TOMBEAU DE CIDI AHMED BEL-HACEN EL-BOMABI
Ori ne saurait quitter la Grande-Mosquce, dit M. Brosselard, sans visiter tout b côté un petit oratoire qui a le privilège d’attirer, depuis quatre siècles, la vénération de tous les Musulmans. Nous voulons parler du tombeau de cidi Ahmed bel-Hacen el-Româri. Ce saint personnage, originaire de la tribu berbère des Româra, vivait'dans le neuvième siècle de l’hégire. Il ne passait pas pour un savant docteur, mais il était considéré comme un homme juste servant Dieu. Dès sa jeunesse, il avait renoncé au monde et b ses plaisirs ; il fuyait la société, ne se montrait jamais en plein jour, et passait toutes ses nuits dans l’intérieur des mosquées, veillant et priant. Cidi Ahmed bel-Hacen avait fait deux fois le pèlerinage, et s’était fait initier, en Orient, aux doctrines ascétiques des Soufis. 11 les pratiqua toujours rigoureusement, vivant dans l’humilité, la pauvreté, l’abstinence et la chasteté. On admirait ses grandes vertus, et on lui attribua le don des miracles et la prescience de l’avenir. Mais les rigides austérités auxquelles il se livrait sans relâche, abrégèrent ses jours. Un matin, on le trouva mort dans la Grande-Mosquée ; il avait conservé l’attitude de l’homme qui prie. Son corps fut déposé dans une des galeries extérieures de cet édifice, auprès d’une petite maison que l’humble ermite s’était choisie pour retraite. La dévotion des Fidèles lui éleva un tombeau, et le bruit s’accrédita que Dieu, voulant honorer et récompenser en sa personne le modèle de ses serviteurs, lui avait accordé, après sa mort, le pouvoir de soulager ol même de guérir
(1) Cette medressa n’avait pas changé de destination jusqu’à l’époque où nous nous sommes emparés de Tlemcen. Depuislors, l’administration militaire l’a convertie en magasin aux vins
toutes sortes d’infirmités physiques et morales On juge avec quelle facilité ce bruit se propagea et prit créance. Bientôt l’oratoire de cidi Ahmed bel-Hacen devint le rendez-vous de tous les affligés. C’est sans doute b cette croyance populaire qu’un poëte du temps faisait allusion dans le quatrain suivant que nous trouvons gravé au-dessus de la porte qui donne entrée dans ce lieu vénéré.
Suit le distique que nous avons cité page 441.
L’inscription est gravée en relief sur un madrier de ccdre qui forme imposte et mesure 1 mètre GO centimètres de longueur sur une hauteur de 25 centimètres. Le caractère est africain et d’un beau modèle; chaque vers est encadré de rosaces et de fleurs sculptées avec un art remarquable.
Nous devons à l’auteur du Doslan de connaître d’une manière précise la date de la mort de sidi Ahmed bel-Hacen (!). Cet événement arriva le douzième jour de chaoual 870 (mai 1466), sous le règne du sultan Abou Abdallah-Mohammed el-Motawekkel , le vingtième prince de la dynastie Abd’ el-Ouadite qui se fût assis sur le trône d’Yar’moracen.
Mémoire sur les inscriptions arabes de Tlemcen.
(1) El-Boslan f dzelcer el-aoulia ou el-oulema bi-Telimsan est uno histoire des marabouts savants auxquels Tlemcen s’honore d’avoir donné le jour. L’auteur de cet ouvrage est sidi Mohammed ben-Mohammed, surnommé Ibn-Menem , qui vivait vers le milieu du seizième siècle do nolro ère.