SCENE XVI
mais tout chacun (lit que vous êtes bonne pour 1 le pauvre monde, j'espère encore pour l’enfant ; vous l’ave* vue , M“* la Maronne ?
LA BARONNE
Oui ; elle est gentille , très gentille , elle vaut même mieux que Bluteau , qui , parce qu'il est mon neveu, n'en est pas plus beau pour ça; enfin, tel qu'il est, ce garçon, je suis obligée de le garder pour une autre; mais je ne veux pas que Marguerite manque à se marier, et je lui apporte une petite somme avec laquelle elle pourra se procurer l’équivalent de Bluteau , au moins. Prenez ce sac, mon brave homme , et soyez sûr qu’il me faut une raison bien majore pour que, dans cette affaire-là , je sois plus dure à cuire que mon mari.
TOBY
Merci bien, M* - la Baronne; mais la petite n’aura jamais besoin d'argent , tant que le vieux Toby Chrétien pourra conduire un troupeau et dire la bonne aventure.
LA BARONNE
Chrétien !.. Tu t’appelles Chrétien?
TOBY
Est-ce que vous avez connu quelqu’un de ce nom-là ?
LA BARONNE
Oui, autrefois... au régiment.
Ton Y.
Au régiment ? Faites excuse ! Est-ce que M“* la Baronne aurait servi , par hasard ?
LA BARONNE
Dans le 2* des chasseurs de la vieille... Cinq ans sous les drapeaux... huit campagnes... trois blessures... une tape sur la joue gauche de la main de l’Empereur, v’Ià mes états de service, et j’en suis plus Hère, vois-tu? que de mon titre de baronne , qui me va comme un bas de soie à un pied de mouton.
TOBY
Dans le 2* chasseurs ; c’est là aussi où il a servi.
Qui?
TOBY
Mon pauvre fieu, Jérôme Chrétien.
LA BARONNE
Hein?., tu es le père de Jérôme Chrétien, de Jérôme , sergent dans la 2* compagnie , mort en 1813... tu es son père? et je l’ai parlé comme à un premier venu , et je t’ai mal mené , peutêtre?.. Tu es son père, et je ne t’ai pas encore embrassé?
TOBY
Moi, la Baronne?
LA BARONNE
Eh fichtre ! n’y mets pas tant de cérémonies... Jérôme se le serait pas fait dire deux fois. T’es le père de Jérôme, et je t'ai laissé molester par cet imbécillc de Baron ! mais sois tranquille , je veux qu'à présent tout le monde, ici, te parle chapeau bas... Et, d'abord, v’ià de pauvres vieilles jambes qui doivent être fatiguées... assiedstoi là, tout près de moi , et ne sois pas ébaubi comme ça... Je suis pas une étrangère pour toi, je suis pas une grande dame; pour le |>ère de Jérôme , j’ suis et je serai toujours Tomettc Leblond la vivandière.
* TOBY
Toinette Leblond!
LA RAnONNE.
Comment ! on dit que t'es sorcier, et tu ne sais pas que c’est que Toinette Leblond? Mais, Jérôme et moi , nous étions, comme qui dirait , les Paul et Virginie du régiment.
TOBY
Ça se pourrait... mon Jérôme... mou fils...
Continuez, U m * la Baronne, continuez.
LA BARONNE
A la fin de la campagne , nous allions nous épouser devant les autorités; nous aurions même dû le faire plus tôt; mais, dame! l’amour s’arrange à la guerre comme à la guerre... Pourtant, il n’v avait plus moyen de différer; c’était un devoir pour nous de légitimer un pauvre enfant qui était venu au mpnde , en Saxe , entre deux feux de peloton.
TOBY
Un enfant!
LA BARONNE
Une fille!.. Il m'avait fallu suivre la division Davoust... Jérôme, qui restait au cantonnement sc chargea de la petite, et, après la victoire, nous devions rentrer en France tous les trois ; mais notre beau temps était fini : il fallut battre en retraite, et, quand je repassai par le village où j’avais laissé Jérôme et ma fille , Jérôme était mort, le village incendié, et ma fille avait dû périr...
toby, à part.
Oh ! mon Dieu! en voilà un de vos miracles!.. (Haut.) Et vous croyiez l'enfant perdu ?
LA BARONNE
Je l’ai cru pendant quinze ans... 11 y a quelques mois seulement, lehasardm’a fait découvrir que ma fille existait encore, qu’elle était en France; mais où la retrouver? Oh ! si tu étais vraiment sorcier...
toby, pleurant.
Sorcier, moi!.. Oh ! je ne suis rien, rien... qu’un pauvre vieux qui, depuis qu’il vous écoute, remercie le bon Dieu du plus profond de son cœur... Je n’ai rien pu deviner de tout ça, moi!.. Mais vous , vous savez que votre fille est en France; vous savez qu’en France Jérôme avait son père, et vous cherchez encore à qui il a pu coulicr son enfant...
LA BARONNE
Qu’cst-ce que tu dis ?
toby.
Je dis que le cœur d’une mère sc trompe comme les autres... je dis...
LA BARONNE
Quoi! Marguerite!
toby.
Est l’enfant que Jérôme m’envoya en 1813,
LA BARONNE
Marguerite!.. Pauvre petite!., où est-elle?
toby.
Elle va venir... mais je me souviens!.. Et rot* mari?
LA BARONNE
Je m’en fiche pas mal de mon mari , c'était pas de son temps... ma fille et loi père Toby, v’iù
• mes véritables affections.
tt
Ait: Je *uû Français, mon pajv «tant tout.
C’est à vous deux qu’appartient ma tendresse, Vous seuls aurez mes soins et mon amour.
Et maintenant puisque j’ai d’ la richesse,
Vous serez riche et cctt’ fois sans retour , Fortun’, bonheur, & vous tout en ce jour.
Oui, pour vous deux, sans craindre qu’on me
(blâme,
J’ serai bonne fille, bonne mère jusqu'au bout, A vous mon coeur, à vous toute mon âme I
TOBY
Mais votr’ mari ?
LA BARONNE
Mon mari z’après tout.
A vous mon cœur, à vous toute mon âme Mais mou mari doit passer après tout I