‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 40 sur 54 · DIXIÈME HEURE DE LA NUIT · texte numérisé non relu

DIXIÈME HEURE DE LA NUIT

Princevaillantqui disposez d’une fortune et d’une armée à l’aide desquelles vous êtes parvenu à l’empire et au trône !

L’éclat de l’aurore annonce l’approche du nouveau jour, et la nuit, telle qu’un voyageur qui se dispose à partir, nous adresse ses adieux.

Qu’elles ont été charmantes les dix heures qui viennent de s’écouler! Dans un si long espace je n’ai éprouvé ni dégoût, ni ennui.

C’est ainsi que s’enfuient, pour ne plus reparaître, les nuits de notre vie, pendant que nous négligeons les pensées sérieuses.

Insensés que nous sommes, nous passons les nuits, nous passons les jours dans les amusements et les vains plaisirs ; cependant la fin de notre carrière approche,

Et les jours de notre vie s'en vont! Nous n'v faisons point at-

lention, quoique, hélas ! notre vie passée ne soit qu’un lissu'de fautes et de prévarications.

Quel bonheur serait le mien, si j’étais sur qu’il y a encore pour moi un moyen de salut, bien que jusqu’ici je n’aie opéré aucune bonne œuvre !

Seigneur, pardonne le mal que ma main a commis; ne me traite pas comme le méritent mes fautes passées.

Seigneur, protège le commandeur des Croyants, Abou-Hammou le bien-aimé ; accorde-lui l’accomplissement de tous ses désirs.

Afifermis-le dans le pouvoir, consolide son trône pour toujours, élève enfin son illustre règne au-dessus de tous les règnes.

Cette pièce curieuse de mécanique et d’horlogerie parut pour la première fois à la fête du Mauled de l’an 760 de l’hégire (1358-9 de J.-C. ), sous le règne d’ Abou- Hammou II. La Mendjânah avait eu pour inventeur un fameux alfakih et mathématicien de Tlemcen, appelé Abou ’l-Hassan Aly ben-Ahmed, mais connu plus généralement sous le nom de Ibn el-Fahham. Q’était, suivant Yahia ben- ' Khaldoun, l’homme le plus profondément versé dans les sciences mathématiques en fait d’ouvrages de géométrie et de mécanique. « C’est lui, ajoute cet historien, qui a inventé la Mendjânah, connue maintenant dans tout le Maroc (1). Les rois de cette contrée lui ont accordé pour récompense une pension annuelle de mille pièces d’or dont chaque gouverneur de province doit fournir une partie

égale. »

(!) Yahia ben-Khaldoun, fol. 8 v° :

11 avait été disciple d’un autre grand mathématicien, qui était en même temps philosophe et littérateur, Abou Abd’ Allah Mohammed ben-Yahia ben-el-Nedjjar de Tlemcen, lequel mourut de la peste à Tunis, l’an 749 de l’hégire (1). Les historiens ne nous disent pas si la Mendjânah que l’on voyait à la cour des rois de Tlemcen fut la première qui sortit des mains de son inventeur, ni si elle fut exécutée sous ses yeux et sous sa direction. Quoi qu’il en soit, il paraît qu’Abou’l-Iïassan en avait construit d’autres pour les rois de Maroc, puisque ceux-ci lui avaient accordé une pension. La Mendjânah servit longtemps à Tlemcen à orner les fêtes de la cour; car nous la voyons figurer encore cinquante-quatre ans plus tard, en 814 de l’hégire, à la première solennité du Mauled qui suivit l’inauguration du règne du sultan Saïd, fils d’Abou-Ilammou. Il serait difficile de savoir ce quelle devint après cette époque ; l’historien le plus moderne de Tlemcen s’arrête vers la fin du neuvième siècle de l’hégire, et à partir de là nous n'avons pas d’autres données que celles qui nous sont fournies par les écrivains chrétiens. Or, nous ne trouvons chez ces derniers aucune mention de l’horloge merveilleuse. Si l’âge et le temps n’ont pas fini par dévorer eux-mêmes ce chefd’œuvre de la science des Arabes, il est probable qu’il aura péri pendant les guerres qui précédèrent la chute définitive des Bcni-Zéyan, vers le milieu du seizième siècle , et que les riches figures dont il était orné seront devenues la proie du vainqueur.

(I) Yahia bcn-Khaldoun, fol. 8 v°.

La Mendjânah de Tlemcen n’était pas la première invention de ce genre qui eût fait l’admiration des Arabes. Près de deux cents auparavant, Ibn-Djobaïr, auteur maure espagnol, voyageant dans l’Orient, avait remarqué à Damas, capitale de la Syrie, une horloge dont il nous a laissé la description et dont le mécanisme offre une grande ressemblance avec celui de la Mendjânah qui nous occupe. Gomme ce fait intéresse l’histoire de l’horlogerie, je vais donner ici la traduction du passage qui le contient.

« En sortant, dit lbn-Djobaïr dans la relation de son voyage, par la porte Djaïroun (c’était la porte orientale de la Grancle-Mosquée), on voit, à droite, dans le mur de la nef qui est en face et à une certaine hauteur, une loge qui s’ouvre par-devant en forme d’une grande fenêtre cintrée. Cette fenêtre ou arcade en présente d’autres plus petites également cintrées et ressemblant à des portes. Il y en a autant que l’on compte d’heures dans le jour; elles sont disposées avec ordre et symétrie.

« Deux faucons sont fixés sur les bords d’un bassin, l’un au-dessous de la première porte, à droite, et l’autre au-dessous de la dernière, à gauche. Les faucons et les bassins sont en cuivre jaune. A chaque heure du jour, un poids également de cuivre jaune s’échappant de la bouche de chacun des faucons, tombe dans les bassins, qui se trouvant percés, donnent passage aux deux balles de cuivre. Ces deux balles traversent ainsi le mur et arrivent dans l’intérieur de la loge. En voyant les faucons tendre le cou, incliner la tête et jeter leur balle dans les bassins, avec tant de prestesse, avec tant d’ensemble et de précision, on serait tenté de croire

à un effet magique. Lorsque les balles tombent dans les bassins, on entend un certain bruit, et incontinent la petite porte qui marque l’heure présente se ferme toute seule. Cette porte est formée d’une lame de cuivre jaune et, par conséquent, du même métal que tout le reste.

a Les mouvements que nous venons de décrire se reproduisent à toutes les heures du jour, jusqu’à ce que toutes les portes se soient successivement fermées et que toutes les heures se soient écoulées. Alors le tout retourne à son premier état.

« Pour marquer les heures de la nuit, il existe une autre disposition.

« Dans l’espace cintré qui s’étend au-dessus des portes susmentionnées, il y a douze tubes de cuivre rouge qui traversent le mur, et en face desquels est placé un verre dans l’intérieur de la loge, et, par conséquent, derrière les portes dont il est question plus haut. Derrière le verre se trouve une lampe que l’eau fait tourner juste l’espace d’une heure. A l’expiration de l’heure, la lumière de la lampe couvre entièrement le verre , et l’éclat de ses rayons se répand dans le tube qui se trouve en face, en sorte que le spectateur a devant lui un cercle rouge et illuminé.

« Cela se répète pour le tube qui vient après, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toutes les heures de la nuit se soient écoulées et que tous les tubes aient brillé d’un éclat rougeâtre.

« Dans l’intérieur du la loge en question , il y a un homme

qui est chargé de soigner la machine, de la faire fonctionner et de transporter les appareils d’un endroit dans un autre ; et c’est lui qui ouvre les portes et rapporte les poids à leur place (1). »

Le chef-d’œuvre qui vient d’être décrit est connu sous le nom de Mendjânah.

Après avoir lu cette description, si on compare les deux horloges, on verra qu’elles ont entre elles plus d’un point de ressemblance, et que la plus ancienne, malgré la simplicité et l’imperfection de son mécanisme, a pu servir de modèle ou du moins inspirer le génie du mathématicien tlemcinois. Quoiqu’il en soit, l’invention de ce dernier a dû paraître une merveille, avant l’apparition du célèbre Conrad Dasypodus qui exécuta son chef-d’œuvre de mécanique et d’horlogerie à Strasbourg, un peu plus de deux cents ans après Ibn el-Fahham (1574).

Après la Mendjânah et l’arbre d’argent , l’objet le plus curieux qui ornât la résidence des rois de Tlemcen, c’était le Meshhaf, ou exemplaire du Koran, tracé de la propre main du khalife Othman, l’un des quatre premiers successeurs de Mahomet. Le jour où le khalife fut tué, il tenait ce Koran dans sa main ; son sang jaillit sur le livre sacré et le macula dans deux endroits différents. Les mots tachés de sang étaient ceux-ci : tiil Xixwà Or Dieu vous suffira ,

(1) Ibn-Djobaïr visita Damas dans le mois de rebie et-tâny de l’an 580 de l’hégire (H 84 juillet).

Yoy. Voyage d' Ibn-Djobaïr, édition arabe publiée à Leyde en 1852, p. 271 et 272.

et ces autres : isLüi L.iùd Et ils blessèrent la chamelle. Après la mort d’Othman, le Meshhaf passa entre les mains des Oméyades d’Orient qui le conservèrent précieusement dans leur trésor.

Lorsque les Abbassides se rendirent maîtres de l’empire et firent périr les Oméyades, Abd’ er-Rahman, fils de Moawiah, fils de Hescham, fils d’Abd’ el-Mélik, ayant eu le bonheur d’échapper au massacre de sa maison, s’enfuit dans le Maghreb, et de là il passa en Espagne où il parvint à faire reconnaître son autorité. Dans cet intervalle, sa sœur utérine, Oumm el-Âsbaghr, qui était restée en Syrie , lui faisait passer l’un après l’autre les objets précieux qui appartenaient à sa famille. Or, parmi ces objets se trouva le Koran d’Othman qui fut légué par Abd’ er-Rahman à la Grande-Mosquée de Cordoue. C’était dans cet exemplaire que l’imam faisait chaque jour, après la prière du matin, la lecture du Koran. Il resta affecté au service de la mosquée jusqu’à l’époque où l’Espagne fut conquise par Abd’ el-Moumen, fils d’Aly, qui le transporta à Maroc, capitale de son empire.

Ce prince fit enlever la couverture, qui était simplement en basane, et ordonna quelle fût remplacée par deux planchettes incrustées de lames d’or. Ces lames étaient enrichies de perles fines, de rubis et d’émeraudes du plus grand prix et les plus belles que le sultan avait pu se procurer. Les fils et successeurs d’Abd’ el-Moumen marchèrent sur ses traces, prenant plaisir à orner la couverture du Meshhaf de nouveaux joyaux, de nouvelles pierres précieuses, si bien qu’à la fin les deux planchettes se trouvèrent entièrement

couvertes d’ornements. Parmi ces pierres précieuses, la plus belle comme la plus grande, c’était un rubis connu généralement sous le nom de sabota parce qu’il égalait en largeur un sabot de cheval, et qu’il en présentait la forme. C’était un objet hors de tout prix. Il avait été envoyé en cadeau à Abou-Yakoub Youssef, fils d’Abd’ el-Moumen, par un roi de Sicile, en 575 de l’hégire, pendant que ce sultan se trouvait dans l’Ifrikiah (1). Abou-Yakoub ne crut pas pouvoir faire un plus digne emploi de ce rare bijou, que d’en orner le livre qu’il considérait comme le plus vénérable du monde.

Pendant les nuits du ramadan, les princes Almohades se faisaient apporter dans leur palais le précieux exemplaire dont ils se servaient pour faire les lectures d’usage. Lorsqu’ils partaient pour une expédition, ils avaient soin de le porter avec eux, afin qu’il leur portât bonheur et attirât sur leurs armes les bénédictions du ciel. Rien de plus admirable que l’ordre observé par eux dans leur marche. Elle s’ouvrait par une grande bannière blanche qui était fixée à une longue hampe et que l’on portait toujours devant l’émir. Venait ensuite le Meshhaf qui était porté par une chamelle superbement enharnachée, dans un coffre revêtu de soie, placé sur une houssine de soie verte, et surmonté d’une palme élégante. Aux quatre coins de la cassette était plantée une petite bannière verte que le moindre vent faisait flotter, et à défaut du vent, le mouvement seul de la chamelle qui marchait; ces bannières étaient surmontées de deux pommes

(1) Histoire des Almohades par Abd’ el-Wâhid de Maroc, p. 182.

d’or. Derrière la chamelle l’on voyait s’avancer un magnifique mulet qui était chargé d’une caisse recouverte d’une étoffe de soie et renfermant le Mauthn, Bokhariyi, Moslim, Termedhiyi, Niçâiyi, Abou-Daoud et un autre Meshhaf qui avait été écrit de la main de Mohammed ben-Toumart. Venait enfin le sultan qui marchait à la tête de l’armée; il était suivi, à droite, à gauche et par-derrière, de ses innombrables troupes. Lorsque l’armée de Saïd Abou ’l-Hassan fut défaite par Yaghmoracen, et le roi Almohade lui-même tué sous les murs du château de Timzegzegt (1), en 646 de l’hégire (1248-9 de J.-C.), le Meshhaf devint la proie des soldats vainqueurs. Il fut pillé avec le reste des richesses que renfermait le camp des Almohades , entre autres un collier d’un prix inestimable et une coupe faite d’une seule émeraude (2).

Le soldat entre les mains de qui il tomba, arracha l’or et les pierres précieuses dont il était orné, et quand il l’eut ainsi dépouillé, il le jeta comme un objet de rebut. Un homme l’ayant ensuite trouvé par hasard, l’apporta à Tlemcen sans en connaître la valeur et l’exposa à la vente publique. Le courtier parcourait le marché en criant : « A dix-sept dirhem

(1) Timzegzegt, situé au midi de la ville d’Oudjah (Yahia ben-Khaldoun, fol. 13 v°). Voy., sur ce château, Léon F Africain, Historiale Description de V Afrique, fol. 235 r°.

(2) Le roi Almohade fut tué dans cette bataille par Youssef ben- Khazroun ed-Delouliyi. Il est bon de faire observer que les historiens arabes ne sont pas d’accord entre eux sur le lieu où se livra la bataille, ni sur le nom du personnage par la main de qui périt l’infortuné prince Almohade.

le livre ! à dix-sept dirhem ! » Un officier qui avait vu auparavant l’ouvrage, l’ayant reconnu, courut en donner avis à l’émir Yaghmoracen. Sur ces entrefaites, quelques personnes prévenant les ordres du roi, s’emparèrent du volume pour le lui porter. Yaghmoracen retint le Meshhaf, donna des ordres pour qu’on le conservât avec le plus grand soin et commanda qu’on en payât le prix. En vain le sultan Al- Mortadha, qui régna à Maroc après Saïd Abou’l-Hassan , en vain le roi de Tunis Al-Mostanser et Ibn al-Ahmar, roi d’Espagne, demandèrent-ils ù le voir et à l’examiner, en vain cherchèrent-ils à en faire l’acquisition ; « ils quittèrent tous cette vie, dit Mohammed et-Tenessy, sans avoir pu réaliser leur désir. » Les rois de Tlemcen, qui, comme nous l’avons déjà dit, prétendaient être de la postérité de Mahomet, étaient persuadés que nul n’avait plus de droit à posséder le précieux volume qu’eux-mêmes. Cependant à l’époque où florissait Mohammed et-Tenessy (au neuvième siècle de l’hégire) , le Meshhaf avait disparu du Méchouar ; car cet auteur nous avoue que de son temps l’on ignorait ce que cet exemplaire antique était devenu, et il nous apprend que, suivant l’opinion la plus généralement reçue parmi les contemporains, le Meshhaf avait été enlevé par les Beni-Méryn, pendant qu’ils occupaient le royaume de Tlemcen. « Au surplus, ajoute-t-il, Dieu seul connaît la vérité sur ce point (4^

jil) (*)■ »

Tels sont les objets les plus rares et les plus curieux qui ornèrent autrefois lé palais des sultans de Tlemcen. Ncus

(1) Mohammed et-Tenessy, pag. 84.

allons reprendre maintenant l’histoirè proprement dite de ce monument.

Jusqu’à l’année 850 de l’hégire, le Méchouar avec toutes ses dépendances était resté dépourvu d’ouvrages de fortification et de défense ; à cette époque il fut transformé en château-fort et prit rang parmi les citadelles. Voici ce qui donna lieu à cette transformation. Le roi Àbou ’l-Abbès Ahmed avait failli être victime de sa sécurité au milieu de son palais ; un certain nombre d’habitants ayant embrassé le parti d’un chef rebelle, avaient réussi à l’introduire dans les murs de la ville ; ils étaient même parvenus jusqu’à la porte du palais, lorsque le prétendant fut saisi et la foule dispersée. Abou ’l-Abbès Ahmed, effrayé du danger que sa personne venait de courir et voulant mettre désormais sa personne à l’abri des attaques imprévues des émeutiers et des rebelles qui pouvaient si facilement pénétrer dans son palais et lui arracher la couronne , fit abattre toutes les maisons des particuliers qui étaient attenantes au Méchouar ou l’avoisinaient, et ordonna d’élever sur leur emplacement un grand mur qui entourât son palais et toutes ses dépendances (1).

Un siècle environ plus tard, le Méchouar n’avait rien perdu de sa première magnificence. Léon l’Africain, qui le visita à cette époque, se sert, dans la description qu’il nous en donne, presque des mêmes termes que Yahia ben-Khaldoun. « Du côté du Midi, dit-il, est assis le palais royal,

(t) Mohammed et-Tenessy, p. 122 et 123.

ceint de hautes murailles en manière de forteresse, et par dedans embelli de plusieurs édifices et bâtiments, avec beaux jardins et fontaines, étant tous somptueusement élevés et d’une magnifique architecture. I! a deux portes, dont l’une regarde vers la campagne, et l’autre (là où demeure le capitaine du château) est du côté de la cité (1). »

Marmol ne constate aucun changement dans l’état du Méchouar ; à l’époque où il écrivait, le monument s’était conservé tel que Léon l’Africain l’avait vu plus de cinquante ans auparavant. « A l’extrémité de la ville, dit-il, et du côté du Midi, il y a le palais du roi, bâti en guise de forteresse. On y voit divers corps de logis avec leurs jardins et leurs fontaines. Ce palais a deux portes, l’une {bob el-Gied) pour sortir du côté de la campagne, et l’autre ( bob Gadir ) pour entrer dans la ville. C’est à côté de celle-ci que demeure le capitaine des gardes du roi (2). »

Sous la domination turque, le Méchouar ainsi que le reste des édifices publics de Tlemcen n’étant plus entretenus, ni soignés par les nouveaux conquérants, se dégradèrent peu à peu et commencèrent à tomber en ruines. Les magnifiques pavillons qui ornaient l’intérieur furent presque entièrement détruits lors de la révolte des habitants de Tlemcen contre le bey Hassan, en 1670. Lorsque l’armée française fit sa première entrée dans Tlemcen, le 13 janvier 1836, elle ne trouva guère que des ruines et des décombres dans

(1) Historiale Descriphon de l'Afrique. Anvers, 1556. Traduction de Jean Temporal, fol. 260 rc et v®.

(2) Marmol, l’Afrique, t. Tl, p. 330.

l’antique palais des rois. Abd’ el-Kâder, qui, en vertu du traité de la Tafna, resta, maître de Tlemcen pendant plus de quatre ans, ordonna quelques réparations dans la citadelle, afin d’y installer convenablement le gouverneur de la province de l’Ouest.

Depuis que Tlemcen a été occupée de nouveau par les troupes françaises (30 janvier 1842), la plupart des masures qui encombraient l’intérieur du Méchouar ont disparu ; l’on a transformé la mosquée et les bâtiments qui en dépendent en hôpital militaire ; le rempart, qui était endommagé en plusieurs endroits, a été restauré et muni sur toutes ses faces de canons et d’obusiers ; de plus on a isolé la citadelle du reste de la ville, en abattant tout autour du rempart, au Nord et à l’Ouest, plus de deux cents maisons appartenant aux Juifs, et en faisant ainsi disparaître quantité de rues étroites et tortueuses qui masquaient les abords du Méchouar et auraient pu au besoin protéger l’ennemi. C’est sur l’emplacement de ces maisons et de ces rues que s’étend aujourd’hui la belle place dite du Méchouar , Deux rangées de jeunes trembles y forment une longue . allée ou se promène dans la soirée la population européenne, surtout les jours où la garnison de la ville vient y faire entendre des fanfares guerrières. Cette promenade est peu fréquentée par les Arabes, qui affectent, en général , d’éviter le contact-dés Français, et qui, accoutumés aux sons doux de leur , hautbois, de leur kouïtrah et de leur psaltéripn , trouvent notre musique détestable et nos airs assourdissants. 11 y a le long du rempart un marché en plein air où les indigènes vendent de l’huile, du sel, du halouq,, ainsi que diverses espèces de fruits et de denrées, suivant, la .saison.

Pendant mon séjour à Tlemcen, le génie a fait démolir un café maure et le tombeau d’un saint marabout qui étaient adossés au mur de la citadelle , à l’extrémité du marché : à cette occasion, j’ai entendu plus d’un dévot musulman exprimer des regrets et se plaindre de l’impiété des Français. Si le respect pour la cendre des morts est quelque chose de louable, l’ordre et la symétrie des lieux ont aussi bien leur mérite. Les édifices en question, sales et mal entretenus, s’harmonisaient peu avec la fraîche nouveauté de la place, ni avec le stÿle sévère et exclusif de la citadelle.

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