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LA PRATIQUE DE L’ALLAITEMENT

Nos travaux ont visé l’allaitement physiologique, l’allaitement par tétée artificielle, l’allaitement par nourrice, l’allaitement artificiel, les accidents de l’allaitement.

Allaitement physiologique.

Dès 1894, dans un travail inspiré des leçons faites à la clinique Baudelocque par le professeur Pinard, nous avons appelé l’attention sur la nécessité de renoncer à établir une mesure fixe dans le poids des tétées. Nous avons, en outre, mis en évidence qu’une même nourrice se montrait avec des qualités différentes, à des allaitements successifs et qu’il était nécessaire que la ration s’établisse pour chaque nourrisson, pour chaque lait, ce dernier étudié dans ses effets sur l’accroissement du nourrisson, plus que sur les qualités physiques ou chimiques, révélées par l’analyse. Nous avons insisté sur les phénomènes cliniques de la tétée qui, à défaut du contrôle de la balance, arrivent pour un oeil observateur à renseigner avec assez d’exactitude sur la valeur du repas pris par le nourrisson. Nous avons considéré l’allaitement mixte comme une variété d’allaitement au sein.

Allaitement par tétée artificielle.

Dès que nous avons eu connaissance de la succipompe inventée par de Rohan, et présentée par Couvelaire à la Société d’obstétrique, de gynécologie et de pædiatrie, nous avons entrepris des recherches sur les avantages de cet instrument et, avec notre élève André, nous avons établi ce que pouvait donner ce que nous avons appelé « la télée artificielle ».

Nous avons, à l’aide de cet instrument, réussi pour la première fois, à

ce qu’un enfant atteint de bec-de-lièvre puisse être allaité par sa mère, qui fournissait près d’un litre de lait par jour. Nous avons réussi k nourrir de lait maternel des prématurés, qui auraient été incapables de provoquer et d’entretenir une sécrétion lactée. Enfin il nous a été donné de faire pratiqner, comme seul allaitement, l’allaitement par tétée artilicielle, sur une femme dont les bouts de sein trop volumineux ne pouvaient pas pénétrer dans la bouche du nourrisson. Chez une femme atteinte d’abcès du sein, on réussit par des tétées artificielles régulières à entretenir la sécrétion lactée pendant toute la durée du traitement de l’abcès. De même, au cours du traitement des crevasses du sein on peut, ii l’aide de la tétée artificielle, supprimer les contacts infectants et si douloureux de la bouche de l’enfant.

La tétée artificielle permet, en outre, de nourrir par l’allaitement au sein des enfants contaminés ou simplements suspects.

Pour toutes ces raisons, la fréquence de l’emploi de la tétée artificielle permet de la considérer comme une méthode d allaitement, ayant les règles et les indications que nous avons essayé de fixer.

Allaitement par nourrice.

Nous avons dû, en traitant les questions d’allaitement, nous expliquer sur l’allaitement par nourrices, qui, quoique en diminution notable est encore en usage en France. Nous avons pensé que le meilleur moyen de sauvegarder les intérêts de l’enfant abandonné par la nourrice, comme ceux du nourrisson auprès duquel elle se place, était de n’accepter que des nourrices dont l’enfant soit âgé de trois mois. Cet enfant est plus résistant, plus en état de supporter la séparation que s’il est plus jeune, et d’autre part, femme et enfant, s’ils sont sains, ont fourni une bonne preuve qu’il n’y a pas de spécificité chez eux. Quant k la nourrice de la loi Roussel, celle dont l’enfant est ûgé de sept mois, on ne la rencontre pas souvent dans les bureaux de nourrices. Elle ne remplirait, du reste, qu’exceptionnellement la carrière d’un allaitement au sein.

En ce qui concerne l’examen de la nourrice, nous avons pensé qu’il ne fallait pas s’égarer, comme on l’enseigne ordinairement dans la recherche des qualités de la nourrice. Nous croyons préférable de concentrer l’attention sur ses défauts, et de viser à en éliminer deux capitaux : la syphilis et

la tuberculose. Toute Tattention doit, en outre, se porter sur l’examen du nourrisson, que l’on ne doit omettre sous aucun prétexte.

Allaitement artificiel.

L’allaitement artificiel est, dans quelques cas, une solution obligatoire. 11 est quelques principes directeurs dans ce mode d’allaitement, qui sont encore en discussion. Une question primordiale est celle de l’état du lait et de son mode de préparation.

Nous nous sommes élevé contre l’usage ordinaire du lait cru, comme trop gros de dangers, nous considérons son emploi comme une mesure d’exception, à titre thérapeutique, en cas de maladie de Barlow.

Dans la pratique courante, nous considérons qu’il faut être éclectique dans le choix d’un mode de stérilisation. Dans l’allaitement mixte, tous les reproches adressés au lait autoclavé tombent, réparés par l’action du lait vivant fourni par la femme. Au contraire, dans l’allaitement exclusivement artificiel, il vaut mieux s’adresser au lait préparé par le procédé de Soxhlet, ou par l’ébullition prolongée, cette méthode est suffisamment sfire si l’on réussit à obtenir le lait fraîchement trait, et si on le reçoit moins d’une heure après la traite.

L’allaitement artificiel comporte des réflexions spéciales aussi, concernant les coupages à employer. Il est entièrement irrationnel d’indiquer à l’avance une proportion de coupage, portant sur un lait inconnu, et sur les facultés digestives d’un nourrisson, qui n’a pas fait ses preuves. Ce coupage au contraire, s’établira rationnellement en suivant les progrès de l’enfant, et l’état de ses selles.

Les accidents de l’allaitement.

C’est sous cette rubrique que nous avons réuni les infections du sein et les traumatismes du mamelon. Nous avons réussi à établir avec notre élève Rouzaud que la fréquence des crevasses du mamelon était beaucoup plus considérable qu’on ne l’indiquait ordinairement. Nous avons recommandé comme le meilleur moyen de traitement, les lavages à l’eau oxygénée, désinfectante et non toxique. Nous avons en cas de douleurs vives recommandé l’emploi de la tétée artificielle.

Qu’il s’agisse de crevasses, ou de leur complication fréquente, la lymphangite, nous avons insisté sur la nécessité de retarder, autant que possible, l’interruption de l’allaitement, en nous appuyant sur l’absence d’inconvénients de la continuation de 1 allauement, et pour le nourri on, et pour la marche de la lymphangite. Dans la thérapeutique des abcès du sein, nous recommandons l’intervention précoce, de façon à pouvoir la faire très limitée, et aussi petite que possible pour les nécessités du drainage. Les larges incisions classiques, délabrant à jamais le sein, et sectionnant les canaux galactophores, ne doivent, à notre avis, n’être réservées qu’aux phlegmons mammaires.

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