MARGUERITE, BLUTEAU
MARGUERITE, s’asseyant sur un banc.
Voyons s’il me parlera.
BLUTEAU, entrant et redescendant sur le devant du théâtre.
Ah ! quelle histoire I quelle biiarre histoire... v'ià donc qu’y vient avant-z-hier des nouveaux propriétaires au château... Bluteau, que je me dis : Gare â ta place , mon garçon ; tout d'un coup, les barons me font appeler... gare deux fois que je me répète, et me v’ià devant eux... T’es Bluteau, qu'y médisent. . . Tout cnlier.qtte je répontls... Alors, va te débarbouiller, qui rajoutent, et envoie-nous tes papiers... Quelle idée de vouloir qu’un simple garçon de ferme se débarbouille, et qu'il envoie ses papiers à des barons; je les leur z’y ai envoyé, mes papiers, mais j'attends, pour le reste, que j'aie consulté le père Tobj'v..
marguerite.
Il meme toit seulement pas. Bonjour, M. Bluteau, ,
h BLUTEAU , à part.
Oh! c’est la pelitp ensorcelée! (Haut.) Adieu, manuelle Marguerite...
(ti s'éloigne d’elle.)
MARGUERITE
Comment, vous me quittez déjà?
BLUTEAU
Je cherche le père Tohy... adieu maui'zelle Marguerite.
MARGUERITE
Encore... (Elle le retient.) Ab ça! décidément, M. Bluteau , est-ce que je vous faisons peur?
BLUTEAU
Peur!
MARGUERITE
Il me semble pourtant que je ne suis pas si effrayante...
BLUTEAU
Par exemple... (a part.) Si je deviens épris, je vais tomber d'apoplexie, r'est sûr... (Haut.) Lâchez donc mon habit... M 1 " Marguerite...
Autrefois, vous n'étiez pas rotnme ça embarrassé en me parlant, je vous trouvais toujours sur mon chemin , je me disais : 11 n’est pas très beau , M. Bluteau.
bluteau, a part.
Oh! abusons-la la malheureuse, ahusnns-Ia...
(liant.) Je suis même très laid, manizolle Marguerite... y a des jours où je louche... (Avec mystère.) Et je tiois vous dire ça... je suis cngneuxtle naissance... lâchez mou habit...
MARGUERITE
C'est possible, mais enlinje tous aimais comme ça, moi.
BLUTEAU
Hein? elle m'aimait, vous m'aimiez, tu m'aimais?
marguerite;.
Et je vous aime cucore , malgré votre ingratitude et vos mauvais Iraiiomens.
bluteau.
Tu m’aimes encore... tu m'aimes toujours, et moi donc... et moi donc, oh ! le sort , le satané sort... ah ben ! ma foi ! tant pis, je me risque.
MARGUERITE
Qu'cst-ce qu'il dit?
bluteau.
Je dis, oh! Marguerite ! que je t’ai dissimulé les passions de mon cœur, je dis que je l’ai trompé sur toutes mes qualités; je n’ai jamais louché , je ne suis nullement cagncttv... je suis au contraire admirablement construit.
MARGUERITE
Mais, alors, pourquoi mentiez-vous ?
nLUTEAU.
Pourquoi? parce que je tue disais encore hier que ce serait ignoble de me détruire.
MARGUERITE
Vous détruire ?
BLUTEAU
Mais je ne savais pas que tu m'aimais, Marguerite, et à présent que je le sais, je me suicide ! (U l’embrasse.) Ouf! c'est fiai !..
(Il se tâte le pouls.)
MARGUERITE
Comment ?
50ÉNE VII.
BLUTEAU. ~îr.
Ce baiscr-là c'est une fluxion de poitrine au moins.
Je ne comprends rien.
BLUTEAU
Vous ne comprenez pas que le père Toby vous a jeté un sort qui doit faire mourir le premier qui sera assez folichon pour vous aimer.
MARGUERITE
C'est pas possible.
BLUTEAU
Vous allez en avoir la preuve ! encore un baiser et je tombe raide.
MARGUERITE, reculant.
Do tout! si y doit vousarriver malheur, je vous défends de m'aimer.
BLUTEAU
Bail ! c'est déjà fait , n'y a plus à revenir ; ■railleurs, il n’a pas dit quand on en mourrait, ce n'est peut-être qu'une cinquantaine d’années après l'événement, et ma foi!..
MARGUERITE, lui prenant la main pour le retenir.
Oh! mon Dieu! dites donc, M. Bluteau, voire main est brûlante, vous avez la fièvre.
BLUTEAU
. Déjà ? vous avez raison , qn'est-cc que je disais... oh! ça y est., voilà le frisson qui me prend... ah! de la tisane !..
^ MARGUERITE
Ah! mon pauvre M. Bluteau!..
Alors, puisque c'est fini , faut que je m'en donne , je veutt t’embrasser sept fois de suite.
MARGUERITE
Du tout!..
BLUTEAU
Bit bien! trois... rien que cinq...
MARGUERITE
.Non... non... adieu, M. Bluteau !..
(Elle sort en couranL)