CHAPITRE XIX
Promenade dans le quartier des Hadhars. — Magasin du génie.
— Cidi El-Halouyi. — Liste des mosquées de la ville. — Le
drogman Susboué et ses manuscrits arabes.
11 y avait près d’un mois que je me trouvais à Tlemcen, et mon séjour ne devait pas se prolonger au delà de ce terme ; nous attendions pour partir l’arrivée de quelques régiments qui devaient venir d’Oran ravitailler la place et s’en retourner ensuite dans cette ville en ramenant les voyageurs de Tlemcen. A mesure que le jour de notre départ, qui n’était pas éloigné, approchait, le temps me semblait acquérir plus de prix, et la crainte de laisser après moi quelque chose d’inexploré, rendait ma curiosité plus ardente et mes recherches plus actives ; il ne se passait pas de jour que je ne fisse une ou deux promenades scientifiques, interrogeant les ruines, les pierres, les inscriptions, adressant des questions aux Arabes qui se rencontraient sur mon passage, en conversant avec eux dans les cafés mauresques, allant çà et là en furetant et recueillant partout les souvenirs des hommes et les échos des âges passés. C’est pendant une de ces courses intéressantes, le mardi, 13 octobre, que je visitai le magasin du génie, situé non loin de la place du Méchouar.
Au fond de la cour de cet établissement on avait entassé pêle-mêle des fragments de colonnes, des chapiteaux, des épitaphes et des inscriptions arabes; parmi ces dernières, j’en remarquai une qui était d’une parfaite conservation et très-lisible : c’était une plaque de marbre blanc, de forme carrée et portant ce qui suit :
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Louange à Dieu ! Celui qui a ordonné de construire cette fontaine, c’est le vénérable caïd Bàkir, khalifah de Tlemcen; il a fait cette bonne oeuvre en vue de Dieu très-grand et pour son amour, et dans l’espoir d’obtenir dans l’autre vie une ample récompense. Dans les premiers jours du mois de schaaban, l’an H 75.
Bàkir gouvernait Tlemcen au nom du dey d’Alger, il y a environ une centaine d’années. La maison où il avait établi sa résidence existe encore de nos jours; elle est attenante à l’hôpital qui se trouve à l’Est du Méchouar, et elle sert de caserne à nos troupes. 'Elle est connue sous le nom de maison du général Mostafa, parce qu’elle a été longtemps habitée par ce personnage, aujourd’hui décédé ; mais auparavant elle s’appelait Vhôtel de Bàkir (dâr Bàkir).
En sortant de l’établissement du génie, je m’engageai dans la rue de Cidi-Djebbâr, ainsi appelée à cause d’un personnage de ce nom dont on voit le tombeau dans une mosquée érigée au bout de cette même rue. Cette mosquée est aujourd’hui en ruines et abandonnée. Arrivé à l’extrémité orientale de la rue, que j’ai trouvée triste et déserte, j’ai passé devant la mosquée de Cidi-Hafrah, puis devant celle de Cidi-Zîr, qui a donné son nom à la porte appelée bab Zîr. En dehors de cette porte et à une certaine distance des murs de la ville, s’élève, au milieu des jardins de la banlieue, une autre mosquée, celle de cidi El-Hassan, et, non loin de là, la koubbah de cidi Hadj Aly ben-Fellah. Ces deux monuments, que l’on aperçoit du haut des remparts et d’un endroit qui domine la plaine, à l’Est et au Nord, resplendissent, aux rayons du soleil couchant, d’une blancheur de neige, et, parleur couleur aussi bien que par l’immobilité de leur masse, contrastent agréablement avec la verdure riante qui les entoure et la cime des arbres voisins que la brise du soir commence à agiter. Ici, après avoir longé quelque temps le mur d’enceinte et tourné ensuite mes pas vers le couchant, j’entre dans une autre rue plus triste et plus solitaire que celle que je viens de quitter. Elle se nomme Soueikah , ou le petit marché. Je laisse à ma droite la porte bab Zîr. A quelques pas de là, l’on voit un moulin d’huile que les habitants désignent par le nom de la porte voisine, en l’appelant yj *j>le
moulin d’ huile de la porte Zîr.
Plus loin s’élève la koubbah de Cidi-Schaar. Poursuivant ma course au milieu de ce désert, mes yeux avides ne
découvrent pas même l’ombre d’un habitant; la présence de l’homme ne s’y révèle par quoi que ce soit, ni par le bruit des outils ou des machines, ni par les cris des enfants, ni par les querelles des femmes, ni même par l’aboiement des chiens ou le hennissement des chevaux et des bêtes de somme : on n’y entend que le silence. J’arrive enfin devant une grande porte ouverte d’où s’exhalait une odeur forte et saisissante : c’était un moulin d’huile, mais en repos, attendu que les olives étaient encore sur les arbres. Trois ou quatre nègres, accroupis par terre et muets comme des sourds, y découpaient en menus morceaux du tabac en feuilles et du haschisch qu’ils mêlaient dans une certaine proportion. Ils me dirent qu’en attendant la saison des olives, ils s’occupaient de l’industrie en question, assez lucrative, ajoutèrent-ils, vu le grand nombre de fumeurs et de gens désœuvrés que nourrissait la ville de Tlemcen. Ce serait ici le lieu de parler du délire et des hallucinations fantastiques produites par l’usage du haschisch, si tout le monde ne connaissait pas déjà les vertus extraordinaires de cette plante, soit par les récits des voyageurs, soit par les descriptions que l’on trouve dans des ouvrages spéciaux.
Après le moulin, une mosquée en ruines, mais qui paraît avoir été très-belle, arrête mes pas et fixe un moment mon attention. Elle est environnée de décombres qui en rendent l’accès impossible ; mais à travers les fentes et les fenêtres délabrées et ouvertes, l’on aperçoit dans l’intérieur des colonnes peintes bleu et or, les parois ornées de mosaïques et d’arabesques, et des vestiges d’un art qui accusent l’époque la plus florissante de l’architecture mauresque,
et, me font vivement regretter l’absence de tout renseignement au sujet de l’origine et du nom de ce magnifique monument.
Au bas des remparts, qui sont extrêmement hauts de ce côté de la ville, s’élève, au milieu des ormes et des platanes, un autre monument dont heureusement je puis dire le nom : c’est la mosquée du célèbre cidi El-Halouvi, laquelle serait, après la Grande-Mosquée, la plus riche et la plus belle de la ville, s’il faut s’en rapporter au dire des Musulmans que j’ai interrogés à ce sujet. Comme il ne m’a pas été permis de visiter l’intérieur du temple et que ce n’est que de loin que j’ai vu le monument, le lecteur me dispensera de lui tracer ici une description dont les traits seraient nécessairement peu sûrs et pourraient manquer d’exactitude et de vérité. Cette omission sera, je l’espère, amplement compensée par la légende du marabout en l’honneur de qui la mosquée a été érigée, légende que je raconterai ici in extenso, et telle qu’elle se lit chez les auteurs musulmans, que je ne ferai que traduire.
Le chéikh Abou Abd’ Allah el-Schoudhiyi, plus connu sous le nom de cidi El-Halouyi , était né à Séville dans la seconde moitié du septième siècle de l’hégire. 11 vint s’établir à Tlemcen, où il mourut quelques années après la prise de cette capitale par le sultan Mérinite Abou’l-Hassan (737). Ce fut l’un des plus grands contemplatifs et dévots musulmans de son époque. Voici ce que l’imam Ibn-Dehak el- Aoucy raconta un jour au sujet de ce saint personnage :
« Je vins, dit-il , de Murcie pour voir une vieille tante
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paternelle que j’avais à Tlemcen ; rien ne me causa plus de joie que de la trouver encore en vie. Un jour que je me promenais dans la ville, je rencontrai le chéikh portant sur sa main une corbeille remplie de haloua (pâtes sucrées et nougat) , qu’il vendait aux enfants au milieu d’une foule de curieux. Je me mis à le suivre. Lorsque les enfants près de qui il passait, venaient à lui crier des injures, il se mettait à pirouetter sur lui-même et à danser, ou bien il déclamait des vers qui avaient trait à la charité. En voyant cela, je ne doutai plus que le chéikh ne fût du nombre des saints et amis de Dieu. Ce qui acheva de me convaincre, c’est que je le vis ensuite acheter un morceau de pain blanc avec l’argent qu’il s’était procuré en vendant quelques morceaux de haloua, et en faire l’aumône à un orphelin couvert de haillons dont il connaissait la misère. Je me dis en moi-même : Il faut que cet homme-là soit quelque saint qui a quitté sa retraite pour aller vendre des haloua. Nous étions alors dans le mois de ramadhan. Lorsque le jour de la rupture du jeûne fut arrivé, je dis à ma tante, en lui présentant de la farine et du miel que j’avais achetés : Prenez ceci et faites-en-moi un gâteau, afin que je le mange aujourd’hui, au repas de la rupture du jeûne, dans la compagnie d’un saint homme de ma connaissance. Elle se prêta à mon désir. La prière solennelle de la fête achevée, je me mis à la recherche du chéikh que je croyais dans la mosquée, au milieu de la foule. Tous mes efforts pour le découvrir furent inutiles ; je dis avec résignation : Il n’y a de force, il n’y a de puissance qu’en Dieu le Très- Haut. Puis j’ajoutai cette prière que je fis dans mon cœur : O Dieu ! par les mérites du chéikh, ton serviteur, fais que
dans ce moment, nous nous trouvions réunis tous les deux dans ce lieu-ci. Ma prière était à peine terminée, que j’aperçois le chéikh à ma droite, et que s’approchant de moi, il me dit: « Votre tante a-t-elle fait le gâteau? — Oui, lui répondisje. — Eh bien, ajouta-t-il, sortons, et après avoir mangé ensemble le gâteau que voici, nous nous dirigerons vers la maison de votre tante. » Lorsque nous fûmes hors de la mosquée, il tira de dessous ses habits un plat recouvert d’une serviette propre qu’il enleva aussitôt. Je ne crois pas avoir jamais vu de ma vie un gâteau aussi parfait, tant pour le degré de la cuisson, que pour la beauté de la forme et la juste proportion des condiments. Après l’avoir consommé, nous nous rendîmes chez ma tante qui nous attendait. Elle avait apprêté le gâteau que je lui avais recommandé, mais il ne pouvait être comparé en rien à celui que nous venions de manger, et c’est à peine si nous y touchâmes. Le repas de la rupture du jeûne ayant été ainsi célébré, le chéikh me dit : « Quels sont vos moyens d’existence? — Je vis des lectures que l’on me demande, répondis-je. — Voulez-vous, ajoutat-il, m’en faire quelques-unes? — Volontiers, lui dis-je. — Venez donc me voir demain ; je me trouverai, s’il plaît à Dieu, dans la mosquée qui est située sur le fossé d 'Ain el- Kissour, en dehors et vis-à-vis de la porte des Tuiliers. Là, vous me lirez ce qu’il vous plaira. » M’étant donc rendu le lendemain au lieu indiqué, je le trouvai, comme il me l’avait promis, assis dans la mosquée. Je lui donnai le salam et me plaçai à côté de lui. « Que voulez-vous me lire? me dit-il. — Ce que Dieu vous inspirera que je lise, lui répondis-je. — Lisez donc, ajouta-t-il, le livre de Dieu, car il est juste que nous commencions par là. » Pour obtempé-
rer à son désir, je me mis d’abord à implorer le secours du Ti •ès-Haut contre les mauvaises suggestions de Satan le lapidé, puis je lus ces paroles par lesquelles s’ouvre le Koran : Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Il mit dix jours à expliquer l’excellence de cette invocation. Après cela, je lus un hadith de l’envoyé de Dieu, puis un morceau de littérature et un autre de philosophie morale. « Tout ce que je vous enseigne, disait l’imam ibn-Dehak à ses disciples, tout ce que je vous communique en fait d’instruction, je l’ai puisé auprès de ce docte chéikh. Pendant deux ans entiers, ajoutait-il, je n’ai pas discontinué de prendre des leçons de lui, sans qu’il exigeât rien au delà du prix dont nous étions convenus au commencement. » Telles sont les paroles du savant imam Ibn-Dehak.
Yahia ben-Khaldoun rapporte avoir entendu dire à un taleb de Tlemcen, que le chéikh Abou Abd’ Allah el-Schoudhiyi vendait du haloua, et que de l’argent que lui produisait ce petit commerce, il faisait l’aumône aux pauvres de la ville; qu’il entreprenait souvent des voyages de dévotion et accomplissait des pèlerinages, mais que son absence ne se prolongeait jamais au delà d’un an ; que, de plus, il s’était fait une règle de ne jamais rien manger durant le jour.
En fait de compositions poétiques, l’on cite de lui le tercet suivant :
« Quand la nature lève la voix pour parler aux mortels, il en est qui prêtent à son langage une oreille attentive,
« Et ce langage ne leur offre rien d’inintelligible; il n’y a que les étourdis qui le trouvent obscur et confus.
— Zi 1 7 —
« Écoutez donc attentivement cette voix, si vous désirez la comprendre, et ne soyez pas du nombre de ceux qui ne l’entendent que d’une manière confuse. »
« Les historiens nous apprennent, dit Yahia ben-Khaldoun, que le chéikh El-Halouyi, après avoir rempli l’office de cadhi à Séville, vers la fin de l’empire des Almohades, quitta le service de ces princes et se retira à Tlemcen pour y vivre à la manière des chéikhs madjnoun, ou santons. Le trait suivant, ajoute-t-il, m’a été raconté par le chéikh Abou ’l-Hassan el-Majorkiyi, l’un des notables de la ville de Tlemcen, lequel le tenait de notre très-docte maître Abou Abd’ Allah el-Abiliyi, dont voici les propres expressions : Ibn-Dehak expliquait dans la mosquée le Traité de la Purification qui fait partie de la Modawanah. Un jour Abd’ Allah el-Halouyi lui dit : « Jusquesà quand, ô chéikh .'nous parlerez-vous d’ablutions, de mois et de secondines? » Le chéikh Ibn-Dehak continua sa lecture ; mais lorsqu’il l’eut achevée, s’avançant vers Abd’ Allah : « J’ai entendu, lui dit-il, les paroles que vous m’avez adressées; mais que voulez-vous que je fasse? — Livrez-vous donc, lui répondit Abd’ Allah el-Halouyi, à quelque occupation plus utile. — Eh bien, dit Ibn-Dehak, désormais j’irai prendre des leçons auprès de vous. — Non, lui répliqua Abd’ Allah , mais allez à Tunis; vous trouverez un tel, qui vous enseignera les sciences dont vous désirez acquérir la connaissance.» Ibn- Dehak partit sur le champ pour Tunis, où ayant trouvé le professeur qui lui avait été désigné, il lui demanda la permission de suivre ses leçons. Comme celui-ci lui eut demandé le nom de sa patrie, et qu’il lui eut répondu qu’il était natif
de Tlemcen : « Adressez-vous, lui dit le professeur, à mon docte chéikh Abou Abd’ Allah el-Schoudhiyi qui réside dans votre pays. » Sur cela, lbn-Dehak reprit la route de Tlemcen. A son arrivée, il rencontra le chéikh hors de la ville, près de la porte des Tuiliers, lequel lui dit : « Il faut que vous' vous mettiez à ma disposition. — Rien n’ empêche, lui répondit lbn-Dehak. — Dans ce cas, ajouta le chéikh El-Halouyi, regardez et faites comme moi. » En disant ces mots, il se mit à cheval sur une longue canne et partit en courant. Aussitôt lbn-Dehak coupa en deux la pique qu’il tenait dans sa main, et enjambant F un des deux fragments, il se mit à courir à la suite du chéikh. Ils se rendirent tous les deux dans un endroit situé en dehors de la porte Kachoutah, où ils s’étaient donné rendez-vous, et ils y vécurent ensemble, loin du tumulte du monde, uniquement adonnés aux choses de Dieu. Cette vie commune dura jusqu’à la mort du pieux chéikh, qui fut inhumé, hors de la ville, non loin de la porte d’Aly ( bab Aly). Son tombeau, que l’on voit dans cet endroit, est devenu un lieu de pèlerinage très-fréquenté , et il est célèbre par les nombreux miracles qui s’y opèrent. »
Telle est la légende rapportée par Yahia ben-Khaldoun, dans son histoire des Béni Abd’ el-Wâdy (chap. des Grands hommes qui ont illustré Tlemcen). Elle nous fait connaître, d’une part, la vénération que les Musulmans professent pour la mémoire de cidi El-Halouyi, et, de l’autre, les extravagances qu’ils regardent comme des marques de sainteté dans les personnes qui foulent ainsi aux pieds la dignité humaine, et que, chez nous, l’on renfermerait aux petites maisons.
En I8/16, la mosquée de cidi El-Halouyi se trouvait dans un état qui exigeait de grandes réparations ; les Turcs, maîtres du pays, avaient négligé d’entretenir l’édifice , et il avait ensuite beaucoup souffert des guerres qui suivirent la conquête de l’Algérie. La politique du gouvernement français, toujours attentive, non-seulementà respecter les croyances religieuses des vaincus, mais aussi à leur être agréable, ne voulut pas que l’un des sanctuaires les plus vénérés de la population musulmane tombât tout à fait en ruines ; il fut décidé qu’il serait consolidé, recrépi, blanchi à la chaux, de tout point restauré et approprié par les soins des officiers du génie et aux frais des Chrétiens : c’est revêtue de cette nouvelle parure que se montra à mes yeux l’antique mosquée de cidi El-Halouyi, lorsque, parcourant le quartier désert de la ville, je m’arrêtai un instant pour contempler de loin l’immense plaine qui du pied des remparts s’étend du côté du Nord, où elle est fermée par une ceinture de hautes montagnes que baignent les flots de la mer.
La date de sa fondation, ainsi que le nom du prince à qui elle doit son existence, nous sont révélés par l’inscription suivante qui se lit sur le frontispice du monument :
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Celui qui a ordonné d’ériger cette mosquée bénie, c’est Abd’ Allah Aly, fils de notre seigneur le sultan Abou-Saïd Othman, fils de notre seigneurie sultan Abou-Youssef Yacoub, fils d’Abd’ cl-
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Hack. Que Dieu le consolide et le fasse triompher de ses ennemis! L’an 745, sept cent quarante cinq (4).
Abd’ Allah Aly était, comme on voit, de la famille royale des Mérinites, et la date de l’inscription nous apprend que la mosquée fut construite huit ans après la prise de Tlemcen, par Abou ’l-Hassan, et, par conséquent, pendant l’occupation de cette ville par les Mérinites, quatre ans environ avant la restauration du royaume des Beni-Zéyan, qui eut lieu, comme on sait, en 749 de l’hégire (1348).
Dans l’intérieur de la mosquée, on lit autour du mihrab :
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Le serviteur de Dieu (Abd’ Allah), lequel mit toute sa confiance en Dieu, le saint, l’homme agréable à Dieu, El-Ilalouyi. Que Dieu daigne nous faire participer à la faveur dont ce saint jouit auprès de lui ! Amen.
Les colonnes qui forment les galeries latérales sont toutes de marbre. L’on a gravé sur chacune d’elles le nom de l’architecte et la date de l’hégire 747. Voici cette inscription :
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Celui qui a fait ces colonnes, c’est Ahmed ben-Mohammed el- Lamty. Le onzième mois de l’année 747.
(1) Celte inscription et les trois suivantes m’ont été communiquées par M. Ch. Brosselard, aujourd’hui maire de Tlemcen, orientaliste trèsdistingué et très-zélé pour la conservation des monuments arabes et la recherche des manuscrits, lors de son dernier voyage à Paris.
Le surnom que portait ce personnage indique qu’il était de race berbère et appartenait à la tribu des Lemtah. L’année musulmane 747 répond à l’an 1346 de notre ère.
Sur les parois de la mosquée et tout autour, on lit ces mots écrits en grandes lettres :
ai} pjtid! j.x!l üi vliUI aii pjLaJI^jJl aii
L’empire qui ne finit pas appartient à Dieu ; la puissance immortelle appartient à Dieu. L’empire qui ne finit pas appartient à Dieu ; la puissance immortelle appartient à Dieu.
Afin de ne rien omettre de ce qui concerne cette belle mosquée, je dirai qu’on y voit aussi un cadran solaire destiné à faire connaître les heures de la prière obligatoire.
Puisque je suis en train de parler des mosquées de Tlemcen, je donnerai ici la liste de toutes celles qui étaient autrefois desservies par des imams, mais dont la plupart sont aujourd’hui en ruines et abandonnées. C’est le caïd cy Hammady ben-es-Sekkal qui m’a fourni cette liste que l’on peut considérer comme un document précieux pour l’histoire de l’ancienne capitale des Beni-Zéyan.