PERSISTANCE DES CARACTÈRES FŒTAUX DU CŒUR
Ayant eu occasion d’examiner et de couper un grand nombre de poumons de fœtus, de morts-nés et de nouveaux-nés, nous en avons profité pour en regarder d’une façon systématique les cœurs. Nous avons constaté, et c’est d’ailleurs une notion bien connue (Da Costa, Alvaranga, Parrot, Firket, Peacock, Sappey), que l’état fœtal et plus spécialement l’existence du trou de Botal et du canal artériel pouvait persister assez longtemps. Chez l’enfant ou chez l’adulte nous avons observé la persistance des états fœtaux d’une façon tout à fait rare. Ayant eu occasion de rencontrer deux cas caractéristiques, nous avons cru utile d’insister sur ces malformations cardiaques qui ne sont que des arrêts de l’évolution normale. Dans la première observation, il s’agissait de la persistance de la valvule d’Eustachi dans son complet développement chez un enfant de 12 ans et demi avec perméabilité du trou de Botal. Avec MM. Dervieux et Larue, nous notions la rareté du fait. Dans un second cas, il s’agissait chez un adulte d’une persistance simple du canal artériel, constituée par un large canal anastomosant l’artère pulmonaire à la crosse de l’aorte. Au point de vue clinique, alors qu’il existait des signes physiques importants, il n’y avait pas de signes fonctionnels
nets, et le malade est mort de tuberculose pulmonaire sans avoir jamais été gêné par sa malformation cardiaque.
ÉPINÉPHROME, EPITHÉLIOMA & TUBERCULOSE (49)
A l’autopsie d’une femme âgée qui s’était noyée, car elle voyait progresser une ulcération au niveau de la cicatrice opératoire d’un cancer du sein, on constate un néoplasme ulcéré du sein droit, de nombreux ganglions dans l’aisselle, trois noyaux métastatiques dans le poumon droit, une volumineuse tumeur du pôle inférieur du rein gauche. Celle-ci, enkystée, arrondie, a un aspect tout différent de la lésion néoplastique mammaire. L’examen microscopique rappelle la disposition de la surrénale ; cellules rangées en colonnes minces ayant un protoplasma granuleux transparent, un noyau légèrement excentrique ; quelques cellules à noyaux plus allongés, pas de cellules pigmentaires comme on en rencontre dans la couche réticulée de la surrénale, il s’agissait donc de ce qu’il est classique de nommer un hypernéphrome (Grawitz) ou épinéphrome (Letulle).
Le microscope a montré que la tumeur mammaire était un épithélioma ainsi que les noyaux du métastase du poumon. Dans les ganglions axillaires caséeux, nombreuses cellules géantes, mais pas de bacilles tuberculeux ; malgré cela l’origine tuberculeuse n’était pas douteuse. Une de ces trois lésions, l’hypernéphrome, nous a paru indépendante et doit être considérée comme un dysembriôme résultant d’un processus embryogénique troublé. Les deux autres (cancer, tuberculose) ont peut être évolué pour leur propre compte. Question que nous ne pourrons résoudre. La coïncidence de cette triple manifestation pathologique était en tout cas curieuse, bien que sans explication pathogénique.