‹ Titus et sa dynastieChapitre 6 sur 15 · Tacite, Hisluires, I · texte numérisé non relu

Tacite, Hisluires, I

LA JEUiNESSE DE TITUS m

renées louables et de corruption cachée, il séduisait ses inférieurs, ses collègues, ses rivaux. Par malheur, le seul avec lequel il fût en mauvais termes était précisément Vespasien; il ne lui pardonnait pas d'avoir obtenu le commandement de la guerre de Judée, qu'il avait espéré. Sa jalousie pouvait être funeste, car il commandait quatre légions, en était aimé, les avait maintenues vaillantes et sous la discipline. Il était connu depuis longtemps de tous les princes de l'Asie ; il parlait avec une adresse merveilleuse ; il excellait à préparer les ressorts de toutes les affaires; lui-même pouvait prétendre à l'empire. Il avait naturellement des allures de César et tout ce qui peut imposer à la multitude, un air de grandeur, l'habitude de la munificence, un faste qui le rehaussait au-dessus de la condition privée. Vespasien, au contraire, était sans dehors, vêtu comme

un simple soldai, gueux et d'une avidité qui le faisait ressembler à un courtisan affamé plutôt qu'au futur maître du monde.

Titus fit sonder le terrain par des amis oouimuns. Sa démarche pleine d'humilité toucha un esprit hautain : rendre visite le premier à Mucien, c'était lui rendre publiquement hommage. Bien accueilh, Titus fit un chemin rapide ; il usa avec tact de tous les moyens de plaire qu'il tenait de la nature ou de l'art, sut concilier les intérêts opposés, adoucir les blessures de la vanité, faire tomber un à un tous les griefs. Mucien fut conquis par la douceur du négociateur, par sa tendresse, par son effusion. On en vint à promettre que Vespasien serait désormais un frère pour son bienfaiteur^, Titus un neveu et presque un fils. Quelle grâce irrésistible n'inspira pas à un ambitieux l'assaut décisif et la conquête suprême î Mucien en effet

pouvait donner l'empire : Titus le lui avouait et il disait la vérité. Ce rôle plut à une âme à la fois indolente et orgueilleuse, qui s'accommodait d'un désintéressement sans péril et d'une, générosité sans exemple jusque-là dans l'histoire. Vieux, sans enfants, il n'eût régné que pour accepter un successeur ; il jugea plus court de revêtir de la pourpre le père de Titus et de Domitien , il jugea plus glorieux d'étonner le monde. Dès lors il fut un auxiliaire tout-puissant. Non-seulement son adhésion entraîna l'Orient, mais, chose singulière, son éloquence persuada le seul homme qui s'opposât sincèrement à l'entreprise : cet homme, c'était Vespasien\

Vespasien n'avait point de goût pour les grandeurs. D'une simplicité vraiment bourgeoise, il s'estimait heureux de la vie des camps

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