur présence; leur rôle possible dans certains états morbides de l'intestin. En collaboration avec M. Ch. Richbi (ils. (Bulletins et Mémoires de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, séance du 2 juin 19H.)
Cette élude est le résultat d’observations poursuivies à l’hôpital Claude- Bernard au cours de recrudescences épidémiques de rougeole et de scarlatine des années 1909-1910-1911.
Les recherches récentes de Landsteiner et de Mucha ont montré à quel point l’ultra-microscope avait facilité l’étude des spirochètes. De nombreux travaux ont été publiés depuis. Comandon, notamment, étudia en détail les différents spirochètes normaux ou pathologiques de l’organisme et les cinématographia.
Mais si les spirochètes de la cavité buccale semblent relativement bien déterminés à l’heure actuelle, les notions sont moins précises sur les spirochètes intestinaux. C’est, croyons-nous, Le Dantec qui, en 1900, puis en 1903, décrivit le premier des spirochètes intestinaux auxquels, à cette époque d’ailleurs, on donnait le nom de spirilles. Il les constata dans une épidémie d’entérite diphtéroïde qui sévit dans le sud-ouest de la France et dans deux cas de dysenterie des pays chauds. Dans ces deux derniers cas leur nombre était tel qu’il n’hésità pas à les considérer comme pathogènes et qu’il conclut à une véritable dysenterie spirillaire. D’autres auteurs semblent avoir retrouvé ces mêmes spirilles dans la dysenterie d’été (Troussaint et Simonin), dans la colite ulcéreuse (Mûhlens). Ce même auteur aurait trouvé des spirochètes différents Sans des entérites d’enfants et d’adultes et durant l’épidémie de choléra de 1905.
Comandon les signale associés à un bacille fusiforme dans un cas d’appendicite gangreneuse.
Si Tissier, Escherich, Schmidt, Strassburger ne disent rien de la présence des spirochètes intestinaux chez l’homme, de nombreux auteurs, par contre, les retrouvent dans la flore habituelle du tube digestif de nombreux animaux.
Au cours de l’année 1909, de mai à novembre, de l’année 1910 et 1911. pendant les mois d’hiver, nous avons examiné à l’hôpital Claude-Bernard la flore intestinale d’enfants ou d’adultes atteints de multiples infections. Dans
un certain nombre de cas nous avons examiné la flore buccale et génitale en vue d’identifications possibles.
Ces recherches ont été faites à l’ultra-microscope et sur lames après coloration (de préférence avec le violet de gentiane aniliné, 1 heure, ou avec la méthode de Nicolle. La première nous paraissait donner des préparations plus nettes et respecter mieux les dimensions des spirochètes).
L’étude des spirochètes intestinaux est comparable à celle des spirochètes buccaux. Morphologiquement, et toutes réserves étant faites sur la valeur des différenciations, on en peut distinguer deux espèces principales entre lesquelles se placeraient un certain nombre de variétés, similaires de quelquesunes de celles que M. Comandon a catégorisées dans la bouche.
Nos examensont porté dans une première série (1909) sur 111 malades et ont été répétés sur le même malade pendant la durée de l’affection ; en 1910- 1911,sur 72 malades, soiten tout. 183.
Les malades examinés étaient des enfants de la première ou de la deuxième enfance et aussi des adultes.
La répartition fut la suivante :
Rougeole. 94
Scarlatine ..44
Fièvre typhoïde. . . ..3
Varicelle. .. 8
Variole.4
Érythème polymorphe . . . ..8
Angine simple.3
Angine diphtérique.1
Angine de Vincent..1
Entérite infantile.3
Diarrhée verte.2
Dysenterie des pays chauds.2
Péritonite tuberculeuse. 1
Les deux variétés principales de spirochètes que nous avons trouvées sont :
spirochète A, d’une longueur variable de 5 à 30 j», de forme ondulée ondulations varient selon la longueur de 5 à 6. Ces ondulations sc ï rayons, régulières quoique variables sur le spirochète vivant, irrég ir le spirochète mort. L’épaisseur est de */, à 7, a, elle est uniforme, si
que Swellengerbel et Guillermond ont noté sur- le spirochètes giganteum.
Nous n’avons pas trouvé la membrane d’enveloppe décrite chez le spirochète plicatile ou celle qu’on soupçonne chez certains spirochètes pathogènes. Il n’y avait pas, nous semble-t-il, de flagella.
Leur vitalité est faible. Si on laisse les matières fécales quelques heures à la température du laboratoire, on voit les mouvements devenir convulsifs, comme agoniques, puis plus lents et finalement disparaître. De même le nombre des spirilles diminue ou leur visibilité est rendue difficile par leur immobilité.
Dans le cas de dysenterie que j’ai observé avec MM. Tanon et Pélissier et dont les fèces avaient été conservées à la température du laboratoire dans une boite de Pétri, tous les spirochètes étaient morts en trois jours. A ce moment il se formait de véritables agglomérats de spirilles semblant se l’esserrer, s’agglutiner et s’enchevêtrer en un buisson, qu’envahissaient rapidement de nombreuses bactéries.
Les faibles doses de calomel affectent rapidement la vitalité des spirochètes.
Les spirochètes sont nettement plus abondants dans les parties muqueuses des matières fécales ; ce fait est intéressant, car il indiquerait la tendance des spirochètes à proliférer dans la muqueuse intestinale plus que dans les matières
Très fréquents, en été, les spirochètes, notamment le spirochète A, qui, semble le plus intéressant, semblent plus rares en hiver.
Ces spirochètes ne paraissent pas spécifiques, car ils se peuvent rencontrer dans la cavité buccale et on peut aussi les identifier avec les spirochètes trouvés sur les organes génitaux.
Contrairement aux spirochètes buccaux, ils ne sont pas constants à l’état normal, et ne se présentent que dans une certaine proportion chez des malades atteints d’infections diverses. Ils sont plus fréquents chez les enfants que chez les adultes : plus fréquents chez les enfants soumis à l’allaitement mixte que chez les enfants nourris au sein (cependant ni dans le lait, ni sur les tétines des biberons, nous n’avons pu constater leur présence).
Par rapport aux maladies dans lesquelles nos recherches ont été faites, la proportion est intéressante à relever.
Dans la dysenterie elle serait de 100 pour 100, si l’on en juge par les deux
cas que j’ai observés avec M. Tanon de dysenterie amibienne. Dans l’un de ces deux cas, le nombre des spirochètes semblait l’emporter sur les bactéries. Le spirochète était le spirochète A ; le spirochète B n’était représenté que par quelques éléments.
Dans les entérites la proportion est de 55 pour 100, environ.
Dans la rougeole, où l’entérite est fréquente, la proportion est de 47 pour 100. Le spirochète A est encore le spirochète dominant.
Dans les autres infections ci-dessus énumérées, leur absence est à peu près habituelle.
Dans la scarlatine avec troubles intestinaux, la proportion serait de 26 pour 100.
Chez deux malades, âgés de 17 et de 15 ans, dont la scarlatine avait débuté par des phénomènes assez graves d’entérite — et dont les fèces très chargées de pigments biliaires étaient acides, — on pouvait déceler dans les parties muqueuses et filantes un nombre considérable de spirochètes A qui disparurent sitôt que l’entérite s’atténua.
Quel rôle convient-il d’accorder aux spirochètes dans la détermination de certaines entérites de nos climats ou des pays chauds?
La notion de l’association fuso-spirillaire de l’angine de Vincent, l’étude de la balano-posthite, malgré l’intéressante expérience de M. Queyrat, ne nous permettent pas de le préciser.
Il est cependant difficile de n’être pas quelque peu impressionné par les faits où on les rencontre en nombre tellement considérable, et d’accepter qu’ils ne prennent aucune part au processus morbide (qu’ils viennent des premières voies digestives, ou se développent dans l’ampoule rectale, en remontant dans le côlon).
Leur constatation dans les parties muqueuses, filantes ou glaireuses, laisserait supposer qu’ils peuvent jouer un rôle dans certains processus putrides ou sphacéliques intestinaux, comme dans les processus buccaux du même genre. Sans conclure à l’existence d’entérites ou de dysenteries à spirochètes, nous sommes enclins à admettre que leur présence n’est point indifférente.
En l’absence de culture possible (malgré des essais récents) nous nous sommes adressés à l’expérimentation. Après irritation préalable du tube diges-
tif par du sulfate de soude ou du sulfate de magnésie en solution hypertonique, par de l’huile de ricin, ou apres neutralisation du suc gastrique, nous avons fait ingérer à des lapins ou à des cobayes, ou leur avons injecté dans le rectum des fèces riches en spirochètes.
Les résultats furent en réalité négatifs.
Par injection dans le tissu cellulaire nous n’avons obtenu que des abcès sans spirochètes.
Par injection dans le péritoine, 2 fois sur 4, nous avons retrouvé du spirochète A dans le liquide péritonéal et dans le foie.
Le résultat fut négatif par apposition de matières fécales sur la muqueuse génitale, irritée préalablement, d’un jeune chien mâle, de 2 cobayes mâles, d’un cobaye femelle.