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LA CIRCULATION RÉTINIENNE ÉTUDES OPHTALMODYNAMOMÈTRIQUES

La mesure de la tension dans les vaisseaux rétiniens : .artères et veines, est possible grâce à l’ophtalmodynamomètre de Bailliart. Une expérience de plusieurs années nous permet d’affirmer que cette mesure est précise si l’on veut bien se conformer à quelques règles techniques sur lesquelles nous avons insisté à plusieurs reprises. La pression artérielle et la pression veineuse doivent être mesurées dans la position assise ; le sujet doit être très calme, tout facteur émotif doit être écarté autant que possible ; il faut répéter deux ou trois fois les mensurations au cours d’une même séance d’examen, à quelques minutes d’intervalle ; il est bon de pratiquer des mesures au niveau de chaque œil ainsi que de prendre au préalable la pression artérielle humérale et la pression veineuse périphérique. La pression artérielle diastolique rétinienne présente seule de l’intérêt, la pression systolique est essentiellement variable et influençable ; chez un sujet sain la pression diastolique est de 30 à 35 mm. de mercure ; la valeur du rapport qui l’unit à la pression diastolique humérale est de 0,45. La valeur de la pression veineuse rétinienne est de 25 à 30 cm. ; elle est le double de la pression

humérale. La circulation artérielle rétinienne, dépendance de la circulation générale, présente cependant quelques particularités : territoire de la circulation cérébrale, elle'en a toutes les caractéristiques ; or, nous avons pu constater que la circulation cérébrale est un système en grande partie autonome possédant son appareil régulateur, avec des réactions à diverses sollicitations, notamment aux agents pharmacodynamiques, différentes de celles de la circulation générale ; l’ophtalmodynamomètre permet donc d’objectiver les modes réactionnels propres à la circulation cérébrale. La tension artérielle rétinienne suit les modifications de la pression céphalo-rachidienne, s’élevant quand celle-ci s’élève, s’abaissant quand elle s’abaisse. Expérimentalement, si l’on provoque une augmentation de pression du liquide céphalo-rachidien par l’émotion, le nitrite d’amyle, l’action du froid, la pression diastolique rétinienne monte ; si l’on abaisse la pression rachidienne par hyperpnée, inhalation d’oxygène ou soustraction de liquide, la pression rétinienne baisse ; l’ophtalmodynamomètre rend donc possible une mensuration indirecte de la pression du liquide céphalo-rachidien.

L’étude des pressions vasculaires rétiniennes apporte, dans nombre d’affections, un appoint diagnostique et pa thogénique. C’est tou t d’abord dans l’étude des troubles de la pression céphalo rachidienne que l’ophtalmodynamomètre est utile. Une hypertension artérielle diastolique rétinienne, stable, durable, chez un sujet à pression artérielle normale permet d’affirmer l’hypertension intracrânienne avant la ponction lombaire ; ainsi, bien

avant la période de stase, le fond d’œil est capable de livrer le secret d’une hypertension ; cette hypertension rétinienne n’est que grossièrement parallèle à l’augmentation de tension intracrânienne, aussi ne renseignet-elle qu’approximativement sur son degré ; toutefois, elle en suit assez bien l’évolution et elle permet d’en suivre les paroxysmes et les rémissions ; elle permet notamment de constater l’action éphémère des injections intraveineuses hypertoniques. Lorsqu’il existe des cloisonnements des espaces sous-arachnoïdiens, isolant la cavité crânienne des espaces sous-arachnoïdiens médullaires, la pression artérielle diastolique rétinienne rend possible le diagnostic d’hypertension avant la ponction ventriculaire.

L’hypertension rétinienne ne survit point habituellement à la constitution de la stase ; d’une façon constante elle diminue dès l’apparition des premiers signes d’œdème papillaire.

Les recherches sur la pression veineuse au cours de l’hypertension intracrânienne aident à élucider le problème des rapports de la pression céphalo-rachidienne avec la tension veineuse profonde ; elles mettent en évidence leur indépendance relative et, au cours de l’hypertension intracrânienne avec ou sans stase, la pression veineuse rétinienne reste sensiblement normale.

Les mesures ophtalmodynamomélriques objectivent des hypotensions céphalo-rachidiennes fréquentes etqui passent inaperçues ; c’est ainsi qu’elles nous ont permis de rattacher les céphalées souvent rencontrées chez des déprimés, des asthéniques, dans les premières heures

Lamache

de la journée suivant leur lever, à une hypotension relative du liquide céphalo-rachidien ; de même, lors d’accidents de la ponction lombaire ou après une fracture du crâne, cette mesure autorise le diagnostic d’hypotension intracrânienne.

En dehors des modifications de la pression céphalorachidienne, ç’est tout un ensemble de troubles de la circulation cérébrale que i’ophtalmodynamomètre permet d’étudier. Dans l’émotion, on observe une augmentation de la tension rétinienne très importante ; chez les sujets émotifs, une émotion vive peut la faire varier du simple au double ; on comprend dès lors aisément que le facteur émotionnel doit être considéré comme un véritable traumatisme encéphalique ; l’importance des perturbations vasculaires qu’il occasionne fait qu’il ne faut point s’étonner des séquelles psychiques ou neurologiques qu’il peut engendrer.

Il y a lieu d’individualiser un syndrome d’instabilité . tensionnelle des vaisseaux cérébraux en rapport avec des troubles de la vaso-motricité ; ce syndrome est- retrouvé fréquemment chez les épileptiques en dehors des crises (J. Dubar et Picard), chez des traumatisés du crâne, présentant le syndrome subjectif de Pierre Marie, à la suite des accidents de la ponction lombaire et enfin au cours de certains troubles mentaux : manie et anxiété. Gette instabilité peut être spontanée ou provoquée, se manifestant au moindre bruit, au moindre mouvement.

Dans la migraine, nous avons constaté au cours de la crise une hypotension rétinienne relative ; cette hypo-

tension, au point de vue pathogénique, a une certaine importance, car elle traduit un spasme de faible amplitude ; nous avons en effet établi avec Tinel que la vasodilatation cérébrale faisait de l’hypertension et la vasoconstriction de l'hypotension.

Mais un des syndromes qui nous semble devoir retirer le plus de bénéfice de l’ophtalmodynamomètre est sans conteste le syndrome céphalée ; déjà, à plusieurs reprises, des céphalées, en rapport avec une hypertension rachidienne modérée ou de l’hypoténsion, ont pu ainsi être diagnostiquées, traitées et améliorées. Mais il. nous faut spécialement attirer l’attention sur certaines céphalées rebelles que l’on aurait tendance à étiqueter « psychiques » et que la mesure de la pression veineuse rétinienne nous a montré être la traduction d’une hypertension veineuse cérébrale primitive, indépendante d’une hypertension veineuse périphérique.

La circulation rétinienne, annexe de la circulation cérébrale, est sans doute un domaine restreint, mais qui peut ouvrir des horizons à la physiopathologie nerveuse.

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