V. Sur la thérapeutique
Si l’on me demandait de tracer en trois mots la devise du médecin, je dirais qu’il doit connaître pour prévenir Qi guh^ir. Connaître est le but du savant ; pour le médecin c’est, non la fin, mais le moyen.
J’ose espérer que les idées que j’ai esquissées sur la pathogénie des néphrites ne seront pas sans
(*) Leclerc. — De l’Existence fréquente de la fièvre chez les chlorotiques. {Thèse de Lyon 1885, p. 76.)
utilité pour la prophylaxie. Essayer de guérir une néphrite chronique confirmée est une tentative vouée à Tinsuccès, mais prévenir et enrayer ses débuts ii’est pas au-dessus de notre pouvoir.
Dans le domaine de la thérapeutique proprement dite j’ai contribué à faire apprécier Futilité de la caféine àdosesélevées (158); j’ai le premier,employé la terpine (hydrate de térébenthène) qui est beaucoup mieux toléréeque l’essencede térébenthine (160). J’ai, avec M. Aubert, recherché les conditions du dédoublement du salol et du salinaphtol (165) et montré qu’on ne peut absolument compter sur ces agents dans les pyrexies. Enfin, j’ai étudié complètement, au point de vue pharmacodynamique, toxicologique et thérapeutique, l’acétanilide (178) dont MM. Gahn et Hepp avaient seulement indiqué les propriétés antipyrétiques. J’ai trouvé qu’elle est un nervin de premier ordre, ce qui ne saurait étonner, tout véritable antipyrétique étant essentiellement nervin, par exemple l’antipyrine, ainsi que je l’ai dit le premier (174) et le sulfate de quinine qui, malheureusement, est déjà toxique à la dose où ses propriétés nervines sont très accentuées.
Je suis de ceux qui disent qu’il y a souvent lieu de recourir, à la fois, ou successivement, aux procédés de la thérapeutique médicale et à ceux de la thérapeutique chirurgicale, en d’autres termes qu’il ne doit pas y avoir deux thérapeutiques isolées. J’ai parfois jointl’exemple au précepte; Je n’ai pas craint d’injecter une solution antiseptique dans le poumon atteint de pneumonie; certains de mes malades en ont retiré un notable profit et jamaisjen’ai eu à
regretter ma hardiesse (149). — Seul^ en France^ j’ai employé la méthode de Moore pour la cure de l’anévrysme de l’aorte (116). — Chez une malade anémique j’ai fait une injection intra-veineuse d’eau salée, dans le but de provoquer, sans danger pour la malade, une excitation des organes hématopoiétiques. Le succès a suivi cette tentative (85), qui, si les résultats des expériences faites par M. Ott sont exacts, aurait une hase expérimentale. — Chez un diabétique dans le coma qui excrétait beaucoup d’acide p oxybulyrique (lequel a été caractérise dans l’urine par M. Hugounenql j’ai fait une énorme injection intra-veineuse d'eau renfermant un sel alcalin équivalent à 7 grammes de soude caustique. L'urine est restée acide; donc il y avait l’indication du traitement alcalin. Cette indication existait d'autant plus qu’il ne s’agit pas seulement dans ces cas de saturer l'acide organique, cause de l’intoxication, — la saturation serait insuffisante, car les oxybutyrates sont toxiques — mais de le brûler, et que sa combustion est facilitée dans un milieu fortement alcalin (131). Pratiqué de bonne heure, c’est-à-dire avant le coma confirmé qui entraîne, naturellement, des lésions cérébrales irrémédiables, le traitement alcalin à haute dose, préconisé par M. Stadelmann, devra réussir, dans les cas de coma diabétique où la présence d’acides organiques en grande quantité sera, comme chez mon malade, nettement prouvée.
J’en ai non-seulement l’espérance, mais une récente démonstration (132).