‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 48 sur 54 · ET PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

Extrait des registres et procès-verbaux de la paroisse Saint- Michel à Tlemcen.

Premier registre, coté et paraphé par M&r Dupuch, premier évêque d’Alger. On y lit, p. 4 :

En l’an mil huit cent quarante-cinq et le vingt-deux avril, le vénérable évêque d’Alger, Msr Antoine-Adolphe Dupuch, a célébré la messe dans cette ville pour la première fois. Le même jour, il y a administré le sacrement du Baptême, béni un mariage, prêché et confessé les militaires malades à l’hospice.

Dans le courant de la même année 1845, après avoir prêché le mois de Marie dans la cathédrale d’Alger, j’ai été nommé à la cure de Tlemcen, où je suis arrivé le vingt et un juin , accompagné de M. Carron, vicaire général de la province d’Oran. Le lendemain, vingt-deux, a eu lieu mon installation, en plein air, dans la cour du Méchouar, où nous avons célébré ensuite la sainte messe.

Le six juillet suivant, j’ai inauguré le culte catholique dans la petite église de Saint-Michel, en présence de l’autorité militaire, au son de la musique et au bruit de cinq coups de canon.

Signé : H. Béluze,

Missionnaire apostolique, chanoine honoraire, chevalier du Saint-Sépulcre, curé de Tlemcen.

Ce procès-verbal d'installation est précédé de quelques obser-

varions historiques qui expriment, sans doute, l'opinion de feu M«r Dupuch, car je me souviens de les avoir entendues sortir de sa propre bouche , lors de mon premier voyage en Algérie, en 4 839. Je vais les transcrire ici, quoiqu’elles reposent sur des données généralement reconnues aujourd’hui comme fausses.

Notes sur Tlemcen qui se Usent dans le premier registre des actes

de baptême , de mariage et de sépidture de la paroisse Saint-

Michel de cette ville.

D’après l’Itinéraire d’Antonin et d’après Victor Vittensis, célèbre auteur ecclésiastique du cinquième siècle, il paraît que Tlemcen, ou du moins une autre ville très-rapprochée, s’appelait autrefois Regia ou la Royale.

D’après Victor, elle avait de saints évêques, surtout le dernier, qui se montra, non donatiste, mais catholique, au concile de Carthage. II fut rélégué en exil pour la foi sous Hunéric, en 480. Depuis ce vénéré pontife, plus de traces de christianisme à Regia ou Tlemcen; seulement, d’après certains ouvrages conservés dans les bibliothèques espagnoles, des Pères de la Rédemption furent envoyés à Tlemcen, où ils furent faits esclaves et moururent en prison. Le dernier évêque de Tlemcen s’appelait Victor Regiensis.

Signé : H. Béluze,

Curé, chanoine, etc.

Tlemcen, le 3 juillet 1855.

Le dernier acte écrit et signé par M. Béluze est un baptême ; il porte la date du 26 janvier 1846.

Nous compléterons la description de la Mansourah par les détails suivants qui sont extraits de la Revue Africaine (n° 17 — juin 4 839, p. 382 et suiv., Mémoire deM. Charles Brosselard intitulé : Les Inscriptions arabes à Tlemcen ),:

Ces ruines, dit le savant auteur de ce Mémoire, qui nous étonnent

encore aujourd’hui par leur grandeur, fuient donc l’ouvrage des hommes, non moins que celui du temps. Elles sont disséminées sur une superficie de cent et un hectares, qu’entoure une enceinte de murs crénelés bâtis en blocs de pisé, dont la solidité égale celle du ciment romain. Cette enceinte affecte à peu près la forme d’un trapèze, et elle offre un développement périmétrique de quatre mille quatre-vingtquinze mètres. Elle était percée de quatre portes orientées aux quatre points cardinaux. La muraille a une épaisseur d’un mètre et demi ; sa hauteur, de sa base au faîte des créneaux, atteint environ douze mètres. Elle est bordée, dans tout son pourtour intérieur, d’une plateforme qui permettait aux archers d’opérer librement leurs manœuvres. La surface des parois était recouverte d’un solide enduit à la chaux que le temps n’a pas fait entièrement disparaître. Les deux côtés Sud et Est de ce rempart gigantesque sont les plus endommagés; ils présentent toutefois des vestiges suffisants pour qu’on puisse suivre l’ancien tracé et reconstruire par la pensée la partie qui n’est plus. Le côté Nord a beaucoup moins souffert des ravages du temps; il est encore à moitié debout. Quant au côté Ouest, il est demeuré 'a peu près intact. Des tours baslionnées, à créneaux, se reliant à la muraille et distantes entre elles de trente-cinq à quarante mètres, complétaient, dans l’ordre des usages militaires du temps, le système défensif de la place.

Dans l’intérieur de l’enceinte, des pans de murs à demi écroulés ou gisant sur le sol marquent les endroits où s’élevaient des constructions importantes. Un canal en pisé, qui alimentait les fontaines et les réservoirs publics, est encore bien conservé ; nos colons l’ont en partie utilisé pour l’irrigation de leurs terres. On remarque aussi un pont voûté, large de quarante mètres et bâti en briques, jeté sur le ravin qui coupe la route près de la porte orientale.

Mais parmi tous ces débris cinq fois séculaires, l’attention se porte, par une préférence bien justifiée, sur les ruines monumentales qui couvrent uu petit mamelon hérissé de rochers calcaires et confinant presque à l’enceinte, non loin de la porte qui s’ouvre au couchant. Un minaret d’une structure hardie domine majestueusement ces ruines. Là s’élevait une mosquée bâtie dans des proportions grandioses. Sa carcasse de pisé , encore debout, forme un rectangle de cent mètres sur

soixante de côté, mesurant, par conséquent, cinq mille six cents mètres de superficie. Elle est orientée du Nord-Ouest au Sud-Est. Ses murs, qui n’ont pas moins d’un mètre et demi d’épaisseur, étaient percés de treize portes. On dirait que le sultan Mérinide, le jour où il conçut le projet de ce superbe édifice, eut le dessein d’bumilier l’orgueil du sultan de Tlemcen , qui prétendait posséder, dans la grande mosquée de sa capitale, un monument unique et jusqu’alors sans rival. 11 y réussit : ces vastes débris l’attestent. Aujourd’hui encore, comme il y a six siècles, les deux minarets se regardent et semblent se défier de loin. Celui d’El-Mansourab, bien qu’il ne soit plus que l’ombre de lui-même, n’en est pas moins digne d’être admiré comme un chef-d’œuvre où toutes les élégances raffinées du style arabe ont été prodiguées. 11 peut être comparé à la fameuse Giralda de Séville. L’art sarrasin de la belle époque y brille de son éclat le plus original, le plus vif, le plus saisissant. Ce minaret, tel que nous le voyons aujourd’hui, a environ quarante mètres d’élévation , mais il pouvait en avoir quarante-cinq dans l’origine. Le temps, qui est sans pitié, l’a découronné. 11 est bâti en moellons légers de pierre siliceuse, et mesure à sa base neuf mètres et demi de large sur dix mètres de profondeur. Trois de ses faces seulement sont restées debout. Celle qui est tournée vers le Midi a été détruite, et avec elle ont été emportés les degrés intérieurs qui conduisaient k la plate-forme...

C’est une merveille que cette tour à demi ruinée, mais qui conserve encore sur trois de ses faces un cachet de prestigieuse splendeur! Ses trois étages de fenêtres doubles, dont les entablements reposent sur des colonnes de marbre onyx ; ses panneaux sculptés et revêtus de mosaïques; ses guirlandes d’arabesques aux formes originales, capricieuses, inattendues ; ses rosaces , ses moulures , et mille autres détails d’ornementation dont les architectes arabes ont eu seuls le secret, forment un ensemble ravissant qui confond l’imagination de l’artiste...

Par une dérogation dont nous ne connaissons pas d’autre exemple, à la règle constamment suivie par les architectes musulmans dans l’orientation des minarets, celui d’El-Mansourah s’élève au milieu de la façade Nord de la mosquée, dans Taxe même du mihrab. 11 est, en outre, percé d’une porte monumentale qui servait de principale entrée, et par laquelle on pénétrait, en suivant un passage voûté long de dix mètres,

dans une galerie donnant sur la cour intérieure, si ce n’ost dans la cour elle-même. Cette porte est une arcade h plein cintre mesurant deux mètres et demi d’ouverture. Elle est ornée à profusion d’arabesques emaillées de mosaïques, et couronnée par un balcon ou encorbellement richement refouillé, auquel des consoles finement évidées et des colonnettes de marbre servent d’élégants supports. Dans l’encadrement de cette porte, si curieuse à étudier, est sculptée une inscription en caractères andalous, qui, bien qu’ils soient d’une dimension de quinze à vingt centimètres, présentent une grande difficulté de lecture, tant fisse trouvent enchevêtrés dans un dédale de lignes droites et courbes, de rosaces, de losanges à travers lesquels l’œil se fatigue à en suivre la trace. Voici cette inscription, telle que nous sommes parvenus à la déchiffrer avec le secours intelligent de notre dévoué khodja si-Hammou ben-Rostan, un des Musulmans les plus instruits et les plus éclairés de Tlemcen :

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TKADUCTION.

« Louanges à Dieu, maître de l’univers! La vie à venir est à ceux qui le craignent. — Celui qui ordonna la construction de cette mosquée bénie, fut l’émir des Musulmans, le combattant dans la voie du Maître des mondes, le saint défunt Abou-Yacoub Youçof ben Abd’ el-Hak.Que Dieu l’ait en sa miséricorde ! »

Selon M. Brosselard, cette inscription peut se passer de commentaires; mais nous ferons remarquer que, puisque le sultan Abou-Yacoub y est qualifié de défunt , elle ne dut être gravée sur le monument qu’à l’époque du second siège, et plus probablement après l’occupation de Tlemcen par la dynastie mérinide.

Des fouilles, ajoute M. Brosselard, ont été pratiquées à différentes reprises, depuis plusieurs années, dans l’enceinte de la mosquée. Elles ont eu pour résultat la découverte d’un assez grand nombre de fûts de

colonnes, de socles et de chapiteaux en marbre onyx Plusieurs d«

ces chapiteaux sont déposés au musée de Tlemcen.

M. Brosselard nous apprend ensuite que ce musée possède un autre chapiteau, découvert, il y a quelques années, dans le village actuel de la Mansourah, et remarquable autant par l’élégance de la coupe et le fini des proportions, que par l’inscription arabe dont il est orné. Voici de quelle manière il l’a lue :

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TRADUCTION

« Louanges à Dieu, maître de l’univers! La vie à venir est à ceux qui le craignent. — La construction de cette demeure fortunée, palais de la Victoire, a été ordonnée par le serviteur de Dieu, Aly, émir des Musulmans, fils de notre maître, l’émir des Musulmans, Abou-Saïd, fils de Yacoub, fils d’Abd el-llak. — Elle a été achevée en l’année sept cent quarante-cinq (745). — Dieu nous fasse connaître ce que cette année renferme de bien ! »

La date de 745 de l’hégire correspond partie à 4344 et partie à 4345 de notre ère, et Aly était le nom propre du sultan Abou ’l- Hassan, qui était alors maître de Tlemcen et de tous les États des Béni Abd’ el-Wàdy. Les ruines au milieu desquelles le chapiteau en question a été découvert appartiennent, selon toute vraisemblance, au palais que ce sultan avait fait construire dans la Mansourah, et marquent la place où il a dû s’élever.

Inscription qui se lit sur l’un des piliers de la Grande-Mosquée de Hubbed :

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Autre inscription qui se lit également sur l'un des piliei's de la même mosquée :

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Lorsqu’on entre à Tlenacen du côté Nord, parla porte d’Oran, la vue est attirée par un petit édifice d'un aspect si modeste qu’il se distinguerait a peine des habitations voisines, s’il n’était surmonté d’un minaret où le temps a imprimé sa noire empreinte et dont les quatre faces sont ornées de colonnettes et de capricieux reliefs en mosaïque. Cet édifice

est la mosquée ou mesdjed d’ Abou’ l-Hacen. Si le touriste est assez bien inspiré pour ne pas céder à l’impression défavorable produite par ces humbles dehors, et qu’il prenne la peine de pénétrer dans l’intérieur du monument, il en sera amplement dédommagé par tout ce qu’il y trouvera d’intéressant au point de vue de l'art. La disposition générale est simple, et remarquable seulement par l'harmonieuse régularité des proportions. C’est un carré de cent mètres de superficie, dans lequel six colonnes de marbre onyx translucide, dont deux colonnes engagées, supportent autant d’arcades a large courbure, et forment trois travées ou nefs parallèles. Mais l’attention doit se porter plus particulièrement sur les détails. C’est là que le talent inspiré de l’artiste s’est déployé dans tout son éclat. Rien n’est plus fin, plus exquis que le revêtement d’arabesques qui décore les parvis, et ces mille dessins qui courent, se replient et s’enlacent, affectant les formes les plus variées, défient l’œil charmé qui se fatigue à les suivre. Malheureusement, cette partie de l'ornementation a été fort dégradée par le temps, et peut-être encore plus par la main des hommes (1). On doit le regretter, en voyant ce qu’il en reste ; mais il semble que les siècles aient voulu respecter ce qui était le plus digne d’être admiré, et la partie du monument où la fantaisie du décorateur avait mis en œuvre ses plus ingénieuses ressources, est demeurée à peu près intacte. Le viilirab est, dans son genre, un morceau achevé. La finesse et la pureté des lignes, le gracieux enchevêtrement des figures, l’harmonie des contours, la variété des ornements, l’ingénieux assemblage du dessin et de la calligraphie orientale, enfin, l’idée poétique de la composition, tout concourt à faire de cette splendide guipure de plâtre une œuvre d’art digne du crayon d’un grand maître. Le mihrab de la Grande-Mosquée est plus riche et plus grandiose, mais celui-ci, dans des dispositions moindres, se distingue peut-être par un fini plus

(1) Après la prise de Tlemcen, celte mosquée avait été convertie par l’administration militaire en magasin à fourrages. Remise h l’administration civile, elle est devenue, depuis cinq ans, l’école arabe française. Elle a été très-intelligemment restaurée par le service des bâtiments civils, sous l’habile direction de M. Yiala de Sorbier, architecte chef du département d’Oran.

parfait et une plus rare délicatesse d’exécution. J) ne faudrait pas quitter le mesdjed d’ Abou ’l-Hacen, sans jeter un coup d’œil sur ses plafonds en cèdre sculpté, qui ont en partie échappé aux ravages dn temps, ni sans rechercher dans le creux de ses arabesques les vestiges de cette peinture polychrome qui les décorait autrefois et en rendait plus saisissants tous les merveilleux détails 11 convient enfin de s’arrêter un instant devant un marbre épigraphique, encastré dans Ja muraille au milieu do la troisième travée, a. droite du mehrab. Nous devons à celte inscription, que nous allons reproduire ici, de connaître l’époque à laquelle remonte la fondation de la mosquée, ainsi que les ressources dont srn fondateur l’avait dotée. La pierre, onyx translucide, mesure un mètre de hauteur ; elle est large de cinquante-cinq centimètres. Les caractères, d’un beau type africain, sont gravés en relief :

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TIUDICTION.

« Au nom de Dieu clément et miséiicordiettx. Que Dieu répande ses grâces sur notre seigneur Mohammed, sur sa famille et scs compagnons, et qu’il leur accorde le salut ! — Cette mosquée a été bâtie en l’honneur de l’émir Abou-Amer lbiahiin, fils du sultan Abou-Yahia Yar’moracen ben-Zéyan, en l’année six cent quatre-vingt-seize, après son décès, quo Dieu l’ait en sa miséricorde ! — El il a été donné en habous à cette mos-

quée vingt boutiques, dont quatorze adossées au mur de l’édifice, au Midi, et six situées du côté opposé, leurs portes regardant le Nord ; de plus, une chambre, dite mesrîah, située du côté occidental de la mosquée, à l’endroit de l’impasse; et, en outre, deux maisons sises du même côté, l’une pour servir d’habitation à l’imam, et la seconde pour loger le mouedden chargé du service intérieur de la mosquée en même temps que de l’appel à la prière. Ce liabous est complet et constitué à perpétuité, en vue d’être agréable à Dieu, et dans l’espérance de sa récompense magnifique. Il n’y a de Dieu que lui, le Dieu qui pardonne, le Dieu miséricordieux ! »

La date de 696 de l’hégire nous reporte à l’année 1296-97 de notre ère. Tlemcen était alors gouverné par le sultan Abou-Sa'id Othman, fils aîné d’Yar’moracen, et qui lui avait succédé à la fin du mois de dou

’l-kaada 681 (février-mars 1283) Nul doute que ce ne soit à ce

prince, désireux d’honorer et de perpétuer la mémoire de son frère, qu’il faille attribuer la fondation pieuse dont l’inscription rapportée plus haut nous a conservé le souvenir. Abou-Amer ne fut pas enterré, comme on paraît le croire, dans la mosquée Abou ’l-Hacen ; ses restes furent déposés au vieux château ( el-Kasr el-Kedim) , sépulture commune de la famille d’Yar’moracen. Quoi qu’il en soit, on a peine à s’expliquer que la mosquée, érigée en son honneur, n’ait pas gardé son nom. On se demande en même temps d’où lui vient celui d’Abou ’l-Hacen, sous lequel nous la connaissons et quelle paraît avoir toujours porté. A défaut de l’histoire, qui est muette à cet égard, nous avons interrogé la tradition. Au dire des Musulmans les plus compétents, cette mosquée se serait appelée Abou ’l-Hacen du nom du célèbre jurisconsulte qui, après avoir professé avec éclat dans ce mesdjed, aurait été enterré dans le petit cimetière qui en dépendait à l’origine. Nous avons étendu nos recherches d’après cette donnée, et peut-être serons-nous dans le vrai en émettant l’opinion qu’il s’agit ici du savant Abou ’l-Hacen ben-Iakhlef et-Tenessy, originaire de Tenez, ainsi que l’indique son nom, lequel vint se fixer à Tlemcen au commencement du règne d’Abou-Saïd Othman. Il avai,t été précédé par son frère Abou-Ishak Ibrahim, autre docteur d’un grand renom, que Yar’moracen avait comblé de biens et d’honneurs.

Abou ’l-Haceu, après la mort de son lrère, hérita de la faveur royale et de la place éminente qu’Abou-Isbak avait occupée à la tête des professeurs et des jurisconsultes. Il mourut vers la même époque que l’émir Abou-Amer, entouré de la vénération publique. Nous nous gardons bien de rien affirmer, et nous produisons cette opinion sous tonte réserve ; mais ne semble-t-il pas que l’on peut, avec une grande probabilité, faire remonter à ce savant docteur l’origine d’une appellation qu’il serait peut-être difficile d’expliquer autrement?

Brosselard , Inscriptions aTabes.

On lit dans la Revue Africaine (11J“ année, n° -15, février 1859, p. 167), au sujet de la mosquée et du collège des Fils de l’Imam, des renseignements qui méritent d’être connus de nos lecteurs.

Dans la partie de la ville de Tlemcen orientée à l’Ouest, et non loin de la porte que les Arabes appellent bab el-Guecheni, et que nous avons nommée porte de Fez, s’élève un minaret rectangulaire, haut d’environ cinquante pieds, dont les encadrements de mosaïque ont conservé assez de fraîcheur et d’éclat pour attirer l’attention curieuse du touriste. C’est le minaret de la mosquée appelée Mesdjed oulad el-Imam, seule partie de l’édifice qui mérite, au reste, d’être remarquée. L’oratoire en luimême est construit dans des proportions mesquines et irrégulières; on n’v aperçoit pas d’autres ornements que quelques versets du Koran maigrement sculptés dans le pourtour ogival du mehrab. F.videmment, l’art n’a rien à y rechercher. Mais celte mosquée se recommande à d’autres titres. Son origine, qui remonte à cinq siècles et demi, et les circonstances particulières dans lesquelles elle fut fondée, en font un monument historique devant lequel il est permis de s’arrêter avec intérêt.

A la fin du mois de sehewal de l’an 707 (avril 1308), Abou-Hammou Mouça, premier du nom, monta sur le trône des Abd’ el-Ouadites. Au dire d’Ibn-Khaldoun, c’était un prince remarquable par la sagacité de son esprit; il aimait les lettres et les sciences, et se sentait porté ver»

les hommes distingués par leur réputation et leur esprit. Il y parut par ses actes, car un de ses premiers soins, en arrivant au pouvoir, fut d’appeler h Tlemcen, pour leur confier d’éminentes fonctions, deux personnages étrangers, qui n’avaient d’autre titre à cette royale faveur que la renommée do leur mérite. Ces deux savants étaient l’alfakih Abou-Zéid Abd’ er-Rahman et son frère Abou-Mouça, surnommés tous deux les Fils de l'Imam (Oulad el-îmam), parce que leur père avait été imam de Brescbk, leur ville natale .

Abou-Hamrnou leur confia, à plusieurs reprises, des missions diplomatiques importantes. Enfin, comme la plus haute marque de faveur qu’il put leur accorder, et pour honorer publiquement en eux les plus éminents interprètes de la science, il leur fit bâtir un collège, ou medersa, avec des logements particuliers pour eux et leurs familles, et de vastes salles destinées h recevoir les auditeurs de leurs doctes leçons. J1 annexa ensuite 'a la medersa un mesdjed pour la prière, et une zaouïah pour les lolbas étrangers.

Celte fondation d’Abou-Hammou paraît avoir été faite en 71 1 (1310), la quatrième année de son règne.... L’auteur du Boslan, qui a raconté la vie de ces deux savants professeurs, nousapprend qu’ Abou-Zéid mourut en 743 (1342-43), et Abou-Mouça en 747 (1346-47).

De la fondation faite par Abou-Hammou 1er, en l’honneur de ces deux personnages célèbres, il ne reste plus que la mosquée et son minaret La medersa a disparu. En creusant, il y a quelques années, dans les ruines, on découvrit deux plaques de marbre d’onyx translucide, portant, chacune, une inscription. Ces deux plaques, dont l’une se trouvait dans un bon état de conservation, et l’autre était brisée aux trois quarts, dans le sens de sa longueur, furent d’abord déposées dans la Grande-Mosquée ; mais, depuis, elles ont été transportées à la mairie pour y être conservées parmi les objets d’art et d’antiquité recueillis par nos soins. Elles sont toutes deux d’égale dimension et mesurent un demi-mètre de hauteur sur une largeur de quarante-trois centimètres. Chacune contenait quinze lignes, mais non une inscription distincte ; la seconde est simplement la continuation de la première. Ce document épigraphique a pour objet la constitution de biens babous en faveur de la zaouïah, de la mosquée et de la medersa. Par un heureux hasard, le

nom du donateur et la date de la donation n’ont pas souffert des atteintes du temps, et se lisent dans les fragments demeurés intacts. Ce monument a donc conservé pour nous toute sa valeur, et nous reproduirons intégralement ci-après ce qui en reste :

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