‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 51 sur 54 · GRANDE MOSQUEE · texte numérisé non relu

GRANDE MOSQUEE

La Grande-Mosquée de Tiemcen se recommande, à plus d’un titre, aux studieuses investigations de l’artiste et de l’antiquaire. Elle justifie bien son nom par la remarquable étendue de ses constructions. C’est un édifice carré sur sa base et d’une simplicité majestueuse; il plaît à l’œil, autant qu’il satisfait le goût exercé de l’artiste par la régularité de ses proportions et par l’imposante harmonie de son ensemble. Huit portes donnent accès dans ce monument dont la forme générale est un carré d’une superficie d’environ trois mille mètres. Le côté orienté au Midi forme le vaisseau principal, et c’est la partie de l’édifice le plus spécialement réservée à l’assemblée des Fidèles. Six rangs d’arcades ogivales le divisent dans toute sa longueur, qui n’a pas moins de cinquante mètres, et sont coupées perpendiculairement par treize travées, chacune de vingt mètres. Soixante-deux piliers ou colonnes soutiennent ces arcades et les relient entre elles. La cour ou atrium, au milieu de laquelle s’élève une vasque en marbre onyx translucide qui déverse l’eau nécessaire aux ablutions, est carrelée en larges dalles du môme marbre ;

elle forme un reclangle do douze sur vingt et un mètres de côté. Elle est circonscrite au levant et au couchant par trois travées d’arcades, sorlo de dcambulatorium qui se relie à la partie principale que nous avons déjà déciite. Enfin, du côté qui regarde le Nord, se dresse le minaret, tour rectangulaire bâtie en briques, ornée sur ses quatre faces de colonnettes de marbre et revêtue de mosaïques. 11 a cent pieds d’élévation ; 0:1 monte à sa plate-forme par un escalier de cent trente marches. Tel est l’ensemble de ce monument, d’un style simple, sévère, sobre d’ornements et froidement rel gieux.

Le 7 îiehrab, ce sanctuaire des temples musulmans, est la seule partie do l’édifice qui se distingue par sa décoration. C’est un magnifique bouquet d’arabesques. L’œil est ébloui autant que charme par cette riche profusion de rosaces, de losanges, de fleurs découpées à jour comme la plus fine dentelle ; bigarrure étincelante, pleine de fantaisie, de caprice, d’imprévu. De largés rubans de caractères coufiques on andalous, retraçant h l’œil exercé du thaleb des sentences choisies du Koran, enlacent de leurs dessins gracieux ces mille figures géométriques si habilement refouillées. On dirait une surprise du caléidoscope. Enfin, comme pour ajouter à l’effet, une lumière douce et mystérieuse, glissant d'en haut, teint de reflets fantastiques ce merveilleux tableau, qu’il est plus facile d’admirer que de décrire. 11 s’agit, comme on voit, d’une véritable œuvre d’art, et c’est peut-être ici le spécimen le plus riche et le plus curieux qui existe de l’ornementation arabe.

Entre le mehrab et la place que l’on assigne au tombeau d’Yar’moracen, il existe une petite porte ogivale qui donne accès dans une salle haute et peu éclairée. Vous pouvez remarquer au-dessus de cette porto une tablette en bois de cèdre, encastrée dans la muraille, et sur laquelle se détache en relief une ligne de caractères arabes d’un beau type cndalous vigoureusement fouillés dans le bois. Des rosaces finement sculptées forment l’encadrement. La tablette mesure deux mètres et demi do longueur, sur une hauteur de trente-cinq centimètres. 11 y a quelques années, co monument épigraphique était complètement ignoré; une couche épaisse de chaux le recouvrait depuis bien longtemps, et l’indifférence des indigènes ne leur permettait pas de soupçonner qu’il pût y avoir quelque intérêt à aller à la découverte sous cet endroit séculaire.

L’envie nous prit de déchirer le voile. Le badigeon fut enlevé; la tablette nettoyée avec soin, et nous eûmes alors, à la grande surprise de nos Musulmans, la satisfaction de faire reparaître au jour l’inscription que voici :

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TRADUCTION

« Cette bibliothèque bénie a été fondée par l’ordre de notre maître, le sultan Abou-Hammou, fils des émirs légitimes ; que Dieu fortifie son pouvoir, qu’il augmente sa force contre ses ennemis, qu’il le récompense suivant le mérite de son œuvre et de ses intentions, et le conserve au nombre des serviteurs zélés de la Foi ! L’établissement en a été achevé le jeudi, treize de dhou ’l-kaadah de l’année sept cent soixante (760).»

Cette date correspond au 7 octobre 1359 de notre ère. Le fondateur est le sultan Abou-Hammou Mouça, deuxième du nom, qui est considéré comme le restaurateur de la dynastie Abd’ el-Otiadite sur le trône de Tlemcen. Ce prince était arrière-petit-üls d’ Yar’moracen et il fut son sixième successeur. 11 reprit le pouvoir sur les émirs Mérinites, au commencement du mois de rebiâ premier 760 (février 1359), et c’est neuf mois après cette reprise de possession, qu’il fît la fondation pieuse dont l’inscription que nous venons de rapporter a transmis le souvenir à la postérité.

Abou-Hammou était un roi généreux, libéral, bienfaisant. Il aimait les arts et les lettres et protégeait ceux qui s’y adonnaient ; c’est par ce côté surtout qu’il se distingua, et qu’il a mérité d’échapper à l’oubli. 11 attirait les savants de renom dans sa capitale, témoin Ibn-Khaldoun qui eut part à ses largesses; il les comblait de faveurs, et lés encourageait autant qu’il les flattait en assistant à leurs leçons.

Il fonda un vaste collège (la medressa Tachfinîah .), qui subsiste encore aujourd'hui, dans le voisinage de la Grande-Mosquée (1).

Revue Africaine, déc. 1858, p. 88.

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