ANALYSE DE QUELQUES NOTES ET MÉMOIRES
BIOLOGIE GÉNÉRALE ET PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE Des leucomaïnes du sang normal (Th. Paris, 1889).
Cette thèse a été inspirée par M. le professeur Gautier et faite dans son laboratoire. Il a bien voulu l’analyser et en consigner les résultats dans son « Cours de Chimie », t. III, p. 412, en ces termes : « Il faut enfin signaler dans le sang, en même temps qu’une petite proportion de sels ammoniacaux et de triméthylamine, des bases auxquelles M. R. Wurlz, qui les a découvertes dans mon laboratoire, a donné le nom de plasmdines. La plus abondante répond à la composition C 5 H 15 Az 5 . Pour l’extraire en même temps que de petites quantités d’autres alcaloïdes analogues, on suit la méthode générale que j’ai donnée à propos de l'extraction des plomaïnes : on coagule dans l’eau bouillante acidulée d’acide oxalique, et dès sa sortie des vaisseaux, le sang défibriné ; on sépare mécaniquement du magma le bouillon aqueux, on l’évapore à basse pression et l'on épuise le résidu par de l’alcool à 95“. Cette solution étant évaporée, son résidu est repris- par de l’alcool froid. Il s’empare des oxalates des bases. On distille l’alcool, on sature le produit de l’évaporation par de la chaux éteinte et on reprend par l’eau. A cette solution aqueuse, que l’on mélange de son volume d’alcool, on enlève par de l’acide oxalique un peu de chaux qui s’était dissoute, on concentre, puis on additionne de carbonate de potasse tant qu’il se fait un précipité. La liqueur, agitée avec de l’alcool amylique pur, lui 6ède une matière rouge orang très alcaline. L’agilabon de 1 alcool amylique avec de l’eau légèrement chlorhydrique et l’évaporation de cette eau laissent un chlorhydrate cristallisé en rosaces et en houppes. Son chloroplatinate de forme octaédrique répond à la formule: C'Ih'Az^HCIPtCl'+H’O. Il est peu soluble ainsi
chloroaurale est en lamelles, i milligramme injecté sous la peau d’une grenoume mit tomber le nombre des battements du cœur de 40 à 20, après S minutes. La respiration diminue de fréquence et s’arrête au bout de 10 minutes,
» L’excitation musculaire reste normale.
. » Sur une grenouille de 25 grammes 2 milligrammes de la même base tuent l’animal el arrêtent complètement te cœur en 23 minutes.
» La proportion de ces leucomaïnes dans le sang de bœuf normal ne dépasse pas 0 gr. 030 par litre.
» On remarquera le rapport des formules de la principale de ces plasmaïnes G S H 15 Az 5 et de l’adénine C 5 H 5 Az s dont elle diffère par II 10 et qui n’a, comme elle, qu’une faible action sur l’économie.»
De l’action du suc gastrique sur quelques microbes pathogènes (en collaboration avec M. le professeur Straus).
Jusque vers le milieu du siècle dernier, la plupart des physiologistes considéraient la digestion comme étant qn phénomène de fermentation et de putréfaction. Les expériences célèbres de Spallanzani conduisirent à une conception toute différente. 11 montra que le suc gastrique empêche non seulement la putréfaction des aliments de se produire, mais qu’il l’arrête quand elle s’est déjà manifestée. .
Cette propriété est d’autant plus intéressante qü’ici il ne s’agit pas du sang tout entier, comme dans les expériences de Nutall, ni du sérum sanguin eomme dans celles de Buchner, liquides vivants en quelque sorté, contenant des éléments cellulaires, ou, en ce qui concerne le sérum, pouvant renfermer encore des débris de leucocytes Ou d’hématies. Le blanc d’oeuf est un simple produit de sécrétion sans mélangé d’aucun élément figuré. Dans ces conditions, toute intervention d’éléments histologiques et, par conséquent, toute intervention phagocytaire est rigoureusement écartée. Il est permis de penser que cette propriété du blanc d’œuf n’est pas sans jouer un certain rôle dans la protection de l’œuf des oiseaux et peut-être aussi des poissons et des batraciens. Ces œufs n’ayant pas d’enveloppe calcaire possèdent, on le sait, un revêtement albumineux.
Nous sommes ainsi enclin à croire que cette propriété bactéricide des micro-organismes n’est pas propre seulement à l’ovalbumine et à la séralbumine, mais à d’autres protéides, en particulier à la mucine. C’est vraisemblablement à cette action bactéricide du mucus qu’est due la destruction d’un certain nombre de microbes qui pénètrent à l’état de saprophytes dans les cavités naturelles munies de glandes à mucus, spécialement dans les bronches.
Le pouvoir bactéricide du mucus nasal.
(En collaboration avec M, Lermoyez.)
Nos cavités naturelles sont, en dehors même de tout traumatisme, la voie d’entrée de certaines infections. Le nez, en particulier, est une porte constamment ouverte sur le monde extérieur. L’air qui le traverse est ehargé de germes ; et ceux-ci, trouvant dans le canal trachéo-bronchique une voie libre, iraient se déposer à la surface de la muqueuse pulmonaire, dont la minceur protégerait mal le milieu sanguin contre leur pénétration, si les fosses nasales n’exerçaient, vis-à-vis de ces agents nuisibles, une action d’arrêt incontestée. La clinique confirme ce rôle du nez, en nous montrant combien grave par ses conséquences, parfois mortelles, peut être l’obstruction nasale, l’effet de celle-ci étant de nous forcer à réspirer par la bouche, ce qui permet à l’air inspiré de tourner les obstacles défensifs que la nature a placés sur sa route naturelle.
Il est aujourd’hui classique d’admettre que l’effet protecteur des fosses nasales s’exerce par trois séries d’actes distincts : I" réchauffement de l’air inspiré; 2° humidification de cet air; 3° arrêt des poussières qu’il renferme. De cette série d’actions préservatrices, nous ne retiendrons que la dernière. A priori, à ne considérer que l’architecture intérieure du nez, il est évident que tout y est disposé pour y faire un excellent filtre de l’air. Dans les narines, celui-ci se nettoie d’abord dans l’enchevêtre-
leucocytes et quelques cellules épithéliales. Ce n’est pas là, à vrai dire, du mucus nasal physiologiquement pur; e’est Un mélange des humeurs sécrétées par les. cellules caliciformes et les glandes de la pituitaire, additionné de liquide lacrymal : mais, au point de vue physiologique, c’est le seul qu’il nous importe dè considérer, puisque c’est celui qui, à l’état normal, baigne la muqueuse nasale. C’est un mucus nasal mixte, comparable à la. salive mixte sur laquelle ont porté les recherches de la plupart des bactériologistes.
Nous avons employé le mucus nasal ainsi recueilli, soit à l’état naturel, soit après l’avoir stérilisé par le procédé de Tyndall. Les résultats obtenus par nous avec le riiueus tyndallisé et le mucus naturel ont été absolument identiques. En effet, si l’on a soin d’en rejeter les premières gouttes qui ont balayé le nez, le mucus nasal qu’on obtient par l’excitation d'une pituitaire saine ne contient généralement pas de microbes. Nous avons maintes fois vérifié ce fait, qui est en opposition flagrante avec l’idée qu’on s’est faite de la richesse de la flore bactérienne des fosses nasales. Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais employé pour nos expériences que du mucus nasal dont nous avions préalablement contrôlé la stérilité par des cultures sur plaques.
Dans une première série d’expériences, qui fait l’objet de ce travail, nous, étudions le pouvoir bactéricide du mucus nasal sur la bactéridie char-
Le mucus nasal, provenant de diverses sources, et employé soit à l’état naturel, soit après stérilisation par la méthode de Tyndall, a été ensemencé avec du bouillon contenant des bactéridies charbonneuses, et maintenu à l’étuve pendant un temps variant de deux heures quarantecinq minutes à trois semaines.
Ce mucus a servi à faire un grand nombre de plaques de gélatine, dont .aucune n a présenté la moindre colonie de charbon, quelle qu’ait été, dans les limites ci-dessus indiquées, la durée du contact du mucus avec les spores charbonneuses. Ces plaques se sont même montrées stériles, alors qu’elles, étaient faites avec la totalité du mucus ensemencé.
D’autre part, nous avons pratiqué des inoculations chez le cobaye. Le mucus nasal, ensemencé avec le Bacillus anthracis, et placé dans 1 étuve à 38 degrés, pendant un temps variant de deux à vingt jours, puis inoc.ulé à des cobayes sous la.peaù du ventre, soit à doses moyen-
nés, soit à doses massives, s’est constamment montré inoffensif, et n’a produit aucun accident local ni général.
Au contraire les cobayes témoins, inoculés avec la même quantité de bouillon charbonneux, cultivé dans les mêmes conditions et les mêmes délais, sont toujours morts dans un espace de temps variant de deux à cinq jours.
Il résulte donc de nos expériences que le mucus nasal humain jouit vis-àvis du Bacillus anthracis d'un pouvoir bactéricide considérable.
Dans une série d’expériences analogues, nous avons étudié le pouvoir bactéricide du mucus nasal sur d’autres microbes. Nous avons vu que son action s’exerce très inégalement sur les différents agents pathogènes; il ne semble pas avoir sur plusieurs d’entre eux un pouvoir bactéricide aussi énergique que vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse. Néanmoins, sur tous ou presque tous son action s’exerce dans le même sens : seule, l’intensité de ses effets varie.
C’est par l’incessante sécrétion de son mucus que le nez se défend contre les attaques des germes qui constamment l’assaillent; c’est vraisemblablement par suite de la suppression momentanée où durable de celle-ci, qu’il succombe dans la lutte de tous les instants qu’il a à soutenir contre eux : ce doit donc être en imprimant à sa sécrétion une activité exagérée, qu’il cherche de nouveau à triompher d’eux. Telle est, ce nous semble, le vrai sens de l’hypersécrétion muqueuse qui caractérise la phase d’état des rhinites aiguës, du coryza en particulier. Contre l’infection locale qu’elle a laissé se constituer, la pitunaire lutte d’abord en augmentant la quantité de sa défense ordinaire, la sécrétion du mucus bactéricide. Cet effort peut suffire ; là s’arrête alors la maladie. Sinon, le coryza entre dans sa phase de suppuration; au mucus a succédé lé muco-pus : c’est alors que la pituitaire a appelé à son aide un second mode de résistance, l’exagération de la diapédèse qui s;e fait normalement à sa surface ; aux actes bactéricides se joignent les réactions phagocytaires;
Nous ne croyons pas que ces actes de défense dé l’organisme par les propriétés bactéricides du mucus, que nous sommes les premiers à mettre en lumière, doivent sé limiter aux fosses nasales. A notre-sens; ils s’exercent partout où, à la surface de nos .membranes, existe Une couche de mucus, en particulier sur le trajet des voies aériennes. Quelques expériences nous autorisent à émettre l’idée que le mucus qui enduit
l’urètre, que celui qui tapisse la cavité du col utérin remplissent les mêmes fonctions protectrices que le mucus du nez. Toutefois, la difficulté extrême qu’il y a à recueillir à l’état de pureté et en quantité suffisante ces divers produits de sécrétion rend la démonstration expérimentale de leurs propriétés bien plus difficile à réaliser que celle que nous avons très nettement donnée du pouvoir bactéricide du mucus nasal. Il est, d'ailleurs, logique de généraliser à tous les mucus, dont la composition est identique, les propriétés biologiques que possède incontestablement
Des infections cadavériques et agoniques.
Il faut retenir de ces faits que pour interpréter correctement les constatations microbiologiques faites à l’autopsie, il faut que cette autopsie, ou du moins les prélèvements microbiologiques, aient été faits aussitôt que possible après la mort. Un exemple frappant en est donné par le cas de MM. Charrin et Veillon qui isolèrent dans le pus d’une péritonite, aussitôt après le décès, le pneumocoque. A l’autopsie, faite vingtquatre heures après, le pus ne contenait plus que le Bacterium coli.
Dans d'autres séries d’expériences, j’ai cherché à déterminer le moment précis où s’effectue cet envahissement de l’organisme par les bactéries et j’ai eu recours à divers procédés qui m’ont tous donné, avec une fréquence variable, des résultats analogues.
En asphyxiant des animaux, en les tuant par le froid, par la chaleur, en les empoisonnant par l’arsenic, on détermine la diffusion des microbes intestinaux dans le péritoine, dans le sang de la veine porte et dans le
II. - BACTÉRIOLOGIE CLINIQUE. - RECHERCHES PORTANT SUR LES PROPRIÉTÉS PATHOGÈNES DE DIFFÉRENTS MICRO-ORGANISMES.
Des angines pseudo-diphtériques de la scarlatine
Souvent, dans la scarlatine, on voit apparaître des angines pseudomembraneuses qui ont toutes les apparences de l’angine diphtérique, mais qui semblent en différer par leur marche et leur pronostic. Cette similitude et ces dissemblances ont donné lieu à de nombreuses discussions sur la nature réelle de ces angines. Les conclusions de ce mémoire établissent que dans les angines pseudo-membraneuses précocKS, s’étant établies dès les premiers jours de la scarlatine, on n’a pas consl até la présence du bacille de Loffier, même quand ces angines présentent tous les caractères de l’angine diphtérique.
Dans l’angine pseudo-membraneusè tardive survenant une ou plusieurs semaines après l’éruption, on trouve le bacille de la diphtérie. Dans, les angines précoces pseudo-diphtériques, on trouve seul ou associé à d’autres microbes pyogènes, un streptocoque analogue à celui de l’érysipèle. L’angine pseudo-membraneuse précoce de la scarlatine n’est donc pas, du moins dans la très grande majorité des cas, de nature diphtérique.
Cette étude, dont les résultats ont été depuis confirmés par plusieurs auteurs, a entraîné une conclusion pratique importante.
Auparavant, dans la plupart des services hospitaliers d’enfants, dès que, chez un malade atteint de scarlatine, on voyait se manifester une angine pseudo-membraneuse d’aspect diphtérique, on n’hésitait pas à l’évacuer dans les pavillons de diphtérie.
Actuellement cette mesure fâcheuse est abandonnée. Elle ne pouvait avoir en effet d’autre résultat que d’exposer précisément le malade à contracter la redoutable maladie dont on supposait, à tort, qu’il était atteint. (Ce mémoire a été couronné par la Faculté de Médecine de Paris, prix Jeunesse.: Hygiène).
pratiqué l’extirpation. C’est le premier cas de lèpre où un sans aucune autre manifestation lépreuse, ait été enlevé
ne saurait être eu effet encore prononcé, car on sait quelle peut être la durée de l’incubation de la lèpre.
Vitalité, conservation de la virulence, variations de forme du bacille de la peste dans l’eau de mer (en cblla-
■ : boration avec M. Bourges,). Arch.' de Médecine expérimentale, !S00.
11 est reconnu généralement que la peste n’est pas transmise par l’eau.. C’est ce que l'on a observé partout. Cependant Hankin, aux Indes anglaises, a isolé le bacille de la peste de l’eau d’une mare, dans un .village où sévissait le fléau. Il fit curer et désinfecter la mare, et à partir de ce moment la maladie ne reparut plus dans le village, Hankin donné ce fait comme un exemple de la possibilité de la transmission de la peste par l’eau. Malgré cela, il est incontestable que l’eau n’a joué qu’un rble tout à fait exceptionnel dominé agent de transmission-dans lesépidémies de peste; • ..... r' ■' . . e 1 ■ ; >o j
Pour expliquer ce fait, les auteurs faisaient valoir cette raison que lë bacille pesteux ne vit pas longtemps dans l’eau douce. Nous avons montré que, dans l’éau de mer, la ètïrvié du bacille de Yersin’pouvait aller jusqu’à 47 jours, la virulence étant conservée jusqu’au’4Ô S jour. Cette longue persistance de la.virulence, qui né disparaît complètement qulavee la. vitalité , et reste entièrement intacte presque jusqu’à ja fin, nous a semblé constituer un fait digne de remarque. Il serait intéressant de
'celui dé la peste conservent aussi'longtemps leurs propriétés pathogènes.,
obtenus :
Le vaccin de Haffkine confère aux souris, d’une façon inconstante, il est vrai, une immunité appréciable vis-à-vis de l’infection pesteuse. Cette immunité peut être établie d’une façon très précoce. Deux des animaux d’une de nos séries ont survécu définitivement, alors qu’ils ont été infectés de peste, l’un six jours et l’autre trois jours seulement après la vaccination. Deux souris inoculées de peste cinq jours après la vaccination ont eu une survie plus longue de deux jours que celle du témoin.
Dans la plupart de nos expériences, l’inoculation du bacille pesteux a été pratiquée de deux à trois mois après la dernière vaccination.
Enfin, l’immunité conférée ' semble pouvoir durer très longteinps. Deux souris qui avaient été vaccinées à deux reprises ont définitivement survécu à l’inoculation de la peste faite sept mois et vingt et un jours après la secondé vaccination.
De la réaction acide des cultures du pneumocoque (en
collaboration avec M. le D' Mosny). C. R. de la Soc. de Biol., séance
du 27 janvier 1894.
üne des particularités biologiques les plus intéressantes du pneumocoque est sa courte survie dans les milieux artificiels de culture. Or, en vérifiant la réaction de bouillons ensemencés avec le pneumocoque, M. Mosny et moi avons trouvé que ces bouillons, de neutres qu’ils étaient, devenaient franchement acides, que le degré de celte acidité dépendait de l’échantillon du pneumocoque ensemencé, et principalement de son degré de virulence, enfin que cette acidité était due à la formation, entre autres acides, d’acide formique.
La courte vitalité du pneumocoque dans les cultures est bien due à la présence de cet acide, dont M. Duclaux a démontré le pouvoir antiseptique très énergique. En effet, si l’on neutralise cet acide au fur et à mesure de sa formation en additionnant les milieux de culture de carbonate de chaux (méthode de Pelouzé et Gélis, employée par Pasteur pour la fermentation lactique), on assure au pneumocoque, dans de tels
B. — De la résistance du bacille dé la tuberculose à l’action du suc gasue (en collaboration avec M. le Prof. Straos). Congrès de la tuber-
isolé de bacilles pathogènes dans le colostrum, de même que dans la bouche des nouveau-nés ; ni le bacille lactique, ni le B. coli. (In Précis de Bactériologie clinique), p. 350.