CRISES DE CATALEPSIE HYSTÉRIQUE ET RIGIDITÉ DÉCÉRÉBRÉE
L’aspect volontaire des crises d’hystérie, leur déclenchement sous l’influence de la suggestion, ne sauraient être contestés ; c’est le mérite de M. Babinski d’avoir bien mis en valeur ces deux faits cliniques ; m^is ces caractères fondamentaux ne résument point toute l’histoire des crises ; en effet, même lorsqu’elles paraissent le plus nettement consenties ou acceptées par’ le malade désireux d’attirer l’attention, elles correspondent cependant à un bouleversement physiologique profond et véritable. La crise d’hystérie suppose nécessairement l’intervention de processus physiologiques réels qui réalisent un terrain spécial particulièrement sensible à l’action des causes occasionnelles suggestives ou émotives ; à la perturbation des réactions psychiques s’associent presque toujours chez ces malades la perturbation et le déséquilibre des réactions physiologiques. L’hystérie ne postule pas un terrain constitutionnel spécial, l’infection, par exemple l’encéphalite, peut créer de toutes pièces ce terrain favorable. Ces considérations générales nous ont été inspirées par l’étude prolongée de crises de catalepsie hystérique réalisant l’aspect de la rigidité décérébrée.
Une malade de 18 ans présente, pendant plusieurs années, avec un rythme et une fréquence variables suivant les périodes, des crises de rigidité avec immobilisation prolongée en contracture tonique ; très rarement s’y associent des mouvements convulsifs hystéri-
ques ; ces crises on-t un début brusque et la malade tombe en masse, elles durent généralement un quart d’heure, mais peuvent se prolonger plusieurs heures ; pendant tout ce temps la malade reste immobile, fixée dans la même attitude, sans rémission apparente de la contracture ; la perte de connaissance paraît complète, le rythme respiratoire est très lent, parfois même la respiration paraît suspendue, le pouls est assez lent ; la coloration de la face n’est pas modifiée. L’impression est celle d’un sommeil profond ; la fin de la crise n’est suivie d’aucun malaise, d’aucune obnubilation. A ces crises nous avons appliqué la dénomination de « catalepsie ».
Nous définissons ainsi ia catalepsie : « Crise d’immobilisation prolongée de tout le corps avec suspension de '/activité psychomotrice volontaire ». Ces crises de catalepsie sont du domaine de l’hystérie : notre malade avait au point de vue psychique toutes les caractéristiques de la constitution hystérique et les conditions dans lesquelles certaines crises se produisaient, mettaient bien en évidence le rôle de la suggestion ; mais il reste qu’elles s’accompagnaient de modifications physiologiques très importantes et constantes : vagotonie très marquée, ralentissement de la respiration, mydriase, spasme rétinien ; l’inhalation de nitrite d’amyle ou l’injection d’adrénaline les faisaient cesser ; l’hyperpnée, la pilocarpine en injection, les émotions, les provoquaient.
L’hystérie qui se révèle dans cette observation déborde le cadre des accidents simulés ou exagérés ; elle
comporte l’intervention momentanée de facteurs organiques ou, pour mieux dire, physiologiques ; il nous semble qu’il faille retenir avant tout l’intervention de réactions vaso-motrices et de phénomènes d’angiospastne, révélés par l’étude pharmacodynamique et l’ischémie rétinienne. L’hystérie est capable de reproduire, par ses troubles fonctionnels momentanés et probablement surtout par des angiospasmes localisés, des syndromes analogues à ceux que réalisent des lésions anatomiques et dont ils ne se distinguent que par l’évolution.
îtl. - PHYSIOPATHOLOGIE DU LIQÜIDË CÉPHALO-RACHIDIEN