LA MORTALITÉ INFANTILE DES QUATRE PREMIÈRES SEMAINES DE LA VIE
La question de la mortalité infantile est ordinairement étudiée dans l’ensemble de la première année. Nous avons essayé de dégager le rôle que joue dans cet ensemble la mortalité du premier mois, de chercher à en révéler les causes et d’en indiquer les remèdes.
I. Le chiffre de la mortalité, ■ — Nous l’avons demandé à plusieurs
sources, mais uniquement dans des documents français, plus à notre portée.
La statistique de la ville de Paris, dans une série s’étendant de 1893 à 1907 nous montre que la mortalité du premier mois est considérable, par rapport à celle des autres mois, qu’elle représente un quart, un tiers, la mortalité de toute la première année.
Une statistique de Guillon, dans le département de la Vienne, une autre de Luling, conduisent au même résultat.
Les statistiques de la ville de Paris révèlent en outre, d’une façon frappante, la mortalité du premier mois, exagérée la première et la troisième semaine presque du simple au double.
On peut donc conclure :
1° Que la mortalité est plus marquée dans le premier mois de la vie que dans les autres mois de la première année.
2“ Que cette mortalité présente en outre au cours du premier mois deux accentuations très nettes, la première semaine et la troisième semaine de la vie.
IL ReCHEBCHES des causes de la MOR’l'ALITÉ DU PREMIEll MOIS. — NouS aVODS dirigé nos rechercbes dans 3 groupes de causes ; Causes obstétricales, causes médicales, causes sociales.
1° Causes obstétricales. — Au point de vue purement clinique, nous avons noté, sur une longue statistique de la Clinique Baudelocque de 1891 à 1907 sur 42 000 accouchements, une mortalité relativement faible, de 1 222 décès dans une maternilé qui centralise un peu les cas de dystocie.
L’étude détaillée de trois années prises à dix ans d’intervalle : en 1891, 1901, 1911 dans le même service nous a révélé que parmi les morts, les prématurés dominaient, au nombre de 161 pour 46 traumatismes, 34 enté-
parfois la moitié du chiffre total de
2” Causes médicales. — Parmi les causes médicales, les infections microbiennes et, en particulier la gastro-entérite, sont notées avec fréquence. Le diagnostic posé rétrospectivement par les commémoratifs des multipares, nous a permis de grouper quelques cas donnant pour tOO entérites, t03 cas de causes diverses, mais encore 188 prématurés. La prématuration s’inscrit donc en place importante il côté de la gastro-entérite parmi les causes médicales.
3” Causes sociales. — Une statistique de 10 ans (1901-1910) faite dans le département de la Seine, démontre que la mortalité a des degrés surtout accentués le premier mois, suivant que l’enfant est illégitime ou légitime, et qu’il est près ou loin des parents. Les enfants qui meurent le plus sont les illégitimes loin de la famille, ensuite les légitimes loin de la famille.
puis les illégilimes près de la mère, et enfin les légitimes dans la famille.
11 est ainsi rendu évident que la séparation prématurée de l’enfant et de la famille est une cause frappante de la mortalité.
III. Remèdes. — La mortalité par causes obstétricales est, à l’heure actuelle, très atténuée dans tous les pays par les progrès réalisés dans la thérapeutique de la dystocie. La mortalité de cause médicale par gastro-entérite est, depuis la pratique de la stérilisation du lait, facile ii prévenir. Il reste donc surtout à retenir la prématuration, comme cause de mortalité venant aggraver le traumatisme obstétrical ou les infections microbiennes.
Au point de vue social, l’éloignement prématuré de l’enfant des soins familiaux semble dominer l’influence du mode d’allaitement.
Le remède à la mortalité doit être d’ordre général et entrepris dans une direction, qu’il nous est maintenant possible de localiser et de préciser. Il faut que l’effort d’assistance se concentre principalement sur l’assistance de la femme enceinte et de la femme accouchée dans le dernier mois de la grossesse et dans le premier mois de la vie de l’enfant afin d’éviter, d’une part, la naissance prématurée; d’autre part, la séparation précoce de l’enfant du milieu familial.
IV. Conclusions. — En résumé, la grande mortalité de la première année est faite — en grande partie — de la mortalité du premier mois. On a réussi ii atténuer le traumatisme obstétrical; on peut prévenir la gastroentérite. Mais il reste à attaquer les principales causes que nous dénonçons aujourd’hui : la naissance prématurée et l’abandon précoce de l’enfant.
L’effort d’assistance doit donc, pour réussir, viser avant tout, la fin de la grossesse et les premières semaines de la vie.