LES LETTRES
C'était le i" septembre 1902. Tolstoï se levait pour la première fois, amaigri et voûté, après une grave maladie. Il parla de cette maladie et de l'approche de la mort, un sourire heureux aux lèvres.
— Aujourd'hui, en me promenant, nous dit-il, je fus pris tout à coup d'un malaise. Mon cœur semblait s'être arrêté. Je m'assis et attendis. '(£'//e vient, elle vient», pensai-je. Tout d'abord, la sensation me parut étrange; ensuite, elle me fit du bien. Mais ce n'était pas la mort. Ce n'était qu'un avertissement. Je ne l'appelle pas, mais ne la fuis pas non plus. Un chrétien ne doit pas craindre la
mort, ce passage du transitoire à l'éternel. Tandis qu'il parlait, on apporta un monceau de lettres. Elles venaient de tous les pays du monde. Mêlés à elles, se trouvaient plusieurs journaux étrangers passés au caviar. Tolstoï sourit :
— Les autorités sont pleines de sollicitude! Elles ont peur que je ne lise des choses qui peuvent m être nuisibles.
Le maître dépouilla ce volumineux courrier. Un jeune Serbe emprisonné pour avoir refusé de servir sous les drapeaux, lui écrivait de Belgrade . Il dépeignait l'hôpital de la prison, ses souffrances morales et physiques. Bien que sa mère fût tombée malade et que son père désespéré le suppliât de céder, il restait fidèle à la voix de sa conscience. 11 terminait sa lettre en adressant des remerciements chaleureux à Tolstoï qui lui avait fait connaître, disait-il, la vérité.
— Que pensez-vous de celle-ci? nous dit le maître en nous montrant la lettre d'un célèbre médecin de Saint-Pétersbourg. 11