IV. Sur les maladies organiques
Néphrite — Je suis convaincu de l’importance de la dyscrasie dans le dévelopement des néphrites chroniques : Le rein étant un organe d’élimination doit souffrir plus que tout autre d’une dyscrasie. Dire, avec M. Gull, que la néphrite est une maladie locale, parce qu’elle a été générale, est l’expression de la réalité, au moins pour le plus grand nombre dé cas. Mais il est un bon nombre de néphrites chroniques qui ne ressortissent pas à la dyscrasie, et dont l’origine est assurément une affection ascendante microhienne. Et ce ne sont pas seulement les rétrécis, les prostatiques, etc., qui en sont atteints : 11 résulte de mon observation personnelle que chez la
femme, cette néphrite, procédant par poussées subaiguës, et devenant ultérieurement chronique, n’est point rare.
L'expérimentation donne un appui décisif à cette manière de voir ; Voici, en effet, contrairement aux résultats des expériences de M. Guiard {Thèse de Paris, 1883), ce que M. Gabriel Roux et moi avons constaté :
Si on injecte avec une pipette flambée, une demi goutte de culture pure de micrococcus ureœ dans l’urèthre d’un cobaye male, et qu’on lie le prépuce pendant quelques heures, il survient les jours suivants du gonflenient de la région, et même un peu de sphacèle. L’urine, devenue ammoniacale, renferme beaucoup de micrococci et des cylindres granuléux. A l’autopsie, la vessie est épaissie, la muqueuse est, rouge. Si l’animal a été prématurément sacrifié, les reins sont congestionnés; si l'on a attendu sa mort, qui survient au bout de quelques jours, ces organes sont devenus jaunes.
Dans les deux cas, à l'examen de coupes convenablement colorées, on trouve des micrococci dans les cellules épithéliales. Un fragment du centre de d’organe rénal enlevé avec un couteau flambé, et porté dans de l’urine stérilisée, donne une culture pure de micrococcus ureæ.
Plusieurs femellessamcs, qui se trouvaient dans la cage des mâles inoculés, ont succombé au bout de quelques jours, avec les mêmes lésions.
Enfin, chez le chien lui-même, dont l’urine concentrée et acide constitue à priori, un milieu très défavorable au développement du micrococcus
ureœ^ la simple introduction d’une certaine quantité de ce microbe dans l’urèthre, suivie de la rétention de l’nrine pendant 12 heures (par ligature du prépuce), suffit également à amener de graves lésions hémorhagiques de la vessie et du rein, qui peuvent être suivies de mort (104).
Pneumonie. — En 1879, j’ai traité de la pneumonie aigüe dans un article de dictionnaire assez développé, qui donnait une idée suffisante de l'état de la science à cette date, et où j’ai montré qu’elle n’est point une, comme on le croyait au temps de Grisolle {*). En maintenant le refroidissement comme cause occasionnelle fréquente de la pneumonie, je me suis conformé aux données de l’expérience. Plus tard, j’ai fait remarquer que dans l’étiologie d’autres maladies manifestement infectieuses, par exemple de la fièvre typhoïde, l’influence du refroidissement ne peut être niée (144) et M. J. Teissier dans ses Rapports sur les maladies régnantes à Lyon a, de son côté, confirmé ce fait. Dans cet article, (145) et dans des publications postérieures^ j’ai ajouté quelques particularités à la nosographie delà pneumonie(148).
Tuberculose. Pendant mon internat dans un service d’enfants, j’ai étudié avec soin l’infection tuberculeuse de voisinage, qui n’avait guère été signalée que par M. Virchow; je l’ai suivie dans plusieurs régions et j’ai montré qu’elle contribue à prouver de la nature infectieuse de la tuberculose (136) Postérieurement, dans ma thèse d’agrégation de 1872,
(*) Cet article a été traduit en allemand et publié à Vienne sous forme de brochure.
m’appuyant sur le fait anatomique indiscutable qu’un foyer caséeux pouvait donner naissance à des'^granulations grises, j’en ai conclu à l’identité de nature des deux lésions (137 p. 85). 11 m’est peut être permis de rappeler que cette conclusion, à cette date, avait quelque originalité, les travaux de M. Grancher et de M. Thaon n’ayant pas encore paru.
Anémies. — Dans l’étude que j’ai faite des anémies graves, je me suis attaché à montrer le lien qui les rattache à l’anémie vulgaire, lien qu"on méconnaissait en créant une espèce tranchée d’anémie dite pernicieuse. J’ai classé les anémies graves suivant eur étiologie et j’en ai donné une description d’ensemble (84). En collaboration avec M. Leclerc, j’ai vu que la substitution, chez le chien, d’eau salée (à 7 o/oo) à une certaine quantité de sang n’élève pas la température des animaux (*). La fièvre que l’on observe souvent dans l’anémie grave n’est dope pas due, comme l’a supposé M. Immermann, simplement à l’hydrémie.