I. — TUMEURS D'ORIGINE EMBRYONNAIRE (DYSEMBRYOMES
Un nombre considérable de tumeurs d’origine nettement embryonnaire m’étant parvenues, les unes par opérations de chirurgiens, mes amis, les autres par autopsies faites sous ma direction effective, l’étude de leur histogénèse me tenta. Ce problèmi d’anatomie pathologique générale m entraîna dans des recherches beaucoup plus étendues que je ne l’avais pensé tout d’abord.
C’est l’ensemble de ces travaux qu’il est bon de résumer ici.
En premier lieu, et pour éviter toute confusion dans les idées aussi bien que dans les conceptions doctrinales, une terminologie strictement définie m’a paru s’imposer. Les expressions d’ « embryotnes », de « tumeurs embryonnaires », de « tumeurs mixtes », n’ont pas eu toujours la même signification sous la plume des différents auteurs. Si l’on accepte, pour l’ensemble de ces tumeurs, une « malfaçon » originelle de l'être en voie de formation, une « dysembryoplastie » (et, aujourd’hui, cette pathogénie n’a plus que des partisans), le terme général de dysembryoplasmomes, ou plus simplement de dysembryomes, me semble valable : 11 domine la totalité des tumeurs dues à une défectuosité architectonique survenue au cours du développement de l’organisme. Qu’il s’agisse d’une « insuffisance », d’un « excès », ou d’une « aberration formative », peu importe au point de vue de la notion de la pathogénie générale.
On conçoit, sans aucune difficulté, que l’ilot ainsi malformé puisse, suivant les cas, se développer de bonne heure, dès la vie fœlale même, ou demeurer minime et somnolente, pendant un temps plus ou moins long, et ne devenir appréciable h nos
« fibromes perlés » des pyramides du rein, les i angiomes » et les « kystes » du foie en sont, parmi tant d’autres, des exemples très communs.
Pour procéder en ordre, étudions d’abord les Tumeurs congénitales; nous passerons ensuite à un groupe, intéressant et varié, d’embryomes ou mieux de Dgsem-
celui des Adénomes des glandes myo-épitliehales.
L’ensemble de ces faits nous amènera à quelques vues générales utiles à l’histoire anatomo-pathologique des Tumeurs bénignes de la glande mammaire.
1“ Tumeurs congénitales proprement dites.
Reins polykystiques congénitaux cause de dystocie. Syphilis héréditaire.
(In Thèse de Hergolt pour le concours d’agrégation : Des maladies fœtales qui peuvent faire obstacle à l'accouchemenl, Paris, 1878.)
Ce fait, d’un haut intérêt général, peut se résumer de la façon suivante ; Syphilis maUmielle, Grossesse gemellaire. Accoiichenient preinatiire. Le premier enfant, ne mort, est atteint de rems polykystiques énormes. Le second enfant succombe au 9“ jour, et présente do nombreuses lésions syphilitiques viscérales et des ostéopathies
L’e.xamcn microscopique des reins kystiques fut pratiqué par mon maître et ami Malassez, qui y reconnut, de la façon la plus précise, l’ensemble des lésions et la « maladie polykystique » des reins (Obs. Ll, p. 158).
On ne peut pas ne pas tenir compte du terrain, formellement syphilitique, sur. lequel celte métamorphose tumorale des deux parenehymes rénaux s est développée. Imputer à la Vérole cette malformation dyseinbryoplaslique des reins, n’est pas moins logique que rattacher à la même cause infectieuse nombre des malformations congénitales du cœur, de la face bu des membres, si communes chez les hérédo-syphilitiques avérés ou latents.
Chondrome élastique du poumon, avec malformations bronchiques congénitales, rate supplémentaire et foie « à lobe flottant ».
(Soc. Anatomique, mai 1911, et Presse Médicale, décembre 1910 ; foie à lobe flottant.)
Sur une femme atteinte de foie « à lobe flottant » (') et ayant succombé à une alfeclion cardiaque valvulaire mitrale, le poumon droit contenait, au centre du lobe
Certaines régions du corps, la face et ses dépendances, le cou, la région pré-loinbaire, la région sacro-cüccygienne, l’ensemble du revêtement légumentaire du corps, sont, assurément, vouées aux dysembryomes. De ces parties, le plus grand nombre passent, au cours du modelage de l’embryon, par tant de complications organogéniques et morphogéniques, par tant de « remaniements ». que l’on comprend combien la plus minime défectuosité risque de laisser en route quelques îlots d’éléments. L’extrême fréquence des tumeurs de la face et du cou, dues à une faute dans le jeu des arcs branchiaux {branchiomes) en est une des conséquences bien connues. 11 est bon de noter cependant, à cet égard, que le développement normal des dents, pour citer un exemple, comporte la persistence indéfinie de maints débris épithéliaux embryonnaires para-
l’on peut se demander si certains des « manques » de la face et du cou, ne sont pas, eux aussi, plus d’une fois la suite d’tm état normal, d’origine branchiale. En ce cas, les branchiomes qui en naîtront ne représentent-ils pas (comme les tumeurs primitives de la mâchoire) des néoplasmes provenant, par état de reviviscence suractive, de « débris para-branchiaux », constants dans tout organisme, et nullement accidentels?
La question, pour ce qui est des arcs branchiaux, tissus de transition, n’a, à dire le vrai, qu’un intérêt de second ordre. Elle acquiert une plus haute importance lorsqu’il s’agit de rechercher les origines et les causes de maintes tumeurs primitives du tronc, des membres ou des viscères et considérées, encore aujourd’hui, par la grande majorité des auteurs, comme n’ayant aucun rapport avec les malfaçons embryonnaires, et comme devant êire rattachées h je ne sais quelle force inconnue, à quelque infection, soit parasitaire, soit microbienne, cause effective des cancers.
Pour en rester aux dysembryomes d’origine branchiale, aux branchiomes, dont j’ai eu, pour ma part, un nombre important d’exemples mis à ma disposition par mes collègues chirurgiens, leur étude m’a permis d’insister sur certains caractères, utiles à la pathogénie générale des tumeurs d’origine embryonnaire.
En premier lieu, citons le polymorphisme des lésions, de nos jours bien connu, et l’association, la combinaison de divers tissus de la lignée conjonctive avec des tissus épithéliaux, d’où le terme de « tumeurs mixtes » qui leur fut, jadis, imposé. .
Sans doute, la majorité des branchiomes est constituée par des tissus multiples. Il existe cependant des exceptions, acceptées de tous : par exemple, les kystes congénitaux du cou, les adéno-lymphangiomes, dont les cavités, séreuses (en apparence du moins), sont discutables quant à leur origine purement conjonctive : ces lésions représentent des « tumeurs mixtes » dans lesquelles tout tissu épithélial peut faire absolument defaut, du moins au moment où 1 examen microscopique en est pratiqué. De même, pour certaines tumeurs para-salivaires, presqu’uniquement composées de masses de tissu myxomateux, ou de sarcome, et dans l’intimité desquelles, aucune ou à peu près aucune trace de cellules épithéliales ne peut plus être
i décelée.
La conclusion que j'ai cru devoir tirer de ces faits, et d’autres encore est la suivante ; tout dysewibryome peut, à un moment donné, n’être composé que par un seul et unique tissu de la lignée connective. Et j’en ai apporté, à propos des branchiomes, un exemple qui m’a paru démonstratif ; le Gonjonctivome pur (V. p. 26.)
Kyste séreux congénital (emiryome) de la lèvre (Conjonctivome pur).
{Bull, Soc. anatomique, 25 octobre 1908.)
Contribution à l’étude des Branchiomes (tumeurs mixtes) de la lèvre.
Adénome salivaire avec formations kystiques (Tumeur mixte (branchiome) de la lèvre supérieure.) '
(Bull. Soc. anatomique, 9 novembre 1908.)
Cylindrome récidivé de la joue.
(Bull. Soc. anatomique, février 1911; en collaboration avec Ch. Nélaton.)
Ëpulis dysembryoplastique (Emhryome de la muqueuse gingivale.)
{Bull. Soc. anatomique, 9 décembre 1909, p. 941 ; en collaboration avec bcHAn-Ein)
Ostéome central du maxillaire inférieur (emhryome à type ostéogénique pur.) (Bull. Soc. anatomique de chirurgie, 2 octobre 1907 ; en collaboration avec Mouestin.)
Emhryome de la région parotidienne à prédominance sarcomateuse.
(Bull. Soc. anatomique, 9 juillet 1909.)
Emhryome (tumeur mixte) de la région sus-hyoïdienne.
(Bull. Soc. anatomique, 23 juillet 1909.)
Tumeur mixte para-sous-maxillaire, à prédominance myxomateuse.
[Bull. Soc. anatomique, 23 novembre 1910; en collaboration avec Miciios.) Quand on suit, sur les coupes microscopiques, l’évolution des dilférentes parties